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Full text of "Annales"

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ANNALES 



MUSÉE RUIMET 



TOME CINQUIEME 



I.YON. — IMPRIMERIE PITRAT AINE, RUE GENTIL, 



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ANNALES 



MUSÉE GLIIMET 



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TOME CINQUIEME 



FRAGMENTS 

EXTRAITS DU KANDJOUR 



T R A I) L ir s DU 1 m E 1 A I N 



Par m. LEON FEER 




485789 

10. Z. 4^9 



PAR18 

ERNEST LEROUX, ÉDITEUR 

28, RUE BONAPARTE 

1883 



Digitized by the Internet Archive 

in 2010 with funding from 

University of Ottawa 



http://www.archive.org/details/annalesbiblioth05mus 



P R É F A C E 



Lorsque j'ai préparé, pour le tome II des Annales du nvisée Guimd 
paru en 1881, la Iradnetion de l'Analyse du Kandjonr et du Tandjour 
publiée en anglais par Csoma de Korôs en 1S3G, j"_v avais joint, à titre 
de spécimen. \\\\ recueil de fragments traduits du Kandjour, dont 
quelques-uns étaient inédits, mais qui. pour la plupart, avaient déjà 
paru dans divers recueils, notamment dans le Journcd asintique. Ce 
travail n'ayant pu èti'e mis. comme je l'avais espéré, à la suite de 
l'Analyse de Csoma et dans le même volume, il fut décidé que les- 
dites traductions seraient imprimées en un volume spécial qui devait 
être le cinquième des AnuaJ.PS. Mais alors, le même recueil, qui avait 
été jugé trop considérable pour entrer dans L^ volume II. se trouvait 
bien exigu pour former le volume Y . Je profitai donc de la circon- 
stance pour le grossir de quelques traductions nouvelles, déjà com- 
mencées ou pi'ojetées, qui n'avaient pas été prêtes à temps pour entrer 
dans la première formation. Ainsi s'est constitué par adjonctions 
successives le volume que nous otfrons aujourd'liui au lecteur. 



ANNALES nu MUSKE OUIMET 



Ce recueil est formé, eumme il viont d'être dit, de lùèees dont les 
unes ont dcyi été imprimées, dont les autres le sont pour la première 
fuis. Dans lo cours du volume, j'indique pour chaque article réim- 
priuii'. Il [iul)lication antériem'e. le recueil dans lequel cette publication 
a été faite, le ra[ii)ort ([u'il y a entre la réimpression et la publication 
antérieure (car la réimpression n'est jamais intégrale; il y a toujours 
des notes ou des considérations qui ont été soit supprimées, soit 
abrégées). Mais il me paraît utile de présenter ici en un tableau ce 
qui a déjà paru et ce qui paraît pour la première fois. Je suis l'ordre 
dans lequel les fragments se succèdent. 
Ont di'jà i^aru : 



Mort d'Anaiula. Couversiun tlu Kaçmir. Suc- 
cession lies piciuiers pontifes Bouddliistes, 
p. 81-PG. iJo.o-n a axiatiqur, iSGG.) 

II (.t ni 

Les quatre vérités et la rotation de la roue 
<le la Loi (prédication de Réaarès), p. 111-121. 

Sutra des quatre vérités sublimes, p. 122- 
lï3. (Journal asiatique, li70.) 



Sûtra de l'enfant ou déjeunes gens, p. 134-8. 
{Journal osiatiqiiP, 1868) 



La fréquentation de l'Ami de la Vertu, 
p. 140-1. {Journal asiVifiguc, 1S66 el 1S72.) 



Mahâ karunâ pundarîka Sùtra, I"^'' chapitre, 
avec introduction, p. 153-175. 

Compte rendu des séaneea du Congrès 
(!'•$ Orientalistes de Paris, en18'2. 

V II ■ I X 
TridliarmaUa (la partie en prose), p. 193-5. 
{Journal asiatii/ue. ISGG.) 

Catur-dbarmaUa-Sutra, p. 195-7. 

{Journal asiatique, t86fl.) 



Catur-dliarmaka-nirdeça, p. 197-8. 

{Journal asiatique, iSCG ) 

X 

Catuska nirhara. p. 199-220. 

(Journal asiatique, 1867.) 

XI 

Maitri bhavanà-Sutia. ]). 221-223. 

[Journal asiatique, 1871.) 

XII 

Mangala-Sutra pâli, p. 224-227. 

[Journal asiatique, 1871.) 

Le Rire du Bnddha (p. 300-5), était connu 
déjà parles travaux du Burnouf dans lesquels 
.se trouve un des passages qui en donnent la 
description. 

XIII 
Brahmavri-Vyàkarana, p. 372-5. 

{Revue Orientale, 1866.) 

XIV 
Xemavatî-Vyàkaraua, p. 375-381. 

{Reeue Orientale, 1866.) 

XV 

Sûtra du Soleil et de la Lune, p. 411-13. 
{Rerue de l'Orient, 1S64.) 
[Journal asiitique, 1872.) 



Paraissent pour la i>remiore fois; 



Çài'iputra et Mandgalyâyana, p. 4-12. 
Premières prédications de Çâkya, p. 14-32. 

II 
Retour de Çâkya dans son pays, p. 34-63. 

m 
MortdePrasenajit.AttaquecontrelesCàkyas. 
Royauté de Çambaka. Mort de Vinidhaka. 
p. 65-76. 

IV 
Instructions du Buddlia pour la compilation 
de sa doctrine, p. 77-80. 

v-xn 
Défense d'adraeltrc dans la confrérie : 
Quiconque n'a pas l'autorisation de ses pa- 
rents; — les parricides; — les meurtriers 
d'un Arhat; — ceux qui mettent la division 
dans la Confrérie ; — ceux qui ont répandu le 
sang par hostilité pour le Tatbâgata; — ceux 
qui ont commis un des quatre giands critnes. 
Défense de se frotter le corps avec des bri- 
ques; — de s'enduire les dents, p. 88-108. 

XIII 
Prédication sur le non-moi, p. 124-6. 

XIV 

Prédication sur le mont Gaya, p. 128-132. 

XV 

Gii'i-.Vnanda etMahà-K.àryapa-Snti a, p. 1 45- 
152. 

XVI 
Ppajnn-pàraraità-brday;i, p. 177-'.). 

XVII 
Nairatma-paripicclia, p. 180-0 

XVIII 

AliHi-devatci-Siitra, p. I80-1'J1. 

XIX 

Mangala-Sûtra tibétain, p. 224-7. 

XX 

rancac;ixauii,-amsa-.Sùtra, p. 230-243.'.. 



XXI 

Nandika Siitra, p. 243-259. 

XXII 

Karma-vibhàaa, p. 250-279. 

XXIII 
Fin de l'iiistoire du panicide, p. 280-7. 

X X I V 
Les Prêtas de Vinduvali. p. 288-591. 

XXV 

Sukarika-avadâna, p. 293-5. 
Le rire du Buddha, p. 300-1. 

X X V I 

Dipankara-vyàkarana, p. 30.5-321. 

X X V I [ 
Histoire do Suraedha, p. 321-301. 

XXVIII 

Mahallika-paiiprccha, p. 362-371. 

XXIX 

Huitième chapitre du Karma rataUa, p. 382- 
403. 

XXX 

Les quatre chars, p. 404-407. 

XXXI 

Soumission de Nandopananda, p. il i- 419. 

X X X 1 1 - X L 1 1 

Vaivali-praveça. — Màricya-dhàrani. — 

A valckite^vara- ekàdava- mukha-dhârani. — 

(J„<..rj Dharanîs do Manjuçri. — Deux Dbà- 

ranîs relatives aux Prêtas. — Surùpa-dhài'aui. 

— Sapta-vctàla-dhàrani. — Sarvaroga-jvara- 
axiroga-praçamani dharaiii. — Gàthà-dvaya- 
dharanî, p. 423- 'i68. 

XLIII-XLVI 
Cinq stances de bénédiction du Tathâgala. 

— Stances des trois joyaux et des douze actes. 

— Stances de bénédiction des (rois familles, 
p. 469-475. 



ANNALES DD MUSEE GUIMET 



Sur plus (le ('iu([ ceuts pagos. œiit à i)eiuo sont occupées par la 
réimpression, le reste est nouveau. La proportion des textes inédits est 
donc assez forte, de plus des quatre cinquièmes. 

Il fallait distribuer ces fragments pris de part et d'autre selun un 
certain nrdr(\ La tâche était diilicile ; [teut-ètre n'était-il pas possible 
de la mener à bonne (in. .Latu-ais pu adopter les divisions du Kandjour 
et classer les morceaux dans l'ordre ou nous les présente cette vaste 
compilation. ^lais le système n'eût pas été sans inconvénient, d'autant 
[ilus que certains textes sont répétés dans plusieurs parties du recueil. 
Il m'a paru jiréférable d'adopter nu arrangement plus contorme à nos 
habitudes et fondé sur la nature des divers morceaux. Je me suis donc 
déterminé à les distribuer sous les rubriques suivantes : 

1. Histoire. a. Renaissances diverses. 

2. Discipline. '^- Prédictions. 

3. Dogiiio. _ Cl. Prodiges. 

4. Morale. 7. Dharanis et Mautias. 

5. Transmigration subdivisée en 8. Stances. 

Assurément cette classification peut être critiquée. On peut lui tair(>. 
entre autres, ce reproche que tel texte mis sous telle rubrique pourrait 
aussi bien être mis sous folle autre. Il y a des textes qui pourraient 
venir sous plusieurs ruliriques à la fois. Peut-être aussi aurait-on [ui 
enq)loyer d'autres rubriques ou on jijouter quelques-unes. ^lais je 
doute fort que les divers essais auxquels on pourrait recourir fussent 
beaucoup plus satisfaisants: et j'espère que la combinaison à laquelle 
je m^- suis arrêté, si elle n'est pas jugée irréprochable, paraîtra aussi 
acceptable que toute autre ({u'on eût pu jiroposer. 

Après tout, l'ordre^dans le({uel on range des fragments est secon- 
daire. L'important, c'est l'interprt'tation des textes, .j'ai naturellentent 
lait tous mes efforts [loiu- les entendre et les rendre le mitMix possible ; 



PRKFACK IX 

je n'ai pas toujours n'ussi au i^n'' do mes désirs. Uu travail de eetle 
nature présente des diflieultés de plus d'un gciu^c r)'al)ord la langue, 
qui n'est pas iacile; puis, le sujet, qui est, dans bien des cas, très obscur; 
enfin l'état du texte, qui est fort défectueux. Ce n'est pas que l'édition 
du Kaudjour que possède la Bibliothèque nationale, et qui a été mou 
unique ressource, soit très incorrecte; elle est, on peut le dire, d'une 
correction suffisante quoiqu'il s'y trouve bien quelques fautes cl ([u"nii 
y rencontre assez fréquemment tle grandes variations d'orthograplu; 
sur des mots peu connus et rares. Mais elle est commune et très mal 
inq^rimée ; il y a des lettres, des mots, des portions de lignes tellement 
empâtées que tout est noir, ou si peu marquées qu'à peine peut-on 
distinguer quelques imperceptibles traits ; souvent la planche a bougé et 
l'empreinte est brouillée; d'autres fois, le mal vient du papier, raboteux 
et épais en certains endroits, en d'autres si mince que la matière fait 
défaut. Ces nondjreux inconvénients sont heureusement atténués par 
les fastidieuses répétitions dont sont remplis les textes bouddhiques, et 
({ui, du moins, dans ce cas-là, servent à quelque chose. D'ordinaire, 
une phrase illisihh? et inintelligible, se trouve répétée clairement et lisi- 
blement un peu plus loin. Mais cet avantage ne se présente pas 
toujours, et il faut quelquefois s'évertuer à déchiffrer un passage effacé 
ou le laisser en blanc. 

Ce concours de circonstances d(Uav(>rables riMid assez ardue la tâche 
ilu traducteur. J'aurais sans doute pu, dans (Kn'tains cas, m'exprimer eu 
termes plus intelligibles que je ne l'ai fait; mais j'aurais risqué de 
m'écarter trop du texte J'ai mieux aimé le suivre de plus près, au 
risque d'être quelquefois [)lus obscur. 

- P>ien des points, même suffisamment clairs, auraient exigé certaines 
explications; à plus forte raison ceux qui sont difficiles en auraient-ils 
eu besoin. Je ne pouvais entrer dans cette voie qui m'eût entramétrop 
loin. Cependant, dans plusieurs cas, un peu par exception, j'ai ajouté 



ANNALES DU M0SEK GUIMET 



i[ii('l(jucs notes oxpliralivos. Je nie proposais d'ailliMirs de mettre à la 
liii (lu volume des tables oîi je présenterais, sous une forme plus 
ap[)roprié(' à nos habitudes, certaines données assez bizarres de nos 
textes, et ou je réunirais coinmo en un faisceau certains détails 
analogues et s'éclairant les uns par les autres, mais épars. Lne table 
analytique et une table di^s noms propres renfermant d'assez grands 
développements devaient donc dans ma pensée compléter et expliquer 
le recueil. 

Je n'ai pas exécuté ce plan dans son entier. La table analytique a pu 
être laite, et on l'a jointe au volume. Mais la tal)le al[ihabétiquc a été 
commencée, non achevée. Elle avait le double inconvénient de prendre 
beaucoup de place el d'exiger beaucoup de t(nnps. Si j'avais persisté, 
l'apparition du volume aurait subi un retard considérable et la table 
aurait été incomplète. J'y ai donc reuoneé. Je n'abandonne pourtant 
pias absolument ce travail. Je me [iropose de 1(^ continuer à mon loisir; 
et je verrai, quand il sera achevé, quel parti il sera possilJe d'en tirer. 

Les textes dont j'offre la traduction sont plus ou moins hérissés de 
noms tibétains. Ces noms ayant une forme assez rébarbative et n'étant 
d'ailleurs que des traductiims de noms sanskrits, je me suis fait une 
loi (le donner, presque sans exception, tous les noms sous leur forme 
sanskrite, forme quelquefois connue avee certitutle. le [ilus souvent 
Tét'jl.ilie par conjectun'. Ordinairement. et. dans le dernitT cas. toujours, 
je donne en note le terme tibétain fourni yn- le texte. 

i^Jur rendre les morceaux traduits plus clairs et d'une lecture plus 
commode, j'ai pris sur moi d'y inti'oduire quand ils sont un peu longs, 
des divisiims et mêmes di's intitulés (pii ne sont pas dans 1(^ texte 
original. 

Cjlte précaution a été généralement omise dans les morceaux réim- 
primés ; mais elle n'a été négligée dans presque aucun de ceux qui 
paraissent poui' la première fois. 11 n'y a là aucune altération du texte. 



La lecture est seulement rendue plus facile et plus coinrarxle. Presrpjo 
toujours j'avertis dans les préambules qui précèdent les divers articles 
que les divisions et leurs intitulés sont le fait du traducteur et ne fif>urent 
pas dans le texte original. Mais il était utile de prévenir le lecteur d'une 
manière générale, comme je le fais ici. 

La nature de ce volume, les circonstances dans lesquelles il a été 
formé ne permettaient pas d'y faire entrer autre chose que des traduc- 
tions du tibétain. Cependant il était impossible de n'y pas intercaler des 
traductions du pâli, quand les textes tibétains correspondent à des 
textes pâlis dont ils s'écartent à peine. Une de mes visées prinrii^alcs 
dans mes études sur le Bouddhisme ayant été de rapprocher des textes 
qui proviennent de littératures différentes, et spécialement des textes 
pàUs et tibétains, je ne pouvais guère me dispenser de donner parallè- 
lement la traduction des textes tibétains et pâlis dont l'identité est 
presque complète. Aussi n'y ai-je pas manqué. Mais il est des textes 
en langues diverses trop dissemblables pour être traduits parallèle- 
ment, trop semblables pour qu'on néglige de les rapprocher les uns 
des autres. Ne pouvant les introduire dans un recueil de fragments 
du Kandjour, et ne pouvant me résigner à n'en tenir aucun compte, je 
me suis décidé à les mettre à la suite en appendice. Il n'est pas un des 
textes dont se compose cet appendice qui ne puisse être rapproché 
utilement d'un ou de plusieurs des textes tibétains dont la traduction 
forme le gros du volume. 

Sauf le premier des aiiicles ([mcomito&eniVappendicc (article formé 
de plusieurs versions parallèles dont une était connue par la traduction 
du Lalitavistara de M. Foucaux), tout y est nouveau. Du moins, je 
n^ai publié auparavant la traduction d'aucun de ces morceaux, et je ne 
sache pas que quelque autre m'ait devancé en cela. 

Le système de transcription que j'ai adopté est celui qui est esquissé 
dans la préface de l'analyse du Kandjour et du Tandjour insérée dans 



XII ANNALES T)V MUSEE GUI MET 

lolome II des Annal fs du Musée Guimet. Je ne donne donc pas ici mon 
alphabet. Je rappelle seulement que le principe de ce système est une 
simplification de la transcription aussi grande que possible. On n'y em- 
ploie en général qu'une seule lettre romaine pour rendre une seule lettre 
de l'alphabet original ; on utilise toutes les lettres de l'alphabet romain 
en leur donnant les valeurs qu'elles peuvent avoir dans quelqu'une 
des langues européennes. On n'emploie des lettres pourvues de signes 
accessoires destinés à en changer la valeur qu'en cas d'absolue néces- 
sité, ce qui fait qu'elles sont peu nombreuses. 

Ce i-ecueil de fragments du Kandjour et de quelques autres textes 
bouddhiques est sans doute imparfait à bien des égaixls. Il s'en faut 
que tout y soit absolument nouveau. Même, parmi les traductions qui 
y paraissent pour la première fois, il y en a dont le sujet était déjà 
connu par des analyses insérées dans les ouvrages qui ont été publiés 
sur le Bouddhisme. Malgré cela, nous aimons à croire qu'il ne sera pas 
dépourvu d'intérêt et qu'on y apprendra quelque chose. Le Kandjour 
est si peu connu et il est si vaste que les efforts faits pour ajouter à ce 
qu'on sait ont peut-être le droit de réclamer quelque attention. Il est 
vrai que l'étendue de ce recueil ne doit pas faire illusion: les mêmes 
textes y sont répétés bien souvent ; même parmi ceux qui diffèrent le 
plus, certains développements reviennent fréquemment dans des termes 
identiques. Bref, les redites y abondent, tant pour le fond que pour la 
forme. Si l'on réussissait à condenser tout ce qu'il contient d'original 
en supprimant ces répétitions multipliées, on arriverait à composer un 
recueil d'une masse bien inférieure à celle de la compilation existante, 
mais peut-être tout aussi instructive. Le volume que nous offrons 
au lecteur n'a certes pas la prétention d'être cet alirégé. Pour faire 
convenablement un tel travail, il faudrait avoir lu tout le Kandjour. et 
en avoir extrait plus de matériaux que nous ne l'avons fait. Nous ne 
cacherons pourtant pas que. dans notre pensée, ce volume pourrait 



l'KKI'ACE 



être une portion au moins de cet abrégé; et nous n'abandonnons pas 
l'espoir, nous ne dirons pas de le compléter, ce qui serait une pnHen- 
tion extravagante, mais d'y ajouter quelque jour un supplément, si le 
lecteur ne fait pas un trop mauvais aocueil à ee premier essai, et si 
Dieu nous donne de pouvoir continuer nos travaux. 



A.N.N. G. — B 



FRAGMENTS 

EXTRAITS DU RANDJOUR 



Traduits du Tibéta 



FRAGMENTS TRADUITS 



KANDJOUR 



PREMIÈRE SECTION 



HISTOIRE 

Les six fragments par lesquels nous commençons cette série de traduc- 
tions d'extraits du Kandjour proviennent d'un travail étendu dans lequel je 
me proposais de réunir les diverses versions fournies par le Kandjour, les 
livres du Népaul et le canon pâli, sur les principaux incidents qui ont marqué 
les quarante-cinq premières années de la vie de Çàkya, selon la tradition. 
Les difficultés matérielles de la tâche, la nécessité de copier, traduire, 
comparer, présenter sinudtanément plusieurs rédactions différentes, outre cela 
des empêchements ' étrangers au travail lui-même me l'ont fait abandonner; 
et je ne sais si je le reprendrai jamais. J'oiïro au lecteur quelques épaves de 
ce naufrage. 

i Parmi ces empêchements, il en est un que je ne crois pas pouvoir me dispenser ^^^'^f J;^-L;;°";; 
de til,é:ain que yL lait ,:endant luut années, i fEcole des langues orientales et au CoHeg de F - e 
m-imposait.eu quelque sorte le devu.r de contribuer de tou- m, n pouvoir a la re connaître les teUe, 

Ann. 0. - li 



2 ANNAI.es du IIDSEE GUIMET 

Ces frag'iuents se suivent dans l'urdi-c où le Kaudjour les donne, non que 
le Kaiidjour soit un modèle de coordination, mais parce que cet ordre se 
trouve être encore le moins mauvais II y a, dans chacun de ces textes, des 
redites, des retours sur des faits plus ou moins étrangers à l'objet principal 
du récit qui rendent un classement ratioiuiel bien difficile. 

I. Le premier, qui, chronologiquement, devrait venir le second, s'il était 
complet, est une portion de l'histoire deÇàriputra et de Maudgalyàna ; c'est 
le récit de ce qu'ils ont fait depuis leur entrée dans l'école de Sanjaya 
(tib. Yang dag-rgi/al-va-caii). jnsqasM moment où ils commencent à être 
en contact avec celui qui sera définitivement leur maitre. C'est un fragment 
malheureusement trop court; je n'ai pourtant pas cru devoir l'écarter. Il se 
trouve dans le Dulva (vol. I, folios 30-44). 

II. Le second est le récit de ce que fit le Buddha di'puis le moment où la 
résolution de prêcher sa doctrine lui fut suggérée par Brahma, jusqu'au 
moment où il quitte Bénarès. On peut considérer ce récit comme formant 
un tout ; cependant mon désir aurait été de le mener jusqu'à la conversion 
de Çàriputra et de Maudgalvàna, qui se trouve à la suite du fragment précé- 
dent; en cet état il eût été plus complet. Ce fragment se trouve dans le Dulva 
(IV, folios 59-70). 

III. L:» troisième fragment est le plus complet des trois; on pourrait l'inti- 
tuler le Retour de Çâkya dans son pays. Mais on y trouve, outre li> récit de 
ce fait, unrésumé de la vie du héros, de ses principaux actes, et la relation 
détaillée de certains événements ([ui lui sont étrangers, mais qui concernent 
divers personnages jouant un rôle dans le principal épisode ou dans la 
préparation de cet épisode. Il me semble être particulièrement instructif. 

IV. Le quatrième fragment se compose de trois épisodes qui se suivent : 
la mort de Prasenajit, — la [iremière attaque de Virùdhaka contre les 
Çàkyas avec l'épisode de Çambaka, — enfin la mort de Virùdhaka. La 
destruction dos Çàkyas, qui se place entre les dmix dn'niers faits, manque 
par des raisons que nous expli(|'.'.erons. 



tibétains. Depuis que je m? suis vu Jaus la uocessilé dj renoncer, je n'av.iis plus le méine motif ; si Je 
ne puis guère dire que le travail ne présentait plus les mêmes facilités, je puis, au moi:is, déclarer qu"il 
n'avait plus la même f'iiportunilé. Ce n"étail pourtant pas une ra-son d'y renoncer, si les circoa- 
stances eussent é'c (avor.ibles. 



FRAGMENTS TRADflTS ni" ICAND.IOUR 3 

V. Le cinquième fragment coniijreml les deniièros iastnictioiis données 
par Çàkya à son disciple Ananda sur la manière de compiler sa doctrine. 

VI. Enfin le sixième se rapporte à des événements postérieurs au Ni rvnna ; 
il traite de rintroduction du bouddhisme au Kâçmir et de la succession 
des premiers chefs du bouddhisme après le décès de son fondateur. 

Une notice spéciale précédera chacune de ces traductions : j'ai cru devoir 
y introduire des divisions eu chapitres cpii ne sont pas dans le texte. Ces 
divisions, qui aident le lecteur, n'ont pas besoin d'être justifiées. Il en existe 
de semblables dans les récits pâlis correspondants. 

Certains faits, racontés ou cités dans un fragment, se retrouvent dans un 
autre. Il est impossible, quand on traduit des textes indiens ou tibétains, 
d'éviter ces répétitions qui se rencontrent souvent dans un inèine texte. On 
pourra noter aussi certaines divergences dans les parties communes ; c'est 
que nos textes sont tirés de trois volumes différents, et que la rédaction des 
mêmes faits n'est pas toujours identique. Toutefois les fragments que nous 
donnons sont trop courts et trop peu nombreux pour qu'on puisse être frappé 
de ces différences autant qu'on devrait l'être. 

Nota. — .J'ai dit de quelle portion du Kandjour sont tirés les deux premiers frag- 
ments ; j'ai omis de donner pour les suivants la même indication. Je crois devoir 
réparer cet oubli : 

Le troisième frag'ment est tiré du Dulva (VI, 93-118) ; — le quatrième du Dulva 
également (X, 141-4, 145-150 et 160) : — le cinquième est emprunté au Mdo (YI, 
181-3); — le sixième est extrait du Dulva (XI, 684-90). 



ÇARIPUTRA ET M AUDG ALYAYAN A 

Nous n'avons pas g-rand'chose à dire de ce fragment ; nous regrettons seu - 
leraent qu'il soit si court. Dans le Mahâ- vagga pâli, cette partie est fort 
abrégée; peut-être l'épisode se trouve-t-il relaté avec plus de détails dans 
une autre portion du canon des bouddhistes méridionaux, ^'oici comment 
s'exprime le Kandjour : 



HISTOIRE DE ÇARiriL'TRA ET DE M AUDG ALYAYAN. \ 

— Dulva I, folios 39-hi — 

l'École de sanjaya 

Eu ce temps-là, il _v avait un émiaont docteur Tirthika appelé Sanja^-a * : 
il ne fallait pas aller bien loin pour (le trouver). 

Puis les deux fils de Brahmanes Upatisya et Kôlita- se rendirent au lieu 
où demeurait Sanjaya, et firent cette question: Messieurs, où demeure le 
docteur Sanjaya ? nous voulons nous rendre dans son école (là où est son 
établissement). Oh! voilà longtemps déjà que nous avons entendu parler 
pour la première fois de cet établissement. 

1 Le nom tibétain est Yung-dag-Tgyal-va can. 

• On sait que Upatisya et Kolita sont lespectivemenl les noms de Ç;u-i|intia et Manclyalyàvana. 



FRAGMENTS TRAI)t:iTS DU KANDJOUR 5 

Tous deux firent cette rétlexion : quand nous serons entrés chez le maître, 
nous resterons debout, puisque nuus n'avons ni sjstcnio, ni règle ; dans le 
moment même où, étant entrés chez le maître, nous nous tiendrons debout, 
à ce moment-là nous nous placerons à une petite distance do lui. — Telle 
fut leur réflexion. 

Etant donc entrés chez Je maître, ils se tinrent debout. A ce moment, 
celui-ci était entré dans la satisfaction des sens par le Dhvàna. Tousdtnix 
se dirent : Ceux qui ont une ])elle (et noble) apparence, ceux-là ont aussi des 
qualités. 

Puis, s'approchant de lui tous les deux, ils lui dirent : Savant Sanjaya, quel 
est ton système de doctrine ? Quelles thèses soutiens-tu dans ton enseigne- 
ment? Quel est le fruit de la pureté (Braliznacarya) ? Quelle en est l'utilité? 

Sanjaya répondit : 

Fils de j^rahmanes, voici mes vues, et le discours que je tiens : La vérité 
et l'innocuité, voilà la loi. Le milieu dans lequel le repos et la vieillesse 
n'existent point, la mort n'existe point, (le milieu) exempt de diminution, 
c'est la pureté (Brahma ?). 

Tous les deux reprirent: maître, quel est le sens de ce discours? 

— La vérité, cela signifie : par la méditation de la vérité on se fait initier. 
— L'innocuité, cela signifie : toutes les lois procèdent de ce point fonda- 
mental: ne pas nuire. — Le milieu exempt de repos, de vieillesse, de mort 
(le milieu) exempt de diminution : ce sont des expressions de renonciation 
du Nirvana. Tout cela, disons-nous, c'est Brahma ou la pureté (Tsangs-pa). 
Voici ce que cela signifie: si, sur-le-champ,' à l'instant même on obtient le 
Nirvana, il en est ainsi, on l'a obtenu ; mais si on ne l'obtient pas, au moins 
ou approche du monde de Brahma. D'après cela aussi, les Brahmanes s'ef- 
forcent d'arriver au monde de Brahma ; ils descendent dans le monde de 
Brahma, ils sont arrivés dans le monde de Brahma. Le monde de Brahma 
étant de telle sorte et le monde de Brahma étant de telle façon, la réalisation 
parfaite de la participation au monde de Brahma est une aspiration au 
Nirvana. 

— Maître, si tu nous accordes l'initiation, nous prati({uerons la conduite 
pure (Brahmacaryam) en présence du maître. 

11 les initia ti:)us les deux. 



6 ANNALES DU MUSEE GDI.MET 

Dans le temps où le docteur Saiijava initia les deux fils de Braluuanes 
Upatisya et Kôlita, en ce temps-là ce bruit se répandit partout : Sanjaya 
a initié les fils de Brahmanes; et il en retira beaucoup de profit et (riiouneur. 

Il fit cette réflexion : Jadisj'étais de la race de Gantila : maintenant encore je 
suis de la race de Çantila ; mais maintenant les profits et les honneurs aftluent 
sur moi. Qu'est-ce que cette conjoncture? —Cette autre pensée lui vi(Mit à 
l'esprit : Ceci n'arrive point par ma vertu; cela arrive donc par la vertu d.^ 
ces deux fils de Brahmanes. — Cette réflexion faite, comme son travail était de 
faire lire les écritures sacrées des Brahmanes à cinq cents fils de Brahmanes, 
il confia deux cent cinquante de ces enfants à l'un d'eux et en confia deux 
cent cinquante à l'autre. 

2. MORT PE SAN.TAYA 

Plus tard le docteur Sanjaya étant tombé malade, Upatisya dit à Kùlita : 
Kôlita, est-ce toi qui soigneras le maître, ou bien iras -tu chercher les re- 
mèdes? — Kôlita fit cette réflexion : (il est préférable) que celui-ci, en raison 
des connaissances spéciales qu'il a, s'applique à soigner le malade; moi, j'irai 
chercher les remèdes. Il dit donc (à Upatisya) : Toi, prends soin du maître ; 
moi, je lui procurerai les remèdes. 

Upatisya s'étant mis à soigner le malade, Kôlita alla lui chercher des 
remèdes. On lui administra forci' plantes, racines, feuilles, fleurs, graines 
médicinales; le malade n'éprouva [las de mieux : bien plus, il s'affaiblit, puis 
fit voir un sourire. 

Le fils de Brahmane Upatisya dit : Maître, ce n'est pas sans cause, non, 
ce n'est pas sans cause que des honuues tels que toi, des hommes placés à la 
tête des autres, font un sourire! Maître quelle est la cause de ce sourire, 
quelle en sera la conséquence ? 

Il répondit: Upatisya, cela est vrai; cela étant vi^ai, il s'en suit que des 
hommes tels que moi, des hommes placés à la tête des autres, ne rient pas 
sans cause ni sans effet. 

En conséquence, par exemple, dans le Continent d'or \ un roi nommé 
Suvarnapati^vint à mourir et son épouse fut placée sur un bûcher. Je me pris 

1 Gser gliny. Le sanskrit serai» Suvarnadvîpa. 

' Je restitue ainsi en sanskrit le mot tibétain gser-hday « roi de l'or ». 



FRAGiMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 7 

dune à penser do la sorte : ces êtres, c'est par la cause de la cause du désir, 
de la base du désir, de la résidence dans le désir, qu'ils éprouvent ainsi et 
savourent la douleur morale. Telle fut (ma) rétlexion. 

— Maître, en quel temps cela eut-il lieu ? 

— Dans un temps éloigné; il y a bien des années de cela. 

— En quel mois ? — Il y a de cela bien des mois. 

— En quel jour? — Il y a de cela bien des jours. 

L'un demanda à le mettre par écrit sur ses tablettes. L'autre dit : Maitre, 
nous, pour si peu que nous ayons été initiés, tous nous avons en vue dans nos 
efforts la poursuite de l'Amrta. Puis donc que nous désirons l'Amrta, si le 
maître a entrevu, pour si peu que ce soit, l'acquisition de l'Amrta, oh! que 
le maître nous accorde une part de l'Amrta! nous le lui demandons. 

— Mon fils, moi-même, quoique tous ceux qui ont été initiés, pour si peu 
que ce soit, s'appliquent à rechercher l'Anirta et désirent l'Amrta, cepen- 
dant je n'ai en aucune manière obtenu l'Amrta. 

Ainsi, dans cette quinzaine même de la confession, on a entendu les voix 
des dieux qui se meuvent dans les régions pures et supérieures de l'atmos- 
phère. Non loin des surfaces neigeuses, non loin, tout près des bords du 
courant d'eau de la Bhâgirathî et de la demeure de l'ermite Kapila, le jeune 
prince des Çàkyas est né. Les Brahmanes qui connaissent les signes et les mar- 
ques ont dit: si ce jeune homme reste dans le ]jalais,ilsera un roiCakravartin, 
roi des quatres limites, roi fidèle à la loi, il possédera les sept espèces de joyaux 
précieux; voici ce que sont ces sept espèces de joyaux précieux: ce sont le 
joyau précieux de la roue, celui de l'éléphant, du cheval, de la pierre pré- 
cieuse, de la femme, du maître de maison, du général ; voilà les sept joyaux 
précieux. II aura juste mille fils, mille héros, braves, beaux, vainqueurs des 
armées ennemies, il gouvernera la terre qui s'étend jusqu'à l'Océan, tout 
entière, sans lui faire aucun dommage, sans châtiment, sans la molester par 
les armes> en la maintenant bien dans la conformité et dans l'unité de la loi. 
Mais si, coupant sa barbe et ses cheveux, revêtant des habits rouge pâle, eu 
vertu d'une parfaite foi eu lui-même, il quitte sa maison pour n'avoir point de 
maison et se fait religieux, ce sera un Tathàgata, Arliat, Buddha parfaite- 
ment accompli, renommé au loin dans le monde. Telle est la prédiction dont 
la voix s'est fait entendre; Faites- vous initier tous les deux à sou école : sans 



8 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

dire vutie caste, sans dire votre famille, sans vous déclarer tils de Brah- 
manes, pratiquez la i)iireté sous ses yeux ; par là vous arriverez tous les deux 
à obtenir le grand Ainrta. 

A ces mots ses couleurs s'effacèrent, il perdit la faculté de correspondre 
avec les autres, et la mort vint terminer sa vie. Voilà ce qu'il fallut recon- 
naître et c'est ainsi qu'il subit la loi de la mort. Ses (deux) disciples ornèrent 
un cercueil d'étoffes bleues, jaunes, rouges, blanches, le portèrent dans la 
tombe, le brûlèrent, et ensuite ils restèrent là après avoir donné tous les 
signes de la douleur. 

3. RECHERCHE IiE l'aJIRTA 

Un lils de Bralnnane, Bal-j^n-gser-ch'a* (qui a des cheveux semblables 
à l'or) vint en voyageant du Gontinent-d"ur (//sêr-^/ling) à Ràjagrha. Il 
demeura dans le lieu de leur résidence. Upatisya lui dit : Fils de Brahmane, 
d'où viens-tu? 11 répondit: du Continent- d'or. Upatisya reprit: Fils de 
Brahmane, dans ton Gontinent-d'or, as-tu examiné pour si peu que ce soit la 
loi des prodiges et des manifestations merveilleuses ? Il reprit : oui, j'ai 
examiné la grande loi des prodiges et des merveilles. Voici comment, dans 
le Gontinent-d'or, j'ai examiné quelque peu la loi des prodiges et des mani- 
festations extraordinaires. Ecoute : Dans le Gontinent-d'or mourut un roi 
nommé Suvarnapati, sa femme fut placée sur un biÀcher. — En cruel temps? — 
Il y a longtemps de cela, bien longtemps. — En quel mois ? — 11 y a de cela 
bien des mois. — Eu quel jour ? — Il y a de cela bien des jours. — (Upatisya) 
reprenant, lui fit cette question : Si je le voyais écrit sur une tablette! 

Après l'aYnir vu éci'it tout au long et exactement, Upati>ya dit à Kolita : 
Puisque le niaitre nous a donné l'idéal d'un vrai docteur, si celui-là avait 
trouvé véritablement l'Amrta et qu'il nous investit du véritable Amrta, alors , 
avec l'œil divin, nous verrions ce qui est visible dans les contrées autres que 
celle où nous sommes ; avec l'oreille divine nous entendrions des voix allant 
au cœur. Mais il n'a pas trouvé l'Amrta ; donc ce n'est pas là la loi. 

Kôlita ilt cette réflexion : Gel U]iati-;ya possède la haute science ; s'il obtient 

' Le leniitj smiskrit iiouirait être siciarnopimojui.i. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.IOUR ^ 

l'Amrta, il ne me dira pas ou quel lieu il l'a découvert. Cette rétlexion faite, 
il dit : Upatisya, viens ici ; établissons cette régie : qui que ce soit de nous 
deux qui obtiendra le premier l'Amrta, il le fera acquérir aux drux à la fuis. 
— Cette convention faite entre eux deux, ils se mirent à voyager. 

4. ÇAKYA TROUVE I.'aMRTA 

Dans le temps où le Bodliisattva, bien qu'âgé seulement de vingt- neuf 
ans, cessa de jouer avec les désirs sensuels, et après avoir vu un vieillard, 
un malade et un mort, ressentit une impression telle que, après être parti 
pour la foret au milieu delà nuit, il se livra à des austérités pendant six ans, 
puis reconnut la vanité de ces pratiques, se disant : A quoi bon retenir son 
souftle? à quoi bon l'exhaler? et demanda du grain, des aliments chauds, et 
toute espèce de nourriture en abondance, oignit son corps d'huile et débourre 
fondu, le lava avec de l'eau chaude; après quoi se rendant à Grong-sde- 
Mong, il reçut à seize reprises des deux filles d'un villageois, Nandà et Nan- 
dabalâ, une soupe au lait et au miel, et après s'être fait livrer par un marchand 
d'herbes de bénédiction des herbes semblables à une cendre dorée, au milieu 
de louanges telles qu'on en avait pas encore entendu de la bouche du roi des 
serpents Kàla, se dirigea sur Bodhimanda, et après avoir bi.ui disposé ses 
herbes, assis sur un siègeparfaitement tranquille, les jambes croisées, tenant 
le corps droit, la mémoire à côté de lui, il prononça ces paroles : 

Aussi longtemiis que je n'aurai pas obtenu l'exemption du péché, 

Aussi longtemps jo n'abandonnerai pas cette position des jambes croisées. 

Telle fut sa pensée et telle fut sa déclaration. Aussi longtemps qu'il 
n'aurait pas atteint la pureté parfaite, aussi longtemps il ne devait pas 
abandonner la position assise, les jambes croisées. Telle était la conduite 
qu'il se proposait de tenir. 

Dans le temps où Bliagavat, au milieu de la veille de la nuit, vainquit, par 
la force de l'amour, le démon entouré d'un cortège de trois cent soixante 
millions d'êtres, et reçut dans son cœur la science sans supérieure, et où, 
à l'invitation de Brahma, s'étant rendu à Béuarès, il fit tourner, en la 
répétant trois fois, la roue de la loi qui contient la loi en douze espèces dis^ 

Ann. C. - B 



10 ANNALES DD MUSÉK GL'IMET 

liiictos, en ce temps -là il convertit cinq, puis vingt-cinq, puis cinquante des 
plus émincnts parmi les fils des habitants de la ville, il les initia et les reçut 
solennellement. 

S'étant ensuite rendu à Ral-bal-gryi-tsal^seb (« bois de cotonniers »), 
il établit dans la vérité soixante personnes formant une bonne réunion 
(Bhadravarga). 

S'étant rendu à Grong-sde Adong, il établit dans la vérité les deux filles 
du villageois. Nandâ et Nandabalà. 

S'étant rendu à Lteng-rgyas (Uruvilva), il initia et reçut solennellement 
mille personnes à longs cheveux (Jatila). 

Etant venu au Gaitya de Gajà-çirsa, il instruisit ces mille Bhixus par trois 
prodiges, il les arracha au désert de la transmigration et les établit dans la 
possession du terme complet et final, dans le Nirvana (qui est) le bien- 
être sans supérieur. 

Etant arrivé au Ltang-brang-gi-tsal-(/seb, il établit ensemble dans les 
vérités le l'oi de Magadha Bimbisàra, et quatre-vingt mille dieux, plusieurs 
centaines de mille de Brahmanes et de maîtres de maison du Magadha. 

Etant arrivé à Ràjagriha, il reçut Venuvana, puis le bienheureux Buddha 
résida à Ràjagha, à Venuvana, dans l'enclos du Kalantaka. 

5. ARRIVÉE Dli ÇARIPUTRA ET DE M A U D G A I. Y A V A N A A RA.IAGRHA 

Upatisya et KoUta, en voyageant tous les d(nix, arrivèrent à Ràjagrha. Là, 
voyant Ràjagrha troublée dans son repos et bruyante, ils se dirent tous deux : 
C'est par deux causes qu'une ville peut être ainsi troublée dans son repos : par la 
crainte des troupes armées de l'ennemi d'une part, et de l'autre par les mérites 
religieux et la grande renommée soit d'un Çramana, soit d'un Brahmane. 

Tous deux se mirent donc à examiner les constellations. 

Ils se dirent tous les deux : Pour le moment, il n'y a point de crainte do 
la part des forces armées de l'ennemi ; il faut donc savoir ce qu'il y a. 

Dans le temps où leur pratique constante consistait à maintenir la distinc- 
tion des trois castes, et à attribuer une grande valeur aux organes des sens, 
les créatures les suivaient par centaines de mille ; depuis qu'ils avaient 
abandonné ce système, combien les suivaient ? pas même un seul. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR H 

Ils firent donc cette réflexion : nous, jadis, quand mms teniuiis grand compte 
des organes sensuels, les êtres nous suivaient par centaines de mille, et 
maintenant, il n'y en a pas un seul qui nous suive : quelle peut être la cause 
de ce fait ? 

Dans de telles circonstances les bienheureux Buddhas, etc. (Long déve- 
loppement, souvent réjJélé, sur la toute science et la miséricorde des 
Buddhas.) 

G. CONVERSION DE TARIPUTRA ET DE M A U D G A L Y A Y A N A ' 

Bhagavat vit, en y réfléchissant, que le temps de leur conversion était venu, 
qu'ils devaient être convertis au moyen, non de la puissance surnaturelle, 
mais de la bonne tenue. 11 suscita Aevajit, dont la bonne tenue est propre à 
gagner le dieux et les hommes. Açvajit entra donc dans Ràjagrha pour men- 
dier. Upatisy a, qui y était venu aussi, le vit et, frappé de son maintien, lui 
dit : Bhixu, qui est ton niaitre ? — Le Çramana Gautania de race Çàkya est 
celui dont je suis la loi. — Enseigne-la-moi. — Je suis trop nouveau, je ne 
puis que la résumer. —Résume-la. — Açvajit prononça cette stance : 

Les lois qui viennent d'une cause, le Tatliâgata en a dit la cause; 
Et ce qui en est l'empêchement, le grand Çramana l'a dit également. 

■ Upatisya vit la loi et la célébra dans une stance ; il rencontra Kôlita qui, 
frappé de sou calme, lui dit : Tu as trouvé l'Amrta ? — Je l'ai trouve. — 
Enseigne-moi la loi. — Upatisya répéta la stance dite par Açvajit, et Kolita 
vit aussi la loi. 

Tous deux décident de se rallier à Bhagavat et font part de leur résolution 
à leurs cinq cents disciples qui se déclarent prêts à les suivre. Tous en- 
semble vont trouver Bhagavat, qui, en les voyant venir, célèbre, dans une 
stance adressée à ses disciples, le pouvoir surnaturel de Maudgalyâna et la 
haute science deÇàriputra, (les deux disciples) qui forment la meilleure paire 
de ses auditeurs. A peine arrivés, ils sont rasés, revêtus de l'habit religieux 
et incorporés dans la Confrérie (avec leur suite) . 

i Cd paragraphe n'est qu'un abrégé; mais il reproduit presque constamment des phrases du texte. 



12 ANNALES DU M U SÉK C TT I M ET 

Cette conversion en masse indigna les habitants de Ràjagrlia qui pronon- 
çaient des paroles de blâme en voyant les nouveaux convertis se répandre dans 
la ville pour mendier. Les Bhixus affligés s'en plaignent à Bhagavat qui leur 
recommande de répondre par cette stance : 

Les grands champions, les Sugatas se laissaient conduire par la bonne loi ; 
Puisqu'ils se laissent conduire par la bonne loi, quel homme aviso ne le prendrait 

[en patience ? 

Les moqueurs furent réduits au silence par cette réponse. 



II 

PREMIÈRES PRÉDICATIONS DE ÇÀKYA 

Ce fragment est le récit des actions de Gâkya, depuis le moment où il 
sortit du découragement qui l'empêchait de publier sa doctrine et des 
conversions qu'il opéra à Bénarès jusqu'à son départ de cette vdle Le 
Mahâvagga du Vinaya pâli contient une relation des mêmes faits, non iden- 
Uque mais très semblable à celle du Kandjour. La fangeuse prédication des 
quatre vérités, le texte du Sùtra appelé Dhcu.na eakra-pravartanam fait 
nécessairement partie du récit ; nous le laissons en blanc, parce que nous 

le donnons à part plus loin. 

Tout ce qui, dans notre traduction, précède la célèbre prédication, est 
déjà connu par le Lalitavistara ; nous le donnons néanmoins, non seulement 
pour être plus complet, mais aussi parce que la rédaction du Dulva se dis- 
tingue nettement de celle du Lalitavistara. 

Ce qui suit la prédication sur les quatre vérités, n'a pas encore ete 
traduit, que je sache : je pense qu'on sera bien aise d'en avoir la tra- 

du'ction. , l'VKu; 

Tout ce récit, empi-uMé au volume IV <1„ Dulva, repara.l <laus 1 Ablu- 
uiskrau^ana Sùlra, qui n'es, guère, semble-.-il, ,«'uu exlrau du 
Dulva. 



14 ANNALES DU MUSEE GUIMET 



PREMIERES PREDICATIONS DU liUDDHA 

— Dulva IV folios 59-:!l — 
1° DÉCOURAGEMENT DE ÇAKYA 

Ensuite Bhagavat se dit eu lui-nièiue : cette loi profonde, qui brille dans 
la profondeur, difficile à voir et difficile à comprendre, qui n'oflfre point 
matière aux raisonnements (négatifs) des sceptiques, subtile, digne d'être 
connue des sages avisés et des savants, je l'ai comprise : mais si je la 
communiquais à d'autres, ces autres ne la comprendraient pas ; il en résulte- 
rait pour moi de la fatigue, il en résulterait de l'épuisement, parce que, au 
lieu de me renfermer en moi-même, je me disperserais au dehors. 

Hé bien ! il vaut mieux que je reste seul dans un bois désert et épais, 
constamment appliqué à la méditation qui consiste à demeurer paisiblement 
dans la loi de la vue (de la vérité). Ainsi Bhagavat, restant là à cause de 
son peu de cœur, n'était pas disposé à manifester du zèle et à enseigner la 
loi. 

2. VISITE DE BRAHMA A ÇAKTA 

Alors Brahmâ le maître du monde eut cette pensée : Hélas ! le monde ne 
durera pas ! Hélas ! si le monde ne dure pas, à quoi sert- il que le Tathâgata, 
Arhat, parfait et accompli Buddha, soit venu ainsi dans le monde en suivant 
la voie royale, une seule fois, comme la fleur de l'Udumbara. Puisque 
Bhagavat reste assis maintenant de la sorte, à cause de son peu de cœur, 
et ne tend pas à manifester du dévouement et à enseigner la loi, eh bien ! 
j'irai et je le supplierai. — Telle fut sa pensée. Alors Brahmâ, le maître du 
monde, avec la inênie (facilité) qu'un homme robuste étendrait son bras plié, 
ou plierait son bras étendu, disparut du monde de Brahmâ et se trouva en 
présence de Bhagavat. 

Brahmâ le maître du monde adressa en ce temps là cette gàtliâ à Bhagavat : 

11 exista jadis dans le Magadha une loi 

Impure, mc'ditt?e par des hommes souillés ; 

Ouvre la porte de la loi de l'Amrta, 

Annorfce (la loi) comprise par celui qui est sans tache. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUU 15 

Bhagavat répondit : 

Brahmâ, c'est avec une grande difficulté 
Que j'ai surmonté les vices et compris (la loi). 
Ceux qui sont dominés par la passion de l'existence 
Ne comprendront pas bien cette loi. 

La voie qui suit une direction contraire au courant (général), 
(Cette voie) profonde et très difficile à apercevoir, 
Ceux qui sont enveloppés par l'amas des ténèbres 
Et en proie à la passion du désir ne la verront pas par cette raison. 

— Vénérable, parmi les liommes qui sont dans le monde, parmi les êtres qui 
ont vieilli dans le monde, on en trouve qui de naissance ont les sens alertes, 
ou les sens médiocres, ou les sens émoussés ; qui sont faciles à entraîner ou 
faciles à discipliner, qui ont peu de corrui>tion naturelle, peu de passion : 
ceux-là, s'ils n'entendent pas la loi, tendront à tomber toujours plus bas. 
Vénérable, il en est comme des Njmpheas, des Lotus, des Lotus ronges, des 
Lotus blancs, qui sont nés dans l'eau, ont grandi dans l'eau. Tandis que les 
uns s'élèvent au-dessus de l'eau, quelques uns sont au niveau même de l'eau, 
quelques-uns sont encore plongés dans l'eau. Ainsi, Vénérable, parmi les 
hommes qui sont dans le monde, parmi les êtres qui ont vieilli dans le monde, 
on en trouve qui, selon leur nature, ont les sens alertes, les sens médiocres, 
les sens émoussés, qui sont faciles à conduire, faciles à discipliner, qui 
ont peu de corruption naturelle, peu de passion; ceux-là, s'ils n'entendent 
pas la loi, tomberont toujours j^lus bas. Afin qu'ils aient le joyau de la loi, 
je prie Bhagavat de proclamer la loi, je prie le Sugata de proclamer la loi. 

Alors Bhagavat se dit en lui-même : Hé bien ! il faut que moi-même, 
avec l'œil du Buddha, je regarde le monde. 

Cette réHexion faite, Baghavat lui-même, avec l'œil du Buddha, contempla 
le monde. Quand Bhagavat contempla ainsi le monde avec l'œil du Buddlia, 
parmi les hommes qui étaient dans le monde, et parmi les êtres qui avaient 
vieilli dans le monde, il y avait des natures à sens alertes, à sens médiocres, 
à sens, émoussés, faciles à conduire, faciles à discipliner, aj'ant peu de cor- 
ruption naturelle, ayant peu de passion ; ceux-là, s'ils n'entendaient pas la 
loi, tendraient à tomber toujours plus bas : Voilà ce qu'il vit. A cette vue, 
Bhagavat en vint à déployer un grand amour pour les êtres. 



16 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

Puis Bhagavat prononça en ce moment-là cette stauce : 

Les portes de l'Amrta vont être ouvertes ; 
Quiconque désire entendre, qu'il guérisse ses doutes. 
Brahmâ, j'annoncerai la loi aux hommes, 
Cette loi de satisfaction, irréprochable et humble. 

Puis Brahmâ, le maître du monde, pensa en lui-même: Ah! Bhagavat 
annoncera la loi. Ah! le Sugata annoncera la loi. — A cette pensée, à cette 
certitude, il se réjouit, fut content, très content, et avec une joie centuplée, 
le cœur à l'aise, il adora avec la tète les deux pieds de Bhagavat. Après quoi, 
ayant tourné trois fois autour de Bhagavat, il disparut. 

3. MANQUK d'auditeurs CAPABLES 

Ensuite Bhagavat eut cette pensée : A qui enseignerai-je premièrement 
la loi ? Telle fut sa rétlexion. Puis Bhagavat eut encore cette pensée : Oh ! 
c'est à cet Aràta Kàlàma que je dois enseigner la loi tout d'abord. Car il a été 
mon premier maître, lui personnellement ; en conséquence, si je l'Jionore en 
lui rendant le premier des honneurs, si je le respecte en lui rendant le premier 
des respects (hommages), il se réjouira et aura foi dans les conceptions 
supérieures. 

Les dieux dirent à Bhagavat : Vénérable, Arâta Kàlàma est mort, il y a 
de cela une semaine. 

Bhagavat réfléchit alors ; assis et produisant la vue de la haute science, (il 
vit en eâèt, que) Aràta Kàlàma était mort depuis déjà une semaine. Bhagavat 
eut donc cette pensée : Hélas ! Arâta Kâlâma est mort et n'est véritablement 
plus. Hélas ! puisque Arâta Kàlàma est mort et n'est véritablement plus, il 
n'a pas entendu cette discipline de la loi ; s'il avait entendu cette discipline 
de la loi, il l'aurait comprise ! 

Ensuite Bhagavat fit cette réflexion : A qui enseignerai -je la loi en 
premier ? Puis Bhagavat eut aussitôt cette pensée : C'est à Rudraka fils de 
Ràma que je dois enseigner la loi d'abord. Il a été mon premier maître, lui 
personnellement. En conséquence, si je l'honore en lui rendant le premier 
des honneurs, si je le respecte en lui rendant le premier des hommages, il se 
réjouira et aui'a foi dans les conceptions supérieures. 



FRAGME NTS TRADUITS nu K A NDJOUR 17 

Les dieux diront à Bliagavat : Vénoralile, Rudraka, fils de Piàma, c-t m irt 
au crépuscule avant la dernière nuit. Bliagavat s'étant alors assis pour méditer, 
et ayant produit l'œil de la science, (vit qu'en effet) Rudr'aka fils de Rània 
était mort à (ce) crépuscule. Puis Bliagavat eut cette pensée: Hélas ! Rudraka, 
fils de Ràma est mort ; il n'est vraiment plus. Hélas ! puisque Rudraka fils 
de Ràma est mort, il n'a pas entendu cette discipline de la loi ; s'il avait 
entendu cette discipline de la loi, il l'aurait comprise. Telle fut sa réflexion. 

Ensuite Bliagavat eut cette pensée : A qui enseignerai-je premièrement 
la loi ? Puis il eut cette (autre) pensée : C'est aux Bhixus, formant un groupe 
de cinq, que je dois premièrement enseigner la loi ; ceux-là, autrefois quand 
je restais en place, appliqué avec énergie à la méditation (yoga) qui pouvait 
m'affranchir de la douleur, m'ont assisté comme leur supérieur, de leurs 
respects et do leurs amabilités. 

Puis Bliagavat eut cette pensée : Où résident maintenant les Bhixus du 
groupe de cinq ? — et Bliagavat, avec son œil divin parfaitement pur et qui 
dépasse r(œil) humain, vit les Bhixus du groupe de cinq installes à Bonarés, 
à RsivadanaS dans le bois des Gazelles (Mrgadàva). A cette vue, après 
avoir demeuré aussi longtemps qu'il lui avait plu près de l'arbre de laBodhi, 
il se dirigea du côté où est Vàrânasi, capitale des Kaçi. 

4. RENCONTRE d'upAXA 

En ce temps, l'Ajivaka Upaka cheminait sur cette même route. L'Ajivaka 
Upaka aperçut Bhagavat qui venait par ce chemin. L'ayant vu, il lui adressa 
ces paroles : Gramana Gautama, tes sens sont purs; les couleurs de ton visage 
sont parfaitement pures ; puisque tuas le teint si clair, Ayusinat Gautama, 
quel est ton précepteur? Sur qui t'es -tu appuyé pour devenir parivrajaka 
(moine errant)? Dans la loi de qui te complais- tu? 

Bhagavat prononça ces stances : 

Il n'existe personne qui soit semblable à moi ; 
Pour moi il n'existe point de maître. 

i Ea certaines portions du Kandjour on trouve la leçon drang srong- gi-smra-va {Rsivadail 
n paroles des Kçis ») au lieu de drang-srong-gi-Uung-va (Rsipatana « chute des Risis a) . — On 
sait que -B/u' CM (mendiant) est le nom sanskfit d's moines h;uddbistes; les Tibétains le rendent 
par Dge-Slong. 

Ann. g. - B 3 



18 A.NNALEs; DU MUSEE GUIAIET 

Je suis le seul Huddha qui soit au monde, 
J'ai obtenu la Bodhi parfaite et forte. 

J'ai tout vaincu: je connais-tout (dans) le monde; 

Aussi ne suis-je lié par aucune loi. 

J'ai tout rejeté, je suis sans désir ardent, pleinement délivré, 

Ayant par moi-même la connaissance surnaturelle ; sur qui m'appuierais-je? 

Tathâgata, docteur des dieux et des hommes, 
Sachant tout, doué de toutes les forces, 
Ayant par moi-même saisi la Bodhi, instruit à fond, 
JN''ayantni égal, ni semblable, sur qui me reposerais-je? 

C'est moi qui suis l'Arhat dans le monde ; 
Dans le monde je suis sans supérieur; 
Dans le monde avec ses dieux, 
. Je suis le Jina, le vainqueur des démons. 

— Ayusmat Gautaraa, tu te dis un Jina ? 

— Quiconque a obtenu la destruction de la misère 
E»t un autre Jina : voilà ce qu'il faut savoir. 

J'ai surmonté la loi du péché: 

Voilà pourquoi, Upaka, je suis un Jina. 

— Ayusmat Gautama, où vas -tu? 

— Après être arrivé à Vàrànasi, 

J'y ferai entendre le tambour de la loi. 

J'y ferai tourner la roue de la loi, 

Qui n'a point encore tourné dans le monde. 

J'ai traversé (comme une mer) rattachement au monde ; 
Celui qui sait tout, le Buddha qui a atteint le calme. 
N'est point l'homme bon. 
S'il no s'elTorec do faire passer le monde à l'autre rive. 

— .Xyusnjat Gautama Jina, c'ot bien! dit l'Ajivaka 
Upaka, et il continua son chemin. 



.J. nUCF, PTION l'AITR A ÇAICYA PAR I. K S CINQ 

Ëu Ce tcnips-làj IcsBliixiis du gi'uupc ih' eiiiq rtaii'ut installés à Bcnai'és, 
à Rsivadana, dans le bois des Gazelles. Les Bliixus du groupe de cinq virent 
de très loin Bhagavat. En le voyant, ils concentrèrent leurs réflexions sur ce 



FR AGMICNTS TRADUITS DU KANDJOUR i'.) 

point, et (''tiiiit l)i('ii assis (ils se din'iit entre eux) : Savants dunes di' moralité, 
1(! (Iramana (iantama est sans solidil('': il n'est [a-; dé(ii.>-nré, il est nourri par 
bien des gens, il a rompu son vœu, il a maneé du ri/ cuit, des aliments 
chauds, des mets de tout genre; il s'est frotté le cor[is de beurre frais et 
d'huile de sésame, puis il l'a baigné dans l\'a\\ douce: et le voilà qui se 
dirige vers nous. Il ne faut pas lui parler, il m- faut pas le saluer, il ni; faut 
pas le satisfaire, il ne faut pas nous lever pour lui offrir un tapis; ou bien, 
s'il étend pour lui-même le surplus du tapis, nous lui dirons : Ayusmat Gau- 
tama, puisqu'il y a un tapis, si tu le désires, assieds-toi ; voilà ce que nous 
lui dirons. — C'est ainsi qu'ils s'entretinrent. 

A mesure que Bhagavat, ayant vu les Bhixus du groupe de cinq, s'avançait 
vers eux, avec la même gradation, les Bhixus du groupe de cinq n'ayant 
pas oublié la majesté, la splendeur de Bhagavat, cet air qui commande le 
respect, se levèrent de dessus leur tapis ; quelques-uns, en vue de la loi, lui 
préparèrent là un siège, d'autres lui offrirent de l'eau pour se laver les pieds 
et un marchepied. Quelques-uns, le recevant avec em[iressement, prirent 
son vêtement et son manteau de religieux. Ils lui disaient : Savant Gautama, 
viens ici ! Savant Gautama, tu es le bienvenu ! Savant Gautama, assieds-toi 
sur ce tapis préparé exprès pour toi. 

Puis Bhagavat fit en lui-même cette réflexion : « Ah ! ces hommes fous 
s'étaient fait une règle, mais je l'ai renversée. » Et, se rendant bien compte 
de cela dans sa pensée, il prit place sur le siège qui lui avait été préparé. 

Puis les Bhixus du groupe de cinq parlèrent ensemble des signes de 
Bhagavat, ils parlèrent de sa naissance; ils répétèrent tout ce que Bhagavat 
avait dit. Alors Bhagavat dit aux Bhixus du groupe de cinq :• Vous, Bhixus, 
parlez ensemble des signes du Tathûgata, parle/ de sa naissance, répétez ce 
qu'a dit l' Ayusmat ! pendant longtemps il y aura pour vous du dommage, 
il n'y aura i)as d'avantages, il y aura de la douleur. Pourquoi cela, direz- 
vous? C'est que, Bhixus, toutes les fois que quelques houunes parlent en- 
semble des signes du Tathàgata, parlent de sa famille, répètent ce qu'a dit 
l'Ayitsmat, dans ce cas, il y a pour ces hommes, (si) grands (qu'ils soient), 
du dommage pour longtemps, il n'y a pas d'avantages, il y a de la douleur. 

Ils lui tirent cette réponse : Ayusmat Gautama, t'es- tu vu un moment 
privé d'obtenir, par cette règle d'autrefuis, par cette conduite, par cette pratique 



20 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

cbs austérités, la connaissance apiirofundic de la lui luimaine supérieure et 
sublime, ou bien l'as-tu comprise, l'as-tu vue ? mais tu n'as pas môme aperçu 
le terrain dî la science! Et maintenant que ton inconstance est (établie), que 
dans mainte circonstance où tu avais à te montrer, tu t'es fait nourrir par 
d'autres, que tu as rompu ton vœu, que tu as mangé du riz cuit, des aliments 
chauds, toute espèce de provision de bouche, que tu as frotté ton corps de 
terre rouge et d'huile de sésame pour laver ton corps dans l'eau douce, 
combien n'en es-tu pas encore plus loin ! 

— Bhixus, voyez-vous que les couleurs du visage du Tathàgata et ses 
sens aient une apparence difïérente qui s'écarte de leur éclat d'autrefois ? 

Ils répondirent : Ayiisraat Gautama, cela est ainsi K 

Alors Bhagavat parla ainsi au groupe de cinq Bhixus : 

Bhixus, quand on est initié, etc. 

6. enseignement des quatre vérités ( dh a rm ac akr a - 
travartanam) 

Ici se place fa première prèdlcaiion du BitdJIia, renseignement des 
quatre vérités, le sûfra intitulé Dharma-cakra-pravartanam, dont nous 
donnons plus loin la traduction selon les deux versions principales. Cet 
épisode se termine comme suif ; 

Pendant que cette explication de la loi était prononcée, l'Ayusmat Ajiïàta 
Kaundinya eut l'esprit entièrement délivré des péchés de manière à ne plus 
y retomber. Pour les Bhixus qui restaient du groupe de cinq, l'œil de la 
loi naquit sans poussière et sans lAt-he. En ce temps -là, il y avait dans 
h monde un Arhat (Ajnata-Kaundinya) : le second était Bhagavat. 

Suit le récit de la conversion des quat/'e autres premiers disciples. 

7. CONVERSION DE YA ç A S 

En ce temps-là vivait à Bénarès le fils d'un chef de fomille, nommé Yaeas^; • 
les jours se succédaient puur lui dans le plaisir que lui donnait la musique 

1 C'est-à-dire : oui. Mais cela n'est pas tris clair. Je suppose que le Biiddha veut dire que son air, 
depuis qu'il est Buddlia, diffère de celui qu'il avait avant de l'être devenu. 

2 Gra(;s pa, « gloire. » L'original sanskrit Yaças est bieu connu. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.IOUH 21 

exécutée par des femmes, il s'en réjouissait. A force de goûter ce plaisir, son 
Corps s'affaiblit, son corps se fatigua, son corps s'exténua et tomba subitement 
dans un assoupissement disgracieux. Il en fut de même i)our ces femmes ; 
leur corps s'affaiblit, leur corps se fatigua, leur corps s'exténua et tomba 
soudain dans un assoupissement lourd et disgracieux. Le fils du chef de 
famille, Yaças, s'étant réveillé la nuit de son sommeil, vit toutes es femmes 
dans des attitudes violentes et nues, les cheveux épars et les bras étendus. 

Cette vue fit naître en lui, à propos de ses épouses se présentant à lui de la 
sorte, l'idée d'un cimetière. 

Ensuite Yaças le fils du chef de famille se levant de sa couche, mit dos 
chaussures (ornées) de joyaux du prix de cent mille (pièces de monnaie), puis 
étant arrivé à la porte de sa chambre à coucher : Compagnons, dit-il, je suis 
tourmenté ; compagnons, je suis déchu ! — Il proféra ces paroles de décourage- 
ment; la porte lui fut ouverte par des êtres non humains, sans dire un mot. 

Ensuite Yaças, le fils du chef do famille, arriva à la porte de la maison, 
disant : Compagnons, je suis tourmenté; compagnons, je suis perdu! — A 
ces paroles de découragement, la porte fut ouverte par des êtres non humains, 
sans dire un mot. 

Ensuite Yaças, fils du chef de famille, arriva au liou où était la porte de 
la ville: Compagnons, dit- il, je suis tourmenté ; compagnons, je suis perdu! 
— A ces paroles de découragement, la porte fut ouverte par des êtres 
non humains, sans dire un mot. 

Ensuite Yaças, le fils de famille, arriva au lieu où est le cours d'eau 
Vârana * . 

En ce moment, sur le bord du cours d'eau Vàrana, sur la- partie extérieure 
et découverte du Vihâra, Bhagavat allant et venant, marchait à pas comptés, 
pendant que Yaças le fils de famille arrivait. Yaças, le fils du chef de famille, 
aperçut de loin Bliagavat marchant (allant et venant) sur le bord du cours d'eau 
Vàrana. A cette vue, il prononça ces paroles de découragement : Gramana, 
je suis tourmenté, Çramana, je suis perdu ! — Bhagavat répondit à Yaças, le 



1 Le nom tibétain est Grtoii-pa-can (« dangereux »); je restitue le sanskrit Vàrana; le Vàrana 
(aujourd'hui Baruà) est un cou'-s d'eau voisin de Beuifè, et dont le nom entre, dit-on, dans celui de la 
ville. — Vàrana signi iant « empàcheraant », on peut considérer le tibétain gnod-pa comme une tra- 
duction de ce terme et gnod-pa-can co:nme un équivalent du nom de fleuve Vàrana. 



22 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

fils du chef de famille : Jeune lioaune, viens ici ! Ce Heu sera pour toi sans 
tourments, il no sera point (pour toi) une (cause de) perdition. 

Puis Yaças, le fils du chef de famille, déposa sur le bord du cuurs d'eau 
Vâraua sa paire de chaussures ornée de jovaux du prix de cent mille (pièces); 
passant alors le cours d'eau Vârana, il vint au limi où était Bhagavat, puis 
ayant adoré avec la tête les deux pieds de Bhagavat, il se tint à peu de dis- 
tance. Ensuite, Bhagavat ayant mis au large Yaças, le fils de famille, so 
rendit au lieu où était son Vihâra, puis s'assit sur le siège préparé spéciale- 
ment pour lui. Quaiiil ils furent assis, Bhagavat s'adressant à Yaças, h fils 
de famille, par des discours pleins de la loi et propres à l'instruire, à lui faire 
prendre prise, à l'exalter, à lui donner une joie vive, développa longuement 
les cUscours de la loi qui avaient été dans les temps antérieurs ceux des bien- 
heureux Buddhas, tels que le discours sur le don (dchia), le discours sur la 
moralité (çUa), le discours sur le Svarga, le peu de satisfaction que donnent 
les passions et leur néant, la corruption morale complète, la perfection, la 
sortie (hors du monde), l'éloge de la solitude complote, la région de la 
perfection. 

Lorsque Bhagavat vit que (Yaças) avait l'esprit joyeux, l'esprit tourné k 
la vertu, l'esprit tourné à l'application, l'esprit exempt de ténèbres, doué de 
jugement, et capable do comprendre si on lui présentait un exposé complet 
de la loi, alors Bhagavat lui enseigna, en la développant telle qu'elle est, la 
loi d'après l'exposé complet qu'en ont (toujours) fait les Buddhas, à savoir : 
la douleur, l'origine, l'empêchement, le chemin ; par exemple, si l'on revêt 
un habit pur, exempt de taches noires et de saletés, d'une couleur convenable. 
il importe d'adopter la couleur convenable. En conséquence, Yaças le fils du 
chef de famille, i)endant qu'il était encore assis sur le siège, passa en 
revue (dans son esprit) les quatre vérités sublimes : la dijuleur, l'origine, 
l'empêchement, la voie. 

Puis Yaças le fils de famille vit la loi, entendit la loi, obtint la loi, pénétra 
les profondeurs de la loi, fut débarrassé de toutes ses obscurités, débarrassé 
de tous ses doutes. N'attendant plus son bien d'autre (chose), ne se laissant 
plus conduire par autre (chose que la loi), ayant conquis l'abs-^nce de toute 
crainte grâce aux lois enseignées par le maître, il se leva du tapis où il 
était assis, rejeta son vêtement de dossns sur son épaule et faisant l'anjali 



FRAGMENTS TKAlJlITS DU KAISDJOUR 23 

en s'incliiiaut du cùto où était Bhagavat, parla ainsi à Bhagavat ; Vénérable 
je suis un àrya, je suis un ârya complet : je vais en refuge dans le Buddlia, 
la Loi, et la Confrérie desBhixus; je demande à être reçu solennellement. — 
Désormais, pendant tout le temps de ma vi<>, tant que je jouirai du souffle 
vital, j'aurai une foi complète pour aller dans le refuge. 

s. CONVERSION DU PÈKE DE YAÇAS 

Cependant, une nuit, cette (nuit) même, une servante s'étaat réveillée, 
vit que le jeune Yacas ne se trouvait plus dans sa chambre à coucher. A 
cette vue, elle se rendit près du maître de maison chef de famille, et, quand 
elle y fut arrivée, elle dit au chef de famille, maître de maison : maître, il 
faut que tu le saches : le jeune Yacas ne se trouve pas dans sa chambre à 
coucher. 

Alors le maître de maison, chef de famillle, se dit en lui-même : le jeune 
homme aurait-il été enlevé violemment à cause de ses richesses ? car il est 
peu probable que des séducteurs l'aient entraîné au dehors : tout en faisant 
ces calculs dans son esprit, il envoya dans la direction des quatre points (car- 
dinaux) des messagers à cheval ; lui-même avec des hommes tenant des flam- 
beaux à la main se dirigea vers le cours d'eau Vàrana. Sur le bord du cours 
d'eau Vàrana, le maître de maison chef de famille vit la paire de chaussures 
valant cent mille pièces de monnaie, qui avait été déposée. A cette vue, il ht 
encore cette réflexion : le jeune homme aurait -il donc été enlevé par des 
brigands à cause de ses richesses, car il n'est pas (à croire) que des séduc- 
teurs l'aient entraîné au dehors. Ainsi d'après ce fait qu'une paire de chaus- 
sures de cent mille pièces de monnaie a été déposée sur le bord du cours d'eau 
Vàrana, on ne peut guère douter que le jeune homme n'ait quitté le bord du 
cours d'eau Vàrana pour passer (à l'autre bord). — Se disant donc : il a jeté 
sur le bord du cours d"eau Vàrana une paire de chaussures du prix de cent 
mille pièces de monnaio ; il passa de l'autre coté du cours d'eau Vàrana, 
et se dirigea vers le lieu où était Bhagavat. Bhagavat vit de loin le 
maître de m;uson, chef de famille, qui arrivait. A cette vue, cette pensée lui 
vint à l'esprit : si je faisais à l'aide de ma puissance surnaturelle une combi- 
naison telle que le maitre de maison chef de famille ne puisse voir le jeune 



24 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

Yaças assis sur son siège ? — En vertu de cette réHoxiou, Bhngavat fit une 
combinaison propre à manifester sa puissance surnaturelle, si bien qu'il 
empêcha le maître de maison, chef de famille, de voir le jeune Ya;as assis 
sur son siège. 

Puis, quand le maitre de maison chef de famille fut arrivé au lieu où était 
Bhagavat, il parla ainsi à Bhagavat : Bhagavat, n'as tu pas vu le jeune Yaças ? 

— Maître de maison, assieds-toi, puisqu'il en est ainsi. Assis sur le siège, 
tu seras dans le lieu le plus propice pour voir assis le jeune Yaças. 

Alors le maître de maison chef de famille se dit en lui-même : Sans aucun 
doute, Bhagavat a vu le jeune Yaças ; car Bhagavat a dit : Assieds-toi donc, 
maître de maison ; une fois assis sur ce siège, tu seras dans le lieu le plus 
propice pour voir le jeune Yaças assis. Telle a été la parole de Bhagavat. 

— Faisant ces réflexions, il fut joyeux, content, ravi, enchanté, plein de 
satisfaction; il salua avec la tête les pieds de Bhagavat, et se plaça à peu de 
distance. Quand il fut placé à peu de distance, Bhagavat lui adressa un dis- 
cours sur la loi . 

Pendant cet exposé détaillé de la loi, l'œil de la loi pour (voir) les lois sans 
poussière et sans tache naquit pour le maître de maison chef do famille. Quant 
à l'àyusraat Yaças, comme un homme qui a été souillé d'ordures et n'en 
reprend plus (après s'être nettoyé), son esprit fut débarrassé de tous péchés. 

Puis Bhagavat ayant démoli (défait) la combinaison formée en vertu de 
sa puissance surnaturelle prononça cette stance : 

Celui qui, comme un homme chargé d'ornements pratique la loi, 
Pratique la discipline et la loi dans ses moindres détails. 
S'abstient avec soin de toute rigueur envers les êtres, 
Celui-là est vraiment un Brahmane, un Çramana, un Bhixu. 

11 y avait alors dans le monde six Arhats; Bhagavat était le septième. 

Le maître de maison, chef de famille, vit le jeune Yaças assis sur son tapis. 
Alors il (Bhagavat) parla ainsi au jeune Yaças. Jeune homme, viens ! Toi qui, 
auprix des plus grandes fatiguesdu corps, par une science qu'on ne t'avait point 
enseignée, par des vues qu'on ne t'avait point foit cjnnaitre, eu es venu à 
méditer sur les quatre vérités sublimes, la douleur, l'oi^igine, rcnipèchement, 
la voie, es-tu tel que tu aies une maison, que tu résides dans une maison ? Les 



FRAGMENTS TRADLUTS DU KANDJOUR 25 

richesses accumulées sont-elles l'objet de tes désirs, et vis-tu au sein des 
richesses ? 

— Vénérable, il n'en est rien. 

— Maîtro de maison, dtî même (jue toi, par une connaissanco qui t'a été 
enseignée, par des vues qui t'ont été enseignées, tu en es venu à méditer sur 
les quatre vérités sublimes, savoir: la doideur, la cause, renipèchemeut, la 
voie ; ainsi, le jeune Yaças, par des vues qui ne lui avaient pas été enseignées, 
en est venu à méditer sur les quatre vérités sublimes, la douleur, la cause, 
l'empêchement, la voie. 

— Vénérable, puisque le jeune Yaças, par une connaissance qni ne lui 
avait pas été enseignée, par des vues qui ne lui avaient pas été enseignées, 
en est venu à raisonner sur les quatre vérités sublimes, à savoir : la douleur, 
la cause, l'empêchement, la voie, le gain qu'il a fait est un bon gain. Que 
Bhagavatet Yaças devenu Gramana, manifestant leur compassion, veuillent 
bien se rendre chez le chef de famille. 

Bhagavat accepta la proposition du chef de fomille en gardant le silence. 

Quand le maître de maison, chef de famille, comprit que Bhagavat avait 
acquiescé par son silence, il salua avec la tête les pieds de Bhagavat, et se 
retira de devant Bhagavat. 

Ensuite, quand cette nuit fut passée, Bhagavat revêtit de grand matin sa 
tunique, prit sou vase à aumônes, s'enveloppa de sou manteau de religieux et 
avec l'Ayusmat Yaças marchant derrière lui, il se rendit à la demeure du 
maitre de maison, chef de famille. 



9. CONVERSION DE LA MKRE ET DE LA FEMME DE YAÇAS 

Eu ce moment, la mère de l'Ayusmat Yaças et son épouse, elle deuxième, 
se tenaient assises constaunnent sur le seuil de la porte pour recevoir (leur 
hôte). La mère de l'Ayusmat Yaças et son épouse, elle deuxième, virent donc 
de-loin Bhagavat qui arrivait. Dés (Qu'elles le virent, elles préparèrent un 
siège pour Bhagavat, et parle -eut ainsi : Viens, Bhagavat, approche ! Bhaga- 
vat est le bienvenu ! Que Bhagavat veuille bien s'asseoir sur ce siège ! — 
Et Bhagavat s'assit sur le siège pré].)aré pour lui. 

ann. g. - d * 



26 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

Puis la luèro de l'Aynsmat Yaças, puis son épouse, elle deuxième, saluèrent 
avec la tète les pieds deBhagavat, et s'assirent non loin de lui. Quand elles 
furent assises nuu loin de lui, Bhagavat par un discours plein de la loi instruisit, 
endoctrina, éleva, réjuuit la mère de TAynsmat Yaças et son épouse, elle 
deuxième. 11 leur adressa les discours traditionnels des bienheureux Buddhas, 
savoir le discours sur le don, le discours sur la moralité, le discours sur le 
Svar^a, il développa tout au long les faibles avantages eu même temps que la 
bassesse et la défectuosité des passions, la corruption moraleabsolue, la pureté, 
la sortie hors du monde, l'éloge de la solitude et les lois de la région de pureté. 

Quand Bhagavat vit qu'elles avaient toutes les deux l'esprit joyeux, l'esprit 
tourné à la joie, l'esprit ravi, que leur jugement était (siÀr) et que si on leur 
texposait la loi en la leur offrant com[ilètement, elles étaient capables de la 
connaître, il leur exposa tout au long la loi qu"out toujours enseignée par 
transmission les bienheureux Buddhas, à savoir la douleur, la cause, l'em- 
pêchement, avoie; par exemple, puisque l'on doit revêtir un habit exempt 
de toutes taches noires et de souillures, de couleur convenable, il importe 
d'adopter la couleur prescrite. Selon cet (enseignement) la mère de l'Ajusmat 
Yacas et sonépousc, elle deuxième, méditèrent à fond dans cette séance 
même sur la douleur, la cause, l'empêchement, la voie. 

Puis la mère de l'Aynsmat Yaças et son épouse, virent la loi, obtinrent 
la loi, connurent la loi, pénétrèrent dans les profondeurs de la loi, furent 
affranchies de toutes leurs incertitudes, aifrancliies de tous leurs doutes, 
n'eurent plus de foi en aucvui autre, ne se laissèrent plus conduire par aucun 
autre, conquirent l'absence de crainte dans les lois qui leur avaient été 
enseignées par le maitre. S'étant levées de dessus leur tapis, elles tirent 
l'aujali en se tournant du côté de Bhagavat et parlèrent ainsi à Bhagavat : 
Vénérable, nous sommes élevées (à l'état d'àrya) ; étant élevées au plus haut 
degré (à l'état d'àrya), nous venons en refuge près de Bhagavat, de la Lui^ 
et de la Confrérie des Bhixus, nous te prions de nous admettre comme 
Upasikas. Désormais, aussi longtemps que nous vivrons et que le soufde nous 
restera, notre foi se manifestera hautement par ce refuge ((pie nous adoptons). 
Vénérable, nous demandons à faire acte (do s iimission) par un repas (que 
nous t'offrons). Bhagavat accueillit par son silence l'offre de la mère de 
l'Aynsmat Yaças et de sa femme, elle deuxième. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.IOITR g? 

La mère do rAyiismat Yaças et son épouse, <'Ile ilcuxième, avant comin-is 
que Bhagavat acquiesçait par son silence, firent asseoir Bhagavat commodé- 
ment, puis le fortifièrent et le rassasièrent en lui offrant de leurs propres 
mains des mets solides et liquidi>s, purs et agréables. Après qu'elles l'eui-cnt 
ainsi fortifié et rassasié par toutes sorti;s de mets et de breuvages purs et 
succulents, quand elles virent que Bhagavat avait fini de manger, rentré ses 
mains et serré son vase, elles prirent sur le tapis une position modeste et 
s'assirent en face de Bhagavat pour entendre la loi. 

Alors par un discours qui renfermait la loi, Bhagavat instruisit, endoctrina 
à fond, exalta, réjouit vivement la mère de Yaças et son épouse, elle 
deuxième. Après les avoir instruites, endoctrinées à fond, exaltées, réjouies 
vivement par des discours variés sur la loi, il se leva de son siège et partit. 

10. ANCIENS MÉRITES DE YAÇAS 

Les Bhixus, ayant conçu un doute, questionnèrent Bhagavat, celui qui 
résout tous les doutes : Vénérable, quels actes l'âyusmat Yaças avait-il faits, 
pour que, par la maturité de ces actes, quand il était au milieu de l'entourage 
de son palais, là dans son propre palais, il ait eu la notion d'un cimetière, et 
que, comme nettoyé de toutes les souillures, la dignité d'Arhat se soit mani- 
festée pour lui en présence de Bhagavat ? 

Bhagavat dit : Bhixus, dans d'autres existences, antérieures à celle-ci, ce 
Yaças a fait, accumulé des actes, il en a pris le fardeau croissant, il a réalisé 
l'enchaînement de leurs causes et de leurs effets. Ces actes se pressent comme 
les tlots, et la fatalité de leurs conséquences est inévitable : quel autre que 
celuiqui a fait, accumulé ces actes pourrait en recueillir le fruit? Oui, Bhixus, 
les actes qu'on a faits, accumulés, ne mûrissent pas en dehors (de l'individu) ; 
ils ne mûrissent ni dans l'élément terrestre, ni dans l'élément aqueux, ni 
dans l'élément lumineux, ni dans l'élément igné, ni dans l'élément du vent. 
C'est dans l'élément du Skandha, dans les Ayatanas que mûrissent les actes 
qu'on a faits ou accomplis. Vertueux ou vicieux, les actes ne périront jamais, 
même après des centaines de kalpas. Quand tout est au complet, que le temps 
est venu, ils portent leurs fruits, certes, pour les êtres corporels*. 

1 Ce develuppemeiitsur la falalilé des conséquences des actes revient très souvent dans le Kandjoi:r. 



28 ANNALES DU MDSÉE GUIMET 

Autrefois, Bhixu9>, dans lu villi^ (l(> Vùràuasî, sur uno moutas'ne pou éloi- 
gnée de la ville, résidait un Rsi pleiu de charité et de compassion, dont toutes 
les pensées étaient dirigées vers le bien des êtres. Au moment d'entrer 
(en ville) pour les auiuôni's, il rencontra le corps d'un homme mort. Il entra 
on ville avec des dispositions avides, afin de recevoir des aumônes, puis, 
quand on lui en eut donné, il revint. Dans l'intervalle le cadavre était devenu 
tout vert et tombé on putréfaction complète. Il -passa devant cet objet, et à 
l'instant même, il fut délivré des convoitises. — Que pensez-vous, Bhixus ? 
Celui qui, en ce temps-là, à cette époque, fut le Rsi, c'était le jeune Yaças; 
c'est par là qu'il a été délivré des attachements passionnés. C'est par là que. 
même alors qu'il était dans (les bras d)'une é])ouse, il a atteint la consé- 
quence de cet acte. 

Ainsi, Bhixus, les actes entièrement noirs portent un fruit entièrement 
noir, les actes entièrement blancs portent un fruit entièrement blanc ; les actes 
mélangés portent un fruit mélangé. En conséquence, Bhixus, renonçant aux 
actes entièrement noirs, comme aussi aux actes mélangés, appliquez-vous 
énergiquemont aux actes entièrement blancs. Voilà, Bhixus, ce que vous 
devez apprendre ^ — Ainsi parla Bhagavat : les Bhixus réjouis louèrent 
ouvertement le discours de Bhagavat. 

11. CONVERSION DE (JUATRE AUTRES HAP.ITANTS 

Or, il y avait à Vàrànasî un deuxième, un troisième, un quatrième, 
un cinfiuième fils de maître de maison chef de famille (à savoir) : 
Purna (-jit), Vimala, Gavàmpati, Subâhu. Ces lîls de chefs de famille 
(Çrcsthi) entendirent cette nouvelle : Yaças, le fils du chef de famille a fait 
couper sa barbe et ses clun'oux, il a pris des vêtements rouge-clair, a reçu 
la foi et a (piitté les lieux habités pour les régions inhabitées. A cette nou- 
velle, ils se dirent : Oh ! mais, on ne peut pas dire que le Buddha ne soit pas 
mie ])orsonne excellente et l'enseignement de la loi une chose excellente, 
puisque, à cause d'eux, Yaças le fils du chef de famille, vient, en un instant, 
lui si jeune, si amoureux du bien-être, de se couper cependant la barbe et les 
cheveux, de se revèlir d'habits rouge-clair, de recevoir la foi, do se faire 

1 Ce récit esl un vûi'iti\))le Availàna: nous en reparlerons plus loin. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 29 

initier et de quitter les lii'ux lial)iti''s \Hmv les régions inhabitées. EU bien ! 
nous aussi, il faut que nous coupions notre barbe et nos cheveux, que nous 
revêtions des habits rouge clair, que nous recevions la foi parfaite et que 
nous quittions les lieux habités pour les régions désertes. 

Ensuite, le deuxième fils du chef de famille et le troisième, le quatrième, 
le cinquième (à savoir) : Pùrna (-jit), Vimala, Gavâmpati, Subàlui, ces fils 
du chef de famille sortirent de Vàrànasi pour aller au lieu où se trouvait 
Bhagavat. Y étant arrivés, ils saluèrent avec la tète les pieds de Bhagavat 
et s'assirent non loin de lui. Une fois assis non loin de lui, le deuxième fils 
de chef de famille et le troisième, le quatrième, le cinquième, Purnajit, 
Vimala, Gavâmpati, Subàhu, les iils de chefs de famille parlèrent ainsi à 
Bhagavat : Vénérable, si l'initiation à la discipline de la loi bien enseignée, 
la consécration et la condition de Bhixu nous sont accordées, nous pratique- 
rons la pureté absolue en présence de Bhagavat. — Ces âyusmats reçurent 
l'initiation à la discipline de la loi bien enseignée, la consécration et la 
condition de Bhixu. 

Ainsi initiés, ces âyusmats, voués à une solitude sévère, à la vigilance, à 
lapplication, vécurent dans le renoncement. 

Gomme ils étaient voués à la solitude, k la vigilance, à raii[ilication, au 
moment où ces fils de chef de famille eurent coupé leur barbe et leurs cheveux, 
revêtu des vêtements rouge-clair, reçu la foi véritable, quitté les lieux 
habités pour les régions inhabitées et atteint le terme delà pureté absolue 
au delà duquel il n'y a rien, en ce moment même ayant réussi à atteindre la 
manifestation pour eux-mêmes de la connaissance surnaturelle, ils purent 
dire : Notre naissance est épurée, la pureté absolue nous a été enseignée ; nous 
avons 'fait ce que nous avions à faire, nous ne connaissons pas d'autre nais- 
sance que celle-ci. En se conduisant ainsi, les âyusmats devinrent des Arhats 
dont l'esprit était entièrement délivré (de l'erreur comme du mal) et sachant 
tout . 

En ce temps- là, il y avait dans le monde dix Arhats*; le onzième, 

c'était Bhagavat. 



i Ces dix sont les quatre dont on vient de raconter la conversion ; - Yaças dont la conversion a pré- 
cédé et préparé les leurs, —et enEn les cinq premiers disciples. 



30 ANNALES DU MUSEE GUIMET 



12. CONVERSION DE CINQUANTE HABITANTS DE BÉNARÈS 

Dans la ville de \'àrànasi, cinquante habitants, lils de chefs de famille, 
apprirent cette nouvelle : un premier, un deuxième, un troisième, un quatrième, 
un cinquième fils de chef de famille, Yaças, Puriia (-jit),Vimala, Gavâmpati, 
Subâhu, ces fils de chef do famille ont coupé leur barbe et leurs cheveux, 
revêtu des habits rouge clair, reçu la foi parfaite et conséquemment passé 
des lieux habités dans les régions désertes. A cette nouvelle, ils se dirent en 
eux -mêmes : Oh ! mais, on ne peut pas dire que le Buddha ne soit pas une 
personne excellente, ni l'enseignement de la loi une chose excellente, puisque 
à cause d'eux un premier, un deuxième, un troisième, un quatrième, un 
cinquième fils de chefs de famille, Yaças, Purna (-jit), Vimala, Gavâmpati, 
Subâhu, ces fils de chef de famille, viennent subitement, tout jeunes qu'ils 
sont et amoureux du bien-être, de se raser les cheveux et la barbe, de revêtir 
des vêtements rouge-clair, de recevoir la foi parfaite, et conséquemment de 
passer des lieux habités dans les régions inhabitées après s'être fait initier. 
Eh bien 1 nous aussi, il faut que nous nous fassions couper la barbe et les 
cheveux, que nous prenions des vêtements rouge- clair, que nous recevions la 
foi parfaite pour nous faire initier afin de passer ensuite des lieux habités 
dans les régions inhabitées. — Telle fut leur réflexion. 

Alors les cinquante habitants fils de chefs de famille sortirent de Vàrânasî, 
et se rendirent près de Bhagavat. Quand ils y furent arrivés, ils saluèrent 
avec la tête les pieds de Bhagavat, "et s'assirent non loin de lui. Une fois assis 
non loin de lui, les cinquante habitants chefs, fils de chefs, parlèrent ainsi à 
Bhagavat : Vénérable, si nous pouvons obtenir l'initiation à la discipline et à 
la loi bien enseignée, la réception solennelle et la condition des Bhixus, nous 
pratiquerons la pureté absolue en présence de Bhagavat. 

Ces âyusmats obtinrent l'initiation à la discipline de la loi bien enseignée, 
la consécration etla condition de Bhixus. Ainsi initiés, ces âyusmats, livrés à 
une solitude Révère, à la vigilance et à l'application, vécurent dans le renon- 
cement; à cause de quoi, ces fils de famille, ayant coupé leur barbe et leurs 
cheveux, revêtu des habits rouge- clair, reçu la foi parfaite, se firent initier 
pour passer des lieux habités dans les régions inhabitées et atteignirent le 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.IOUR 31 

terme de la pureté absuhie au ildà diujui'l il n'y a vun\. Eu ce toin[is--là inènic, 
ayant réussi à faii'c apparaîtro pour eux la connaissance surnaturelle d'eux- 
mêmes, ils purent dire : Nos naissances sont épuisées, nous avons pratiqué 
assidûment la pureté absolue, nous avons fait ce que nous avions à faire, 
nous ne connaissons pas d'autre existence que celle-ci. — En se conduisant 
ainsi, ces àyusniats devinrent des Arhats à l'esprit parfaitement délivré du nud 
et de Terreur et sachant tout. 

En ce temps-là, il y avait dans le monde soixante' Arhats, le soixante et 
unième, c'était Bhagavat. 



l.'i. TENTATIVE DE MÀRA. — ■ DEPART DE ÇAKYA 

Puis Bhagavat résida à Vârânasî, à Risivadana (au lieu dit « la parule 
des Rsis ») dans le Mrgadàva (Bois des Gazelles). 

Puis Bhagavat dit aux Bhixus : Pour moi, je suis délivré de tous les liens, 
tant divins qu'humains ; vous aussi, Bhixus, vous êtes délivrés de tous les liens 
tant divins qu'humains. Marchez donc, Bhixus, désormais pour le bien d'un 
grand nombre de créatures, pour le bien-être d'un grand nombre de créatures, 
par compassion pour le monde, pour le bien, le bien-être et des dieux et des 
hommes ; mais allez deux ensemble, et non isolément. Pour moi, je me rends 
à Uruvilva. 

Cependant Mài-a le méchant S(» dit en lui-même : Le Gramana Gautama, 
résidant à Vârânasî dans le lieu dit Parole-des Rsis, dans le parc des 
Gazelles, a enseigné la loi à ses auditeurs en ces termes : Pour moi, Bhixus, 
je suis délivré de tous liens, tant divins qu'humains : vous aussi, Bhixus, vous 
êtes délivrés de tous les liens tant divins qu'humains; en conséquence, 
Bhixus, marchez pour le bien d'un grand nombre d'êtres, etc., etc.; et cepen- 
dant je me rends à la ville et au district d'Uruvilva. C'est ainsi qu'il leur a 
parlé; mais il faut que je m'approche de lui pour le mettre en trouble. — Telle 
fat sa réflexion. 

Alors Mâra, le méchant, le pervers, changeant de forme, prit la ligure d'un 



1 Ces soixante sont les cinqu.inte dont il est questiou dans ce cliapitre ajoutés aux dix dont il s'a,^it 
à la tin du précédeut. 



32 ANNALES DD MUSEK (iUIMET 

lils do lîraluiianc. Il se roiulit près de Bhagavat et, s'assejant eu présence 
de Bliagavat, parla en ces termes : 

Tu n'es pas délivré et, si tu te figures être délivré, 

Tes pensées de délivrance ne sont que des fictions de ton (invention); 

Çramana, tu n'es pas délivré de mon (étreinte), 

Tu es lié par de grands désirs. 

Alors Bhagavat fit cette réfiexiou au dedans de lui-même : Oh ! mais, c'est 
Mâra le pervers ! Voici! il s'est approché pour foire œuvre de trouble. — 
Cette réflexion feite et cette idée bien comprise, il prononça cette stance : 

Oui, ceries, toutes les passions tant divines qu'liumaines. 
J'en suis complètement délivré. 

Tues vaincu par tous les obstacles que tu (prétends élever). 
Pervers, il en est ainsi, sache-le bien ! 

Alors Màra le pervers se dit en lui-même : l'esprit du Çramana Gautama 
connaît ma pensée. — Ce feitbien compris, souffrant, le cœur abattu et cha- 
grin, il disparut à l'instant *. 

Puis Bhagavat parla une seconde fois aux Bhixus : Bhixus, je suis 
complètement délivré de tous les liens tant divins qu'humains. Vous aussi, 
Bhixus, vous êtes délivrés de tous les liens tant divins qu'humains. En 
conséquence, Bhixus, allez, faisant tout pour le bien d'un grand nombre 
d'êtres. 

Pour moi, je m'en vais à la ville et au district d'Uruvilva. 

-^ Vénérable, il sera fait selon tes ordres ; — et les Bhixus, ayant en- 
tendu Bhagavat, se mirent en marche. 

Nota. — Cette section II forme un tout suivi, sauf une seule lacune, la conversion 
des quatre compagnons d'Ajnata-Kaundinya ; elle sera ajoutée à la traduction de l'en - 
seignement des quatres vérités annoncée page 20 ; — ainsi on aura toute cette série 
au complet. 

* Il y a, dans les lestes laut iiàlis que tihétaiiis, nombre d'histoires de tentatives de Màra analogues à 
celle-ci : les persoimages diftereiit, les discours varient; mais le ]ilan du récit est toujours le même. 



m 



LE RETOUR DE ÇAKYA DANS SON PAYS 

Ce fragment nous olFre un tableau abrégé des quarante-cinq premières 
années de la vie de Gàkya. En effet, il quitta la maison paternelle à vingt- 
neuf ans, se livra pendant six ans à des. mortifications, devint Buddha à 
trente-cinq ans; et c'est dix ans plus tard, c'est-à-dire à quarante-cinq ans, 
qu'il revint dans sa ville natale pour convertir sa famille et ses compatriotes. 
Les faits racontés dans notre texte le sont également dans un autre volume 
du Kandjour, le IV", depuis le feuillet 142 jusque vers le 160. On les retrouve 
encore ailleurs, dans l'Abhiniskramana-sùtra. Le texte del'Abhiniskramana- 
sùtra est la répétition textuelle du volume IV du Dulva. Mais la rédaction 
du volume VI est différente, malgré de nombreuses analogies de détail. Il 
existe donc deux versions au moins du retour de Gàkya dans son pays, celle 
du volume VI du Dulva, et celle du volume IV de ce même Dulva reproduite 
dans TAbliiniskramana-sùtra . 

Un autre texte du Kandjour, le treizième du Kon-tsegs, intitulé Pitapu- 
tragamanam, « la rencontre du père et du fils, » a rapport au même 
sujet : c'est une longue diatribe qui occupe deux cent cinquante-six feuillets 
(folios 80 à 336 du volume IV), divisée en vingt- six chapitres, et où il y a 
Une foule de choses qui paraissent assez étrangères à la question ; c'est seu- 
lement dans les premiers chapitres qu'elle semble avoir été traitée. 

Ann. g. - b ô 



3i ANNALES DU MUSEE GUIMET 

Go titro Pitaputragamauaiii est aussi celui d'uno division du recueil sanskrit 
népalais intitulé Mahà-vastii-avadâna, texte propre à une école particulière, 
' c.41c des Lokottaravâdinas, section de celle des Maliàsanghikas. Ce texte 
paraît n'être celui d'aucune des deux versions tibétaines du Dulva, circon- 
stance qui n'a rien d'étonnant, puisque l'existence de quatre grandes écoles 
bouddhiques (sans compter les petites) permet de supposer, pour chaque 
texte, l'existence de quatre rédactions distinctes. 

Notre récit nous donne des détails particuliers sur un personnage appelé 
Udàyi, eu tibétain Ghar-ka-, qui se fait moine, et qui, avant sa conversion, 
avait eu des relations adultères avec la femme de son hôte. Dans deux autres 
passages du Dulva (III, 250-272; V, 306 et suiv.), il est question d'un 
moine Ghar-ka, et de ses actes immodestes ou impudiques. Il serait bon de 
constater si ce personnage est le même que celui de notre texte. Je m'étais 
proposé de recueillir tous les textes où se trouve le nom do Ghar-ka, pour eu 
faire une sorte de monographie ; j'en ai été détourné par d'autres i>réoccupa- 
tions. Il est probable que le moine dissolu Ghar- ka n'est autre que le héros 
de notre texte, lequel aurait conservé sous l'habit rouge du moine les mœurs 
faciles de l'homme de cour. 



LE RETOUR DE ÇAKYA DANS SA PATRIE 

— Dulva vol. VI. folios 03 à Ils — 

1 . NAISSANCE DE r A K Y A ET DE Q tl A T R E AUTRES PRINCES. — 
RELATIONS iMUTUELLES DES PRINCES 

Dans le temps où le bienheureux Bodhisattva, séjournant dans la demeure 
du Tusita, examina ces cinq choses : la caste, le pays, le temps, la race, la 
femme, et où, après avoir de ses jeux examiné le monde, il prit la forme d'un 
éléphant et entra dans un sein maternel, en ce temps-là, la grande terre 
trembla fortement, et, au centre du monde, le soleil et la lune, ces deux 
(astres) si merveilleux et d'une si grande puissance, perdirent leurs rayons 
de lumière, ils n'en jouirent plus ; des ténèbres profondes, sombres et noires 
se produisirent, et les êtres existants furent plongés d^ns l'obscurité. Malgré 



F R A G M E N T s T R A D U 1 T s D U K A N D .T r R 35 

cela, au même instant, une j^-randc clarté vint à remplir (l'espace), et, bien 
que les êtres qui étaient nés là ue pussent apercevoir leur main en étendant 
(leur bras), certains êtres, ayant vu cette clarté, s'écrièrent : Messieurs, un 
être nouveau est né ici ! Messieurs, un être nouveau est né ici ! 

Dans le temps où le bienheureux Bodhisattva, après dix mois écoulés 
naquit du sein maternel, en ce temps-là aussi, la grande terre trembla forte- 
ment, et, au centr(^ du monde... (comme ci-dessus). 

Le jour où le bienheureux Bodhisattva naquit, ce jour-là aussi, il naquit 
un fils à quatre grands rois. 

A Grâvastî, il naquit un fils au grand roi Aranemi Brahmadatta . Cette pensée 
lui vint alors à l'esprit : puisque, à la naissance de mon fils, le monde a brillé 
d'une (grande) clarté, le nom de ce jeune homme est fixé aux mots Prase- 
najit', « vainqueur en clarté. » — Prasenajit, tel futle nom adopté pour ce fils. 

A Ràjagrha, il naquit un fils au grand roi Mâha-Padma ^, « grand lotus. » 
Cette pensée lui vint alors à l'esprit : puisque, au moment delà naissance de 
mon fils, le monde a brillé comme le disque du soleil levant, et parce qu'il est 
le fils de cette reine Bimbavati ^, que le nom de cet enfant soit fi.xé aux mots 
Bimbasâra, « essence de l'image (ou du disque). » — Bimbasâra fut donc 
définitivement le nom de ce fils. 

A Kauçambhi, un fils étant né au grand roi Gatanaka, cette pensée lui vint 
à l'esprit : quand mon fils est né, le moiide est devenu brillant comme le lever 
du soleil ; le nom de ce jeune homme sera donc fixé au mot « lever » ; telle 
fut sa réflexion, et Udayana, « lever du soleil, » fut définitivement le nom de 
ce fils. 

A Ujjayana, un fils étant né au grand roi Anantanomi, cette pensée s'offrit 
à son esprit : au moment de la naissance de mon fils, le monde est venu à 
briller d'une vive lumière ; Pradyota ^, « vif éclat, » est donc le nom qu'il faut 
donner à ce jeune homme. Pradyota fut donc définitivement le nomde ce fils ^. 

i Tib. Gsal-rgyal. 

5 Tib. Padma-chen-po. 

3 Ti!). Gmgs can, « qui possède une image ou un disque; » je rétablis (par conjecture) le nom 
sanskrit, et j'en fais un nom propre, sans être bien sur que ce soit un véritable nom propre ; ce pour- 
rait être un simple qualificatif. 

•* Tib. Rab snang. 

5 La naissance des quatre contemporains de Çàkya est racontée dès le commencement du Diilva 
(I, 5). Voir l'Analyse du Kandjour. 



36 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

Gliaciiu do ces rois se disait eu lui-inème : Oui, iiiou fils a une grande 
puissance, mon fils a une grande puissance ! — Telle était leur pensée ; mais 
il n'en était rien : tout cela était arrivé à cause de la puissance du Bodhisattva. 

Le jour où le bienheureux Bodhisattva naquit, ce jour même, cinq cents 
jeunes Gàkvas, Bhadrika* et les autres naquirent également; cinq cents 
serviteurs, Chandaka ^ et les autres naquirent aussi ; de cinq cents cavales 
naquirent autant de chevaux, Kantaka ^ et les autres. Cinq cents trésors 
cachés furent mis à découvert par les dieux. 

Quant au bienheureux Bodhisattva, il fut, de la part des Brahmanes qui 
connaissaient les signes et les indices, l'objet de la prédiction suivante : 
Si le jeune homme habite dans l'intérieur de la maison paternelle, il sera 
un roi Cakravartin dominant sur les quatre limites (de la terre), roi de 
la loi, muai de la loi; il possédera les sept trésors principaux. Les trésors 
de ce roi, au nombre de sept, sont les suivants : le trésor de la roue, 
le trésor de l'éléphant, le trésor du cheval, le trésor de la pierre précieuse, 
le trésor de la femme, le trésor du maître de maison ; le trésor du général 
d'armée est le septième. Il aura mille fils héroïques, hardis, supérieurs par 
(tous) les membres de leurs corps, conquérants de l'autre rive (de l'Océan), 
en un mot des hommes accomplis ; cette grande terre qui s'étend jusqu'à 
l'Océan sera son domaine, il la gouvernera tout entière, sans qu'elle souffre 
de dommage, qu'elle coure aucun risque, qu'il lui arrive malheur, sans 
châtiment, sans la molester par les armes, mettant (toutes choses) en bon 
ordre conformément à la loi et en dehors de la passion. (Mais) si, coupant 
ses cheveux et sa barbe, et revêtant des habits rouge-clair, pur et renfermé 
en lui-même, il se met à errer sans avoir de maison, il obtiendra dans le 
monde la réputation éclatante d'un Tathàgata, Arhat. Buddha parfaitement 
accompli. — Telle fut leur prédiction. 

Dans le temps où le bi(Miheureux B'jdliisattva \'int au monde, dans ce 
temps-là, le jeune prince des Gàkyas étant né sur les bords de la rivière 
Bhâgirathî, voisine du penchant de l'Himavat (la montagne neigeuse), non 



' T'ih. Bzany-ltan, cî qui correspond au Sk. Bhadraeat ; mais des textes sanskrits connus portent 
la leçon Bhadrika. 

2 Serviteur et cocher de Çàkya. 

3 Nom du cheval de Çàkya. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 37 

loin de la demeure do l'ermite Kapila, les Bralimanes qui connaissaient les 
signes et les indices diront : Si ce jeune homme habite dans l'intérieur 
du palais, il sera roi Cakravartin, etc. (comme ci-dessus). Telle fut la 
prédiction, et le bruit s'en répandit au loin. 

Quand le jeune prince des Gâkyas naquit sur le bord de la Bhàgirathî, 
près de la pente de l'Himavat, non loin de la demeure de l'ermite Kapila, 
les rois de la région limitrophe eurent connaissance de la prédiction faite 
par les Brahmanes connaisseurs des signes et des indices, qui disaient : 
Si le jeune homme reste dans le palais, etc. (comme ci-dessus). 

Ayant donc entendu la prédiction, les rois de la région limitrophe firent 
la réflexion suivante : Si l'on use do bons traitements, le fruit de cette 
œuvre se développera en son temps. Qui donc faut- il bien traiter (aujour- 
d'hui)? Voilà ce qu'ils pensaient, et ils se dirent encore en eux-mêmes : 
C'est le roi Çuddhodana qu'il faut bien traiter ; si on le traite bien, c'est 
le jeune homme qu'on traite bien en sa personne. Là-dessus, ils résolurent 
de cultiver l'amitié du roi Çuddhodana. De temps en temps, ils lui envoyaient 
des messagers pour se prosterner devant lui et lui offrir des cassettes 
pleines de richesses. 

Cependant cette pensée vint à l'esprit du roi Çuddhodana Quand mon 
tils est né, tous mes desseins (ont été réalisés), la tin de tous mes tra- 
vaux a été atteinte. Par conséquent, à cause de cela, le nom du jeune 
homme sera fixé à ces mots : « tous desseins accomplis ^ » Telle fut sa 
réflexion, et le nom de celui-ci fut définitivement Sarvârthasiddha^. 

Dans le temps où le bi(Miheureux Bodhisattva devenu grand, après avoir 
rencontré un vieillard, un malade et un mort, fut dans des dispositions d'esprit 
telles qu'il alla s'enfoncer dans la forêt, en ce temps-là le roi Çuddhodana 
et les Çâkyas envoyèrent (de côté et d'autre) des troupes de deux cent 
cinquante hommes pour obtenir des renseignements exacts; (ils revinrent 
dire :) Là bas, lejiHuie prince vit chaque jour soit d'un seul grain de 
sésame, soit d'un seul grain de gros riz, soit d'un seul haricot, soit 
d'un seul petit pois, soit d'un seul fruit de cyprès, soit d'un seul pois 

' Tib. : Dûii-lhams-cad-grub pa. 

* Équivalent sanskrit du nom libétaiii ci-dessus. Le Lalitavistara remploie: mais le mot Siddhârtha, 
qù a l'avantage d'être plus court, tout en disant presque autant, est plus employé. 



38 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

indien. — Tel fut le message qu'ils rapportèrent de la part du biiMiheureux 
Bodhisattva. 

En apprenant que le prince Sarvàrtliasiddba, après avuir rencontré un 
vieillard, un malade et un mort, avait, en vertu des dispositions de son 
esprit, adopté la vie errante, les rois de la région limitrophe se dirent en 
eux-mêmes : Par quelle raison ce jeune prince, le soutien du roi Guddliodana 
a-t-il adopté la vie errante ? Après avoir fait cette réflexion, Ums, à l'excep- 
tion du roi Pi-asenajit cessèrent d'offrir leurs hommages au roi Guddhodana, 
de lui envoyer des messagers et des cassettes pleines de richesses. 

2. UDAYI MESSAGER DE ÇUDDHODANA. — SES BELATIONS 
AVEC GUPTIKA 

En ce temps- là, le roi de Koçala Prasenajit avait un excellent premier 
ministre appelé Guptika '. Le roi Çuddhodana, de son côté, avait un Purohita^ 
dont le fils avait nom Udàvi ". 

Lorsque le roi de Koçala Prasenajit envoya un messager au roi Çuddho- 
dana, ce fut le premier ministre Guptika qu'il envoya; celui-ci exécuta de 
point en poiat les ordres du roi et séjourna dans la maison de Udâyî. Dans 
le temps où le roi Çuddhodana envoya un messager au roi de Koçala Prase- 
najit, ce fut Udâyî le fils du premier ministre qu'il envoya ; celui-ci exécuta 
de point en point les ordres du roi et séjourna dans la demeure de Guptika. 

Or, Guptika avait une femme appelée Guptika*, belle, agréable, sédui- 
sante, les délices des hommes. Il arriva que Udàyî et Guptika approchèrent 
leurs bouches l'une de l'autre. Quand Guptika sut que Udàyi et Guptika 
avaient ainsi approché leurs bouches l'une de l'autre, sa première pensée fut 
celle ci : « 11 faut que je le tue. » Mais il fit aussitôt cette réflexion : « S'il 
vient à périr de mort violente, les deux pays seront dans un grand boulever- 
sement. Pourquoi donc moi, à cause de la (mauvaise) action d'une femme, 
irais-je tuer un brahmane ? » — Il prit donc avec égalité d'àme ce qui s'était 
passé. 

1 « Qui cache » ou siruplemeul : Gupta, « caeUé. » Le mot tibétain est Sved pa. 

s l'rétre de famille, chapelain. 

3 En tibétain Hchar-ka; on lit aussi Char-ka. 

■* Tjb. : Sved-ma, féminin de Sved-^u. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 39 

Cependant Udàyî se dit ea lui-même : « Guptika a des soupçons contre 
moi. » Pénétré de cette idée, il eut peur, et, quittant cette maison, il se rendit 
dans une autre. Guptika lui dit : Udâyî, par quel motif as-tu quitté ma de- 
meure pour aller dans une autre ; cette maison est à toi ; que n'y habites-tu 
en paix ? — Udàjî se dit alors intérieurement: « Ce n'est pas sans fondement 
qu'il m'accorde cette permission » — Sur cette pensée, il revint demeurer 
chez Guptika. 

Plus tard, Guptika, le premier ministre, vint à mourir. Comme il ne laissait 
pas d'enfant, le roi de Koçala Prasenajit mit tous les biens du défunt dans 
ses propres magasins et greniers. Alors Guptika écrivit à Udàvî : « Quand 
mon mari était en vie et présent, quand il vivait et demeurait ici, toi, à cette 
époque-là, tu venais constamment chez lui ; maintenant qu'il est mort, par la 
raison qu'il n'avait pas de fils, le roi de Koçala Prasenajit a pris tous ses biens 
et les a mis dans ses propres magasins et greniers ; toi donc, maintenant, 
n'enverras-tu pas au moins une réclamation ? » —Telle est la lettre qu'elle 
lui adressa. 

Quand Udàyî eut pris connaissance de cette missive, il fit la réflexion 
suivante : Si je me rends là-bas (de moi même), on dira : « Udâyî aime cette 
feuune ; c'est à cause de cette femme qu'il est venu de là-bas ici, » et ils dé- 
blatéreront contre moi; il me faut donc trouver un prétexte habile. — Cette 
réflexion faite, après avoir, par deux et trois fois, fait les affaires, exécuté 
les ordres du roi, il se rendit auprès du roi Çuddhodana, et, quand il fut en 
sa présence, il lui tint ce discours : « Dans le temps où le prince Sarvârtha- 
siddha naquit, en ce temps-là , tous les rois de la région limitrophe t'envoyèrent 
des messagers pour te faire des génuflexions et t'oflrir des boîtes de riches 
(présents). Dans le temps où le prince Sarvàrthasiddha, ayant rencontré un 
vieillard, un malade et un mort, éprouva tles dispositions telles qu'il se 
rendit dans la forêt, en ce temps-là, les rois de la région limitrophe, à l'excep- 
tion du roi Prasenajit, cessèrent d'envoyer des messagers et des boîtes de 
riches (présents). Le roi- alors donna l'ordre d'envoyer au roi de Koçala 
Prasenajit des messagers et des boîtes de riches (présents). Maintenant ce 
procédé a eu les suites (heureuses) que nous voyons ; mais si (ces relations) 
venaient à s'effacer, il en résulterait par la suite de grands dommages ; il 
est donc convenable que les uns et les autres, puisque nos pays sont limi- 



40 ANNALES nu MUSEE GUIMET 

trophes, nous fassions résulter (de ces rapports) une (véritable) alliance. 
— S'il en est ainsi, Udâyî, va toi-même comme messager. — J'agirai selon 
les ordres du roi. » A ces mots, Udàyî prit des boîtes (pleines) de richesses, 
se mit en marche, et, allant de pays en pays, arriva enfin à Gravastî. 

Udàyi fit la réflexion suivante : si l'on n'a pas (par soi-même) de soutien 
sur lequel on puisse s'appuyer, il faut chercher des soutiens pour s'appuyer 
sur eux. Par conséquent, il convient de voir en premier li(?u les ministres; 
ensuite il faudra voir le roi et lui parler au sujet de Guptikù. 

Il commença donc par voir les ministres : « Messieurs, leur dit -il, moi et 
Guptikâ, nous nous connaissons ; ne le savez-vous pas ? Le mari de cette 
femme étant venu à mourir, le roi de Koçala Prasenajit, par la raison que 
le défunt ne laissait pas d'enfants, a mis dans ses propres magasins et gre- 
niers tous les biens de ce personnage ; je veux faire au roi une demande à 
ce sujet, aidez-moi en cela. » Ceux-ci donnèrent leur assentiment. 

Udàyî se rendit ensuite en présence du roi de Koçala Prasenajit, souhaita 
victoire et longue vie au roi Prasenajit, puis s'assit auprès de lui. Après 
avoir par deux et trois fois exécuté les ordres du roi, fait les affaires du roi, 
il parla ainsi au roi de Koçala Prasenajit : « Seigneur, accorde -moi une de- 
meure. — Udâyî, où demeurais-tu précédemment? — Seigneur, c'était dans 
la maison de Guptika, le premier ministre. — Va, Udàyî, habite chez lui. — 
Seigneur, Guptika, le premier ministre, est mort : pourquoi, lorsqu'il est mort, 
sa maison a t-elle péri en même temps? Oui, seigneur, sa maison n'a peut- 
être pas péri à la lettre, et cependant il n'y a pas un tapis pour s'y asseoir. » 

Le roi dit aux ministres : «Messieurs, donnez une demeure à Udâyî. » — 
Udàyî sortit et les ministres dirent : Seigneur, qu'y a-t-ildonc ? Udâyî n'a pas 
de demeure ; y pensez-vous ? C'est par suite d'une entente entre Udàyî et 
Guptikâ, au moyen d'une correspondance, que Udàyî fait cette demande au 
roi. Seigneur, Udâyî est le fils d'un brahmane, d'un Purohita ; ce brahmane, 
il convient de le traiter en Purohita; lui faire du bien, c'est en quelque sorte 
faire du bien au roi Çuddhodana lui-même. 

Le roi fit alors venu' Udàyî et lui dit : « Udâyî, je n'avais pas su aupara- 
vant que toi et Guptikâ vous vous connaissiez ; maintenant va, prends Gup- 
tikâ, sa maison et toutes ses richesses. — Il en sera selon ce que le roi a 
ordonné, répondit Udàyî ; et il se rendit dans la maison de Guptikâ. Eu appro- 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 41 

liant l'arrivée de Udâyî, Guptikâ s'était assise à l'entrée du la maison, tout 
en larmes. Udâyî la voyant lui dit : Guptikâ, pourquoi es-tii (dans cet état) ? 

— Elle répondit : pourquoi, mon mari étant mort, toi aussi m'as-tu aban- 
donnée ? — Udâyî fit alors cette rétiexion : Si je lui dis (simplement) de ne pas 
pleurer, son désespoir ne fera qu'augmenter : or, il faut que je le fasse cesser. 

— Cette idée bien fixée dans son esprit, Udâyî dit à Guptikâ : « Guptikâ, à quels 
exercices pénibles le Bodhisattva ne s'est-il pas soumis lorsqu'il abandonna 
ses épouses Yaçodharâ, Gopâ, Mrgajâ et soixante mille autres femmes' de 
quelle poussière n'a-t-il pas couvert ses pieds dans ses courses errantes ? Et 
toi, tu manquerais de courage ! » — Guptikâ resta silencieuse. — Udâyî 
reprit : « Je ne t'ai point abandonnée ; c'est môme à cause de toi que je suis 
venu ici. Maintenant que j'ai reçu des mains du roi ta personne, ta maison, 
toutes tes richesses, habiteras-tu ici ? Viens (plutùt) à Kapilavastu. » Elle 
se dit alors en elle-même : « Si je vais à KapiUivastu, les Brahmanis ne me 
laisseront pas en vie. » Après avoir fait cette réflexion, elle répondit : « C'est 
ici (que je demeurerai); » et, en effet, elle habita là. Depuis lors, Udâyî 
eut deux maisons, l'une à Grâvastî, l'autre à Kapilavastu. 



3. resume de la vie de takya depuis ses m r t i f i c ati .\ s 
jusqu'à son retour a kapilavastu 

Dans le temps où le bienheureux Bodhisattva, après s'être livré pendant 
six ans à des mortifications, vit que les mortifications ne sont rien; où, après 
avoir épuisé sou souffle inutilement, avoir anéanti son souffle inutilement, 
il demanda une soupe au riz chaude et des aliments en abondance ; où, après 
avoir enduit ses membres de beurre fondu et d'huile, les avoir lavés avec de 
l'eau chaude, il s'approcha de la ville et demanda aux deux filles d'un ha- 
bitant, Nandâ et Nandâbalâ, une sou[ie au miel, à seize reprises ; où, sur 
l'invitation du roi Nâgas, Kâlika *, il prit des herbes de bénédiction, 
emporta avec lui des herbes d'une teinte semblable à celle de l'or, se rendit 
au lieu où était Bodhinianda ; et là, ayant préparé de ses propres mains un 
tapis d'herbes, assis les jambes croisées, le corps droit, ayant mis sa nié- 

1 OuaKala.) Tib. Narj-po, « le noir. » (Voir ci-dessus p. 0.) 

Ann. g. — B fî 



42 ANNALES nu MUSKE GUIMET 

moire à côte, il se tint là dirig-oant ses pensées et loin- donnant cette 
expression : 

Aussi long-temps que je n'aurai pas obtenu rinipeccabilité, aussi longtemps je resterai 
les jambes croisées sans perdre cette position ; 

Oui, tant que je n'aurai pas trouvé l'impeccabilité, je resterai les jambes croisées, je 
ne quitterai pas cette position '. 

Dans le temps où, au milieu des veilles de la nuit, Bhagavat, après avoir 
dompté par la force do l'amour, le démon accompagné de trois cent soixante 
millions d'auxiliaires, et avoir reçu dans son cœur la science au-dessus de 
laquelle il n'y a rien, vint àBénarès, à la demande de Bralimà, et fit tourner 
de douze manières, en la répétant trois fois, la roue de la loi qui renferme 
la loi, en ce temps-là, il convertit successivement cinq, puis vingt-cinq, puis 
cinquante enfants de la ville et du plus haut parage ; de là, s'étant rendu 
dans la foret de Karvasi [ka]^, il établit dans les vérités la troupe de 
Bhadravarga'^ au nombre de soixante persoimes ; s'étant ensuite rendu à 
Grong-sde-/Klong, il établit dans les vérités les deux tilles d'un habitant, 
Nandà et Nandabalà. Parti de là pour Uruvilva, il initia et reçut solen- 
nellemont mille Jatila \ «chevelus, aux cheveux nattés. «Étant allé ensuite 
auGaityadu mont Gajà, il fît à mille'Bhixus une démonstration appuyée de 
trois prodiges, et après les avoir retirés du désert de la transmigration, il 
l('ur lit atteindre le dernier terme et les établit solidement dans le Nirvana 
qui est L^ bien suprême. De là, s'étant rendu dans l'épaisse forêt de l'est ^, il 
établit dans les vérités le roi de Magadha, ÇrenvaBimbisâra, en même temps 
que quatre-vingt mille dieux et plusieurs centaines de brahmanes et de, 
maitrcs de maison du Magadha. 

Etant ensuite entré dans Rùjagrha et ayant accepté Venuvana, « le bois de 
bambous, » il initia et reçut solennellement (/Ariputra et Maudgalyàyana 
accompagnés respectivement de leurs deux cent cinquante disciples. 

1 n exiî-te de celte staiice plusieurs variantes: la pensée fondamentate est la même; l'expression 
dffére beaucoup. Le mot que nous traduisons par « impercahilité » désigne la suppression du mil moral, 
du péché, considéré en lui-mém? et dans les suites funestes qu'il entraîne nécessairement, le malheur 
et la soiilTrance. On a vu ci-ilessus (p. 0) une des variantes de cette stance. 

2 C'est le mol dont l'équivalent tibétain est rendu en franrais par « bois de cotonniers )).('^^ p. 10). 

3 Tih. Bj«njr-S(?<,'-i-fs'ô/7.', o tro\ip,; fortunée, u (V. p. il:)- 
* lial-jxi-can (V. p. 10). 

5 Dana les livres pâlis elle est ajipelée « la forot de Yasii » : l,i traduction libétaine de £e nom se 
trouve ci-dessus, p. 10. Ya.j;t, qui signifie m tàton n, dssigne aussi des iilaales rampantesi 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 43 

Etant venu ensuite à Çrâvastî et avant accepté Jetavana, il convertit par 
le Sùtra de l'exemple des jeunes gens ^ le roi de Koçala Prasenajit; puis 
le bienheureux Buddlia résida à Çrâvastî, à Jetavana , dans le jardin 
d'Anathapindada. 



4. rUDDHODANA ENVOIE DES MESSAGERS A SON FILS 
INITIATION d'uDAYI 

Ensuite le roi de Koçala Pi-asenajit envoya un messager au roi Çuddho- 
dana (pour lui dire) : Seigneur, réjouis-toi, ton fils a reçu l'Amrta dans son 
cœur ; par l'Anirta il fait le bonheur des êtres, et il réside à Çrâvastî, à Jeta- 
vana, dans le jardin d'Anathapindada; — tel fut le message. 

Aussitôt après l'avoir reçu, le roi Çuddhodana envoya à son tour un mes- 
sager en présence de Bhagavat (pour lui dire) : « Il y a longtemps que je n'ai 
vu le prince, j'ai soif de voir le prince. » Après avoir prononcé ces paroles 
(du roi), le messager se fît initier en ce lieu même. Un deuxième messager 
fut envoyé ; celui-là aussi se fit initier en ce lieu même. Gomme Bhagavat 
exposait bien la discipline, tous les messagers qu'on envoya successivement 
se firent initier en ce lieu même. Quand le roi Çuddhodana apprit ce qui 
s'était passé, il appuya sa joue sur sa main et resta plongé dans ses ré- 
flexions. Udùyî le vit et dit : Seigneur, pourquoi restes-tu plongé dans tes 
réflexions, la joue appuyée sur la main ? 

— Udàyi, dans le temps où le prince Sarvârthasiddha se livra aux austérités, 
en ce temps-là, je lui envoyai des hommes habiles à parler, qui, après lui 
avoir porté mes paroles, revenaient en disant : « Le prince Sarvârthasiddha 
est toujours fixé au même lieu; » c'est la réponse dont ils me repaissaient. 
Maintenant on me fait dire : « le prince Sarvârthasiddha a reçu dans son cœur 
l'Amrta ; par l'Amrta il fliit le bonheur des êtres, et il réside à Çàvastî, à 
Jetavana, dans lejardin d'Anathapindada. » J'ai beau lui envoyer des hommes 
habiles à parler, ils ne reviennent pas pour me rapporter les paroles du prince 
Sarvârthasiddha : tous les messagers que j'ai envoyés successivement, tous 



• Le Kum'ira dcstinlasûtra du Kaiidj -uv, le Dt/iara sâ(ra du Tripitaka pâli. On e:i trouvera plus 
loin la traduction. 



44 ANNALES DU MOSÉE GDIMET 

sans exception sont restés en ce lieu même. Et maintenant, comment ne 
resterais-je pas ici immobile, la joue appuyée sur ma main, et plongé dans 
mes réflexions ? 

— Udùyi reprit : Je prie le roi de mo doimor un ordre (pour y aller). — 
Toi aussi tu resteras là- bas. — Seigneur, j'irai avec uu ordre donné par le 
roi en personne. 

Là-dessus le roi écrivit de sa propre inain la lettre suivante : 

Depuis ton arrivée dans le sein de ta raère, 
J'ai toujours bien veillé sur toi. 

Quand la corruption morale et ses misères te retenaient encore, 
Tu étais la forte branche de l'arbre royal. 

Mais c'est par les racines et les branches de l'enseignement 
Que tu t'épanouis maintenant: 
Tu en réjouis d'autres en leur faisant du bien ; 
Mais moi, je ne puis m'entretenir que de ma douleur. 

Bans le temps où, par ta naissance, 
Tu as réalisé un grand espoir 
Et fait le bonheur de tes parents, 
Dans ce temps-là même tu as fait un vœu. 

Fais-en voir aujourd'hui l'accomplissement: 
Pour moi, pour la troupe de tes parents, 
Manifeste de la compassion et de l'affection, 
Prends le parti de venir ici, je te le demande. 

Tels furent les termes de la lettre. Udâyi prit la missive et, se mettant en 
route pour Gravasti, il franchit la distance, et étant de proche en proche arrivé 
à Çrâvastî, il remit la lettre à Bhagavat. 

Pendant que Bhagavat lisait lui-même cette lettre, Udàyi dit : Bhagavat 
vieudra-t-il à Kapilavastu ? — Udà^ù, j'irai. 

Udâyi, inspiré par leur ancienne amitié, parla ainsi : si Bhagavat ne vient pas 
(de gré), je l'emmènerai de force. Alors Bhagavat prononça, à ce moment, 
les stances suivantes : 

Celui que la soif n'entraîne pas, 
Sur qui son réseau ne s'étend absolument plus, 

Celui-là est un Buddha d'une conduite (parfaite), qui ne tient à rien. 
Comment aurait-on prise sur lui pour l'entrainer? 



FRACMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 45 

Celui que la soif n'enlraîne pas, 
Sur qui sou réseau no s'rtend absolument plus, 
Celui-là est un Buddlia à l'héroïsme (parfait) qui ne tient à rien. 
Comment aurait-on prise sur lui pour l'entraîner? 

Celui dont la victoire est complète et ne s'amoindrit pas, 
Dont le monde ne peut absolument pas triompher. 
Celui-là est un Buddha d'une conduite (parfaite) qui ne tient à rien. 
Comment aurait -on prise sur lui pour l'entraitier? 

Celui dont la victoire est complète et ne s'amoindrit pas 
Dont le monde ne peut absolument pas triompher. 
Celui-là est un Buddha à l'héroïsme (parfait) qui ne tient à rien, 
Comment aurait-on pris sur lui pour l'entrainer? 

Udàjî répondit : Je rapporterai cela au roi Çuddliodana. — Bhagavat 
reprit': Les messagers du roi ne sont pas tels (que tu te montres). — 
Gomment sont-ils donc, Bhagavat, les messagers du roi? — Ils se rasent 
les cheveux, revêtent des habits rouge clair et se font initier. — Bhagavat, 
j'ai donné au roi Guddhodana ma parole de revenir près de lui. — Fais-toi 
initier, et pars ensuite, reprit Bhagavat. 

(C'est ainsi que dans la série des existences où Bliagavat n'était encore que 
simple Bodhisattva, père, mère, maître, précepteur, guru ou personne faisant 
fonction de guru, avaient beau lui adresser des paroles conformes à la loi, 
il n'en tenait aucun compte ^ . ) 

Bhagavat n'eut pas plutôt prononcé cette parole que Udàyî répondit : 
Bhagavat, je me ferai initier. 

Bhagavat dit alors à l'àyusmat Gàriputra : (]àriputra, initie Udàyî : Go 
sera pour lui un avantage de longue durée, une (grande) utilité, un (grand) 
bien. L'âyusmat Çâriputra répondit : Vénérable, il sera fait selon tes ordres. 
— A ces mots, selon ce qu'il avait entendu dire à Bhagavat, il initia et 
reçut solennellement Udâyî ; puis il lui dit : Vuici ce que tu dois faire, voici 
ce que tu ne dois pas faire : tu ne dois plus dormir avec une femme, etc.^, 

' « Il n'y faisait aucune réponse, » dit lejiassage du volume IV du Dulva parallèle à celui-ci. Cetfe 
parenthèse singulière est destinée sans doute à mettre en relief la haute supériorité morale du Buddha. 
II fait la leçon à tout le monde et ne la reçoit de personne. 

2 Cet:e prescription est une des plus importantes de la discipline bouddhique ; est-ce d"iine manière 
absolue la plus importante? Il suffit de dire que, pour le personnage dont il s'agit, c'était la plus néces- 
cessa re et la plus topique, celle qu'il convenait de mettre au premier rang. 



46 ANNALES DD MUSEE GUIMET 

et il lui donna ainsi tous les préceptes de la conduite parfaite. Udâyî répondit : 
je me conformerai à toutes les prescriptions du maître ; puis, après avoir 
salué avec la tète les pieds de Çâriputra, il s'en alla et se rendit au lieu où 
était Bhagavat. 

Bhagavat lui dit: Udàyî, tu te garderas d'entrer dans le palais du roi, tu 
resteras à la porte, appuyé (contre le jambage), et tu diras : Il est arrivé un 
Bhixu (de) Çàkya. — Si l'on te fait cette question : Y a-t-il d'autres Bhixus 
(de) Çâkya ? Réponds : Oui, il y a d'autres Bhixus (de) Çàkya. Si l'on te dit 
d'entrer, tu entreras. Si l'on te demande : Le costume du prince Sarvàrtha- 
siddha est-il fait de telle et telle manière ? Réponds: Oui, il est fait de telle (t 
telle manière. Mais ne demeure pas dans le palais du roi. Si l'on te fait cette 
question : Le prince Sarvârthasiddha réside t-il dans le palais d'un roi ? 
Réponds : Il n'y fait pas sa résidence. Si l'on te fait cette question : Où. réside- 
t-il ? Réponds : Dans la forêt ou dans un vihàra. Si l'on te fait cette question : 
Le prince Sarvârthasiddha viendra-t-il ? Réponds : Il viendra. Si l'on te fait 
cette question : Dans combien de temps viendra-t-il? Réponds: Après sept 
jours écoulés. — L'àyusmat Udâyî répondit : Il sera fait selon la parole de 
Bhagavat ; puis, après avoir ainsi reçu les instructions de Bhagavat, il adora 
avec la tête les pieds de Bhagavat et se retira de devant Bhagavat. 

Pour venir à Çrâvasti, Udâyî avait mis plusieurs jours; mais en retournant, 
vu l'état des choses, il fut, par la puissance bouddhique des Buddhas, par la 
puissance divine des dieux, rendu à Kapilavastu en un seul jour. 



U. PREPARATIFS POUR LA RECEPTION DE ÇAKYA DONT LE RETOUR 
A i; A P I L A V A S T U EST D É C I D É . — SON DEFAUT 

Alors l'àynsuiat Udâyî se dirigea vers le palais du roi Çuddhodana. Y 
étant arrivé, il appela le portier et lui dit : Eh ! va trouver le ministre de 
l'intérieur et annonce-lui qu'il est venu un Bhixu (de) Çàkya (député) vers le 
roi. — Y a-t-il d'autres Bhixus (de) Çâkya? demanda le portier. — Oui, 
répondit Udâyî, il y a d'autres Bhixus de Çàkya. Le portier transmit l'avis 
au roi. Le roi dit : Fais entrer le Çâkya ; Quel est le Çâkya qui revient ? 
Alors l'Ayusmat Udàyî, prévenu par le portier, se rendit au lieu où était le 
roi Çuddhodana, et, quand il y fut arrivé, il dit ;iu hjî Çuddhddana : Grand 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUll 47 

roi, Bhagavat te souhaite une boinie santé. — Le roi Çiiddhodaua, reconnais- 
sant Udâyî à sa voix, dit: Udàyî, est-ce bien toi? — Seigncui-, c'est bien 
moi. — Le roi dit : L? prince Sarvarthasiddha est-il vraiment accoutré de telle 
et telle façon ? — Seigneur, il est accoutré de telle et telle façon. 

Le roi tomba de son trône sans connaissance ; il tomba à terre : on lui jeta 
de Feau pour le faire i-evenir, il reprit ses esprits et fit cette question : Le 
prince Sarvàrtliasiddha viendra-t-il ? — Seigneur, il viendra. — Dans 
combien de temps ? — Après sept jours écoulés. — Le roi dit à ses ministres : 
Messieurs, dès aujourd'hui, faites préparer le palais du roi elles appartements 
de la reine. — Seigneur, le prince n'habitera ni dans le palais du roi, ni dans 
les appartements de la reine. — Où donc habitera-t-il? — Dans la forêt ou 
dans un Vihàra. — Gomment un Vihàra est-il fait? — Udàyî qui, àÇràvasti, 
avait vu des modèles do. Vihàra, en fit la descripiion. 

Gomme le roi Guddhodana avait le parc de Jàtyasti, le jardin du Nya- 
grodha, Brahmadeça* et bien d'autres parcs, en tout cinq cents, il dit à 
ses ministres : Messieurs, hâtez-vous de faire préparer aujourd'hui même 
dans chacun de ces trois parcs, Jàtyasti, jardin du Nyagrodha, Brahmadcça, 
un monastère semblable à celui de Jetavana, seize grandes maisons avec 
soixante chambres, faites-le promptenient ; enlevez aussi de la ville de 
Kapilavastu tout entière les pierres, les cailloux, le gravier. 

Les rois exécutent leur volonté par la parole, les dieux l'exécutent par la 
pensée, les Yogàcara l'exécutent par le degré d'intensité de leur méditation. 
Les ministres répondirent : Il sera fait selon les ordres du roi, et après avoir 
reçu les instructions du roi Guddhodana, ils firent préparer dans chacun des 
trois parcs, Jàtyasti, jardin du Nyagrudha, Brahmadeça, un monastère sem- 
blable à celui de Jetavana, seize grandes maisons, soixante chamjjres ; ils 
firent débarrasser la ville de Kapilavastu tout entière des pierres, des cail- 
loux, du gravier. 

Quand un bienheureux Buddhaest en vie et que dans (sa plénitude de) vie 
et de contentement, il accomplit sans hésitation les dix actes (moraux); aussi 

' Ces mots Jàt^-asti et Brahmaileça sont les restitulioas Jes originaiiîi sanskrits proposées ponr les 
termes tibétains Skye-yod (làtyasti) et Ts'angspai gnos (Brahmadeça) ; restitutions nécessairement 
conjecturales. — Ces deux noms séparés reviennent souvent dans notre récit; mais ailleurs ils sont 
rarement cités. Quand on parle delà résidence de Çàkya à Kapilavastu, on la met ordinairement dins 
le jardin de Ny.ijjrodhas, dont le nom est bien connui 



48 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

longtemps qu'il n'a pas prédit la venue d'un Buddlia, aussi longtemps qu'un 
autre être n'a pas produit une penséa sur laquelle il ne reviendra pas en vue de 
la Bodhi qui n'a rien au-dessus d'elle, aussi longtemps qu'il n'a pas parcouru 
les cinq âges de la vie dans leur entier, aussi longtemps qu'il n'a pas sup- 
primé l'espace intermédiaire*, aussi longtemps qu'il n'a pas désigné la paire 
de ses premiers auditeurs, aussi longtemps qu'il ne s'est pas montré descen- 
dant d'une visite à la ville d'Akâça^, aussi longtemps qu'il n'a pas fait voir 
de grands prodiges, aussi longtemps qu'il n'a pas manifesté de grands pro- 
diges à Çrâvastî, aussi longtemps qu'il n'a pas expliqué à ses auditeurs, sur 
les bords du lac Anavatapta, les causes et les conséquences des actions pas- 
sées, aussi longtemps qu'il n'a pas établi dans les vérités son père et sa mère, 
aussi longtemps (que rien de tout cela n'aura été fuit) il n'entrera pas dans le 
Nirvana complet. Bhagavat fit donc la réllexion suivante : nous approchons 
du moment de la conversion du grand roi Çuddliodana et de plusieurs cen- 
taines de mille de Gàkyas. Eli bien ! établir ses pèn^ et mère dans les vérités, 
c'est incontestablement l'œuvre d'uuTathàgata. — Cette réflexion foite, Bha- 
gavat dit à Tàjusmat Mahâ-Maudgalyàyaiia : « Va, Maudgalyàyana, dis aux 
Bliixus : le Tathâgata se rend à Kapilavastu ; qui sont ceux d'entre vous qui 
iront à Kapilavastu avec le Tatliàgata ? Le père et le fils ont annoncé qu'ils 
auraient une entrevue; prenez donc vos manteaux de religion. — Porte-leur 
cet avis. 

L'âyusmat Mahà Maudgalyàyana répondit : \'énérable, il sera fait selon 
tes ordres ; puis, ayant reçu les instructions de Bhagavat, il porta cet avis 
aux Bhixus : Ayusmats, Bhagavat se rend à Kapilavaslu; quels sont ceux 
d'entre vous qui iront à Kapilavastu avec le Tathâgata ? Le père et le fils ont 
déclaré (leur volonté) de se rencontrer et de se voir ; prenez donc vos vête- 
ments de religion. — Les Bhixus dirent : Nous ferons ainsi, et ils suivirent 
les avis do ^;\vu^mat Mahâ Maudgalyàna. 

G. bESCftlPTlON DE ç.MvYA EN MARCHE POUR KAPILAVASTU 

Alors Bhagavat, discipliné avec un cortège d'honnnes disciplinés, calmeavcc 
un cortège d'homme calmes, délivré avec un cortège d'hommes délivrés, par 

i C'est à-dire sans Joute l'espace compris entre la mort et la renaissance. 

2 Akaça (tib. hun-od) est le nom deTatmosplière; il s'agitd'une visite aux régions supérieures. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 49 

faitement maitre de liii-niomo avec un cortège d'hommes maîtres d'eux-mêmes, 
doux avec un cortège d'hommes doux, Arhat avecun cortège d'Arhats, affranchi 
des désirs avecun cortège d'hommes aflVanchis des désirs, beau avec un cortège 
d'Jiommes beaux ; semblable à un taureau chef du troupeau entouré d'une troupe 
de boeufs, à un éléphant entouré d'une troupe de jeunes éléphants, à un lion 
entouré d'une troupe d'animaux carnassiers, au roi des oies entouré d'une 
troupe d'oies', au grand oiseau du cicP entouré d'une troupe d'oiseaux, 
à un brahmane entouré d'une troupe de disciples, à un médecin entouré 
d'une troupe do malades, à un héros entouré d'une multitude de tentes, à un 
guide entouré d'une troupe de voyageurs, à un chef de caravane entouré d'une 
troupe de marchands, à un grand négociant entouré d'une foule (de clients^''), 
à un roi dans son château entouré de la troupe de ses ministres, à un roi 
Çakravartin entouré do la troupe de ses mille fils, à la lune entourée de la 
troupe des constellations, au soleil entouré de la troupe de ses mille rayons, 
à Dhritarcàstra entouré de la troupe des Gandharvas, à Virudhaka entourée de 
la troupe des Kumbhandas, à Virùpâxa entouré de la troupe des Nàgas, 
à Kuvera entouré de la troupe des Yaxas, à Vemacitrî entouré de la 
troupe des Asuras, à Gatakratu entouré de la troupe des trente-trois dieux, à 
Brahma entouré de la troupe des Brahmakâyikas ^; parfaitement dompté du 
côté des organes des sens, d'une tenue et d'une conduite pures de toute agi- 
tation, profond comme l'Océan, source abondante comme la libéralité, sans 
orgueil comme le roi des Éléphants, bien et dûment pourvu des trente-deux 
signes du grand homm(% le corps embelli par les quatre-vingts belles propor- 
tions, orné surtout son corps d'un éclat céleste, plus resplendissant que mille 
soleils, semblable aune montagne de pierreries en marche^, d'une excellence 
parfaite, doué des dix forces, des quatre intrépidités, des trois conditions d'une 
mémoire parfaitement claire, d'un grand cœur, venu dans le monde en bien- 
faiteur, protecteur unique, héros unique, simple (dans sa conduite), sansdu- 



' Hamsa, « oie ou uygne ; u ou en a fait un oiseau merveilleux. 
• Garuda ou Suparna. 

^ Oude domesliques. Le mot rendu par « négociant » est isonr/ôpûil, Sankrifc ('resthi. 
■* Cette longue série de comparaisons est un lieu commun signalé par Csoma. 

5 Cette description pliysique du Buddlia, depuis ces mots « bien et dviment pourvu des (rente deux 
signes etc.», se rencontre aussi fréquemment dans les textes. 

Ann. g. - B ^ 



50 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

plicité dans son langage, bien établi dans le calme et la largeur de vue, sachant 
faire briller les trois Vedas, bien instruit dans les trois enseignements, savant 
dans la base des trois lieux de la discipline, ayant traversé les quatre amas 
d'eau, bien établi sur la base sur laquelle on marche avec les quatre pieds de 
la puissance surnaturelle, exercé dès longtemps à la pratique des quatre 
cléments de la conciliation, sans crainte grâce aux quatre exemptions de 
frayeur, ayant rejeté les cinq membres, tout à fait en dehors des cinq états 
(de l'existence), bien pourvu des six membres, accompli dans l'exercice des 
six pài'amitâs, hal)itant des six résidences éternelles, riche des Heurs des sept 
membres de laBodhi, enseignant les huit sections de la voie (libératrice), 
bien instruit des neuf phases successives de la parfaite égalité de l'àme, doué 
de la force des dix forces, d'une renommée répandue dans les dix régions du 
monde, particulièrement élevé dans les cent dix régions par une souve- 
raineté absolue, ayant une grande assemblée de grands Çrâvakas, suivi 
d'Uruvilva-Kàçyapa, de Gayâ-Kâçyapa, de Nadi-Kàçyapa, et des mille 
Jàtila, des Ayusmals Çàriputra et Maudgalyàyana et d'une troupe nombreuse 
de Bhixus, il arriva en marchant au lieu où était Kapilavastu ^ 

7. ENTRÉE DE rÀKYA A K APII, .WASTU 

Cependant le roi Guddhodana avait employé sept jours à faire disparaître 
de la ville de Kapilavastu toutes les pierres, tous les cailloux et tout le gravier ; 
il y fit distribuer des parfums, du sable fin, répandre toutes sortes de fleurs, 
dresser des étendards, des trophées d'armes et (placer) d'autres objets d'offrande 
grands et vastes. Dans un endroit favorable et spacieux du jardin des 
Nyagrodas, il fit préparer un siège en forme de demi-lune, embellit tout le 
chemin qui conduit du jardin du Nyagrodha à la ville de Kapilavastu eu 
faisant enlever les pierres, les cailloux et le gravier, en le faisant arroser avec 
de l'eau de senteur, en y faisant suspendre de place eu place de nombreux 
groupes d'étoffes de soie, disposer des bouquets de fleurs, brûler toutes sortes 



1 11 y aurait des éclaircissements à donner sur presque tous les membres de phrase de cette descrip- 
tion, les dix force?, les quatre intrépiditésj etc.; mais ce serait si long que nous sommes contraint d'y 
renoncer. Plusieurs de ces termes ont, du reste, été expliqués déjà, surtout par Burnouf ; mais il s'en l'iu.t 
que tous l'aient été, et quelques-uns sont encore maiiiteuaut très obscurs. 



FRAGMENTS TRADUITS DU ICANDJODR 51 

d(^ parfums, d'encens, d'udours, semer des Hcmu's de toutes espèces, dr(>sser 
des bannières et des trophées d'armes. 

Le roi Çuddhodana, après avoir ainsi pré[)aré le jardin du Nyagrodha 
selon (les ressources de) sa richesse et (de sa) puissance royah», attendit 

Bhagavat. 

Bhao-avat s'étant mis en marclu' et avançant progressivement, arriva 
sur les bords du cours d'eau Rohaka ^ . Là, quidques-uns des Bliixus se lavèrent 
les pieds et les mains; d'autres (se rinçaient la bouche) en laissant leur cure - 
dents- d'autres encore filtraient l'eau (c'est-à-dire buvaient) ou se baignaient. 
Cependant ce bruit se ré[iandit parmi les Câkyas, habitants de Kapilavastu : 
Le prince S-arvârthasiddha est venu et le roi Çuddhodana lui a fait préparer 
une large place dans un terrain propice du jardin des Nyagrodhas. A cette 
nouvelle, plusieurs centaines de mille de Câkyas se rassemblèr(Mit dans le jardin 
des Nyagrodhas ; les uns étaient poussés par des racines de vertus antérieures, 
d'autres y étaient amenés par la curiosité. « Nous verrons, se disaient-ils, 
si c'est le père qui se mettra le premier aux pieds du âls, ou si c'est le fds 
qui se mettra aux pieds du père. » T(dle était la pensée qui les faisait venir 
en foule. 

Cependant Bhagavat fît cette réflexion : « Si le Tathagàta se rend à pied 
à Kapilavastu, les Câkyas orgueilleux diront : « Le prince Sarvàrtasiddha 
n'a rien fait de si grand! Ainsi autrefois, n'étant encore que simple Bodhi- 
sattva, il fut fètô par des milliers de dieux lorsqu'il sortit de Kapilavastu 
par les airs, par les régions supérieures ; et maintenant qu'il a acquis la 
puissance suprême, il vient à pied! » Voilà ce qu'ils diront, et ds ne 
croiront point. C'est donc par la puissance magique qu'il me tant entrer 
dans Kapilavastu. » 

Ces réflexions faites et ce parti pris, il dit aux Bhixus : Vous, Bhixus, 
passez à pied le fleuve Rohaka ; quant au Tathâgata, il arrivin-a par la puis- 
sance surnaturelle. Vénérable, il sera fait selon ta parole, répondirent les 
Bhixus; puis, selon l'ordre de Bhagavat, ils franchirent à pied le courant 
du Rohaka et arrivèrent au lieu où était le jardin du Nyagrodha. Quand 
Bhagavat vit que les Bhixus étaient sur le point d'arriver, il se plongea dans 



52 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

une extase telle que, au moment où il mit sou esprit daus un état parfait 
d'égalité, il disparut, par la puissance surnaturelle, de dessus le bord opposé 
du courant Rohaka, et s'élevant dans les régions supérieures de l'atmosphère 
comme le roi des oies qui étend ses ailes, il arriva, au-dessus de Kapilavastu, 
au lieu où est le jardin des Nyagrodlias. Arrivé là, il s'assit, les jambes croisées, 
au milieu des airs, au-dessus du jardin des Nvagrodhas. Ensuite Bhagavat 
prit dans la région de l'est les quatre positions, savoir : la marche, la station, 
la position assise, la position couchée; puis il entra avec égalité d'esprit dans 
la région du feu. Quand le bienheureux Buddha fut ainsi entré dans la 
région du feu, il jaillit de son corps des rayons lumineux de diverses nuances, 
à savoir des bleus, des jaunes, des rouges, des blancs, des vermillons, des 
rayons couleur de cristal. Il fit aussi apparaître les doubles prodiges ; de la 
partie inférieure de son corps, il fit sortir un feu brûlant, et de la partie supé- 
rieure, un couraiit d'eau froide; il fit ensuite sortir de la partie supérieure de 
son corps un feu brûlant et de la partie inférieure un courant d'eau froide. 
Gomme il avait fait ce prodige à l'est, il le répéta au sud, à l'ouest, au nord. 
C'est ainsi que, dans les quatre régions, il fit voir les quatre espèces de pro- 
diges de la puissance surnaturelle. 

Le bienheureux Buddha fit ensuite cette réflexion : Si le Tathâgata se 
met aux pieds du roi Çuddhodana, le crâne de ce (roi) se brisera en sept 
morceaux ; si c'est le roi Çuddhodana qui se met aux pieds du Tathâgata, les 
Çâkyas orgueilleux diront : Pourquoi, quand on est père, se rouler aux pieds 
de son fils? et ils ne croiront pas. En conséquence, il me faut accumuler 
des prodiges tels que, sans paraître s'incliner, le roi Çuddhodana salue avec 
la tête les pieds du Tathâgata. 

Cette réflexion faite et ce parti pris, il s'assit dans les régions supérieures 
de l'atmosphère, à la hauteur de sept arbres Tâla, et se plaça (successivement) 
à la hauteur de six Tâlas, puis de cinq, de quatre, de trois, de deux, de un. 
Alors le roi Çuddhodana, sans paraître incliner son corps, adora avec la 
tête les pieds du Tathâgata, et, pour rendre les Çàkyas intelligents, il 
prononça à ce moment-là celte stance : 

Dans le temps où, pour (obéir à) une vue (claire) qui ne laissait aucun doute, 

tu t'es mis en mouvement, 
Tu n'as pas éloigné ta personne du Jambudvipa ; 



FBAGMKNTS TRADUITS DU KANDJOUU 53 

Aussi, par trois fois, toi qui vois et sais tout, 
Buddha, je salue ici tes pieds. 

Bhagavat, après avoir ainsi accuuiulo tout un ensemble de manifestations 
de prodiges, vint dans le jardin du Nyagrodha et s'assit sur un siège élevé 
au-dessus de l'assemblée des Bliixus. Puis, le roi Guddhodana, Dronodana, 
Amrtodana, et idusieurs centaines de Gàkyas, avant adoré avec la tète les 
pieds de Bhagavat, s'assirent à une certaine distance. Quelques Gâkjas, 
faisant l'anjali en s'inclinant du côté où était Bhagavat, s'assirent cà une cer- 
taine distance. -Quelques (autres) Çàkjas ayant aperçu de loin Bhagavat 
s'assirent aussi à ime certaine distance sans rien dire. 



8. ENTRETIEN DU PÈKE ET DU FILS 

Alors le roi Çuddhodana adressa à Bhagavat les questions (exprimées) dans 
ces stances : 

Héros, tandis qu'un vainqueur rentre dans sa maison 
Avec un attirail de bœufs, de véhicules, de chars. 
Gomment es-tu venu à pied, 
Lentement, pauvrement, sur le sol de la terre? 

Bhagavat répondit : 

J'ai à ma disposition le pied de la puissance surnaturelle. 
Le véhicule de l'application parfaite; 
C'est ainsi que, à travers les naissances et la corruption, 
Je circule partout avec égalité d'esprit sur le sol de la terre. 

Le roi reprit: 

Autrefois, héros, les habits de Kàei 
Etaient ceux que tu demandais pour te parer ; 
Mais ces vêtements rougeâtres et grossiers, 
Comment peux-tu les endurer sur ta personne ? 

Bhagavat répondit : 

Ma parure, ô roi, c'est de revêtir 

Le manteau large et ample de la modestie; 

Celui qui porte le manteau de Muni 

Est embelli par le calme dans lequel il repose. 



54 ANNALES DD MUSEE GUIMET 

Le roi dit : 

Autrefois, maître, c'est dans une vaiselle d'or 
Que tu te nourrissais de mets variés ; 
Et maintenant ces aumônes misérables, 
Gomment en sont-elles venues à te satisfaire? 

Bliagavat répondit : 

Ma nourriture est la satisfaction que donne la loi ; 
J'ai échappé (au mal), je suis dans l'égalité d'esprit : 
J'ai renoncé à la bonne chère; 
Je travaille à la conversion du monde entier. 

Le roi dit : 

Être intelligent, c'était autrefois sur la terrasse d'un palais magnifiquo 
Que tu passais le temps dans la méditation. 
Maintenant que tu résides dans la forêt, 
Comment peux-tu y vivre sans crainte? 

Bhagavat répondit : 

Gautama, j'ai rejeté toutes les racines de crainte, 
Les désirs et les passions. 

C'est sans crainte de la douleur que j'habite la forêt ; 
J'y suis absolument sans crainte. 

Le roi dit : 

Prince des Munis, jadis dans mon palais où le plaisir abondait, 
Tu prenais sans cesse d'excellents bains ; 
Maintenant quB tu résides solitairement dans la forêt, 
Quel bains opulents y peux-tu prendre? 

Bhagavat répondit : 

Gautama, c'est dans l'étang de la loi, au bord des mérites religieux, 

Que, sans souillure et loué par les gens de bien. 

Sans mouiller mon corps, je me baigne, 

Arrivant ainsi à l'autre bord des qualités de la science. 

Le roi dit ; 

Héros, dans mon propre palais, (je t'ai vu) 

Te baigner dans des baignoires d'or et d'argent ; 

Tu n'as plus que des eaux souillées de toutes sortes d'impuretés. 

Gomment peux -tu y laver ton corps? 



FRAOMENTS T R A D U IT S D U K A N DJ U R 55 

Bhagavat répondit : 

Gautama, c'est sur les bords du fleuve pur de la moralité 
Que je me baigne et me purifie, loué par les sages. 
Sans humecter mon corps, je m'y baigne, 
Et j'arrive à l'autre bord des qualités de la science ' . 

Le roi Guddliodana ropi-it : 

D'où nait la joie du triomphe? d'où naissent la frayeur et la crainte? 
D'où naît l'affliction? Je te pose ces questions, réponds-y. 

Bhagavat répondit : 

D'où vient, dis-tu, la joie du triomplio? d'où viennent la frayeur et la crainte ? 
D'où vient l'affliction? Écoute ce que j'ai à te dire. 

On vieillit, on tombe malade, on meurt: si ces trois conditions n'existaient pas, 
Moi aussi je serais satisfait (de la vie) et je me plairais dans les lieux habités. 

Le roi reprit : 

toi qui réjouis les tribus des Çàlo'as, 
Héros, en répandant la loi dans le monde 
Tu n'éprouves aucun souci ; 
Tues bien né, c'est bien, (c'est) bien! 

Puis, avec une grande joie et avec eft'usion. 
Il tourna autour de l'assemblée des Çramanas. 

Après quoi, se prosternant contre terre aux pieds du prince des Munis, 
Il adressa au Tathâgata les éloges les plus judicieux. 

Ls roi (juddhodaua fit ensuite cette réflexion : Mon fils, dont le jugement 
se distingue par un tel assemblage de qualités, est (donc enfin) retrouvé, 
oui, heureusement retrouvé! 



'■). CONVERSION DES ÇAKYAS 

Cependant Bhagavat ayant compris et pénétré les pensées, les inclinations, 
les éléments et la nature de cette multitude de gens fit un tel exposé de la 
loi que, à l'exception du roi Guddliodana et de Devadattale méchant, orgueil- 



' Ces deux stances ressemblent tellement aiiv |n-écédentes, que l'on peut croire que ce sont des 
■iantes ou des commentaires, des gloses introduites dans le texte. 



56 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

leux, pétri d'orgueil, Guklodana et d'autres Gâkyas au nombre de soixante- 
dix- sept mille virent les vérités. Ensuite, parmi plusieurs milliers d'êtres 
vivants, les uns obtinrent le fruit de Çrota-âpatti, d'autres celui de Sakrdâ- 
gamî, d'autres encore celui de Anâgami. Quelques-uns enfin se firent initier, 
et ayant rejeté toutes les souillures, atteignirent l'état d'Arhat' ; c'est ainsi 
que, du sein de cette réunion, s'appuyant en foule sur leBuddha, venant à la 
Loi, venant à la Confrérie, ils s'i'tablireut solidement (dans cette situation 
nouvelle). 

Le roi Çuddhodana se dit : « Telle est la puissance surnaturelle de mon 
tils ! tel est son grand pouvoir! «Et la joie que lui donnait cette pensée 
l'empêcha de voir les vérités. 

Devadatta, en proie aux passions vicieuses, subjugué par l'orgueil, plein 
d'orgueil, ne vit pas non plus les vérités. Ne voyant pas les vérités, dominé 
par la colère, il dit : Si moi aussi je savais faire des jongleries de manière 
à entraîner, moi aussi j'entraînerais le monde après moi. LesÇàkyas gagnés 
(au Buddha), manifestant leur joie, lui dirent : Devadatta, renonce (à tes 
prétentions); Bhagavat a une grande puissance surnaturelle, un grand 
pouvoir ; ne parle donc pas ainsi! Alors Devadatta demeura silencieux. 

Le lendemain, dans le parc Jàtyasti, en uu lieu bien choisi et spacieux, on 
avait prépai-é un siège élevé en forme de demi-luno. Bhagavat, pénétrant les 
pensées, les inclinations, les éléments de la nature de toute la foule assem- 
blée, fit une démonstration de la loi telle que, à l'exception du roi Çuddho- 
dana et de Devadatta le vicieux, l'orgueilleux, pétri d'orgueil, Dronodana 
et d'autres Çakyas au nombre de soixante-seize mille, virent les vérités ; 
ensuite, parmi plusieurs milli(>rs d'êtres vivants, les uns obtinrent le fruit de 
Çrota-âpatti, etc. 

Le surlendemain, dans le parc d(; Brahmadeça, on <!'ta]jlit à une place 
bien choisie et spacieuse un siège élevé en forme de demi-luno. Là ercore, 
Bhagavat pénétrant les pensées, les inclinations, les éléments et la nature de 
cette grande multitude, fit un exposé de la loi tel que, à l'exception du roi 
Çuddhodana et de Devadatta, h' vicieux, l'orgueilleux, pétri d'agueil. 



1 Nous avons ici la gradalion ascendante des difterente elals de perfection: i" Vue des vérités 
2» état de Çrota-âpatti ; 3» état de Sakrdàgamî ; 4" état de Anàgan)i|; 5° état d"Arbat. Cette nomencla- 
ture est très souvent répétée. 



KRAGMKNTS TRADUITS DU KANO.IOUR 57 

Amrtodana et d'autres ÇrUcyas au nombre de soixante-quinzi; mille virent le^ 
vérités. Puis, sur beaucoup de milliers de créatures, les uns obtinrent le 
fruit de Grota-âpatti, d'autres celui de Sakrdâgmi, d'autres celui deAnàgami; 
d'autres enfin se firent initier, rejetèrent toutes les souillures et atteignirent 
à l'état d'Arhat ; sortis en masse de cette réunion ets'appuyant sur le Buddha, 
venant à la Loi, venant à la Confrérie, ils s'établirent solidement (dans cotte 
situation nouvelle) . 

Le roi Çuddhodana se dit : Mon fils a une si grande puissance surnatu- 
relle, un si grand pouvoir! Et la joie que cette pensée lui donna l'empêcha 
devoir les vérités. Devadatta, le vicieux, en proie, aux passions, orgueilleux, 
ne vit pas non plus les vérités à cause de son orguei'. 

10. CONVERSION DE ÇUDDHODANA 

Bhagavat se dit ensuite en lui-même : Par quelle cause le roi Çuddhodana 
ne voit-il pas la vérité ? C'est par deux causes qu'il ne voit pas la vérité : 
d'un côté il est extrêmement ambitieux, de l'autre il est extrêmement chagrin. 
Voici, en effet, le raisonnement du roi Çuddhodana : Autrefois, le prince 
Sarvàrthasiddha recevait des offrandes des dieux et des hommes ; maintenant 
il ne reçoit plus d'ofïrandes ni des dieux, ni des hommes ; et cette pensée 
lui met au fond du cœur un chagrin extrême. 

Bhagavat se dit encore en lui-même : Pour convertir le roi Çuddhodana, 
il me faut enseigner la loi à une réunion de dieux. Cette réflexion faite et 
cette détermination prise, il créa une pensée pour le monde. Or, c'est une loi 
que si les bienheureux Buddhas créent en eux-mêmes une pensée pour le 
monde, la pensée de Bhagavat est connue de tous les êtres vivants, même des 
scarabées. Mais s'ils créent une pensée qui dépasse le monde, les Pratyeka- 
buddhas eux-mêmes ne connaissent pas la pensée de Bhagavat, à combien 
plus forte raison les auditeurs et les autres (ne peuvent- ils la connaître) M 

1 Cette création d'une « pensé? mondaine », laukikam cittam, en sanslcrit, est citée très souvent 
dans les textes, sans y être expliquée comme ici. Nous croyons devoir ajouter l'explication donnée dans 
le Divya-avadâna (I, f" 46), et qui concorde avec celle de notre lexte, sans lui être identique. « C'est 
une règle que, dans le temps où les bienheureux Buddhas produisent une pense'e mondaine, les êtres 
vivants, les Kuntas même et les grandes fourmis noires Pippilikâs connaissent par leur inlelli-ence la 
pensée de Bhagavat, les Nàgas la perçoivent. Qu.lle est, se lisent-ils, la cause pour laquelle Bhagavat 
a produit une pensée mondaine ? » 



Ann. g. — B 



3 



58 annai.es du musée guimet 

Alors Brahma, Çakra et les autres dieux, se dirent intérieurement : Pour- 
quoi donc Bhagavat a-t-il créé une pensée pour le monde? Et ils virent d'un 
regard étendu que c'était pour enseigner la loi à une réunion de dieux, 
afin de convertir le roi Çuddhodana. Ensuite les dieux qui vivent dans 
la région du désir, et les dieux qui vivent dans la région de la forme', 
connurent la pensée de Bhagavat, et aveclamème rapidité qu'un homme fort 
meta tendre son bras plié ou à replier son bras tendu, les dieux qui s'agitent 
dans la région du désir et ceux qui s'agitent dans la région de la forme dispa- 
rurent du monde des dieux et se trouvèrent eu présence de Bhagavat dans le 
parc de Bhraniadeça. 

Bhagavat, de son coté, au moj^en de sa puissance surnaturelle, transforma 
les quatre portes de la bonne demeure en portes faites de quatre espèces de 
pierres précieuses, et, à ces quatres portes,il plaça comme gardiens, les quatre 
Lokapâlas ^. Alors les dieux qui se meuvent dans la région de la forme tour- 
nèrent trois fois autour de Bhagavat ; puis, après avoir salué avec la tête les 
pieds de Bhagavat, s'assirent non loin de lui du coté droit ; et les dieux qui 
se'meuvent dans la région du désir tournèrent trois fois autour de Bhagavat ; 
puis, après avoir salué avec la tète les pieds de Bhagavat, s'assirent non loin 
de lui du côté gauche. 

La pratique constante du roi Çuddhodana était de venir trois fois par jour 
voir Bhagavat et lui rendre hommage. Or, le roi Çuddhodana, s'étaut levé 
de bon matin, vint se présenter à la porte orientale de la bonne demeure. 
Dhrtaràstra lui dit : Grand roi, n'entre pas, attends ! — Pour({uoi? — C'est 
que Bhagavat est occupé à enseigner la loi à une assemblée de dieux : ici 
C3 n'est pas sur son nom seul qu'on est admis. — Mon bon ami, qui es tu ;" 

— Grand roi, je suis le grand roi Dhrtaràstra. 

Le roi Çuddhodana se présenta ensuite à la porte méridionale de la bonne 
demeure. Virudhaka lui dit : Grand roi, n'entre pas, attends ! — Pourquoi ? 

— C'est que Bhagavat est occupé à enseigner la loi à une réunion de dieux : 



' On sait que le ciel bouJdliique se divise en trois régious dont l'inférieure est la région du désir, la 
moyenne la région de la forme. 11 n'est pas question ici de la région sans forme, qui est la région supé- 
rieure, sans doute parce qu'elle est trop élevée au-dessus des affaires de ce bas monde. 

2 Les Lokapâlas, « gardiens du monde, » sont les personnages qu'on appelle aussi les « quatre grands 
rois » du mont Meru; leurs noms sont bien connus. On va les retrouver tout à l'beure; cbacun de ce 
rois est indiqué comme occupant aux portes du Vihàra la position qu'il a aux côtés du mont Meru.. 



FRAGMENTS TRADDITS DO KANDJOUR 59 

ici, ce n'est pas sur son nom seul qu'on est admis. — Mon bon ami, qui 
es-tu ? — Grand roi, je suis le grand roi Virudhaka. 

Le roi Çuddhodana se présente ensuite à la porte occidentale de la bonne 
demeure. Virûpâxa lui dit : Grand roi, n'entre pas, attends ! — Pourquoi ? 
C'est que Bhagavat est occupé à enseigner la loi à une réunion de dieux : 
ici, ce n'est pas sur son nom seul qu'on est admis. — Mon bon ami, qui es-tu? 
— Grand roi, je suis le grand roi Virûpâxa. 

Le roi Çuddhodana se présente ensuite à la porte septentrionale de la 
bonne demeure. Vaiçràvana lui dit : Grand roi, n'entre -pas, attends ! — 
Pourquoi ? — C'est que Bhagavat est occupé à enseigner la loi à une réunion 
de dieux : ici, ce n'est pas sur son nom seul qu'on est admis. — Mon bon ami, 
qui es-tu ? — Grand roi, je suis le grand roi Vaiçràvana ^ 

Et les réflexions du roi Çuddhodana tirent alors naître dans sou esprit ce 
désir : Quel inconvénient pourrait-il y avoir à ce que je visse Bhagavat 
occupé à enseigner la loi à une réunion de dieux ? Et il vit, il contempla, 
dans l'image d'un miroir, Bhagavat enseignant la loi à une assemblée de 
dieux. A cette vue, cette pensée s'éleva dans son esprit : Où peut-on voir 
un tel spectacle ? (Je le sais) maintenant ; il n'existe pas de tils comparable 
à mon Sarvârthasiddha. Et, après ces réflexions, l'ensemble des pensées du 
roi Çuddhodana s'éleva à l'excès. 

Cependant Bhagavat, après avoir répété les manifestations de la puissance 
surnaturelle, commença à enseigner la loi au roi Çuddhodana. Puis Bhagavat 
fit en lui-même de profondes réflexions : Pourquoi le roi Çuddhodana ne 
voit-il pas les vérités? Ce problème l'absorbait. C'est que le roi Çuddhodana 
s'était dit : Où peut-on voir un pareil spectacle ? (Je le sais) maintenant ; 
il n'existe pas de tils comparable à mon Sarvârthasiddha. Et par suite de 
l'excès de sa joie, il s'était formé dans son cœur un ensemble de pensées très 
élevées. 

Bhagavat dit alors à l'Ayusmat Mahà-Maudgaljâyana : ALaudgalyàyana, 
songe au roi Çuddhodana ! — Il sera fait selon la parole de Bhagavat, répon- 
dit Mahâ-Maudgalyayâna, et, conformément aux instructions de Bliagavat, 
il se rendit au lieu où était le roi Çuddhodana. Le roi Çuddhodana aperçut 

' Appelé aussi Kuvera. 



60 ANNALKS DD MUSÉE GUIMET 

de loin l'Ayusraat Mahâ-Maudgalj'âyana, et le voyant, lui parla ainsi : Véné- 
rable Maudj^^alyàj'ana, ai^proche ! Vénérable Maudgalj'àyana, sois le bien- 
venu! Vénérable Maudgaljàyana, assieds-toi sur le siège bien préparé ! 
Alors l'Ayusmat Mahâ-Maudgalyàyana, exécutant les prestiges de Bhagavat, 
entra dans l'égalité d'esprit au moyen d'une telle extase, il mit si bien sou 
esprit dans l'état d'égalité qu'il disparut du tapis où il était assis et s'éleva 
dans les régions supérieures de l'atmosphère du côté de l'Orient, y prit 
les quatre positions qui sont : la marche, la station, la position assise et la 
position couchée. Après cela, il entra dans le calme parfait au sein de la 
région du feu. Quand l'Ayusmat Mahà-Maudgalyâyana fut ainsi entré dans 
le calme parfait au sein de la région du feu, des rayons lumineux de toutes 
sortes jaillirent de son corps : par exemple des bleus, des jaunes, des blancs, 
des rouges, des rayons couleur de vermillon, couleur de cristal, couleur 
d'argent. Il iit aussi voir la paire de prodiges : de la partie inférieure de son 
corps sortit une flamme brûlante en même temps que de la partie supérieure 
un courant d'eau froide se mit à jaillir ; de la partie supérieure de son corps 
jaillit une flamme brûlante, en même temps que de la partie inférieure il 
flt découler un courant d'eau froide. Après avoir montré dans les régions du 
sud, de l'ouest, du nord, de même que dans la région de l'est, ces quatre 
merveilles de la puissance surnaturelle, après avoir ainsi accumulé les ma- 
nifestations prestigieuses de la puissance surnaturelle, il revint s'asseoir sur 
le siège précédemment préparé pour lui. 

Alors le roi Çuddhodana parla ainsi à l'Ayusmat Midia-Maudgalyàyana : 
Vénérable Maudgalyàyana, y a-t-il d'autres auditeurs de Bhagavat qui 
soient doués d'une semblable puissance surnaturelle et d'un semblable 
pouvoir ? 

A ce moment-là l'àyusmat Maudgalyàyana prononça cette stance : 

Les auditeurs du Muni qui ont un grand pouvoir, 

Qui connaissent les déductions de la pensée des trois Védas, 

Qui ont épuisé les conséquences des actes, 

Les Arhats (en un mot) sont en grand nombre. 

Alors le roi (juddh )ilaiu\ flt ans son esprit cette réflexion : Bhagavat n'est 
pas le si'ul qui ait épuisé la grande puissance surnaturelle et le grand pou- 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.IOUR 61 

voir; des auditeurs tels que celui-ci ont aussi une grande puissance surna- 
turelle et un grand pouvoir. Quand le roi Çuddhodana eut fait cette réflexion, 
l'ensemble de ses pensées vint à s'abaisser. 

Alors l'Ayiisniat iMahà-Maudgalyàyana, prenant avec lui le roi Çuddho- 
dana, se rendit au lieu où était Bhagavat. Quand il y fut arrivé, il salua avec 
la tète les piods de Bhagavat et s'assit à peu de distance. Ensuite Bhagavat, 
connaissant bien la pensée du roi Çuddliodana, ses inclinations, ses éléments 
et sa nature morale, s'assit exprès pour instruire le roi Çuddhodana, et lui 
fit une instruction sur la loi telle que le roi Çuddhodana, grâce à cet ensei- 
gnement, vainquit par la foudre de la connaissance la montagne élevée, aux 
vingt-deux sommets, de l'erreur qui fait prendre un amas démines pour un 
établissement solide, en sorte que le fruit de Çrota-âpatti se manifesta pour 
lui '. Quand il eut vu les vérités, il dit : Vénérable, je m'attache maintenant 
à Bhagavat l'ami de vertu. Bhagavat a fait pour moi ce que n'ont fait ni père, 
ni mère, ni rois, ni dieux, ni aïeul, ni aïeule, ni Çramana, ni Brahmane, 
ni amis, ni familiers, ni parents, ni alliés en si grand nombre qu'ils soient. 
L'océan de sang et de larmes est desséché, la montagne d'ossements est 
aplanie, les portes de la mauvaise voie sont anéanties, les portes du Svarga et 
de la délivrance sont ouvertes; toute base est détruite pour l'enfer, l'anima- 
lité, la condition de prêta ; l'entrée parmi les dieux et les honuues est assurée • 
un terme est mis à la transmigration ; la montagne à vingt sommets, l'erreur 
qui s'attache à l'amas de ruines accunudées depuis le temps sans commen- 
cement, a été brisée par la foudre de la connaissance; j'ai atteint le fruit de 
Çrota-âpatti. Vénérable, me voilà entré, c'est bien ! Vénérable, je viens en 
refuge dans le Buddha, dans la Loi, dans la Confrérie; je demande à devenir 
un Upàsalva. Désormais, pour tout le temps de ma vie, j'échapperai par une 
pureté parfaite aux liens du corps. 

Il prononça aussi cette stance : 

Tous les bienfaits par lesquels un bon fils peut payer son père de retour, tu me les as 
accordés ; mon esprit est tourné vers le Svarga. 

Tous les bienfaits par lesquels un bon fils peut payer son père de retour, tu me les as 
accordés ; mon esprit est tourné vers la délivrance. 

' Phrase qui revient ordinairement quand il s'ayit de Parrivée d'un ^treà Tet-it de Çrota-âpatti. 



62 ANNALES DD MUSÉE GUIMET 

Je suis heureusement sorti des voies mauvaises. Grâce à toi, le Svarga et la déli- 
vrance sont l'objet de mes plus grands eftbrts ; tu as prononcé de bonnes paroles. 

Gomme un marchand qui a fait un gain, j'ai obtenu le gain du Svarga ; les amis de la 
vertu sont les (seuls) bons et sûrs appuis. 



11. — ■ INSTALLATION d'UN ROI EN REM i'L AC EM E N T DE ÇUDDHODANA 

Le roi Çuddhodana, ayant vu la vérité, dit cà Çnkbjdana : Jeune homme, 
à toi d'exercer la royauté; pour moi, je pratique la pureté sous les ordres du 
Gramana royal. — Seigneur, pourquoi renonces tu à exercer la royauté? 
Quant à moi, j'ai vu les vérités. Sa Majesté les a-t-elle vues aussi ? — Oui, 
d'aujourd'liui. — Sa Majesté les a vues aujourd'hui ; mais moi, c'est le jour 
même où Bhagavat est venu ici, c'est ce jour-là que j'ai vu les vérités. 

Le roi Çuddhodana dit ensuite à Dronodana et à Amrtodana : Jeunes gens, 
exercez vous deux la royauté. Pour moi, je pratique la pureté sous la direc- 
tion du Gramana royal. — Pourquoi Sa Majesté renonce -t- elle à exercer la 
royauté? Pour nous, nous avons vu la vérité. Sa Majesté l'a-t-elle vue aussi ? 
— Oui, aujourd'hui. — Sa Majesté a vu la vérité aujourd'hui ; nous, nous 
l'avons vue bien auparavant. 

Le roi se dit : Qui, parmi les jeunes gens, est capable de régner? G'est 
le jeune Bhadrika. Et le roi Çuddhodana installa solennellement Bhadrika 
comme roi des Gàkyas ^ . 

12. — INITIATION DES ÇAKYAS 

En ce temps-là, Bhagavat, accompagné de la Gonfrérie des Bhixus, prenait 
régulièrement son repas dans le palais du roi ; il n'interrompit pas cette 
pratique un seul jour. Et le roi Çuddhodana vit (de près) ces ascètes aux 
cheveux nattés (jatila) qui s'étaient fait initier et dont le corps avait une 
triste apparence à cause des mortifications (qu'ils avaient endurées). Cette 
vue lui inspira les réflexions suivantes : Les grandes individualités ont bien 
l'esprit en bon état; elles n'ont pas le corps en bon état. Ce sont les morti- 

1 D'autres textes présentent Bhadrika comme un Bhixu,s.ins rien dire de celte ruvauté, la niant même 
implicitement. S'agit-il d'un autre Bhadrika ? ou le roi institué par Çuddbûdana a-t-il suivi le torrent 
qui Butraînait les Çàkyas vers la confrérie du Buddha? 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.IOUR 63 

fîcations qui ont mis le corps dans des conditions si mauvaises. Or, à quoi 
ressemble Biiagavat ? à quoi ressemble sou cortège ? Voilà quelle est la mine 
(des membres) de l'assemblée, tandis que Biiagavat est beau K Après avoir 
fait ces réflexions, le roi Guddhodana convoqua les Çàkyas et leur dit : Mes- 
sieurs, si le prince Sarvârthasiddha n'avait pas adopté la vie religieuse, (votre) 
Sire ne serait que le roi d'une foule vouée à la transmigration. Pourquoi 
avoir des fils ? — Seigneur, pour qu'ils nous servent. — Le prince Sarvârtha- 
siddha a reçu dans son cœur TAmrta; par l'Amrta, il fait le bonheur des êtres. 
A quoi bon des fils ? ils ne nous serviront pas. — Qu'y a-t-il donc, seigneur ? 
Se sont-ils foit initier. — Faites-vous initier. — Seigneur, la perpétuité 
de la race des Çàkyas sera interrompue. — Eh bien! dit le roi, que de chaque 
maison un au moins se fasse initier. — Qu'il soit fait selon l'ordre donné par 
Sa Majesté. Et le roi Çuddhodana fit faire à son de cloche une procla- 
mation portant ceci : Que de chaque maison où il y a de jeunes Çàkyas un 
au moins se fasse initier. 

Dans le temps où cinq cents jeunes Çàkyas furent initiés par Bha^'avat, 
Bhagavat avait rendu cette décision : Ceux des grandes familles qui auront 
été initiés perdront leurs avantages ; ils seront avec les autres sur un pied 
d'égalité. Ceux-là néanmoins obtinrent des avantages et une grande con- 
sidération. Bhagavat fit donc cette réflexion : Si ces fils de famille sont des 
individualités faisant exception par rapport aux autres, un ardent désir en- 
vahira les autres individus. A la suite de cette réflexion, il fit retrancher 
à ceux-là tout avantage et toute considération marquée. 

Après être resté à Kapilavastu aussi longtemps qu'il lui plut, Bha- 
gavat reprit la direction de Çràvasti, et, allant de proche en proche, il 
atteignit Çràvasti; et là, à Çràvasti, il résida à Jetavana dans le jardin 
d'Anàthapindada. 

1 Je crois lire mrfjes, « beau, » dans le te.Ue du Kandjour qui est ici très effacé. L'eusemble du passa-e 
est obscur. 



IV 



MORT DE PRASENAJIT - ATTAQUE CONTRE LES ÇAKYAS 
ROYAUTÉ DE ÇAMBALA ~ MORT DE VIRUDHAKA 

— Dulva X, i-ll-lW et iCO-lOJ — 

L'analyse de Gsoma nous sig-nali^ dans le volume X du Dulva, du folio 14 1 
au folio 160, une série d'épisodes que l'on peut résumer ainsi : Mori de 
Prasenajit, roi de Koçala; Destruction du royaume des Çàhyas par 
Hphags-Skyes-po; Mort de Hphags-Skyes-jJO ; la Mort de Gautami et de 
cinq cents nonnes, notée comme le premier épisode venant ensuite, est 
séparée du dernier par une vingtaine de feuillets. J'avais entrepris de traduire 
le texte compris entre les feuillets 141 et 160. 

Quoique les épisodes susmentionnés occupent à peine vingt feuillets, la 
nécessité de les copier, la longueur de l'opération, l'absence d'un feuillet dans 
le volume faisant partie de l'exemplaire de la Bibliothèque nationale, la mau- 
vaise impression de cet exemplaire, les soins réclamés par d'autres occupa- 
tions m'ont fait interrompre ce travail. En attendant que je le reprenne, sij'en 
ai le loisir, je communique aux lecteurs divers fragments qui ne représentent 
guère que le tiers du morceau signalé. Ce sont : la Mort de Pi^asenajit : la 
Mort de Hphags-Skyes-po ; V Expulsion de Çamkalia et sa royauté en Ba- 
kuda; mais ce dernier épisode étant intercalé dans celui de la Destruction des 
Çâkyas et plus spécialement soudé à la portion du récit qui précède et qu'on 
peut intituler Première attaque contre les Çàhyas, je crois devoir donner cette 
partie antécédente. Le tout représente à peu près la moitié de la totalité du 



Fr.AGMENTS TRADUITS HT KANDJOUU C5 

texte ; il ne niaii(|uei-a que le récit de la fin des Gàkjas, l'attaque dernière et 
lacatastroplie : ce qui est peut-être, il est vrai, la partie la plus intéressante. 
Je fais commencer les divers morceaux à l'endroit indiqué par Gsoma. Gomme 
ce sont des fragments, le lecteur ne sera pas étonné de voir qu'il j a entre 
eux solution de continuité. Du reste, les lacunes sont de pou d'importance 
l't la suite des événements se laisse facilement apercevoir. 



1. .MORT I)!') l'RA.SENA.)IT 

... Prasenajit, roi de Koçala, était près de Biiaiiavat, entendant la loi. 
Gela dura assez longtemps. Dîrgha *, fils de Gàrî -, demeura assis, lui aussi, 
jendant un certain tenqis : ensuite, il monta sur le char (du roi) et établit 
Vriidhaka ^ sur le trône. 

Mâlavat et Var.-ianava '' demandèrent au tils de Gàri : Où le roi est-il allé ? 
— Au villag edeMocui-udi, leur fut-il répondu; et ils se rendirent au village 
de Mocurudi -\ 

Après avoir entendu la loi de la bouche de Bhagavat, Prasenajit, roi de 
Koçala, sortit du Viliàra, et, ne voyant plus Dîrgha, fils de Gàrî, il questionna 
les Bhixus : Aryas, où est Dirgha, fils de Gârî ? — Ceux-ci répondirent : Aussi- 
tôt que le roi a été entré ici, il est monté sur le char et est parti. — Le roi s'en 
alla à pied; Bhagavat, de son côté, partit de bon matin pour Râjagrha. 

Au bout d'un certain temps, le roi aperçut sur le chemin Màlavat et Varsa- 
naya. 11 leur fit cette question : Pourquoi cheminez- vous ainsi à pied? — Ils 
répondirent : Majesté ! Dîrgha, fils de Gàrî, a établi Virùdhaka sur le trône. 
Nous donc qui sommes auprès du roi, nous autres, où irons -nous ? — Le 
roi répondit : Màlavat, tuas fini de savourer la royauté maritale ; va, savoure 



' Restiliié d'après le tibétain: Ring-po, « long, loiu. » 

' Restitué d'après le tibétain: Spyod-jin, « pratiquant. » 

' Tibétain : Ilj>ha^s,-Skijes-xio (né ou être sublime). La restitulion du mot tantkrit n"est pas 
douteuse. 

■• Les noms tibétains &on\,Phrciig-\daiX,ii qui a une guirlande, » et Di^yar-ts'vl-ma, u règle de la 
pluie. » L'expression Dvyai-ts'ul-ma est remplacée une ou deux fois par Doyar-byed, nom de l'officier 
qui apporte au roi de Magadha la nouvelle de la mort de Çàkya. Ces deux personnages (Dci/ar-ts'ul-ma 
et Dfi/ar-byeil), sont vraisemblablement un seul et même individu. 

^ Mot tibétain Mo-tsu-ru-di (ou peut être Tsu-rit-di], transcriplion d'un nom sauskritdout j'ignors 
le sens, mais dont je pense reproduire exactement la forme. 

.\!«N. G. - B 



66 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

la royauté suprême ' ! Quant à moi, je vais à Râjagrha en comjîagnic de Var- 
sanaya. 

A ces mots, Màlavat, exprimant des paroles de chagrin dans un langage 
plein de compassion, s'en retourna en pleurant, et Prasenajit, roi de Koçala, 
accompagné de Varsanaya, se dirigea vers Râjgrha, et, de proche en proche, 
il y arriva. 

Après avoir erré de côté et d'autre, il entra dans le parc d'Ajâtaçatru et 
dit à Varsanaya : "\"arsanaya, va, dis au roi Ajâtacatru : Le roi de Koçala 
Prasenajit est entré dans le parc. — Varsanaya alla donc dire au roi Ajâta- 
catru : Sire, Pi'asenajit est entré dans ton parc ; Sire, il désire te voir. 

ATouïe de ces paroles, le roi s'assit (dans son conseil) et dit : Messieurs, 
ce roi est très belliqueux ; le voici qui arrive soudainement chez moi. Qui donc 
l'a tourné contre moi ? Est-ce toi ? — Varsanaya reprit- Sire, belliqueux? 
Et comment? Son fils l'a chassé du trône; il arrive ici lui deuxième avec un 
serviteur. Le (roi) reprit : En ce cas, ce roi se comporte bien ; je serai pour 
lui comme un jeune prince (pour son père). Gela dit, s'adressant à ses mi- 
nistres : Messieurs, il ne serait pas convenable à moi d'inviter un tel roi, roi de 
race xatryenne et de si haut rang, sans le traiter en roi et lui rendre de grands 
honneurs. Ainsi ornez la ville, ornez le chemin. 

Ceux-ci font débarrasser la ville de pierres, de graviers, de cailloux, si bien 
qu'elle fut comme l'entrée du bosquet Nandana, le parc des dieux. Quand le 
chemin fut orné, que la ville fut parée, rendue éminemment et particulière- 
ment respectable, on fit, à son de cloche, cette proclamation : Messieurs, 
que les habitants de Rnjagrha, la cour du palais, les militaires (?) se mettent 
en fête ! Puis le roi Ajàtaçatru, conduisant son char suivi de plusieurs mil- 
liers et des quatre corps d'armée, s'avança pour oflVir sa protection au rui 
Prasenajit. 

Celui-ci, après son entrevue avec Ajàkaçatru, éprouva les soufïrances de 
la faim. A une très petite distance du parc, il }• avait un champ de radis; le 
maraîchiu" lui donna une poignée de radis : il numgea feuilles et racines. Pris 



' CeUe traduction n'a guère de sens; mais j'avoue que je n'ai |)U saisir celui d.' la phrase tibétaine. 
Le roi a l'air de considérer le personnage auquel il s'adresse comme un Iroilre, complice de l'usurpateur; 
peut-être y a-t-il dans la partie antérieure du ré.-it. inconnue de nous, certains détails qui nous 
donneraient laclef de l'énigme et permettraient d'arriver à un sens satisfaisant. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 67 

d'une grande soif, il s'approciia do l'étang-, se baissa pour prendre de l'eau 
tout son soCil, et quand il se releva, sa main se raidit ; il tomba de son char (?) 
sur la grande route ; sa bouche se remplit de la poussière soulevée par le 
mouvement bruyant des roues, et il trépassa ' . 

Le roi Ajâtaçatru vint au parc et le chercha avec inquiétude ; il ne le 
trouva pas. Il envoya donc des messagers à cheval dans les quatre direc- 
tions, en leur disant : Cherchez. — Un de ces messagers arriva au champ de 
radis et, s'adressant au maraîcher : Eh ! l'honnne ! (n'as-tu pas) vu quelqu'un 
venir dans le parc ? — Si , il est venu quelqu'un. — Et où est-il allé ? — Ha 
pris une poignée de radis, puis est allé du côté de l'étang. — Le messager 
suivit les traces de r(étranger) et le vit mort sur la grand'route. Il vint dire 
au roi Ajâtaçatru : Sire, il est (étendu) mort sur tel point delà grand'route. 
Le roi dit : Hélas ! hélas ! — Plusieurs centaines de milliers d'hommes 
vinrent en ce lieu et s'y trouvèrent réunis. 

Après avoir un instant considéré ce corps mort, spectacle pénible ! le roi 
dit à ses ministres : Messieurs, ce roi de race xatryenne, investi du pouvoir 
suprême, est mort dans mes Etats ; c'est pour moi fort désagréable. Vous donc, 
plaçez-le sur le bûcher dans le cimetière avec do grands honneurs; et moi, 
je vais consulter Bhagavat au sujet du surp us des honneurs à rendre àse 
restes. 

Ceux-là donc le placèrent sur le bûcher dans le cimetière avec de grands 
honneurs; et le roi Ajâtaçatru se rendit auprès de Bhagavat. 

Quand il y fut arrivé, il adora avec la tète les pieds de Bhagavat et lui parla 
ainsi : Vénérable, le roi de Koçala Prasenajit est mort dans mon pays. Quels 
honneurs rendrai-je à ses restes? - Grand roi, répondit Bhagavat, rends - 
lui des honneurs aussi grands que tu peux, aussi grands que tu l'oses. — .^lors 
le roi rendit de grands honneurs aux restes du défunt. 

Ensuite, étant venu en présence de Bhagavat, il questianna Bhagavat : 
Vénérable, dit-il, quels actes le roi du Kocala Prasenajit avait-il faits pour que 
la maturité de ses actes ait causé sa mort ? 



' Je n'ai pu réussir à donner une traduction satisfaisante et'compléte de ce passage assez important, 
puisqu'il relate les circonstances de la mort du roi détrôné, non seulement dans l'existence actuelle 
mais aussi dans une existence antérieure. Et, en effet, ce passage est répété un peu plus loin ; mais 
chaque fois, la plupart des mots sont écrits diversement, et il en est qu'on ne trouve pas dans les dic- 
tioimaires. 



08 annai.es du mdske guimet 



ivat dit : Autrefois, grand rui, dans une. caverne de montagne, de- 
meurait un brahmane qui épousa une femme de même tribu que lui... il lui 
naquit un fils. 

Une fois, ce tîls alla mendier ; on lui donna un poignée de radis ; il dit à 
sa mère (en la lui remettant) : Je reviens dans un instant quand je me serai 
baigné. Ces paroles dites, il alla se baigner. 

Quand il n'y a pas de Buddhasdans le monde, il y a des Pratyekabuddlias. . . 
Alors donc un Pratyekabuddlia en voyage passa par là, et tout en cheminant 
arriva à la caverne de cette montagne. Il passa un jour (et une nuit) dans ce 
lieu désolé; le matin, il revêtit sa tunique et son manteau, prit son vase et 
entra dans la caverne de la montagne pour mendier ; de proche en proche, il 
atteignit cette demeure. La brahmanî remarqua les charmes de sa personne, 
les charmes de son esprit, etc. De telles dispositions naquirent en elle qu'elle 
offrit auPratyekabuddha la poignée de radis. Ces magnanimes enseignent 
la loi par le corps plutôt que par la parole. Lui donc, comme le l'oi des 
oies % déployant ses ailes, s'éleva dans les régions célestes et tit voir plu- 
sieurs prodiges. Par cette puissance qui amène promptement à la foi chaque 
individu, la brahmanî tomba à ses pieds comme un arbre déraciné et lui se 
retira après avoir (ainsi) manifesté sa compassion -. 

Sur ces entrefaites, le fils du brahmane arriva : Mère, dit-il, mangeons la 
poignée de radis. — Mon fils, répondit-elle, il faut t'en réjouir; ce religieux 
qui a en lui l'essence du calme est venu pour mendier, pour obtenir quelque 
chose; je la lui ai donnée. — Le fils avait faim, il souffrit, fut très mécontent, 
et s'écria : Puisque ce religieux l'a mangée, pourquoi sa main ne s'est-elle 
pas raidie et n'est-il pas mort - ? 

Que penses- tu, grand roi ? Ce fils di' Brahmani, c'était le roi de Koçala 
Prasenajit lui -même*. 



' Hamsa in-oiiremëiit « oie » ou u cygne » ; ou en fait un oiscai pi-esque fabuleux. Le Hamsa a été 
icjà cité (V. p. 49). 

2 Le récit de ce prodige revient un très grand nombre de l'ois dans les textes. 

3 Ce passjge est parallèle au récit des circonstances de la mort de Prasenajit (Voir ci-dessus p. 07). 
* Ce récit est encore un .\vadàna comme celui qui termine l'histoire de Yaças (Voir ci-dessus, p. 26-27). 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 69 

2. — PREMIÈRE ATTAQUI-; DE VIRUDHAKA CONTRE LES ÇAKYAS 

...Eiisuito Virùdhaka, trompé par Mùtraparùdliaka*, équipa quatre corps 
d'année, savoir : le corps des éléphants, le corps des cavaliers, le corps des 
chars et le corps des gens de pied, afin de détruire les Gâkyas qui habitaient 
àKapilavastu ; et il partit de Grâvastî pour se rendre àKapilavastu. 

Dans de telles conjonctures, les bienheureux Buddhas ne manquent ni de 
connaissance ni de vue ; les plus petites choses ne peuvent leur échapper ; 
celui-ci donc, connaissant à fond la situation des Çâkyas habitants de Kapi- 
lavastu, partit de grand matin de Grâvastî pour se rendre à Kapilavastu. 

Or, Bhagavat ayant trouvé sur son chemin un arbre Çakotaka à l'écorce 
irrégulière et raboteuse, peu agréable, aux feuilles maigres, à l'ombre petite, 
s'assit auprès, les jambes croisées, au grand soleil (?). 

Le roi Virùdhaka aperçut Bhagavat de très loin ; en le voyant, il se diri- 
gea du côté où était Bhagavat et adressa cette parole à Bhagavat : Véné- 
rable, cet arbre a des feuilles peu agréables, donne peu d'ombre et n'est pas 
avantageux; mais ces bienheureux (Buddhas), abandonnant les autres arbres 
parce qu'ils causent des maladies, préfèrent s'asseoir près de cet arbre 
Çakotaka à l'écorce raboteuse, peu agréable, aux feuilles maigres, au feuillage 
peu abondant. 

Bhagavat répondit : Grand roi, c'est pour mes parents et mes proches; mes 
parents et mes proches (font) que l'ombre est fraîche. 

Virùdhaka fit cette réflexion : Bliagavat est ému de compassion à la vue de 
ses parents et de ses proches; oh! Bhagavat a pitié de ses parents. .11 com- 
prit cela dans son esprit, et, à l'instant (sans faire un jjas de plus), il rebroussa 
chemin. 

Bhagavat fit cette réflexion ; Si les Gàkjas sont appelés à voir la vérité 
(seulement) quand la guerre de Virùdhaka fondra sur eux, ils ne seront pas 
des vases propres à recevoir la vue des vérités. Ayant donc bien connu cela 
dans sa pensée, il partit pour se rendre au milieu des Çàkyas dans leur 
pays. Etant arrivé à Kapilavastu, il résida à Kapilavastu dans le jardin du 
Nyagrodha. 

* Tibétain: Ma-ta-gyiod, que je traduis par ((donimage-poui'-sa-mére «(matri damnum) ; je restitue 
donc le sanskrit (liypothétique) Mûlraparadliaka. 



70 ANNALES DU MUSEE GUI. M ET 

Cette nouvelle se répandit parmi les Çàkyas habitants de Kapilavastu : 
Bhagavat, disait-on, est venu dans le pays, parmi les Çàkyas; il est venu 
ici, et même, il séjourne dans ce jardin du Nyagrodha. A l'ouïe de ce dis- 
cours, ils se rendirent au lieu où était Bhagavat, et, ayant adoré avec la tête 
les pieds de Bhagavat, s'assirent non loin de lui. Alors Bhagavat, connais- 
sant leurs pensées, leurs inclinations, leurs dispositions morales, leur état 
intérieur, fit, en conséquence, l'enseignement de la loi qui mène à l'intelli^ 
gence des quatre vérités. Après l'avoir entendu, plusieurs centaines de 
milliers d'êtres acquirent d'une manière particulière le grand enseignement. 
Quelques-uns obtinrent le fruit de Grota-àpatti, d'autres le fruit de Sakrdâ- 
gami. Et alors ils descendirent dans l'assemblée et y siégèrent. Tels sont 
le premier degré et le degré intermédiaire * . 

Quand Màtraparàdhalva aperçut Virûdhaka, il lui dit : Qu'y a t-il que tu 
aies rebroussé chemin ? — Le roi répondit : Màtraparâdhaka, c'est que Bha- 
gavat, à la vue de ses parents et de ses proches, est ému de compassion 
envers eux. Oh ! oui, Bhagavat a pitié de ses parents et de ses proches. De 
là vient qu'il m'a dit : grand roi, c'est pour mes parents et mes proches; 
oui, ce sont mes pariuits et mes proches qui (font) que l'ombre est fraîche. 
Cette déclaration a fait naître en mon cœur la lumière et l'intelligence ; je 
renonce au projet de détruire les Çàkyas. — Màtraparâdhaka répliqua : 
Sire, leÇramana Gautama est affranchi de toutes les passions ; ceux qui sont 
affranchis de toutes les passions ne s'occupent guère de leurs proches. En 
conséquence, aujourd'h\ii même, le roi a un jour favorable, un instant 
favorable, une étoile favorable, un jour de mérites religieux favorable. Pars 
donc, Sire, aujourd'hui même, pour Kapilavastu. 

Le roi, ayant repris son conseiller de vices et équipé les quatre corps d'une 
armée complète, le corps des éléphants, le corps de chevaux, le corps des 
chars, le corps des fantassins, arriva à Kapilavastu; puis, ayant distribué ses 
troupes ( ^) (sur le terrain) à peu de distance de la ville, il s'y établit. 

Alors l'àyusmat Mahà-Maudgalyana se rendit au lieu où était Bhagavat, 
et après avoir adoré avec la tète les pieds de Bhagavat, s'assit à peu de di- 
stance de lui. Puis l'àyusmat Mahà-Maudgalyâna adressa ce discours à Bha- 

' Presque toutes les parties de ce paragra|)he, réunies ou isolées, se trouvent dans les textes répétées 
constamment. « 



FRAGMKNTS TRADIMTS DU KANDJOUR 71 

gavât : Vénérable, uu homme égaré, Virûdhaka, a équipé les quatre corps 
d'une armée, celui des éléphants, celui des chevaux, celui des chars, celui 
des gens de pied, afla de détruire les Çâkyas habitants de Kapilavastu, et 
il est à Kapilavastu. Voilà ce que j'ai entendu dire. Moi donc, prendrai-je 
avec moi cette armée de fantassins et de soldats montés pour les transporter 
dans une autre région du monde ? ou bien les jetterai- je au delà de la chaîne 
(de montagnes) qui entoure le monde * ? ou h'ien détournerai-jc (eu un autre 
lieu) la race des habitants de Kapilavastu^ ? Il faut faire un effort énergique 
pour détourner d'eux le réseau de fer (qui les enveloppe). 

— Maudgalyàna, cela est ainsi; cela étant ainsi, tu as beau avoir, selon 
tes précédents, le pouvoir de détourner. Les Çâkyas habitants de Kapilavastu 
ontaccumvdé des actes; les conséquences s'en multiplient : comme uu héros 
victorieux, elles demeurent près d'eux; sans aucun doute, elles resteront 
maîtresses. Quand les actes ont été accumulés, quel autre (que celui qui les 
a faits) peut en goûter le fruit ? Bhîxus ^, ce n'est ni dans l'élément du feu, 
ni dans l'élénieut de la terre, ni dans rélément du vent que mûrissent les ac- 
tions faites et accumulées; au contraire, les actions vertueuses et vicieuses 
viennent à maturité dans les Skandhas qui se détruisent, dans les éléments, 
dans les àyatanas, durant des centaines de kalpas. Les actions n'étant pas 
peu nombreuses, c'est à force d'accumulation de temps qu'elles viennent à 
maturité pour les êtres corporels. Maudgalyàna, nous avons à accomplir 
des actes dans le monde; une fois nés, les actes demeurent ; les actes ont leur 
rétribution ; ce qui arrive est en rapport avec les actes. Voilà pourquoi qui - 
conque a accompli des actes vertueux ou vicieux, celui-là devient heureux 
ou malheureux par ces actes. En conséquence, Maudgalyàna, il faut s'éver- 
tuer dans l'accomplissement des actes. Après cela, l'àyusmat Maugalyayàna 
adora avec la tète les pieds de Bhagavat et s'en alla. 

Cependant les Çâkyas qui liabitaient à Kapilavastu avaient reçu cette nou- 
velle : Un homme égaré, Virûdhaka, a équipé les quatre corps d'une armée : 
celui des éléphants, celui des chevaux, celui des chars, celui des gens de 

' Le Cakraviila. 

2 II ne faut pas oublier que Maudgalyâydua est le disciple habile pour faire des prodiges. 

■^ Jusqu'ici, Maudgalyàna était le seul iuterlocuteur. Voici maintenant que les Bhixus apparaissent 
à rimproviste. Cela tient sans doute à ce que l'explication donnée ici est un lieu commun qui revient 
des centaines de fois et qui est ordinairement adressé à toute la confrérie. 



72 ANNALES DU MUSEE GTIMET 

pied, et il est venu pour nous détruire. A cette nouvelle, ils équipèrent les 
quatre corps d'une armée et vinrent à la rencontre de Mrùiliiaka pour lui 
livrer bataille. 

Gomme ils avaient vu les vérités. qu"iis étaient à peine edujialjles de 
meurtre, ils coupèrent les lances, les fouets, les cordes des arcs (?), les 
liens, les courroies, et lancèrent leurs traits sur les pendants d'oreille ^ Après 
avoir ainsi détruit Téquipement de l'armée de Virùdliaka, ils s'instal- 
lèrent à Kapilavastu, en fermèrent les portes, et demeurèrent là faisant force 
musique instrumentale. 

Gomme ils avaient triomphé complètement et remporté pleine victoire, 
Virùdhaka dit à Mâtraparàdliaka : — As-tu vu ? nous sommes pour être mis 
en pièces par les Gàkvas; viens voir. — Il répondit: Sire, que ton cœur ne 
se brise pas. G'est parce que les Gàkyas habitants de Kapilavastu ont vu la 
vérité (qu'ils ont remporté ce succès) ; car ils n'auraient pas le courage et la 
force d'ôter la 'vie même à une bête noire, en fait de créature vivante. Cela 
est rendu évident par ceci qu'ils ne nous ont pas tué un seul être animé. 
— Après ces paroles trompeuses, il resta assis on silence. 



o. — EPISODE HE r.VMBAKA- 

Cependant les Gàkyas établirent cette règle : — Messieurs, il n'est permis 
à aucun de nous, quel qu'il soit, d'attaquer \'irùdhaka ou l'armée de Virù- 
dhaka. Si qui:>lqu"un l'attaque, il n'est pas un des nôtres, il n'est pas un Gâkya. 

Or, en ce t(Mnps-là, un Gàkya nommé Çambaka '^ vivait sur un rocher, se 
servant lui-même et accomplissant la fin de l'œuvre *. Il n'avait pas entendu 
parler de la règle établie par les Gàkyas. Pendant qu'il était là vivant en son 
particulier, il apprit cette nouvelle: Virùdhaka est venu pour nous tuer, 
il est établi en tel lieu. — A cette nouvelle la colère domina dans son cœur ; il 
l'ut outré. En un instant, il se rendit devant le front de l'armée de Virùdhaka 



1 C'est-à-dire piMbalilement qu'ils ilétruisirent les oriiemenls; mais cela est peu clair. !.o mot ([Ueje 
remis pampendanls d'oreille » a peut être un autre sous qui m'est inconuu. 

i Continuation immédiate de ce qui précède. 

3 Le mot est aussi écrit Çampaka. Csoma a adopté cette dernière l'orme ; l'autre nous parait 
préférable. Çambaka signifie « heureux o. 

•' La perfection. 



FKAGMIÎ.NTS TRADUITS DU KANDJOUR 73 

et broya là une grande quantité de troupes d'hommes. Quelques-uns (seule- 
ment) échappèrent à la mort. 

Alors Virùdhaka découragé dit à Màtraparàdliaka : Màtraparâdhaka, as-tu 
vu ? Tu disais : « (Ils ont triomphé) une fois par hasard, parce qu'ils ont vu 
la vérité ; ils ne seraient pas capables d'ôter la vie même à une bête noire 
parmi les créatures; » et cependant, en un instant, un seul d'entre eux a tué 
une si grande^ multitud(_^ de nos hommes! Si tous viennent s'ajouter à lui, 
chacun de nos êtres animés périra et (pourquoi en dire davantage ?) viendra 
au terme de sa vie par la révolution du temps. 

Le (confident) repartit : Sire, les Çâkjas ont fait le règlement suivant : 
Nul d'entre nous ne doit attaquer Virùdhaka ni l'armée de Virùdhaka ; celui- 
là, quel qu'il soit, qui attaquera, ne sera pas tenu pour un de nos proches, ne 
sera pas un Çàkya. Voilà ce qu'ils ont décidé. Celui-ci n'en a pas entendu 
parler; et maintenant, la plus petite place qui soit à l'intérieur de la ville, il ne 
l'aura pas. 

Celui-là, en effet, vint à la porte de Kapilavastu. s'y arrêta et dit: Mes- 
sieurs, ouvrez la porte, que j'entre ! — Ceux-ci répondirent : Tu as violé la 
règle que nous avions établie. Désormais, tu n'es plus l'un de nos proches, 
tu n'es plus un Çàkya. Va là où l'on te permettra de regarder en dedans. 
— Il répondit : La règle que vous aviez établie, je ne l'avais pas entendue. 
Cependant si elle a été plusieurs fois proclamée en ces termes, elle est obli- 
gatoire. Si doncj'ai violé la règle que vous avez établie, expulsez-moi de mon 
pays, j'irai dans un autre. 

Expulsé par eux de son pays et leur servant de guide *, il se rendit au lieu 
où était Bhagavat, et, ayant adoré avec la tète les pieds de Bhagavat, il s'assit 
à peu de distance. Une fois assis à peu de distance; le Çàkya Çambaka adressa 
ce discours à Bhagavat : Vénérable, je demande à Bhagavat, pour le lieu où 
je le servirai, quelques signes de ce service ; accorde-les-moi. — Bliagavat, par 
des manifestations surnaturelles, lui accorda des cheveux, des rognures 
d'ongles, des dents. Il les emporta et s'en alla dans le pays de Bakuda. 

Les habitants de ce pays apprirent cette nouvelle : Un Çàkya nommé Çam- 
baka, énergique, fort, grand vainqueur de l'ennemi, parfait, vient dans notre 

' Leur montrant le chemin de la l'iiite ou le recours à Bhng-avat. 

.\nn. g — B 1/1 



74 ANNALES DU MUSÉE GDIMET 

pays avec le désir de régner. A l'ouïe de cette nouvelle, ils firent faire cette 
proclamation : Messieurs, un Gàkya nommé Çambaka, énergique, fort, 
grand, vainqueur de Tennemi, arrive dans notre pays. Voilà le bruit qui court . 
Venez donc ici, rassemblez-vous. — Qu'est-ce que cela? Celui qui vient au- 
devant de nous est-il arrivé? Il n'est pas arrivé, (se disait-on). Et tous se 
rassemblèrent en un clin d'œil; en un clin d'œil, ils s'assirent dans la salle 
de la réunion. 

Çarabaka, s'étant placé à une petite distance de l'assemblée, se présenta à 
eux dans la tenue d'un courrier. Eux le saluèrent en ces termes : Tu es le bien- 
venu; puis lui firent cette question : D'où viens-tu? — Il répondit : Ce Çàkya 
nommé Çambaka, énergique, fort, grand vainqueur de l'ennemi, accompli, 
désire la royauté et se propose de venir ici ; comme il m'a remis une lettre, 
je veux m'asseoir et la lire. — Ils lui dirent : Il n'y a pas de tapis, où t'asseoi- 
ras-tu ? — Mais lui, ayant tiré son épée du fourreau, et réduit en petits 
morceaux une grosse pierre : C'est là, dit-il, que je m'asseoirai. Cette mer- 
veille leur fit ouvrir de grand yeux. — Oh! mais! dirent-ils, combien ce 
personnage a-t-il d'hommes pareils, semblables à toi? — Il répondit : 
Messieurs, je ne suis que son messager ; par moi l'on peut juger de tous les 
autres; il a d'autres hommes héroïques eu grand nombre. 

Eux, ayant entendu, s'assirent (pour délibérer et se dirent les uns aux 
autres) : Messieurs, voilà un concours de circonstances remarquable et sans 
égal. Quel autre homme (trouverions-nous) pareil à celui-ci? Prenons-le pour 
en faire notre roi. 

Là dessus, ils prirent connaissance de la lettre, puis lui dunuèrent la ré ■ 
pousi\ (Elle portait :) Tu es le bienvenu ; tu feras les ordonnances et nous agi- 
rons selon tes prescriptions. — Il emporta la réponse, se fit une cour, (s'en- 
toura d') une grande opulence et vint dans le pays de Baguda. 

Ceux du pays le nn-urent avec respect et avec de grands hunneurs, puis 
l'installèrent dans la royauté. 

Ce bruit se répandit partout : Los habitants du pays de Baguda ont honoré 
de la royauté le roi Çnndjaka. « Roi Çambaka, Roi Çambaka », c'est ainsi 
qu'on l'appelait. 

II établit un stùpa des' cheveux et des ongles de Bliagavat, auquel on donna 
le nom de stùpa d' (lambaka. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOL'R 75 

i. MORT DE VIRUDHAlvA 

...Ensuite cet hoiiime se rendit auprès de Virùdhaka, et Virùdhaka lui dit: 
liomme, que commande Bliagavat ? — Sire, voici les paroles sorties de la 
bouche de Bliagavat : Dans sept jours d'ici, la famille (royale) de Kocala 
s'éteindra comme si elle avait vu un serpent. Virùdhaka et Màtraparàdhaka 
seront consumés ensemble par le feu, et tomberont dans le grand enfer Avici. 
— Voilà ce qu'il a dit. 

A l'ouïe de ces paroles, Virùdhaka, appuyant sa main sur sa joue, s'assit 
plein d'incertitude. Màtraparàdhaka, lui dit : Sire, pourquoi es- tu ainsi la 
main appuyée sur la joue, l'esprit incertain (et troublé)? — Il répondit : Màtra- 
paràdhaka, voici ce qu'a dit Bhagavat : Dans sept jours, Virùdhaka etMâtara - 
paràdhaka, consumés ensemble par le feu, descendront dans le grand enfer 
Avîci. Voilà ce qu'il a déclaré. Aussi n'y a-t-il personne (au monde de 
troublé et) d'incertain comme moi. — Sire, répondit le (confident), quel 
que fût le Brahmane qui serait venu et auquel tu n'aurais pas offert à déjeuner, 
il te mettrait en cent mille morceaux. Après cette réflexion, qu'est-il besoin de 
dire : Le roi a tué tant de parents et d'amis du Bhixu Gautama...? Cette parole 
fut trouvée juste et appréciée ; cette autre parole fut trouvée non moins juste : 
Eh bien! Sire, dit -il, fais installer dans le parc, dans l'eau, un pavillon 
commode à une seulecolonne ; vas-y, Sire, et restes-y sept jours. Les sept jours 
écoulés, retourne à Gràvastî. — Qu'ainsi soit, dit le roi, j'y vais. — Et, 
accompagné du cortège de ses femmes, il s'y rendit et y séjourna. 

Un jour plein se passe, et Màtraparàdhaka lui dit : Sire, un des sept jours 
est passé; il n'en reste plus que six; les six jours passés, tu te rendras à 
Çràvastî. — Deux, trois jours se passent. Le septième : Sire, dit-il, c'est 
maintenant que tu te mets en route pour Çràvastî ; et il fut fait selon ce 
discours. 

Mais, à ce moment, le temps se couvrit. Or, comme les femmes se plaisent 
aux ornements, les épouses formant le cortège (du roi) dirent: Sœurs, nous 
devons partir pour Gravasti ; il faut emporter nos ornements avec nous. — Et 
elles se préparèrent à se munir de leurs ornements. A ce moment, une des 
épouses du cortège royal, en faisant ses préparatifs pour se charger de ses 
ornements, avait placé un joyau, un verre ardent sur un coussin. 



TC) annai.es nr musée guimet 

Sur ces entrefaites, It^ temps s'éclaircit, It^s rayons du soleil donuèreut sur 
le verre ardent : il se produisit un feu qui gai^na le coussin ; du coussin, il 
se communiqua au pavillon. Les femmes du cortège ro_yal s'enfuirent. Virîi- 
dhaka et Mâtraparâdhaka voulurent fuir devant les Hammes. Ace moment, 
des êtres non humains fermèrent les portes. Virùdhaka dans les tlammes dit : 
— Mâtraparâdhaka, je brûle. — En etïet, répondit Mâtraparâdhaka. — ■ 
Pendant qu'ils échangaient ces paroles en liurlaut de rage, ils naquirent 
dans le grand enfer Avîci ' . 

Alors Bhagavat dit à propos de cet événement les vers suivants : 

Le coupable a brûlé ici : c'est le dernier feu. 
S'il y en a deux qui ont brûlé, c'est que chacun pei'sonnellement 
A vu la maturité de ces œuvres (dans) ce feu, ce feu intense ; 
C'est en sortant d'ici pour entrer dans la voie mauvaise qu'ils ont brûlé. 

Le coupable a crié ici ; c'est le dernier cri. 
S'il y en a deux qui ont crié, c'est que chacun personnellement 
A vu la maturité de ses œuvres (dans) ce cri. ce cri intense ; 
C'est en sortant d'ici pour entrer dans la voie mauvaise qu'ils ont crié. 

Tel fut l'oracle rendu par Bhagavat. L'àyusmat Amuida lui dit : Véné- 
rable, nous ne comprenons pas le sens de ces deux vers. 

Bhagavat dit : Ananda, uu homme en proie à l'égaremout, Virùdhaka avec 
Mâtraparâdhaka est entré dans l'enfer Avîci, par le feu, au milieu des 
flammes. C'est ce fait qui m'a inspiré ces réflexions et m'a fait dire : 

Le coupable a brûlé : c'est la dernière flauime, jusqu'à ces mots : c'est en 
sortant d'ici... qu'ils ont crié. 

Ainsi parla (Bhagavat). 

' c'est-à-dire qu'ils moururent dans les flammes et passèrent (ou renaquirent) dans l'enfer. 



INSTRUCTIONS OU BUDDHA POUR LA COMPILAT ION 
DE LA DOCTRINE 

— Mdo VI, fulios 181-3. — 



Dans le Malià-Karunà-pundarika Sùtra (Mdo vi, 2) le Buddha, près de 
mourir, indique à son disciple Anauda de quelle manière il doit s'y prendre 
pour conserver la doctrine. Il est probable que cet épisode se trouve repro- 
duit plus d'une fois dans le Kandjour ; mais le passage du Maliâ-Karunâ 
pundarika est le seul que nous connaissions, grâce à l'analyse judicieuse de 
Gsoma qui n'a pas manqué d'appeler l'attention sur ce point important, et 
donne de curieux détails. Il nous semble qu'il convient d'aller plus loin et de 
donner la traduction intégrale de ce texte remarquable. 

Je le range parmi les textes historiques ; rien n'empêche d'admettre que 
Çàkya ait pu donner à ses disciples des conseils pour la conservation d'un 
enseignement dont pas une idirase n'avait été écrite. On peut également bien 
supposer que les disciples, ayant conservé l'enseignement de leur maître par 
les moyens qu'ils ont jugés les meilleurs, ont ensuite eu l'idée de lui attribuer 
à lui même l'invention de ces moyens et ont représenté la marche qu'ils ont 
suivie comme celle qui leur aurait été tracée, afin de donner plus d'autorité 
à la compilation formée par eux et en général à tous leurs actes. Nous n'avoug 
pas à choisir entre ces deux explications. Quelle que soit celle qu'on adopte (et 
il est même permis de les adopter toutes les deux, car on ne pourrait s'arrêter 
à la première sans la modifier par des considérations empruntées à la seconde), 



78 ANNALES DU MUSEE GUI.MET 

il demeure certain que ce texte représente ce qui s'est passé depuis la mort 
du Buddha pour la compilation des écritures bouddhiques. Il fait évidemment 
allusion à plusieurs divisions ou groupements qui ne se sont pas opérés simul- 
tanément ; il embrasse plusieurs phases du développement de cette vaste 
littérature. Nous ne pouvons entrer dans les explications nombreuses et va- 
riées qu'il suggère ; nous nous bornons à en donner la traduction aussi fidèle 
et aussi intelligible que possible. Elle est malheureusement, et par la force 
des choses, hérissée de noms propres. 



DIALOGUE DE ÇAKYA ET D ANANDA 
(Extrait du Mnlji Kiirui.a piinii.-.rika Sûlra). 

L'Âyusmat Ânanda dit à Bhagavat : — Bliagavat, de quelle manière m'y 
prendai-je pour atteindre à la perfection ? Bhagavat, la perfection acquise, 
comment m'y prendrai-je pour faire durer longtemps le système de la bonne 
loi, l'étendre et le répandre parmi les dieux et les hommes? Bhagavat, ce 
système de la bonne loi, comment m'y prendrai-je pour le rassembler com- 
plètement ? Gomment m'y prendrai-je pour en proclamer l'enseignement ? 

Bhagavat fit cette réponse à l'àvusniat Ananda : Après mou Nirvana com- 
plet, les Bhixus Sthaviras se réuniront pour compiler le Dharma (loi) et le 
Vinaya (discipline). Alors, Ananda, le Sthavira Mahâkâçyapa et les autres 
Bhixus Sthaviras t'adresseront ces questions : Ananda, oùle Tathâgata a- 
t-il proclamé les grands enseignements? où les énumérations du Nidâna ? 
où la grande entrée dans l'égalité d'esprit ? où la cinquième et la troisième* ? 
où ont eu lieu les questions fliites par un dieu ? où les questions faites par 
Indra ? où la descente du pays des dieux ? où la répons^ aux questions de 
Brahma? Voilà, Ananda, par quelles énumérations ces Bhixus te questionne- 
ront ; ils diront : Auauda, où le Tathâgata a-t-il enseigné la section du Si(l7-a 
« fil, doctrine », la section G/v/a « ce qui doit être chanté », la section Vyâka- 
varia « prédiction », la section Galhâ « stance », la section Udûna « éloge », 
la section Nidâna « base du discours », la section Acadàna « expression 
du jugement (légende) », la section Itivrttika « ce qui s'(;st passé ainsi », 

' Termes énigmatiques 'que je rapporte à celui qui précède (rentrée dans l'éjialilé d'espril), sup- 
posant qu'il y en a cinq modes ou degrés; mais il faudrait des explications. 



FRAGMENTS TRADUITS DV KANDJOUU "9 

la section Jâiaka « naissance )■>, la section Vaipulya, «développé », la section 
Adhliûta-dharma « phénomènes merveilleux )),Ia section Upadeça « conseil, 
arrangement métliodique » ? Ananda, où le Tatâgliata a-t-il enseigné la 
corbeille des Gràvakas, où a-t il enseigné la corbeille* des Pratyekabuddhas, 
où a- t-il enseigné la corbeille des Bodhisattvas du Grand Véhicule ? 

Voilà, Ananda, les questions que te teront les Bliixus. Réponds-leur par ces 
déclarations solennelles : Voici le discours que j'ai entendu une fois : Bhaga- 

vat, devenu le pur parfait et accompli Buddha, résidait à Bodhimandn... • 

Voici le discours que j'ai entendu une fois : Bhagavat résidait sur le mont 
Gaya... — Voici le discours que j'ai entendu une fois : Bhagavat résidait dans 
le pays de Magadha, près du Nyagrodha du Ghevrier... — Voici le discours 
que j'ai entendu une fois : Bhagavat résidait dans le pays de Vàràiiasî à Rsi- 
patana dans le Mrgadâva, « Bois de gazelles. » — Voici le discours que j'ai 
entendu une fois : Bhagavat se trouvait à Rajagrha sur le Grdhrakùtaparvata, 
« montagne du pic du vautour... » sur le plateau du Videha, dans la caverne 
d'Indra... — ^'uici le discours que j'ai entendu une fois : Bhagavat résidait à 
Rajagrha, à Venuvana « Bois de bambous », dans l'enclos du Kalantaka... — 
Voici le discours que j'ai entendu une fois : Bhagavat résidait sur le rocher 
du Ràxasa au plateau du mont des Rsis* ... — ^'uici le discours que j'ai 
entendu une fois : Bhagavat résidait à Gràvastî, à Jetavaua, dans le jardin 
d'Anathapindada. — Voici le discours que j'ai entendu une fois : Bhagavat 
résidait à Vaiçali dans le parc d'Amradàrikà, dans la maison à étage sur le 
bord de l'étang du singe (Markatahrada)... — De même, il résidait dans 
le pays de Gampa sur le bord de l'étang creusé par Garga... de même, il 
résidait dans le pays de Kauçamblii, dans le Goshavatyàràma.., il rési- 
dait dans le pays de Gidvetana, dans le Kàlàrama (jardin de Lenoir) ... il 
résidait à Pàtaliputra, près du jardin de Bahuputra (qui a beaucoup de 
tils...) il résidait au pays de Mathurà, dans le jardin de Tuiseau Gag... ^ 
Voici le discours que j'ai entendu une fois : Bhagavat étant chez les Mallas 
près de Kuçanagara résidait dans un bouquet d'arbre Gala... 

Voilà comment tu leur répondras, Ananda, en disant : G'est par ces éuu- 
mérations que le Tathàgata a enseigné la loi, en tel et tel lieu, dans telle et 

i Je rends par « corbeille » le mot bien corfuu Pitaka. 
- Isigili en pàii (sk. Rsigiriji 



80 ANNALES DD MUSEE GUIMET 

telle réunion, en tel et tel temps, s'appuyant sur tel et tel intérêt (ou motifi 
prenant occasion de tel et tel individu, faisant telles et telles déductions pour 
enseigner telle et telle connaissance, faisant telle et telle énumération au 
raoven de tels et tels sens, mots, lettres; ajoutes-y le Nidâna, les causes et 
les conséquences, et développe ainsi le sens excellent, le fruit excellent du 
discours. A la fin de la section de Mdo, ne manque pas d'écrire : Ainsi parla 
Bhagavat ; toute la réunion en fut ti'ès réjouie et loua liautoment le discours 
de Bhagavat'. 

Voilà, Ananda, comment il fout faire pour rassembler avec soin tout le corps 
de la loi, voilà comment il faut le diviser, A'oilà comment il faut l'enseigner 
en disant : ^'oici le discours que j'ai entendu une fois de la bouche du Tathâ- 
gata, de l'Arhat, du parfait accompli Buddha. 



1 Le précepte a été suivi et cette fin ne manque à aucun sùtra : mais l'expression « écrire » est 
assez singulière; c"est un véritable anachronisme, puisque, de l'aveu même des bouddhistes, la 
première compilation au moins a été formée oralement. — Tout ce morceau e.^tune description fort exacte 
de la façon dont les textes bouddhiques ont été rédigés, de la forme qui leur a été donnée, du plan qui 
y a été suivi. L'analyse de Csoma en doniiait, comme nous avons eu soin de le dire, une idée très suffi- 
sante, que nous croyons compléter heureusement parla traduction qn'on vient de lire. 



VI 

MORT D ANANDA. - CONVERSION DU KAÇMIR. - SUCCESSION 
DES PREMIERS PONTIFES TIBÉTAINS 

— Dulva XI, CS4-690 — 

Les feuillets 684 -690 du onziètne volume du Kaudjour renferment : 1° un 
récit de la mort et des funérailles d'Auanda ; 2° un récit de la conversion du 
Kâçmir par Madhyantika (la version parallèle méridionale existe dans le 
douzième chapitre du Mahâvamso pâli); 3'Ma série des premiers pontifes 
tibétains. — Voici la traduction de ces six feuillets dont l'analyse de Gsoma 
offre un bon résumé. Elle a été publiée dans le Journal asiatique (dé- 
cembre 1865). 

Dans le temps où arriva pour le sthavira Ananda le moment d'entrer 
dans le Nirvana complet (Parinirvàna), cette grande terre trembla de six 
manières. En ce temps-là, quelques autres Rsis, s'étant réunis jusqu'à 
former un groupe de cinq cents personnes, se rendirent, au moyen de leur 
puissance surnaturelle, au lieu où était l'âyushmat Ananda, et, ayant réuni 
les paumes de leurs mains, ils dirent à l'âyushmat Ananda : « Pour apprendre 
« la loi et la discipline {Dharnia et Vinaija) bien enseignées, nous 
« avons quitté notre demeure et nous sommes devenus des Upâsakas (audi- 
« teurs laïques) accomplis : nous demandons maintenant à être élevés à l'état 
« de Bhixus (moines mendiants). » En tout autant de temps, l'âyushmat 
Ananda produisit cette pensée : « Disciples, venez ici tous ensemble près 
« de moi. » Quand il eut produit cette pensée, incontinent, conformément à 
ce qu'il avait dit, les cinq cents disciples se l'cndirent près de lui. 

Ann. g. — B II 



82 ANNALES DU MUSiÎE GUIMET 

Le sthavira Aaanda, ayant accompli des transformations surnaturelles sur 
la terre ferme, au milieu de l'eau \ ferma tout accès jusqu'à lui. En tout 
autant de temps, l'assemblée des Rsis, composée de cinq cents personnes 
qui avaient adopte la vie religieuse, obtint la demande, faite par ceux qui la 
composaient, d'être reçus religieux; puis les membres de cette assemblée 
arrivèrent à l'état d'Anâgami (qui ne revient pas à la vie), et, quand la troi- 
sième opération eut été exposée, ayant rejeté (loin d'eux) toute la corruption 
naturelle, ils obtinrent l'état d'Arhat. Ceux-là donc étant devenus religieux 
au milieu delà Gangà (du Gange) et au milieu du jour : « L'uu d'eux sera 
appelé Milieu de Veau (ou l'ile, de Tile), l'autre sera « appelé Milieu 
du jour (midi. Xi-ma-i-guug = Madhyàutika)^ »; voilà ce qui fut pro- 
clamé. 

Ceux-là donc, ayant accompli ce qu'ils avaient à faire, ayant honoré avec 
la tête les pieds de l'àynshmat Auanda, dirent : « Puisque Bhagavat, arrivé 
a au terme de toutes ses bonnes actions, est entré antérieurement dans le Nir - 
« vàna complet, que le précepteur donne une instruction, car nous devons 
« entrer les premiers dans le Nirvana complet, nous désirons ne point voir le 
« précepteur entrer dans le Nirvana complet. » — Le sthavira repartit : « Mon 
« fils, Bhagavat, après avoir remis le dépôt de son enseignement à l'âvushmat 
a Mahàkaçyapa, est entré dans le Nirvana complet. Le sthavira Mahùlcaçyapa 
« à son tour, me l'ayant remis, me dit : Maintenant, quand je serai entré 
'( dans le Nirvana complet, surveille avec soin cet enseignement. — Bhagavat 
« a dit : Le pays de Kâçmir ^ est le meilleur séjour pour la méditation 



' SitJ" la terre ferme, au milieu de l'eau, expression périphi-aslique, pour désigner une ile du 
Gauge. Csoma de Kôrôs dit que cette île est imaginaire. Je crois que, dans tous les cas, on aurait àf. 
lu peine à la retrouver. 

2 Tout ce passage est assez obscur. S'agit il de deux individus ou de deux colleclions d'hommes, dont 
l'une aurait pris une dénomination, l'autre une autre? Le texio tibétain a le singulier, il faut bien le 
conserver dans la traduction; mais le singulier a souvent la valeur d'un pluriel, cas qui paraît se pré- 
senter ici. Il semble donc que les disciples d'Anaiida auraient été partagés en deux classes. Quelle peut 
être la valeur de cette division? 11 est d'autant plus difficile de le dire que, plus loin, les cinq cents 
disciples d'Ananda (du moins tout porte à croire qu'il s'agit d'eux) sont représentés comme agissant de 
concert avec ihulhydntika, dont la personnalité, fortemcat mise en relief dans la suite du récit, se 
dessine assez faiblement ici. — Ou croit voir dans ces deux désignalions, empruntées aux circonstances 
de temps et de lieu dans lesquelles s'accomplit la conversion des disciples d'.\nanda, la trace obscure 
d'un schisme mal dissimulé. 

3 En tibétain, kha chi, « grande bouche, » nom qui parait être seulement la prononciation poi)ulaire 
du sanscrit kdçmira, défigurée de manière à donner un sens plus ou moins conforme à l'idée qu'on se 
faisait du pays ou aux traditions dont il était le sujet. 



FRAGMENTS TRADHITS DU KANDJOTIR 83 

« (Dliyàiia). le recuoillemoiit parfait; tel a été sou oracle sur le pays de 
« Kàçmir. Et après le Nirvana complet de Bhagavat, après un laps de cent 
iX ans, il existera un Bliixu, nommé le Milieu du jour (Ni-ma-i gung, 
« Madhyântika), par lequel on sera, ici ', établi dans la doctrine. — Telle 
« a été sa prédiction. D'après cela, (mon) fils, à toi d'affermir ce pays dans 
« la doctrine. — Je le ferai ainsi, » répondit-il. 

Ensuite râyushmat Ananda commença à manifester toutes sortes de 
transformations surnaturelles. Or, un habitant (du pays) de Magadha^, pleu- 
rant de tendresse, lui cria : «Maître, viens ici. » — Un habitant de Vrji ^ 
(Spong-byed), pleurant de tendresse, l'appela aussi, en disant : « Maître, 
viens ici ! » Telle fut l'invitation que, de chacune des rives du fleuve, deux 
hommes lui adressèrent. Ayant entendu ces appels et agissant avec sagesse, 
il partagea son corps vieilli (en deux parties). 

Puis l'àyuslimat Ananda, ayant béni son corps, ayant fait apparaître 
des transformations merveilleuses de toute espèce, semblable à la (vapeur) 
produite par l'eau dans le feu, entra dans le Nirvana complet. Une moitié 
de son corps fut remise aux habitants de Vaiçâlî, l'autre moitié au roi 
Ajâtaçatru ; ce qui lit dire : « Le prince, la tête de la science, ayant disposé 
« des parties de son corps, en a donné une moitié à l'Indra des hommes (au 
« roi), l'autre moitié, il l'a donnée, ce muni, à tout un peuple. « — Ensuite 
les Lichavyi, ayant bâti à Vaïçâli un Gaitya (ou stûpa), y mirent la moitié 
(du corps d' Ananda), et le roi Ajâtaçatru aussi, ayant bâti un Gaitya dans 
la ville de Pâtaliputra, y mit l'autre moitié. 

Ensuite, Madhyântika produisit cette pensée : Mon précepteur m'a donné 
cet ordre : Introduis la doctrine dans le pays de Kâçmir, car Bhagavat a 
fait cette prédiction : Il y aura un Bhixu du nom de Madhyântika (Ni-ma-i- 



1 Qe mot iJùi'Ieruit à croire que le texte sanscrit de ce récit a été arrêté dans le Kàçmir ; ptïut-ètre la 
traduction y a-t-elle été faite. Cette circonstance est spécifiée pour quelques ouvrages. 

2 Le Bihar méridional, véritable berceau du bouddhisme, où régnait Ajâtaçatru, Pâtaliputra n'en fut 
la capitale que plus tard. 

3 C'est un habitant de Vrji qui demande à posséder le corps d'Ananda, et le don est fait à un 
habitant de Vaiçâlî. Il s'ensuit que le pays de Vrji représente ici le territoire dont Vaiçàlî est le chef- 
lieu; la même particularité se retrouve dans plusieurs textes {Voy. des pèi. bouddh. III, 366). Gela 
vient de ce que le royaume de Vrji a été souvent réuni à celui de Vaiçàlî; mais, du reste, c'était un 
État à part ayant sa capitale propre ( Voy. des pél. bouddh., loco citato et p. 402). Ses frontières étaient 
à 500 li, environ 37 lieues, de Vaiçàlî. 



84 ANNALES hV MUSEE GUIMET 

gung, « luidi » qui, après avoir vaincu le méchant Nàga Hu-luu-ta, intro- 
duira la doctrine dans le pays de Kâçmir. Eh bien !je me pénétrerai à fond 
de l'esprit de la doctrine. — C'est ainsi qu'il pensa. L'àyushmat Madhyân - 
tika se rendit donc dans le pays Kâçmir et s'assit les jambes croisées; 
puis Madhyântika fit cette réflexion : Pour triompher de cesNâgas du pays 
Kâçmir, je mettrai ces Nâgas dans le trouble, et, par là, je les surmon- 
terai. — Telles furent ses réflexions; puis il resta ainsi, absorbé dans la 
contemplation (samâdhi), plongé dans le recueillement complet. Ainsi le 
pays de Kâçmir trembla de six manières. Pour lors, les Nâgas ti'ou- 
blés soufflèrent avec A'iolence, et, faisant tomber des pluies abondantes et 
impétueuses, commencèrent à maltraiter le Sthavira. Mais le Sthavira restait 
assis plongé dans la contemplation de Maitrèya (ou de l'amour, Maitrêya 
ou Maitrî samâdhi ^), et les Nâgas ne furent pas capables d'agiter même 
le bord de son vêtement de religieux. Ensuite, ces Nâgas firent tomber 
une pluie de flèches ; mais le Sthavira les fit arriver eu fleurs éclatantes, 
eu lotus, en lotus bleus, en lotus rouges, en lotus blancs. Ces Nâgas se 
mirent alors à lancer sur lui des amas de pointes de rochers, de grandes 
flèches, des amas d'armes aiguës, des haches d'armes : le tout tomba près du 
Sthavira eu pluie de fleurs. Alors ils dirent: « Cet (être semblable au) sonmiet 
« d'une montagne couverte de neige, (et comme) brillant de l'éclat du soleil, 
« en restant fermement assis, anéantit et rend invisibles, à mesure qu'elles 
« arrivent, toutes ces pointes de rochers; quand tombe une averse qui balaye 
« tout, il la fait arriver en pluie de fleurs de toutes sortes ; s'il tombe du ciel 
« une pluie de flèches, ce ne sont que guirlandes de fleurs qui couvrent le sol. » 
Ensuite, comme il était assis dans un calme parfait, plongé dans la con- 
templation de Maitrèya, que le feu ne le briÀlait pas, qui ni les armes ni le 

'- Notre texte porte «s'0(7S j-nams, « des troupes. » Ce mol, évidemment opposé à roi (Indra des 
hommes), justifierait l'opinion de Csoma que Vaiçàlî était un Etat républicain. Celle ville, où dominaient 
les Licliavyi, paraît avoir eu une cousiilution aristocratique ou oligarchique. Cependant, dans le réci 
de la mort d'Ananda, Hiouen-Thsang parle du roi de Vaiçàlî, qui aurait pris les armes pour disputer 
au roi de Magadhi la personne d'Ananda. Alin d'empêcher une guerre entre les deux rois, Ananda, 
qui fuyait en bateiu sur le Gange, disparut et entra dans le Nirvana. Le récit du voyageur chinois dilïère 
notablement du récit tibétain. 

2 En tibétain bi/ams-pa ting-ge hitsin. Tiu'j-ge hdcin eslla Samâdhi ou contemplation. Byams- 
ya signifie compassion ou compatissant, et correspond à Maitri et à Maitrèya. Maitrî est l'amour uni- 
versel; Biirnoul'le traduit par charité: c'est l'amour élendu à tous les êtres. Maitrêya esl le nom du 
Buddlia qui do il apparaître quand sera achevée la période assignée à Çàkyamuni. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 85 

poison ne pouvaient s'attaclier à son corps et y pénétrer, les Nâgas furent 
émerveillés. Puis ces Nâgas, étant venus près du Sthavira, lui dirent : 
« Vénérable, qu'ordonnes-tu ? » Le Sthavira répartit : « Faites-moi don de 
« ce lieu. » Lis Nâgas reprirent: « On ne peut présentm' un rocher comme 
« offrande. » Le Sthavira répondit : « Bhagavat a prédit que cette place serait 
« mienne, parce que le pays de Kâçmir est un lieu favorable pour le Dliyàna et 
a le recueillement parfait. Désormais elle est à moi. » Les Nâgas repartirent : 
« Sthavira, Bhagavat l'a-t-il ainsi déclaré? — • Bliagavat l'a ainsi déclaré, » 
répondit le Sthavira. Les Nâgas dirent : « Sthavira, combien d'espace te 
« donnerons -nous en offrande ? — Autant que j'en occupe assis les jambes 
«croisées, » répondit le Sthavira. Les Nâgas reprirent: « Révérend, nous 
te l'offrons. » Le Sthavira s'assit les jambes croisées ; les extrémités des 
vallées furent déprimées par cette action *. 

Les Nâgas dirent : « Stliavira, à quel nombre d'hommes s'élève 
l'assemblée de tes disciples ? » Le Sthavira se dit en lui-même : « Combien 
de disciples rassembler ai-je? » — Et aussitôt le Sthavira pensa : « Ce sera 
cinq cents Arhats ; » et il dit aux Nâgas : « Elle s'élève au chiffre de cinq 
« cents Arhats. » « Qu'il en soit ainsi, répondirent les Nâgas; mais s'il y 
manque (à cette assemblée) un seul Arhat, nous te reprendrons en ce 
temps-là le pays de Kàç.mir. » 

Puis le Sthavira Madhyàntika dit aux Nâgas du pays de Kâç-mir : « Voilà 
« une afl^ire réglée ; mais ce n'est pas assez : là où demeurent des gens qui 
« donnent, là (seulement il peut) exister des gensqui reçoivent ; en conséquence, 
« je veux aussi établir ici des maîtres de maison. — Qu'il en soit ainsi, » 
répondirent les Nâgas. Incontinent, le Sthavira se mit à créer lui-même des 
villages, des villes, des provinces, et il y installa des sociétés d'hommes. 
Ceux-ci dirent : « Sthavira, comment nous accroîtrons-nous ? » — Aussitôt 
le Sthavira, emmenant avec lui des nudtitudes d'hommes, se rendit sur la 
montagne de Gandhamâdana (la montagne des parfums) et dit : Que le safran 
apparaisse ! — Aussitôt les Nâgas dn mont Gandhamâdana se soulevèrent; 
mais le Sthavira les dompta ég;dement ; ils dirent alors : « Combien de temps 

'Allusion à l'écoulement des eaux qui occupaieut la vallée Je Kàçrair. Dans une Vie de Çàkyumuni 
traduite (lu tibétain en allemand p-ir l'eu Schiefuer, ce passage est ainsi rendu: « eu s'asseyant, il em- 
brassa les issues de neuf vallées, ce qui fit que les Nâgas lui cédèrent la place. » 



86 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

« doit durer rensoiguement de Bhagavat ? Mille ans*, » répondit le Sthavira. 
■ — Ceux-ci reprirent : « Aussi longtemps que doit durer la doctrine de Bhagavat, 
« aussi longtemps il faut la propager. » — Tel fut le vœu par lequel ils se lièrent . 
« Qu'il en soit ainsi, » reprit le Sthavira; et, sans plus tarder, le Sthavira 
introduisit le safran dans le pays de Kâçmir et en bénit (la culture) . Après un 
longtemps employé à implanter et à propager au loin dans le pays de Kâçmir 
l'enseignement de Bhagavat, le sthavira Madhyàntika, après avoir, par toutes 
sortes de merveilles et do prodiges, réjoui le cœur de ceux qui donnent, et 
dont la vie est conforme à la pureté, semblable à la vapeur formée par l'eau 
dans le feu, entra dans le Nirvana. Son corps, brûlé avec du bois d'excellent 
sandal, du bois d'akara et de diverses autres espèces d'arbres, fut mis dans un 
Gaitya (ou Stûpa) construit pour cela même. 

Ensuite l'âyuslimat Gânavâsika, ayant reçu moine l'âyushmat Upagupta, 
puis ayant répandu au loin la doctrine, adressa ce discours à l'àvushmat 
Upagupta : « Ayushmat T'pagupta, apprends bien ce que je vais te dire : 
« Bhagavat a jadis remis l'enseignement à l'âyushmat Mahâkaçyapa, puis il 
« est entré dans le Nirvana complet. L'âyushmat Mahâkaçyapa l'a remis à mou 
« précepteur, et mon précepteur, à son tour, m'ayant confié (le dépôt de) l'en- 
te seignement, est entré dans le Nirvana complet. Et maintenant que moi aussi 
«je vais entrer dans le Nirvana complet, ce sera à toi désormais à développer 
« tout au long cet enseignement, à l'appliquer à faire connaître à tous en quels 
« termes Bhagavat a formulé sa doctrine.» Puis, l'âyushmat Gânavâsika, après 
avoir réjoui le cœur de ceux qui donnent beaucoup et dont la manière de vivre 
est conforme à la pureté, ayant fait apparaître des lueurs, des flammes, des 
pluies abondantes, des éclairs et toutes sortes de prodiges, entra dans le 
Nirvana complet au sein du milieu exempt de tout reste d'agrégat. 

Le sthavira Upagupta, à son tour, enseigna à l'âyushmat Dhîtika (le pen- 
seur, on chanteur d'hymnes) les parties essentielles et indispensables de la 
doctrine ; l'âyushmat Dhîtika les enseigna à l'âyushmat Kàla [Nag-pô, le 
noir); Tâyushmat Kâla à l'âyushmat Sudarçana {legs-mtliong, qui voit bien). 
Voilà comment (ces) éléphants entrèrent dans le Nirvana complet. 

1 C'est un des termes assignés à la période de Çàkyamuni ; mais il y en a d'autres, en particuliei' celui 
de cinq mille ans, qui paraît plus géaéralemeut adopté, mais doit être plus moderne. 



DISCIPLINE 



Sous la rubri(}ue discipline, je réunis les huit cas de proliibition suivants: 

I. Prohibition d'admettre dans la confrérie les candidats non autorisés 
par leurs père et mère (formulée à doux reprises et dans deux circonstances 
différentes avec l'éserve). 

II. Prohibition d'y ailmettre quiconque a tué sa mère ou son père. 

III. Prohibition d'y admettre le meurtrier d'un Arhat. 

IV. Prohibition d'y admettre celui qui a cherché à y semer la division. 

V. Prohibition d'y admettre celui qui aurait répandu le' sang dans une 
intention malveillante pour le Tathàgata (cas obscur; il s'agit sans doute 
de blessures faites au Tathâgata ou à ceux de sa suite) . 

VI. Prohibition d'y admettre quiconque s'est rendu coupable de l'un des 
quatre grands crimes (impureté — meurtre — a^oI — persuasion fausse qu'on 
a trouvé la vérité et la perfection). 

Vil. Prohibition aux membres de la Confrérie de se frotter le corps de 
briques en se baignant, modifiée par la permission de s'en frotter les pieds. 
VIII. Défense de s'enduire les dents de chaux. 

Les six premiers cas relatits à l'admission dans la Confrérie se trouvent 
dans la première partie du Dulva, la discipline proprement dite (Vinaya- 
oaslu), les deux derniers font partie de la réglementation extérieure; ils se 
trouvent dans la troisième partie du Dulva « les minuties de la discipline » 
( Vinaya-xudraka-vastuJ. 



-DÉFENSE D ENTRER DANS LA CONFRERIE SANS AUTORISATION 
DES PARENTS 

Cette défense aurait été formulée deux fois, une première fois à Çràvasti, 
une deuxième fois à Kapilavastu. La défense faite à Kapilavastu est en quelque 
sorte un épisode du « retour de Gàkya dans son pays », que l'on a lu plus 
haut. Mais elle fait l'objet d'un récit t(nU à fait distinct et indéi)endant : elle 
est dans un autre volume et une autre section. 

Nous donnons les deux textes dans l'ordre où nous les présente le premier 
volume du Kandjour; ils ne se suivent pas l'un l'autre immédiatement. 



1 . GRAVA STI 

— Dulva I, folios 115-117 — 

Lo ])ienheureux Buddha résidait à Çràvasti à .Jetavana dans le jardin 
d' Anàtliapindadn . 

Un maître de maison de Çràvasti prit une fennne de la même caste que 
lui; ils jouèrent ensemble, se réjouirent, se livrèrent au plaisir... Il leur 
vint un fils : l'enfant naquit, fut élevé et devint grand. 

Plus tard, ce fils fut tancé par son père : il fit alors celte réfiexion : Ce 
père est difficile à égayer, et moi, je suis incapable d'observer les dispo- 
sitions de son esprit; je fuirai donc loin de lui. Il fit ensuite cette réflexion : 
Il est difficile de quitter le pays, et puisque les Ascètes (Çramanas) du fils de 



FRAGMENTS TRABUITS DU KAXDJODR 89 

Çâkva ont obtenu les bonnes grâces et les faveurs du prince royal, je; vais 
me faire initier parmi eux. 

Cette réflexion faite, il se rendit à Jetavana, s'approcha d'un Bhixu et lui 
dit : Vénérable, je désire me faire initier. — Celui-ci lui donna la formule des 
trois refuges et les règles de l'enseignement ; puis il adressa une demande au 
Bhixu qui devait l'interroger, il adressa une demande au Bhixu qui devait 
lui raser les cheveux et la barbe, il adressa une demande au Bhixu qui devait 
lui faire prendre le bain, il adressa une demande à celui qui devait lui faire 
pratiquer le noviciat, (dge-lshil-fiid, condition de Gramanera.) 

L'initiation terminée, il adressa une demande au Bhixu qui tlevait lui faire 
accomplir les actes, il adressa une demande au Bhixu qui devait lui enseigner 
les choses cachées (les mystères ?) il adressa une demande aux Bhixus qui 
devaient l'introduire sur le terrain des actes. Alors il fut solennellement reçu 
(vsnen-par-rdzoffs-pa. Sk. upasampanna ^). 

A ce moment, le maître de maison arriva et lit cette question: Vénérable, 
j'ai un fils qui est de telle et telle complexion, l'avez- vous vu? — On lui 
répondit : 11 a été interrogé, il a eu la barbe et les cheveux rasés, il a pris le 
bain, il a accompli le noviciat, il a été solennellement reçu. Après avoir 
été solennellement reçu, il mesure l'ombre (du cadran) et indique les divi- 
sions du jour et de la nuit. 

Si l'on t'enseignait h'S lieux, les lois de la chute (dans le mal), les lois de 
l'ascétisme, l'accomplissement de la pureté qui doit être le suprême objet du 
désir, renseniljL^ des pratiques exactes qui permettent de réaliser ce qui est 
conforme à la moralité, l'ensemble des pratiques exactes qui réfléchissent la 
régie (morale), l'ensemble des pratiques exactes qui mènent à la douceur, 
l'ensemble des pratiques exactes qui conduisent à la satisfaction des (seuls) 
besoins, la réalisation de la connaissance parfaite reçue complètement sans 
rien oublier, l'ensemble des pratiques exactes qui conduisent au respect, la 
science élevée et supérieure. 

Toi aussi tu deviendrais un Bhixu. 

Car il est difficile d'obtenir à la fois le calme des passions et la richesse, 

' Nous avons ici une éiiuraeratioii iutèressaute de toutes les épreuves par lesrjiielles il faut passer pour 
tleveair membre de la confrérie ; malheureusement le texte est bref et obscur. Chacun de ces points 
exigerait un commentaire. 

Ann. g. — B 12 



90 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

VU la manière dont ces rleiix choses peuvent s'acquérir. 

c;"est une chose agrcahle que de se faire initier, 

que d'être reçu solennellement. 

Le parfait Buddha le sait bien, 

il l'a dit avec tous les signes de la vérité. 



Quand ces paroles furent dites et que tous les procédés nécessaires à l'opé^ 
ration avec les instructions (indispensables) eurent été réunis, les Bliixus se 
levèrent. 

Le maître de maison qui était venu dit : Vénérables, pourquoi vous tenez- 
vous à part, armés d'un rasoir? Si je suis décidé à ne pas croire, ce sera 
pour mon fils un empêchement de pratitjuor la vie pure (des ascètes). Eh 
bien ! quel mal y aurait -il à retarder de sept ou huit jours? 

Les Bhixus soumirent le casa Bhagavat. Bhagavat réfléchit : Quelle faute, 
V a-t-il ici ? peusa-t~il. Eh bien ! maintenant celui qui désirera se faire initier 
et n'aura pas la permission de ses père et mère devra attendre sept jours. 
Cette réflexion foite, il dit: Désormais, Bhixus, celui d'entre vous auprès 
duquel viendra un homme avant le désir de se faire initier, dont le père 
et la mère sont vivants, et qui n'aura i>as la permission de l'un et de l'autre, 
le fera attendre sept ou huit jours. 

Quand cette parole eut été prononcée, il en vint d'autres avec le désir de 
se faire initier qui avaient la permission de leur père et de leur mère, (ou) 
qui (sans l'avoir) étaient d'un pays si éloigné que leur père et leur mère 
n'avaient jamais entendu parler (de celui où ils étaient). Ceux-là aussi les 
Bhi.\us les firent attendre sept ou huit jours, et ils ne poitvaient obtenir l'ini- 
tiation, privés qui'ils étaient de la faculté d'entendre les Ayushmats ensei- 
gner à propos la loi et la discipline, i^etardés dans leur initiation et leur 
réception solennelle. 

Los Bhixus soumirent le cas à Bhagavat. Bhagavat dit : « Ceux qui 
viennent avec la permission de leur père et mère et ceux qui viennent do 
pays si éloignés que leur père et leur mère n'ont pas entendu parler de celui 
où est leur fils, ceux-là peuvent être initiés (immédiatement); il n'y a point 
de faute en cela '.» 

' Ces deux deniicrs alinéas soûl iiiiulelliyibles. ^■oil• le iSola page 93. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR . 91 



2. KAPII.AVASTU 

— Dulvû I, folios iei-3 — 



Le bienheureux Buddha résidait à Kapilavastu dans le jardin du 
Nyagrodha . 

Dans le temps où par (l'influence di:) Bhagavat, les maîtres de maison se 
faisaient initier l'un après l'autre, leurs parents venaient les voir; et, comme 
on enseignait la loi, les parents ayant entendu la lii, se foisaient initier eux 
aussi. De cette façon, les femmes Çâkjas voyaient, qui leur père, qui leur 
frère aîné, qui leur maître de maison, qui leur beau-frère, qui leur fils, se 
faire initier. Elles étaient plongées dans la douleur, et, à la fin de la nuit, au 
lever du jour, elles se mirent à pleurer et à pousser des cris de détresse. 

A la fin de la nuit, au lever de l'aurore, le roi Guddhodana entendit la 
multitude des fennnes G;ikyas qui pleuraient et poussaient des cris de détresse. 
A l'ouïe de ce tumulte, il dit aux Gàkyas : Messieurs, par quelle cause, à la 
fin de la nuit, au point du jour, les femmes Gàkyas en si grand nombre 
pleurent- elles et poussent-elles des cris de détresse ? Les Gàkyas répondirent : 
Haut et puissant Seigneur, c'est que des fils se sont fait initier et recevoir 
solennellement sans la permission de leurs père et mère. Pour une partie des 
femmes Gàkyas, c'est leur père, pour une autre, c'est leur frère aîné, pour une 
autre encore, c'est leur maître de maison, leur beau-frère, leur fils qui s'est 
fait initier. Elles sont plongées dans la douleur, en sorte qu'à la fin de la nuit, 
au lever de l'aurore, elles pleurent et poussent des cris de détresse. 

Le roi Guddhodana se dit : G'est bien là une affaire qui me regarde ; je vais 
aller trouver Bhagavat. Le roi Guddiiodana se dirigea donc vers le lieu où 
était Bhagavat ; quand il y fut arrivé, il adora avec la tète les pieds de Blia- 
gavat et parla ainsi : Bhagavat, il est juste que tu m'accordes un bienfait, 
Sugata, il est juste que tu m'accordes un bienfait. — Grand roi, les Tathâ- 
gatas, Arhats, Biuldhas partaiteinent accomplis sunt eux-mêmes (par leur 
seule présence"! plus qu'un bienfait. Quelle supériorité les Aryas ont- ils acquise 
(dont tu sois privé) ? S'il y a une supériorité à acquérir, je te la donne. 

— Vénérable, au temps oi'i naquit Bhagavat, je m'étais dit : Puisque 
Bhagavat est appelé à être un roi Gakravartui, je parcourrai les quatre 



92 . ANNALES DD MUSEE GUIMET 

continents en niarchuul à la surface du ciel ; vuilà ce que je me disais, et j'en 
ressentais une satisfaction inférieure qui n'était pas petite. Mais, Vénérable, 
dans le temps où Bhagavat adopta la vie religieuse, l'espérance que j'avais de 
le voir roi Gakravarlin s'évanouit. Une autre idée s'est présentée à mon esprit : 
le prince Nanda («idzes fZgah) deviendra un roi Bala caliravartin : longtemps, 
je me suis bercé de cet espoir ; mais dans le temps où le prince Nanda se fit 
initier, l'espérance que j'avais de le voir roi Balacalvravartin s'évanouit aussi. 
Une autre pensée m'occupa alors: Le prince fortuné Ràhula sera un roi d'une 
nature énergique, me disais-je, et quand le prince Râhula se fit initier, 
l'espérance que j'avais de le voir devenir un roi d'une nature énergique 
s'évanouit du tout au tout. (Maintenant) , Vénérable, une autre pensée m'arrête : 
il y a des pères et des mères qui ont de grands soucis à cause de leurs enfants. 
Vénérable, ces Aryas ont initié et reçu solennellement des fils de famille 
sans la permission de leurs père et mère. Oh ! il serait bon que Bhagavat, en 
raison de sa grande bonté d'âme, fît savoir que les Aryas qui auraient initié 
et reçu solennellement un fils de famille sans le consentement de ses père et 
mère doivent bien se rappeler (lu'ils ont fait un acte nul. 

Bhaoavat approuva en gardant le silence; le roi Çuddhodana, comprenant 
que Bhagavat avait approuvé en gardant le silence, adora avec sa tète les 
deux pieds de Bhagavat, puis se retira de la présence de Bhagavat. 

Bhagavat se mit réfléchir : Quelle faute y a-t-il eu ici ? La voici : Les 
Bhixus ont initié et reçu solennellement des fils de famille sans le consen- 
tement des père et mère ; de là, le mal. Cette réflexion faite, il dit : Désormais, 
défense aux Bhixus d'initier et de recevoir solennellement un fils de famille 
sans le consentement des père et mère : Tout (Bliixu) auquel se présentera 
un individu ayant le désii' d'être initié devra lui demander s'il a la permission 
de ses père et mère. Faute de faire cette question, on se rend coupable 
d'une grave transgression. 

Quand Bhagavat eut ainsi fait défense d'initier et de recevoir solennellement 
tout fils de famille qui n'aurait pas le consentement de ses père et mère, il en 
vint d'autres qui n'avaient pas la permission de leurs père et mère, mais qui 
venaient d'un pays si éloigné que leurs père et mère n'avaient jamais entendu 
le nom (de celui où leur fils était allé). Ceux-là aussi les Bhixus refusaient de 
lesinitier, eu sorte qu'ils ne pouvaient recevoir l'initiation : ils étaient exclus 



FRAGMENTS TRADUITS DD KANDJODR 93 

de l'initiation à la loi et à la discipline bien enseignées par les A^^usmats, de la 
réception solennelle, de la qualité de Bhixus. Les Bhixus soumirent le cas à 
Bhag-avat. Bhagavat dit : ceux qui n'ont pas la permission de leurs père et 
mère, niais viennent d'un pays si éloigné que leurs père et mère n'ont pas 
entendu parler (de celui où ils sont), ceux-là peuvent être initiés sans délai : 
il n'y a point en cela de faute. 

Nota. — L'alinéa qui termine cet article diffère notablement des deux alinéas qui 
terminent l'article précédent (p. 90); il est intelligible, les autres ne le sont pas. En 
effet, il est question ici de ceux qui n'ont pas la permission de leurs père et mère parce 
qu'ils en sont très éloignés. C'est ce que le présent article dit fort bien ; l'article précé- 
dent, au contraire, présente les individus dont il s'agit comme ayant cette permission ; 
ce qui est un contre-sens. Il est évident que, dans le passage traduit page 90, le texte 
tibétain a omis une négation, et cette omission se présente deux fois. J'aurais pu rétablir 
la négation et traduire le passage tel qu'il doit l'être et tel qu'on vient de le lire dans 
l'alinéa ci-dessus ; mais, comme l'article suivant me fournissait le moyeu d'une rectifi- 
cation, j'ai mieux aimé traduire le texte que j'avais sous les yeux. Cela donne au lecteur 
une idée des difficultés que rencontre le traducteur et le disposera sans doute à l'indul- 
g'ence pour le cas trop fréquent où nos traductions n'ont pas toute la clarté désirable. 



II 



DEFENSE D'ADMETTRE UN PARRICIDE 

Cotte prohibition donne lieu à nu dnuble récit, le premier relatif à un 
individu qui tue sa mère, le second à un individu qui tue son père. Le second 
récit est la reproduction textuelle du premier, sauf les changements de mots 
nécessaires. Voici le premier de ces deux récits : 



Le bienheureux Buddlia résidait à Gràvasti, à Jètavana, dans le jardin 
d'Anâthapindada. Or, il y avait à Çràva^tî un maître de maison qui épousa 
une femme de même caste Il lui naquit un fils. 

Il dit à sa femme : Ma bonne petite, les dettes que notre fils nous a imposées 
sont acquittées; mais notre fortune est devenue dérisoire. Je veux prendre 
des marchandises et aller dans un autre pays. — Agis ainsi, répondit-elle ; et 
lui, ayant pris des marchandises s'en alla dans un autre pays. Gomme il ne 
savait pas bien se conduire, il souffrit. Mais il éleva son fils par son énergie 
et son travail * . 

Plus tard, ce fils, étant avec un de ses égaux, passa près d'une maison. 
Sur la terrasse de cette maison était une jeune fille (qui) jeta (d')en haut un 
bouquet de fleurs. Il avait vu la jeune fille: son camarade lui dit : Gompa- 

« Peul-èli-o ci'tle phrase s';iir|iliqiie-l-elle à la méiv. — Toul ce ])ai-agi'a[)he est supprimé dans le second 
récii. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 95 

gnon, n'as-tu pas fait un signe à cette maison? Oui, répondit-il, j'ai fait un 
signe. — L'autre reprit : Compagnon, tu ne sais pas te conduire;, n'entre 
pas dans cette maison. Gomme tu ne sais pas bien te conduire, tu en 
soufîrirais. 

Pendant tout le jour, il le promena; le soir, il le conduisit à sa mère et 
dit : Mère, ton fils a fait des signes à une telle. Pendant tout le jour, je l'ai 
gardé: garde-le la nuit. Sa légèreté ne permet pas qu'il entre dans cette 
maison. Il ne sait pas se conduire ; il en souffrirait certainement. Elle répondit : 
mon fils, ce que tu m'as dit est bien, (tu as bien) fait. 

Elle fit un lit pour son fils, dans la maison, plaça (auprès) deux tessons 
avec de l'eau et de la terre, mit son lit contre la porte et se coucha. Le fils 
dit: Mère, ouvre la porte ! — Pourquoi mon fils? — Pour uriner. — Elle 
reprit: mon fils j'ai placé un tesson précisément pour cela: urine dedans ! 
— Après un moment d'attente, il dit : Mère, ouvre la porte ! — Pourquoi, 
mon fils? — Pour aller à la selle. — Elle reprit : Mon fils, j'ai placé un 
tesson (avec) do l'eau et de la terre pour cela même; uses-en pour te sou- 
lager. — Après un moment d'attente, il dit : Mère, ouvre la porte! — Elle 
reprit: Mon fils, ne sais-je pas où tu veux aller? Eh bien! je ne puis ouvrir 
la porte. — Mère, je te tuerai. — Mon fils, la mort est trop haute (pour 
moi): mon fils, je n'ose pas envisager la mort. — Celui qui a des désirs ne doit 
pas commettre des péchés, à plus forte raison celui qui n'en a pas. (Mais) le 
cœur sans pitié traite en ennemi le monde (entier). Lui (donc), tirant vivement 
son glaive, lui trancha la tète qu'il fit tomber à terre. 

Après avoir tué sa mère, il s'en alla (chez la jeune fille). Ceux qui ont fait 
le mal sont toujours tremblants; la jeune fille lui dit : Fils de prince, il n'y a 
personne ici : je (ne) suis (qu')une jeune fille; tu n'as rien à craindre de qui 
que ce soit autre (que moi). — 11 fit la rédexion suivante: Si je lui dis la 
chose, cela lui fera plaisir. — Cette réflexion faite, il lui dit: Ma bonne, 
à cause de toi, j'ai tué ma mère. — Qui ? reprit-elle, ta nourrice ou ta propre 
mère ? — 11 répondit : ma propre mère. — La jeune fille se dit en elle-même : 
Il ne connaît pas les qualités : il a tué sa mère ; s'il se^met en colère contre moi, 
que m'arrivera-t-il ? — Cette réflexion faite, elle lui dit: Il faut que je monte 
jusqu'au faîte de la maison; assieds-toi un instant jusqu'à mon l'etour. — 
Fais comme il te plaira, répondit-il. — Elle monta donc au faîte de la 



9(3 ANNALES DU MUSÉE GUIMET 

maison, là elle se mit ù crier: Au voleur! Au voleur! —Lui, effrayé, épou- 
vanté, prit la fuite et s'eu retourna chez lui. (Eu trouvant) le glaive qu'il 
avait placé près de la porte, il dit : Ce voleur, le voici, (c'est moi qui), 
après avoir tué ma mère, me suis enfui. — Ces paroles proférées, il rendit 
les derniers devoirs au corps de sa mère, puis s'en alla. 

Gomme les êtres qui ont commis un crime ne peuvent trouver l'assurance, 
il se mit à visiter toutes les résidences des Tirthikas et des Ascètes voués 
aux mortifications, faisant cette question: Messieurs, que faut-il faire pour 
expier un crime ? — Quelques-uns répondaient : Entre dans le feu ! Quelques- 
uns ; prends du poison! Quelques-uns: jette-toi du haut d'un précipice! 
Quelques-uns: pends-toi ! — Tous lui enseignaient le moyen de mourir, nul 
ne lui enseignait le moyen de sortir (du mal ou du monde). 

Plus tard il vint à Jètavana et entendit un Bhixu qui disait d'une voix 
claire : 



Celui qui a fait des actes coupables, 

s'il les arrête par la vertu, 

celui-là brille dans ce monde 

comme le soleil et la lune sortant d'un nuage. 



Il fit cette réflexion: puisqu'il est possible d'arrêter les actes mauvais, je 
me ferai initier auprès de ceux-ci. — Cette réflexion faite, il se rendit auprès 
de ce Bhixu et lui dit: Vénérable, je demande à être initié. — Quand il 
eut été initié et reçu solennellement, il déploya une grande activité, s'appli- 
quaut à la lecture. 11 lisait à voix basse et à haute voix, si bien qu'il lut les 
trois pitakas et devint possesseur du tripitaka et de la force de la science et 
de la délivrance. 

Les Bhixus lui dirent : Ayusmat, quel est le but que tu poursuis par cette 
activité (que tu déploies)? — 11 répondit: Je veux expier une mauvaise 
action. — Quelle mauvaise action as-tu commise? — J'ai tué ma mère. — 
Ta nourrice ou ta propre mère? — 11 répondit: ma propre mère. — Les 
Bhixus rapportèrent cela à Bhagavat. 

Alors Bhagavat dit aux Bhixus : Cet inilividu a tué sa mère : il est digne 
d'expulsion. Bhixus, l'individu qui a tué sa mère n'est pas dans uue condition 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 07 

(favorable) pour naitre à cette loi et (à cette) discipline. Ea conséquence 
Bhixus, vous devez exclure de cette loi et de cette discipline quiconque a tué 
saniere. Celui d'entre vous que viendra trouver un individu qui a le désir 
d être nntié devra lui demander s'il n'a pas tué sa mère. Celui qui ne posera 
pas cette question se rendra coupable d'une g'rande trans-ressi 



iSlOU. 



Nota. - Il suffît de remplacer le mot « mère ., par le mot « nè,v „ .t ^ 
ralin.. .,. o„„.e,.c»e,„. a,,,,,., „,„ „,„„. „. 1 .::„:,':, ^ TSI 
I homm. ,u, . t.4 son père et 1, p,,hibi,i„„ ,„i „ „p,„rte .ce crime. 



Ann. g. — B 



DÉFENSE D ADMETTRE DANS LA CONFRÉRIE LE MEURTRIER 
D'UN ARHAT 



— Dulva I. folios ls;-J«i- 



Bhagavat résidait à Gràvasti, à Jetavana. dans lo jardin d'Anàthapindada. 

Dans le temps où, dans Téjiaisse forêt de Yasti, le roi Magadha Bim- 
bisàra Grenika, et avec lui un million de dieux et plusieurs centaines de 
mille de Brahmanes et de maîtres de maison du Mai^adha furent établis tous 
ensemble dans les vérités par Bliavagat, le roi lit publier, à son de cloche, par 
tous ses États, l'édit sui\ant : Dans ce pays, nul ne doit voler ni piller. Qui- 
conque volera ou pillera sera l^anni par mes ordres. Celui qui voudra 
emprunter, je lui fournirai ci^ dnnt il aura besoin, en le tirant de mon pr(_)prc 
trésor et de mon propre magasin. 

Dans le temps où Bhagavat convertit le roi de Koçala Prasenajit [lar le 
Sûtra de l'exemple des jeunes gens', le roi lit publier à son de cloche l'édit 
suivant : Dans mes États, nul ne doit voler ni pilbn-. Quiconque volera ou 
pillera sera puni de mort. Si quelqu'un a besoin d'emprunter, je lui fournirai 
ce qu'il lui faudra en }iuisant dans mon trésor et dans mes magasins. 

Ensuite di3 c;}la, tous les voleurs du Magadha et tous les voleurs du Koçala 
afriuérent sur la limite des deux États et s'y établirent. Tous les marchands 
qui venaient du Magadha, ih b's pillaient, tous ceux qui venaient du Koçala, 
ils les pillaient également. 

Les choses se passèrent ainsi jusqu'à ce qu'un jour di^s marchands accom • 

1 Le Kumara drstdnta sûlraou Dahara-Sûtra déjà cité (voir p. 4ci)î et traduit ci-dessous. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 99 

pagnés d'une escorte partirent du Mayadha pour se rendre en Koçala. Au mo- 
ment où ils arrivèrent à la frontière, le chef des marchands dit : Messieurs,' 
puisque le roi Prasenajit a complètement détruit le mai, et qu'il peut nous 
prêter ce dont nous avons besoin, pourquoi nous astreindre à distriljiier une 
paye à une escorte ? Renvoyons d'ici ceux (qui nous accompagnent). — Là- 
dessus ou les renvoya. 

Cette troupe de marchands s'avança donc réduite en nombre. Or, les 
voleurs, de leur côté, n'ayant aucune affaire qui les occupât, étaient là inactifs. 
(Le chef) ayant vu ce (cortège) dit : Messieurs, une petite troupe de mar- 
chands vient de passer. Pourquoi rester plongés dans la méditation? » A ces 
mots, les voleurs (accourent) ; quelques-uns des marchands sont tués, 
d'autres fuient abandonnant leurs marchandises. Gomme les Arhats, par irré- 
flexion, n'appliquent pas leur science et leurs regards (aux choses du monde), 
un Arhat qui voyageait avec ces marchands perdit la vie (dans la bagarre). 
Alors ceux des marchands qui s'étaient enfuis se couvrirent de poussière h 
tête et le corps, particulièrement les cheveux, et, poussant des cris lamen- 
tables, se rendirent près du roi de Koçala Prasenajit, firent l'Anjali et dirent : 
Roi, il n'est pas possible de faire le commerce dans ton pays. — Qu'est-il donc 
arrivé? — Des voleurs nous ont spoliés. — En quelle région? — ■ En ti'l 
endroit. — Le roi donna à Virûdhaka, chef de sesarméas, l'ordre suivant : 
« Amène-moi ici sur le champ tous les voleurs et les objets volés. » 

Lui çlonc, ayant équipé une armée composée de quatre corps, se mit en 
campagne. Les voleurs avaient déposé leurs armes et, paisiblement installés 
dans une forêt d'arbres Çâla, se partageaient les olijets volés. Le chef des 
armées (du roi) Virûdhaka, les cerna de quatre côtés, puis les épouvanta 
soudain par le ])ruit des trompettes, des tambours, des taha. Quelques-uns 
d'entre eux jetèrent leur butin et s'enfuirent, quelques autres furent tués ; 
soixante furent pris vivants. Virûdhaka prit aussi tout le butin et étant revenu 
près du roi, dit : Sire, voici les voleurs, voici toutes les marchandises ! — Le 
roi dit aux (vohHU's) : Messieurs, n'avez-vuus pas entendu l'édit que le roi a 
fait publier à son de cloche en ces termes : Dans mes États, nul ne doit 
commettre de vol ; quiconque en commettra sera puni de mort : mais celui qui • 
voudra emprunter, je lui donnerai (ce dont il a besoin, en le tirant) de mon 
trésor et de mes magasins? Ils répondirent : Sire, nous l'avons entendu. — Hé 



100 ANNALES DD MUSÉE GUIMET 

l)ieii ! pourquoi avez-vous pillé les marchands? — Sire, nous n'avons pas de 
moyens d'existence ? — Pourquoi avez-vous tué ? — Parce qu'ils ont manifesté 
de la crainte ? — Et vous, avez-vous manifesté une crainte pareille ? Je vais vous 
en faire manifester une comme vous n'en avez jamais éprouvé. Le roi donna 
alors à ses ministres l'ordre suivant: Messieurs, faites-les mourir à l'instant. 
. Gomme on les menait à la mort (les mains) liées derrière (le dos) à travers 
les rues, les places publiques, les carrefours, les croisements de rues, un des 
voleurs s'échappa par un chemin détourné, arriva à Jetavana, s'approcha 
d'un Bhixu et lui dit : Arya, je demande à être initié. II fut initié et reçu 
solennellement. Quant aux (autres) voleurs, ils furent mis à mort. 

Bhagavat disait : Bhixus, analysez et appréciez toujours davantage votre 
propre perte et la perte d'autrui, votre propre gain etlegaind'autrui. Pourquoi 
cela ? C'est que si votre perte et la perte d'autrui sont un sujet de profond 
chagrin, votre gain et le gain d'autrui sont aussi un sujet de profond 
chagrina — ■ Tel est l'enseignement qu'il donnait. 

Il arriva plus tard que les Bhixus firent une promenadeau cimetière. Ce Bhixu 
fit la pronienade au cimetière avec les autres. En voyant les (corps des) voleurs 
suppliciés, il s'arrêta saisi par des étoufFements. Les Bhixus dirent : Ayusmats, 
le novice initié (depuis peu) éprouve tel genre d'émotion. — ■ Lui, voulant 
parler, fondit en larmes. Les Bhixus lui dirent: Ayusmat, pourquoi gémis -tu 
ainsi ? — Il répondit : « Voici mon père, voici mon frère, voici mon oncle pa- 
ternel, voici mon oncle maternel.^ Mais, reprirent-ils, ceux là ontoté la vie 
à un Arhat ; toi aussi, tu as oté la vie à cet Arhat? — C'est vrai, répondit-il. 

Les Bhixus soumirent le cas à Bhagavat. Bhagavat dit : Bhixus, cet 
individu a tué un Arhat ; l'individu qui a tué un Arhat est en dehors des 
conditions voulues pour naitre à cette loi et à cette discipline ; Bhixus, vous 
devez écarter de cette loi et de cette discipline-ci l'individu qui a tué un Arhat. 
Celui auquel un (candidat) se présentera en exprimant le désir d'être initié 
devra lui demander s'il n'a pas tué un Arhat. S'il l'initiait et le recevait solen- 
nellement sans avoir fait cette question, il se rendrait coupable de transgression = 

* Sujet de leçon un peu énigmatique et par trop concis. Il se retrouvera peut-être ailleurs expliqué et 
développé. Nous pourrions tenter d"en pénétrer le sens et de l'appliquer à la situation; mais notre 
interjirétation serait arbitraire, et nous aimons mieux nous abstenir. 



DÉFENSE D'ADMETTRE CELUI QUI A MIS LA DIVISION 
DANS LA CONFRÉRIE 



L'àjusmat Upàli fit cette question au bienheureux Buddha : Vénérable, 
le candidat qui, avant l'initiation, a divisé la confrérie des auditeurs du 
Tatliâgata, s'il demande à être initié à la loi et à la discipline bien enseignées, 
à être reçu solennellement, à revêtir le caractère de Bliixu, faut -il l'initier? 
faut-il ne pas l'initier ? — Upàli, il ne faut pas l'initier. En conséquence, celui 
devant qui se présentera un candidat ayant le désir d'être initié devra lui 
demander s'il n'a pas mis la division dans la confrérie. En l'initiant sans faire 
celte question, il se rendrait coupable de transgression. 



DÉFENSE D'ADMETTRE CELUI OUI A RÉPANDU LE SANG DANS UNE 
INTENTION MALVEILLANTE POUR LETATHAGATA 



L'àyusmat Upâli fit cette question au bienheureux Buddha : Celui qui a 
répandu le sang dans une intention malveillante pour le Tathàgata, s'il 
demande à revêtir le caractère d'un Bhixu initié à la loi et à la discipline bien 
enseignées et solennellement reçu, faudra-t-il l'initier? faudra-t-il ne pas 
l'initier ? — Upâli, il ne fiiut jias l'initier. En conséquence, celui devant qui se 
présentera un candidat à l'initiation devra lui demander s'il n'a pas répandu le 
sang dans une intention malveillante à l'égard du Tathàgata. En l'initiant sans 
faire cette question, on commettrait une transgression. 



VI 



DÉFENSE D'ADMETTRE CELUI OUI A COMMIS UN DES QUATRE 
GRANDS CRIMES 

— Duha l, 130 — 



L'âyusraat Upàli fit cette question au bienheureux Buddha : Vénérable, 
celui qui, avant l'initiation, se trouve avoir commmis l'un des quatre grands 
crimes, s'il désire revêtir le caractère de Bliixu par l'initiation à la loi et 
à la discipline bien enseignées et par la réception solennelle, devra-t-il être 
initié? devra t-il ne pas l'être? — Upàli, il ne devra pas être initié. Celui 
devant lequel se présentera un candidat désireux d'être initié devra lui 
demander s'il ne s'est pas rendu coupable de quelqu'un des quatre grands 
crimes? — Procéder à l'initiation sans avoir posé cette question, ce serait 
commettre une transgression. 



VII 

DÉFENSE DE SE FROTTER LE CORPS AVEC DES BRIQUES 

Les articles précédents sont relatifs à des faits graves, les suivants à des 
faits de peu d'importance, à des minuties. Les titres suffisent pour l'indiquer ; 
le récit confirmera cette indication, comme on va le voir. Nous avons déjà 
dit que ce texte est extrait du X*^ volume du Dulva. La scène se passe à 
Vaicàlî. 



Le bienheureux Buddha résidait à Vaiçàli sur le bord de l'Étang du singe, 
au lieu (dit) la Maison d'étages. 

De bon matin, les six classes revêtirent la tunique et le manteau, prirent 
le vase à aumônes et entrèrent dans Vaiçàli pour mendier. 

En ce temps-là, dans la ville de Vaiçàli, à l'intérieur des maisons à étages, 
ce n'étaient que parcs des Licchavi de Vaiçâlî avec Heurs, pavillons, admi- 
rables pièces d'eau, oiseaux divers au ramage varié, bosquets ; et, au milieu 
de tout cela, des exercices gymnastiques, des danses, des chants, des concerts 
d'instruments variés et de toutes sortes : on y trouvait aussi tous les objets 
nécessaires au bain. 

Les six classes dirent : Nanda Upananda, ces Licchavi de Vaiçàli avec leurs 
parcs délicieux, Bhagavat les a comparés aux dieux Trayastriiîiçat. Nous 
allons regarder un instant les parcs de ces Licchavi pour savoir à quui ils 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.IOOR 105 

ressemblent. — La proposition fut acceptée, et ils entrèrent dans les parcs de 
ces (Licchavi). 

Ils y trouvèrent des instruments d'exercices d'adresse, de grandes flèches 
des filets, des je'ts de pierres de toutes soi'tes qu'on lançait, des danses, des 
chants, des concerts de voix et d'instruments, violons, flûtes, petits tambours, 
grands tambours de bronze, des voix agréables et autres choses semjjlables 
de tout genre, tous les ingrédients (nécessaires) pour le bain, des briques 
et tous les accessoires du bain, diverses sortes de Skyu~ru-ra (sk. Ambla) 
pour se laver la tète^ 

A cette vue, ils se dirent les uns aux autres : Nanda Upanauda, voici 
toutes sortes d'appareils excellents et eu grand nombre, à quel exercice nous 
livrerions-nous bien pour un instant, la danse, le chant, lejeudes instruments, 
le bain? — (Juelques-uns dirent : Voilà longtemps que nous ne nous sommes 
baignés: baignons-nous doue ici ! — La proposition est acceptée. Ils se 
frottent avec des briques; une fois frottés, ils commencent à se baigner". 

Connut' ils étaient bien familiarisés avec ce genre d'exercice, avec ce genre 
d'opération, quand ils furent entrés dans le bain, ils firent entendre des sons 
allant au cœur, comme si d'habiles musiciens eussent manié des c^'mbales à 
cinq parties. 

Le bruit arriva aux oreilles des gens qui passaient par là eu grand nombre' : 
ils écoutèrent, s'arrêtèrent un moment et dirent : Messieurs, allons voir les 
danses exécutées par les danseurs dans les parcs des Licchavi de Vaiçàlî ? 
— Oui, fut-il répondu. Et le désir de leur cœur les portant vers le spectacle, 
ils s'avancèrent vivement et pénétrèrent dans le parc. Quand ils y furent, ils 
ne virent que les six classes, et, s'adressantà elles: Vénérables, diî quel côté 
les danseurs exécutent-ils des danses? — Ceux-ci répondirent : Pauvres gens, 
vous ne savez point faire la différence des choses : Est-ce là un bruit connue 
celui que font les danseurs en dansant ? — Eh bien! Vénérables, quel est 
donc ce bruit? — Messieurs, c'est le bruit que nous faisons en nous baignant 
après nous être frotté le corps. — Vénéi'ables. est-ce que vous, qui êtes des 

' Le Skyu-ru-ra esl représenté (Dulva II, 10-19) comme un fruit d'un govil àore ou acide, avani 
une vertu médicinale; il semble faire ici l'office de savon. 

- M. Réunie, médecin militaire anglais, dans un livre intitulé Bhotan and the dooar loar (Loudrc*, 
18tiG, in-S"), raconte avoir vu à Carrag-ola, un éléphant auquel ou faisait la toilette dans l'eau du Gani: •, 
en le frottant avec un morceau de brique. 

Ann. g. — B 11 



106 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

Çramaiias, vous êtes troublés par les qualités du désir ? — Pauvres gens ! 
C'est pour mettre vos cous sous nos pieds que nous sommes dominés par les 
qualités du désir ! Avez-vous ua enseignement conforme au nôtre ? Quoi ? \'ous 
n'avez rien à dire maintenant ? Tant pis pour vous ! — Effrayés par ce ton de 
menace, les (passants) rentrèrent dans Vaiçâlî et se répandirent dans les rues, 
les grandes rues, les carrefours, les places, (riant et) se moquant. 

Les Bhixus ayant entendu parler de cette aventure la rappdrti'rcut à lîha- 
gavat. Bhagavat}' réfléchit profondément : Quelle a été la faute légère qui a 
été commise dans cette circonstance? Les Bhixus se sont frottés avec des 
briques pour se livrer à l'exercice du bain ; en conséquence, il ne faut pas 
que les Bhixus se baignent en se frottant le corps avec des briques. Si l'on 
se frotte, on commet une transgression. — Bhagavat donna donc cet ordre: 
Les Bhixus ne doivent plus se laver le corps en faisant usage de briques. 

Ensuite les Bhixus s'en allèrent mendier, les pieds meurtris et couverts de 
boue. Des brahmanes et des maîtres de maison les voyant leur dirent: 
Vénérables, vous avez les pieds écorchés et couverts de boue. Pourquoi donc 
n'enlevez-vous pas la boue? — Ghers amis, répondirent-ils, Bhagavat ne le 
permet pas. — Quoi donc, Vénérables, est-ce en gardant les souillures de 
la boue, que vous devenez purs, vous? — Ils ne répondirent rien. Après 
avoir recueilli leurs aumônes, ils rentrèrent au ^'ihàra. 

Alors les Bhixus racontèrent à Bhagavat ce qui s'était passé. Bhagavat 
répondit: Bhixus la règle précédemment établie demeure; mais pour ce cas-ci, 
je consens. Par conséquent, j'autorise les Bhixus à se frotter les pieds avec de 
la brique ; mais, pour le reste du corps, je n'y consens pas ; en le frottant, 
on commet une transi^ressioii. 



VIII 

DÉFENSE DE S'ENDUIRE LES DENTS 

— Dulva X . folios 4-5 — 

Bhagavat résidait à Vaiçâlî dans la maison à étages sur le bord de l'Etang- 
du singe. 

Le matin, lesBhixus revêtirent leur tunique et leur manteau et entrèrent 
dans la ville de Vaiçâlî pour mendier. Ils aperçurent un brahmane qui allait 
mendier après s'être enduit de chaux toutes les dents*, et l'ecueillait des 
aumônes en abondance. Les six classes dirent entre elles : Nanda Ujiananda, 
cette pratique est bonne, il faut que nous fassions de même. 

Dès le lendemain, ils s'enduisent de chaux toutes les dents et vont demander 
l'aumône. Desgeusqui n'étaient i)as croyants les voient et se moquent. — - On 
parle avec respect, on parle avec respect (leur) dit- on. — Ceux des six classes 
dirent: Pauvres gens, ne savez-vous donc pas qui sont ceux à qui vous devez 
parler avec respect, qui sont ceux devant qui vous devez vous incliner avec 
adoration. — Ils répondirent: Qu'avons -nous doncà faire ? — Les Brahmanes 
(et encoii?) les vieux, les plus vieux sont ceux à qui il faut parler avec respect, 
lesBhixus sont ceux devant qui il iaut s'incliner avec adoration; pourquoi 
donc vous (ètes-vous bornés à) parler avec respect à des Bhixus sans vous 
incliner devant eux avec adoration ? — Vénérables, nous avons agi comme si 



' Noire texte dit : o. Les dents des trois classes ou espèces, catégories, u .le ne vois pas trop ce 
que cela signifie, à moins de désigner les incisives, les canines et les jm'd lirds, ce qui nie parait bien 
technique et bien pédant. « Je traduis « toutes les dents », 



108 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

Aous étiez des Brahinaues, et non comme si vous étiez des Bhixus. Puisque 
nous n'avons pas bien agi, nous vous prions de nous le pardonner. Telle fiit 
leur réponse qui resta sans réplique. 

Des Bliixus ayant entendu parler de cette aventure la racontèrent à 
Bliagavat. Bhagavat y appliqua ses profondes réflexions. Quelle faute légère 
a été commise dans cette circonstance? se dit-il. Gela est venu de ce que 
les Bhixus se sont mis un enduit sur toutes les dents ; en conséquence il faut 
que les Bhixus ne se mettent plus un enduit sur toutes les dents ; tout Bhixu ([ui 
semetti'ait un enduit sur toutes les dents sera en faute. Bhagavat dit que nul 
Bhixu ne s'enduise plus la totalité des dents. — L^s Bliixus dirent à Bhagavat : 
mais s'il s'agit d'une ordonnance de médecin eu dehors de cela, n'est-ce pas 
un cas où l'on pourrait enduire? — Bhagavat répondit : Bhixus, ce qui a été 
précédemment établi demeure. Miii pour cjci, je consens. En conséquence, 
les ordonnances de médecin ne sont pas comprises dans la prohibition. 

Nota. — (Ii'tte pratique de s'eiiiluiro les dents de chaux se lie à la mastication du 
tétel. Or, d'après le témoignage de M. l'évêque Bigandet, la mastication du bétel 
est fort en usage chez les moines bouddhistes de la Birmanie. Il n'y a rien dans leurs 
règlements qui s'y oppose. Aussi font-ils une consommation « vraiment énorme » de 
feuilles de bétel et des accessoires qui les accompagnent {T/ie Legend of Gaudama, 
î^'' édition, Londres, II. p. -94). 



DOGME 



Les sûtrns que nous réunissons sous ce titre sont : 

I. Lt> sùtra des ([uatre vérités ou de la rotation de la roue de la loi que 
nous appelons aussi « la prédication de Bmiarès » (tibétain et pâli), suivi 
d'im antre petit sùtra sur le même sujet (Dharma-cahra et Alpa-devatà- 
sâiraj. 

II. Le discours qui fait immédiatement suite au sùtra de la rotation de la 
roue de la loi (Non-moi). 

IIL Le discours adressé sur le mont Gayà aux raille Jatila et connu sous le 
titre de AdUta-paryâya . 

IV. Le Dahara !iHl)-(i ou Kiminra drstdnta sdtra (conversion de Pra- 
senajit). — Tibétain et pâli. 

V. Le lùdi/âna-mifra'Sei-anam (fréquentation de l'ami de la vertu). 
Tibétain et pâli. 

VI-VII. Le Giri-Ananda et le Mahâkâçi/apa, traduits du pâli, l'un 
et l'autre, mais n'ayant pas d'équivalents connus propres au canon tibétain. 

VIII. Mahâ-karund-pandarikasâtra. Premier cbapitre. 

IX. Le Prajàâ-pâramilà-hrdaya (essence de la science transcendante). 

X. Le Nairatma-pariprccha (questions sur le non-moi). 

Les quatre premiers de ces sùtras pourraient très bien figurer parmi les 
textes que nous appelons historiques; le VF et le VU' parmi ceux que nous 
mettons sous la rubrique Prodiges : ce sont de véritables exorcismes. 

Pour les textes tibétains qui ont leur équivalent pâli, sans en èti'e la 
traduction, nous mettons les deux versions en regard. 



LES QUATRE VÉRITÉS — LA ROTATION DE LA ROUE DE LA LOI 

L'enseignement des quatre vérités est considéré comme la portion la plus 
ancienn(\ la plus authentique de la doctrine bouddhique. C'est le sujet que le 
Buddha aurait traité à Bénarès dans sa première [irédication. 11 y expose les 
quatre vérités di> trois manières différentes et arrive ainsi à formuler 
douze propositions; on adonné à cet exposé célèbre le nom di' « Mise en 
mouvement delà roue de la loi « (Dharraa-cakra-pravartanam). LeDharma- 
cakra-pravartanam est donc le sûtra par excellence '. 

Il se trouve dans le XX\T volume du M do : mais le même texte se 
trouve dans le volume Vl" du Dulva et dans l'Abhiniskra maaa-siàtra; il n'y a 
entre les trois versions que de légères différences provenant de variantes ou de 
coupures, on peut les considérer comme représentant un seul et même texte. 
Le Lalitavistara, placé dans le IP volume du Mdo, renferme une version 
véritablement différente de ce sûtra. La version du Mahâ-vastu dont nous ne 
connaissons que le texte sanscrit est une troisième forme de cet exposé. 11 imi 
existe une quatrième, la v(M'sion pâli que les Tibétains ont empruntée et dont 
ils ont mis la traduction à la lin de la section Mdo du Kandjour. 

Pour faire connaître complètement le Dharma-cakra-pravartanam, il 
faudrait donc donner quatre versions, celle du Dulva tibétain (répétée dans 

* La place de ce lexle est dans le i)aragra|ilie 6 de l'article II de la section IIistoibi; ; elle y est indiquée 
(voir ci-dessus p. HO). 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR l,| 

rAbhi,uskra.nana et le XX\'P volume Mdo), celle du Lalitavistara, eelle du 
. Mahâ^astu, ceUe du canon pâli. Mais, outre .^ue ce serait d'une exécution 
d.fncile, nous pouvons fort bien laisser de coté le Lalitavistara couru. ,„r 1-, 
traduction de M. Foucaux, le Mahâvastu dont [la version s écarte peu des 
autres textes et retenir les deux autres versions qui senties véritales renré' 
sentants des deux traditions, celle du Nord et celle du Sud ' . 

Je vais donc donner parallèlement deux traductions : d'un, part le Dlnr 
ma-cakra tibétain du XX VI" volun.e du Mdo, de l'Abhiniskramanv-sàtn \lu 
Dulva, et, d'autre part, le Dharnaa-cakra-pravartanam pâli et tibétain. Pour le 
premier, jmdupierai en note ou entre parenthèses les très rares variantes 
qui s'y trouvent, et je mettrai également en parenthèse, au bas de chague 
section, le titre de l'ouvrage ou des ouvrages dont elle est tirée: ainsi 
Dhanna-cakra signifie qu'un ou plusieurs paragraphes se trouvent dans le 
Dharma-cakra seulement- Dulva, Abhiniskramana-sùtra, qu'ils se trouvent 
dans ces ceux ouvrages seulement ; Dharma-cakra, Dulva, Abhiniskramana- 
su ra, qu Ils se trouvent à la fois dans les trois ouvrages. Pour le' Dharma- 
cakra-pravartanam, je suis obligé d'indiquer les difiérences entre le pâli et 
le tibétain. Je le ferai, soit en notes, .soit en parenthèse, dans la traduction 
même, selon qu'il y aura avantage à adopter l'un ou l'autre mode. Je mets 
en rec,ochets[Jcequi se trouve dans le tibétain et non dans le pâli, entre 
astérisques ce qui se trouve dans le pâli et manque dans le tibétain 
Toujorirs en vue de taciliter la lecture des traductions, je divise le sûtni 
en section,s et en paragraphes, auxquels je donne quelques titres écrits en 
U.a^rJues Rien de cela ne se trouve dans les textes ; mais les divisions sont 
t llement indiquées par la nature du sujet et par le mouven.ent même du 
style, qu on peut bien prendre cette liberté. 

Kharma cakra sutra rui^c-vr. ^. 

cl-ap.és le Kandjour, savoir : ^^«'^î^-^^A-CAKHA-PRaVARTANA-SUTRA 

1. Dulva, IV, fol. 64-67. , w • , 

2. Mdo, XWI fol 88 01 M h. ■• , '^'''' "•^'' P*^' ^" Sanjutta-ni- 
mana-sùt;a). (AWun.k.a- kà,a(sectio„ V, Sacca-sanyuttan.). 

joui- (section .V,lo, XXX, fol. 427-430). 
' Tou, ce qu, suH e., exU.U du Journal a.iati.ue („,ai.jun, 13:o). 



H2 



ANNALES DU MUSEE GUIMET 



En langue de l'Inde : Dharma-cakra- 
sûtra. 

En langue de Bod : Chos kr/ikhor-loi 
rado. 

« Sûtra de la roue de la loi. » 

Adoration à celui qui sait tout. 

Voici ce que j'ai entendu dire une fois. 
Le bienheureux Buddha (Buddha Bha- 
gavat) résidait à Bénarès (Vârânasî) dans 
le bois des gazelles (Mrgadàva), à sRiva- 
dana (Drang-srong-«mra-va) . 
(Dharma-cakra). 

Alors Bliagavat jiaria ainsi au groupe 
des cinq Bhixu.s : 



En langue de l'Inde : Dharma cakra- 
pravartana sûtra- 

En langue de Bod : Chos kyi 'khor-ln 
rab-tu bskor-vai mdo. 

« Sûtra de la mise en mouvement de la 
roue de la loi. » 

Adoration respectueuse aux trois joyaux 
sublimes. 

[Voici ce que j'ai entendu dire] une fois. 
Bliagavat résidait dans le pays de Bé- 
narès (Bàrânasi), à Rsipatana (Isipatana}, 
dans le bois [on errent] des gazelles « (l'hé- 
ritage des gazelles » migadâya, d'après le 
pâli). 

Alors Bliagavat, «'adressant au groupe 
des cinq Bliixus, leur dit : 



§1 
Les cleu.:- e.ctrèmcs et la voie du milieu. 

Bhixus, lorsqu'on est novice (rab-lu- 
byung-nas), il faut se garder de tomber 
dans les deux extrêmes, de s'y accou- 
tumer, d'y attacher du prix. 



Quels sont ces deux extrêmes? 

D'une part, quiconque recherche la féli- 
cité qui consiste dans la poursuite des 
plaisirs (ou des désirs') (et est) bas, 
pervers, vulgaire, sans noblesse (ou race), 
celui -là (tombe dans l'un de ces extrêmes) : 
d'autre part, quiconque, s'appliquant à s'ex- 
ténuer soi-même, et soulfrant, n'est pas 
respectable, est voué à un régime nuisi])le 
(tombe dans l'autre extrême). 



Les deii.'- extu'mes et la voie du mitiru. 

Bhixus, voici les deux extrêmes aux- 
quels un novice (pravrajita) ne doit pas 
se livrer ( — d'après le tibétain : Bhixus 
et novices (rab-tu-byung-va-dag), voici 
les deux extrêmes auxquels il ne faut pas 
se livrer). 

* Quels sont ces deux extrêmes ? ' 

D'une part, quiconque, au sein des désirs, 
s'attache au bien-être qui vient des désirs, 
est bas, grossier, vulgaire, sans considé- 
ration, voué à un genre de vie nuisible 
(et tombe dans l'un des extrêmes) ; et 
d'autre part , quiconque s'applique à se 
tourmenter soi-même, soufl're, (est) sans 
considération, voué à un genre de vie nui- 
sible (et loiulie dans l'autre extrême) 
(pâli). 

D'après le tibétain : ceux qui, dans ce 
monde aspirent à la satisfaction des désirs 



1 Selon une variaiile : » (jiiicoiiijue recherclie l'aumône pour la satisfaction du désii\ (Dulva.) 



FRAGMENTS TKADl^TS UV KANDJOUR 



113 



Pour vous, ne tombez pas dans ces deux 
extrêmes, attendu que la voie du milieu 
(ou la VOIE moyenne) , qui produit la 
vue, qui produit la connaissance, aboutit 
au calme absolu, à la connaissance supé- 
rieure (ou surnaturelle), à la BOdhi par- 
faite, au Nirvana. 



Cette voie moyenne, quelle est-elle, 
dira-t-on? 



C'est la voie sublime à huit branches, 
savoir : la vue parfaite ; — le raisonnement 
parfait ; — la parole parfaite ; — la fin de 
l'œuvre parfaite ; - la vie parfaite ; l'efroit 
parfait ; — la mémoire parfaite ; — la con- 
templation parfaite. 



Ann. g. — B 



et au bien-être, sont sans dignit('(oi^ sans 
noblesse) et bas ; ce sont des gens vul- 
gaires, parce qu'ils s'adonnent à un genre 
de vie nuisible (— sans utilité) ; (ils tombent 
dans un des extrêpaes) : ceux qui tour- 
mentent leurs corps et souffrent de pri- 
vations, s'adonnent à un genre de vie nui- 
sible par des pratiques qui ne sont pas 
louables ; (ilstombent dans l'autre extrême), 
— ou encore, pour cette dernière partie : 
ceux qui s'adonnent à un genre de vie nui- 
sible par les pratiques peu recomman- 
dables de tourments infligés à leur propre 
corps etdeprivationsdouloureuses(tombent 
dans l'autre extrême). 

Tels sont, Bhixus, ces deux extrêmes ; 
il faut prendre garde d'y tomber (tibétain), 
ou si l'on évite d'y tomber (pâli), la voie 
MOYENNE, perçue à l'aide de la Bôdhi par 
le Tathâgata {selon le tibétain : proclamée 
parleTathàgata,devenuunparfaitBuddha), 
et qui produit l'œil (ou la vue), qui produit 
la connaissance, aboutit au calme absolu 
\ — à la cessation), à la connaissance su- 
périeure (ou surnaturelle), à la Bôdhi par- 
faite (selon le tibétain : à la compréhension 
parfaite), au ÎN'irvàna. 

Et quelle est elle, Bhixus, cette voie 
moyenne perçue par le Tathâgata au moyen 
de la Bôdhi, et qui, produisant l'œil, pro- 
duisant la connaissance, aboutit au calme 
absolu, à la connaissance supérieure, à la 
Bôdhi parfaite, au Nirvana? 

C'est précisément la voie sublime à huit 
branches, telles que : la vue parfaite ; - 
le raisoiiuement parfait ; — la parole par- 
faite; — la fin de l'œuvre parfaite; — la 
vie parfaite ; — l'effort parfait ; la mémoire 
parfaite; — la contemplation (samâdhi) 
parfaite. 

C'est là, Bhixus, la voie moyenne, perçue 
par le Tathâgata au moyen de la Bôdhi, et 
i5 



114 



ANNALES DU J|L"SÉE GCIMET 



K t P K I s E DU U K C IT 

Eii vertu du système que Bhagavat 
adopta pour instruire, par cette doctrine, 
le groupe des cinq Bhisus, il communiquait 
avant midi la parole de l'enseignement à 
deux des Bhixus de ce groupe, et eu en 
voyait trois mendier en ville ; ils vivaient 
ensuite tous les six de ce que ces trois 
avaient recueilli. Après midi, Bhagavat 
communiquait à trois des cinq Bhixus la 
parole de l'enseignement, et en envoyait 
deux mendier en ville ; les cinq vivaient 
alors de ce que ces deux avaient recueilli. 
Le Tathâgala ne mange qu'avant midi. 

(Dul-va; Abhiniskramana-sùtra). 



qui, produisant la vue, produisant la con- 
naissance, aboutit au calme absolu, à la 
connaissance supérieure, à la Bôdhi par- 
faite, au Nirvana. 



§11 
Énumération et définition des vérités. 

1. Voici donc, Bhixus, ce que c'est que 
la vérité sublime de la douleur. 

La naissance est douleur, la maladie est 
douleur, la mort est douleur *, le chagrin, 
la lamentation, la souffrance, la tristesse, 
l'affliction, tout cela est douleur * ', — 
l'union avec l'objet haï est douleur ; la 
séparation d'avec l'objet aimé est douleur ; 
— ne pas obtenir ce qu'on désire est 
douleur ; — en somme les cinq aggrégats 
d'3 la perception, voilà la douleur. 

2. Voici donc aussi, Bhixus, ce qu'est 
la sublime vérité de I'origine de la 
douleur. 

C'est la soif de revenir à l'existence, 
c'est la joie unie à l'sttachement {ou à la 
passion) qui se livreau plaisir à tout propos; 



' Plirase manquant dans la traduclion til.étaiiie, quelquefois mémd supprimée dans les textes palis 
(le la prédieaiion de liénarés, mais liés fréquemment ré|ietée dans d'autres textes pâlis, sanskrits, 
li!«;lain>. 



FRAGMENTS TP.Ar>»lTS DU K AN'DI OUU 



un 



c'es;-à-dire, la soif des: désirs, la soif de 
l'existence, la soif de ragraiidissement de 
l'existence '. 

3. Voici donc aussi, Bhixus, ce que 
c'est que la sublime véritô de la des- 
truction de la douleur. 

C'est précisément la destruction de cette 
même soif par la suppression absolue des 
attachements ; (c'est) le renoncement, le 
rejet complet, ladélivrance, ledétachemont 
(par rapport à cette soif). 

4. Voici donc aussi, Bhixus, ce qne 
c'est que la vérité sublime (appelée) la 
VOIE qui tendàladestruction de la douleur. 

C'est précisément ce chemin à huit 
branches {ou sections), à savoir : la vue 
parfaite... la contemplation parfaite. 



§11 (III) 

Évolution (ou Eninné ration) duodécimale 
des vérités. 

Ensuite Bhagavat parla ainsi au groupe 
des cinq Bhixus. 



§ III 

Évolution (ou Ènumération) duodécimale 

den vérités. 



1 . Bhixus, au sujet des lois qu'on n'avait 
point encore entendu (exposer) avant moi, 
j'ai dit : Voilà la sublime vérité de la 
DOULEUR. Quand je fus bien pénétré de 
cette idée selon la réalité {ou la règle), 
l'œil naquit pour moi, la connaissance 
naquit, la science naquit, le discernement 
naquit, le raisonnement naquit. 

2. Bhixus, au sujet de lois qu'on n'avait 
point encore entendu (exposer) avant moi, 



1. Telle est la sublime vérité de la dou- 
i,EUi',ai-je dit : à ces mots, Bhixus, relati- 
vement à des lois qu'on n'avait point encore 
entendu (exposer); l'œil naquit pour moi, 
la connaissance naquit, la connaissance 
avancée {otc la haute sagesse) naquit, la 
science naquit, la vue (ou la lumière) 
naquit. 

2. Mais aussi celte douleur, cette vér.té 
sublime, il faut la connaître complè- 



' D'après le tibétain : c'est lu soif d'fxistei-, l.i passion du pl.iisir; l'ardeur à se livrer au plaisir eu 
toute occasion, c'est à-dire la soif des désirs, la soif de la transmigration, la soif de l'attachement (nu 
monde) de la transmigration. 

2 D'après le tibétain: c'est l'absence complète de désirs par rapport à cette sorte de soif, la des- 
truction, le (mot effacé), la transformation individuelle, la délivrance, la sécurité relativement à la 

délivrance. 



116 



ANNALES DU MCSEE GUIMET 



j'ai dit : Voilà I'origine de la douleur. 
Quand je fus bien pénétré de cette idée 
selon la règle, l'œil naquit pour moi, la 
connaissance naquit, la science naquit, le 
discernement naquit, le r; isonnement na- 
quit. 

S. Voilà la DESTRUCTION de la dou- 
leur, etc.. (Cette abréviation est dans le 
teste même.) 



TE.MENT, ai-je dit : à ces mots, Bhixus, 
relativement à des lois qu'on n'avait point 
encore entendu (exposer), etc. 



3. * La voila connue co.MPLt:TE.MENT,ai- 
je dit. A ces mots, Bhixus, relativement à 
des lois qu'on n'avait point encore entendu 
exposer, l'œil naquit pour moi, la connais- 
sance naquit , la connaissance avancée 
naquit, la science naquit, la vue naquit*. 
(Manque dans le tibétain). 



4. Voilà la voie qui mène à la destruc- 
tion de la douleur. Quand je fus bien pé- 
nétré de cette idée selon la réalité, l'cfiil 
naquit pour moi, la connaissance naquit, 
la science naquit, le discernement naquit, 
le raisonnement naquit. 



4. Telle est la sublime vérité (dite) I'ori- 
gine de la douleur, ai-je dit. A ces mots, 
Bhixus , relativement à des lois qu'on 
n'avait point encore entendu (exposer), 
l'œil naquit pour moi, la connaissance 
naquit, la connaissance avancée naquit, la 
science naquit, la vue naquit. 



5. Bhixus, au sujet de lois qu'on n'avait 
point encore entendu (exposer) avant moi, 
j'ai dit : Après avoir bien connu la sublime 
vérité de la douleur, il faut la connaître 
COMPLÈTEMENT. Quand je fus bien pénétré 
de cette idée selon la ri'alité, l'œil. ., le 
raisonnement naquit. 

6. Bhixus, au sujet de lois qu'on n'avait 
point encore entendu (exposer) avant moi, 
j'ai dit : après avoir bien connu la vérité 
s^ublime, l'origine de la douleur, il faut 
1,'abandonner. Quand je fus bien pénétré 

de cette idée, selon la réalité, l'œil le 

raisonnement naquit. 



5. Et aussi cette origine de la douleur, 
qui est une vérité sublime, il faut l'aban- 
donner, ai-je dit. A ces mots, Bhixus, re 
lativement à des lois qu'on n'avait point 
encore entendu exposer, etc.. 



6. * La voila abandonnée, ai-je dit : à 
ces mots, Bhixus, en présence de lois qu'on 
n'avait point encore entendu (exposer), 
l'œil naquit pour moi , la connaissance 
naquit, la connaissance avancée naquit, 
la science naquit, la vue naquit *. (Manque 
dans le tibétain.) 



3 



7. Bhixus, au sujet do lois qu'on n'avait 7. Telle e.st la sublime vérité, la des- 

pjint encore entendu (exposer) avant moi. truction delà douleur, ai-je dit. A ces 
j'ai dit : après avoir bien connu la sublime mots, Bhixus, relativement àdes lois qu'on 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.70UR 



117 



vérité de la destruction de la douleur, il 
FAUT LA MANIFESTER. Quand je fus bien 
pénétré de cette idée, l'œil...., le raison- 
nement naquit. 

8. Bhixus, au sujet de lois qu'on n'avait 
point encore entendu (exposer) avant moi, 
j'ai dit : après avoir bien connu la sublime 
vérité, la voie qui mène à la destruction 
de la douleur, il faut la méditer. Quand 
je fus bien pénétré de cette idée, selon la 
réalité, l'œil...., le raisonnement naquit. 



n'avait point encore entendu (exposer), 
l'œil naquit pour moi , la connaissance 
naquit, la connaissance avancée naquit, la 
science naquit, la vue naquit. 

8. Mais encore, cette destruction de la 
douleur, cette vérité sublime, il faut la 
MANIFESTER, ai-je dit. A CCS mots, Bhixus, 
relativement à des lois qu'on n'avait point 
encore entendu (exposer), etc. 



9. Bhixus, au sujet de lois qu'on n'avait 
point encore entendu (exposer) avant moi, 
j'ai dit : maintenant que cette vérité su- 
blime, l'origine de la douleur est bien 
connue, la voila complètement connue. 
Quand je fus bien pénétré de cette idée, 

selon la réalité, l'œil le raisonnement 

naquit. 



9. * La voila manifestée, ai-je dit. A 
ces mots, Bhixus, relativement à des lois 
qu'on n'avait point encore entendu (ex 
poser), l'œil naquit pour moi, la connais- 
sance r.aquit, la- connaissance avancée na- 
quit, la science naquit, la vue naquit *. 
(JManque dans le tibétain.) 



10. Bhixus, au sujet de hsis qu'on n'avait 
point encore entendu (exposer) avant moi, 
j'ai dit : maintenant que cette vérité su- 
blime, l'orig-iiie de la douleur est bien 
connue, LA vuila abandonnée. Quand je 
fus bien pénétré de cette idée, selon la 
réalité, l'œil...., le raisonnement naquit. 

11. Bhixus, au sujet de lois qu'on n'avait 
point encore entendu (exposer) avant moi, 
j'ai dit : maintenant que cette vérité su- 
blime de la destruction de la douleur est 
bien connue, la voila manifestée. Quand 
je fus bien pénétré de cette idée, selon la 
réalité, l'œil...., le raisonnement naquit. 

12. Bhixus, au sujet delois qu'on n'avait 
point encore entendu (exposer) avant moi, 
j'ai dit : maintenant que cette vérité su- 
blime, la voie qui mène à la destruction 
de la douleur est bien connue, la voila 



10. Telle est la sublime vérité (appelée) 
la voie qui mène à la destruction de la 
douleur, ai-je dit. A ces mots, Bhixus, 
relativement à des lois qu'on n'avait point 
encore entendu (exposer) , l'œil naquit 
pour moi, la connaissance naquit, la con- 
naissance avancée naquit, la science naquit, 
la vue naquit. 

il. Mais aussi cette voie qui mène à la 
destruction de la douleur, cette sublime 
vérité, IL faut la méditer, ai-je dit. A 
ces mots, Bhixus, relativement à des lois 
qu'on n'avait point encore entendu (ex- 
poser), etc.. 

12. ' La voiLA méditée, ai-je dit. A 
ces mots, Bhixus, relativement à des lois 
qu'on n'avait point encore entendu (ex- 
poser), l'œil naquit pour moi, la connais- 
sance naquit, la connaissance avancée na- 



118 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

MÉDITÉE. Quand je fus bien pénétré de quit, la science naquit, la vue naquit '. 
cette idée, selon la réalité, l'œil naquit.,., (Manque dans le tibétain.) 
le raisonnement naquit. 



.^ 111 (IV) 
Conséquences de l'évolution duodécimale. 

1. Bhixus, aussi longtemps que cette 
évolution duodécimale, qui fait ainsi tourner 
trois fois ces quatre vérités sublimes n'avait 
pas fait naître (en moi) l'œil, la connais- 
sance, la science, le discernement, le rai- 
sonnement, aussi longtemps je n'aspirais 
pas à être délivré de ce monde avec ses 
dieux, avec son Brahmâ et son démon, 
des hommes avec leurs ascètes (eramanas) 
et leurs brahmanes, (de cette agglomé- 
ration't de dieux et d'hommes : la pensée 
du départ {ou de la sortie), du déta- 
chement, de la délivrance absolue, de l'af- 
franchissement de l'erreur, ne pouvait 
abonder en moi. Bhixus, je n'avais pas 
cette conscience intime qui fait dire : Je 
suis un Buddha parfait, en possession de la 
Bôdlii complète, qui n'a rienau-dessus d'elle. 

2. (Mais), Bhixus, à partir du moment 
où l'évolution duodécimale qui fait tourner 
trois fois ces quatre vérités sublimes fit 
naître en moi l'œil, la science, le discer- 
nement, le raisonnement, à partir de ce 
moment, la pensée d'être délivré de ce 
monde avec son cortège de dieux, avec 
Biahmâ et. le démon, des hommes avec 
leurs ascètes et leurs brahmanes, (de cette 
agglomération) de dieux et d'hommes, la 
pensée de la sortie, du détachement, de la 
délivrance absolue, de l'affranchissement 
de l'erreur, abonda en moi. Bhixus, j'eus 
alors la conscience in'.inie qui fait. dire : 
.Je suis un Buddha parfait, en possession 
de la Bôdhi complète, qui n'a rien au- 
dessus d'elle. 



Conséquences de l'évolution duodécimale. 
1. Aussi longtemps, Bhixus, que je 
n'avais pas fait ainsi tourner trois fois ces 
quatre vérités sublimes sous douze faces, 
et que (par conséquent) la vue de la coh- 
naissanee telle qu'elle est, ne m'était pas 
parfaitement pure, pendant tout ce temps , 
Bhixus, je ne pouvais, dans ce monde, 
avec ses dieux, son Brahmâ, son Mâra 
(démon), eu présence de ces créatures 
composées d'ascètes et de brahmanes, de 
dieux et d'hommes, me rendre ce témoi- 
gnage : je suis un parfait Buddha, arrivé 
à la Bôdhi, complète, qui n'a rien au- 
dessus d'elle. 



2. Mais, Bhixus, à partir du moment où 
je fis tourner trois fois sous douze aspects 
divers, ces quatre vérités sublimes, eu 
sorte que la vue de la connaissance, telle 
qu'elle est, devint parfaitement pure, alors, 
Bhixus, dans ce monde, avec ses dieux, 
son Brahmâ, son Mâra, en présence de ces 
créatures mêlées de Çramanas et de Brah- 
manes, de dieux et d'hommes, je me re;;dis 
ce témoignage que je suis un parfait 
Buddha, doué de la Bôdhi complète, qui 
n'a rien au-dessus d'elle. Aussi la con - 
naissance, la vue (ou la vue de la connais - 
sance, d'après le tibétain, et peut êtn' 
même d'après le pâli), est-elle née pour 
moi, ma délivrance est inébranlable ; je 
suis à ma dernière naissance ; je ne re- 
viendrai pas à l'existence. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 



119 



(Nota. Au lieu de « dieux et hommes », 
il faudrait dire « rois et sujets », d'après 
la traduction birmane, qui rend déva par 
samuti-nat. La traduction tibétaine dit 
bien « rois, chefs des hommes», mais seu- 
lement pour rendre \e moi pajdya, « créa- 
ture : » elle supprime aussi le mot Brah- 
manes, et cela dans les deux paragraphes. 
Le premier de ces paragraphes, d'un sens 
si clair et si net en lui-même, est inintel- 
ligible dans la traduction tibétaine : et au 
second, la fin diflère notablement du pâli ; 
elle dit ; cette science m'est apparue, j'ai 
une délivrance comme il n'j en a pas eu 
auparavant ; j'ai obtenu le Kirvâna, de 
manière à ne plus reprendre désormais 
aucune existence;. 

Ainsi parla Bhagavat; les cjnq Bhixus 
pleins de joie, se rtgouireiit du discours de 
Bhagavat '. 



S IV fV) 
Conversions et prodir/es. 

1. A cet exposé de la loi, l'œil de la loi 
sans poussière et sans tache naquit pour 
l'AyusmatKaundinya et pour quatre-vingt 
raille dieux bien préparés. 



2. Puis Bhagavat adressa ces paroles à 
l'Ayusmat Kaundinya : comprends-tu bien 
la loi? — Très bien, Bhagavat. — Kaun 
dinya, comprends-tu bien la loi ^ ^la) 
comprends-tu? — Très bien, oui, très 
bien, Sugata. 

Parce que l'Ayusmat Kaundinya avait 
très bien compi'isla lo i, à cause de cela, 



§ V 
Conversions et prodiges. 

1. Pendant l'exposé de cette révélation, 
l'œil delà loi, sans poussière et sans lâche, 
naquit pour l'Ayusmat Kondanya {ou en 
tibétain, Kaundinya;. Dès qu'on possède 
la loi de l'origine, un possède la loi de la 
desti'uclion. 

2. Au moment même où Bhagavat venait 
de faire mouvoir la roue de la loi, les 
dieux de la terre firent entendre leur voix. 
Bhagavat, dirent-ils, a fait mouvoir, à 
Bénarès (Bârànasi), à Ksipatana (Isipa- 
tana), dans le Mrgadàva (Migadàya), la 
roue de la loi [qui n'a rien au- dessus d'elle, 
et qui n'avait point encore tourné], cette 
roue que ni Çramana, ni Brahmane, ni 



1 P.uMse qui ne se trouve pas dans tous les testes pâlis et qui doit être une interpolation, car elle ne 
ivpoiid p is bien a ce qui suit. Il faut la considérer comme ime simple indication que le sùtra finit ici eu 
réalité. 



120 



ANNALES DU MUSEE GDIMET 



le nom de Ajnâtâ (Kun-ees « qui connaît 
bien ») Kaundiiiya lui demeura attaché. 



3. « L'AvusmatKaundiiivaabiencompris 
la loi ! » A ces mots, les Yaxas, qui sont 
à la surface de la terre, élevèrent la voix : 
Compagnons, Bliagavat, à Bénarès (Yà- 
rânaçi), à Rsivadana, dans le bois des Ga- 
zelles, a fait tourner en trois fois sous 
douze faces diverses la roue de la loi qui 
renferme la loi : nul être au monde, ascète 
ou brahmane, ne l'avaitencoi-e fait tourner, 
tant soit peu, selon la loi, et c'est pour le 
bien d'un grand nombre d'êtres, par af- 
fection {ou compassion) pour le monde. 
en vue de l'avantage, de l'utilité, du bien 
des dieux et des hommes, qu'il Ta fait 
tourner : la tribu des dieux prend de Tac- 



dieu, ni Mâra. ni Brahmâ, ni personne au 
monde n'aurait pu mettre en mouvement. 
La parole des dieux terrestres fut en- 
tendue par les dieux (de la région) des 
quatre grands rois qui la répétèrent : Bha- 
gavat l'a fait mouvoir à Bénarès, à Rsi 
patana, dans le Mrgadàva, cette roue de 
la loi qui n'a rien au-dessus d'elle, et 
[qui n'avait point encore tourné], cette 
roue que ni Çramana, ni Brahmane, ni 
dieu, ni homme, ni personne au monde 
n'aurait pu mettre en mouvement. 

La parole des dieux (de la région) des 
quatre grands rois fut entendue des dieux 
Trayaçtrinçat (Tàvatimsâ) ; des dieux Ya- 
mas ; — des dieux Tusitâ (Tussitâ) ; — 
des dieux Nirmânaratayas (Ximmânarati) ; 
— des dieux Parinirmitavaçavartinas(Pa- 
rinimmitavasavatti), qui la répétèrent suc- 
cessivement (en ces termes) : Bhagavat 
l'a mise en mouvement à Bénarès, à Rsi- 
patana, dans le Mrgadàva, cette roue qui 
n'a rien au-dessus d'elle, [qui n'avait point 
encore tourné], et que ni Çramana, ni 
Brahmane, ni dieu, ni Mâra, ni Brama, ni 
personne au monde n'aurait pu faire 
mouvoir. 

3. A ces mots, en cet instant, en ce mo- 
ment, à la minute, la voix pénétra jusqu'au 
monde de Brahmâ, et ce monde, avec ses 
dix mille éléments, trembla, trembla for- 
tement, fut violemment secoué. Une clarté 
immense et merveilleuse apparut dans le 
monde, clarté qui dépassa la puissance di- 
vine des dieux (d'après le tibétain : la vi- 
gilance, l'ètonnement, la lumière se ma- 
nifestèrent daiis les mondes). 

[Cette manifestation ayant eu lieu dans 
les mondes, après que Brahmâ eut entendu 
exposer la loi {ou mieux : après avoir 
entendu Brahmâ exposer la loi), les dieux 
rentrèrent chacun dans sa demeure.] 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 



121 



croissement, celle des Asuras décline. » 
Telle est la voix qui fut entendue. 

La voix des Taxas de la surface de la 
terre fut entendue des Taxas qui se pro- 
mènent dans le ciel, puis successivement 
des dieux de la section des quatre grands 
rois ; — des dieux Trajaçtrincat ; — des 
dieux Tâmas; — des dieux Tusitas ; — 
des dieux Nirmânaratayas ; — des dieux 
Paianirmitavaçavartinas. Et de ceux-ci, 
en cet instant, en ce moment, à la minute, 
à l'instant même, elle retentit dans les 
régions du monde deBrahmâ, et les dieux 
de la section de Bralimâ la répétèrent à 
leur tour : compagnons, Bhagavat, à Bé- 
1 ares, à Rsivadana, dans le bois des Ga- 
zelles, a fait tourner trois fois sous douze 
faces la roue de la loi qui renferme la loi ; 
nul au monde, ascète ou brahmane, dieu 
ou démon, ou Brahmà, ne l'avait fait 
tourner si peu que ce fût conformément à 
la loi ; et c'est pour l'utilité d'un grand 
nombre d'êtres, par compassion pour le 
monde, en vue de l'utilité, de l'avantage, 
du bien des dieux et des hommes qu'il l'a 
fait tourner. Aussi la tribu des dieux 
grandit-elle visiblement, tandis que celle 
des Asuras décroit complètement. Telle 
fut la parole qui retentit. 

4. Parce que Bhagavat avait fait tourner, 
ù Bénarès, à Rsivadana, dans le bois des 
<Vazelles, en trois fois sous douze aspects 
différents, la roue de la loi qui renferment 
la loi, à cause de cela, la dénomination de 
« mise en mouvement de la roue de la loi » 
(Dharma-cakra-pravartanam) resta nt 
tachée à cet exposé de la loi. 

(Dulva, Abhiniskramanasûtra, Dliarmn- 
cakra.) 

l''in du iJharma-cakia-jûtra 
(Dharma-cakra.) 
Ann. g. — B 



i. Ensuite Bliagaval prononça cet udàna 
(éloge ou réflexion) : 

Tu comprends bien, vraiment, Kau..- 
dinya(Kondaria) ! Tucomprendsbien,vi ai- 
ment, Kaundinya! 

(D'après le tibétain : c'est parce que tu 
comprends bien, Kau :dinya , c'est par 
ceux qui comprennent bien (que ces phé- 
nomènes ont été produits.) 

A cause de cela, le nom de Ajiiàtà- 
Kaundinya ;Anàtà Kondaùô) resta à 
l'Ayusmat Kaundinya. 

[FinduDharma-cakiapravartana-jùtra.] 
10 



122 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

L'euseignemeut des quatre vérités fut répété nombre de fois parle Buddha; 
c'était un thème favori sur lequel il revenait sans cesse. Mais la première fois 
qu'il le donna, il ne réussit à convertir qu'une seule personne, Ajnâtà- 
Kaimdiuya. Gela est dit dans nos textes et dans le récit du volume JV du 
Dulva. Après cette prédication, il y eut, outre Bhagavat, un seul Arhat, 
Ajnàtà-Kaundiuya {\ . ci-dessus p. 20). Les quatre compagnons d'Ajnâtâ- 
Kaundinya avaient été émus, préparés, non gagnés. Pour les convertir, pour 
en faire des Arhats, il fallut un nouveau discours que le Kandjour met immé- 
diatement à la suite de l'enseignement des quatre vérités. Mais, avant d'y arri- 
ver, nous devons doniu>r la traduction d'un potittexte relatif aux quatre vérités. 

2. SUTRA DES QUATRES VÉRITÉS SUBLISiES 

- Mdo XXVI, l:î, fi.liis L'oT-S — 

En dcliors du Dhanuu-cakra-pravartauam, il y a peu de sùtras({ui parais- 
sent exclusivement consacrés à l'exposition des vérités. Le 13" chapitre du 
Phal-chen, dont le titre tibétain répond au sanscrit A r(/a-sa<_ya est du nombre 
des textes qu'on peut considérer comme rentrant dans l'exception. Mais nous 
n'en connaissons ni retendue ni le caractère. Nous sommes mieux renseignés 
sur un petit sùtra, le 13' du volume XXM*-" du .Mdo, le volume même où se 
trouve le Dhar/na-calvra. Ce st^itra, intitulé : Catu-satya sûtra (« Sùtra des 
quatre vérités ») mérite de prendre place à coté de la prédication de Bénarès : 
il n'a pas la même autorité ni les mêmes développements, mais il est plus 
court et plus simple. En voici la traduction : 

En langui' di' Tlude : Ai-(/a-ratu-sati/a-siH/'(( .En langue de Bod: Yipluigs- 
pa-\deii-pa-\ji-i\ndo. Sùtra des (puitre vérités sublimes (ciu des quatre 
vérités des Aryas). 

Adoration à tous les Buddiuis et Bodhisattvas. 

Voici le discours que j'ai entendu une fuis. — Bhagavat se trouvait sur le 
soir avec une grande assemblée de Bhixus entre la ville de Pàtaliputra oi 
Ràjagrha, à la résidence royale de la forêt de bambous (Nàladn). 

Puis Bhagavat dit aux Bhixus: Bliixus. moi et vous, tant que nous n'avions 
pas par nous-inème? connu, vu, reçu intérieurement, et raisonné point par 
point les quatre vérités sublimes, nous tournions en courant dans le long- 
chemin d'ici-bas. 



FRAGMENTS TRADUITS D T KAN'DJIHTR 123 

Quelles sont ces quatre vérités ? — Moi et vous, tant quo nous n'avions pas 
par uous-mènies connu, vu, reçu intérieurement et raisonné point par point la 
sublime vérité de la douleur, nous tournions en courant dans le long chemin 
d'ici-bas. — Moi et vous, tant que nous n'avions pas vu, etc., I'origixe de la 
<louleur, cette vérité sublime, nous tournions en courant dans le loni^- chemin 
d'ici-bas. Moi et vous tant que nous n'avions pas vu, etc., la sublime vérité, 
I'extinction de l'origine de la douleur, nous tournions en courant dans le 
long chemin d'ici-bas. — Moi et vous, tant que nous n'avions pas vu, etc., 
la sublime vérité, la a^oie qui tend à l'extinction de l'origine de la douleur, 
nous tournions en courant dans le long chemin d'ici-bas. 

Bhixus,j'ai réglé et ordonné point par point mon jugement d'après la vérité 
sublime de la douleur ; j'ai retranché la soif de l'existence; j'ai anéanti la 
naissance circulaire : maintenant donc, il n'y a plus (pour moi) de nouvelle 
existence. — J'ai réglé et ordonné point par point mon jugement d'après cette 
vérité sublime, I'origine de la douleur, etc., il n'y a plus pour moi de nou- 
velle existence. — J'ai réglé et ordonné point par point mon jugement, 

selon cette vérité subhme, I'extinction de l'origine de la douleur, etc il 

n'y a plus pour moi de nouvelle existence. — J'ai réglé et ordonné point par 
point mon jugement, selon cette vérité sublime, la voie qui tend à l'extinction 
de l'origine de la douleur, etc il n'y a plus pour moi de nouvelle existence. 

Ainsi parla Bhagavat. Quand le Sugata eut prononcé ce discours, le maître 
fit entendre cet autre discours : 

Moi et vous, aussi longtemps que par nous-mêmes 

nous n'avions pas vu (face à face) 

les quatre vérités sublimes, 

nous tournions dans le long chemin ; 

Mais, après avoir vu ces vérités , 
grâce à la suppression de la soif de l'existence. 
grâce à l'anéantissement de la naissance circulaire, 
il n'y a plus maintenant d'autre existence. 

Ainsi, parla Bhagavat, et les Bhixus s'étant réjouis, louèrent hautement 
l'exposé fait par Bhagavat. — Fin du siîtra des quatre vérités sublimes. 



II 

LE NON-MOI 

Conversion desquatredisciples 

Nous reprenons maintenant la suite de la première prédication du Budd/ia 
à Bénarès, selon le volume IV du Dulva. 

Après avoir prononcé le discours célèbre dont on a lu ci-dessus les prin- 
cipales variantes (p. 112-121), et qui eut pour effet la conversion d'Ajnatà- 
Kaundinj'a, Çakya reprit incontinent la parole et prononça un second discours 
qui amena la conversion des quatre compagnons d'Ajnâtà. Ce discours n'a pas 
de titre connu, autant que je le puis savoir; je lui donne, de mon autorité 
privée, celui de Non-moi, qui, je pense, paraîtra suftisamment justifié. 

En voici la traduction : 

— Dulva IV, folios G8-69 — 

Ensuite Bhagavat adressa au surplus des cinq disciples* les paroles 
suivantes : 

I 

Bhixus, la poume- (Rùpa) n'est pas le moi. Bhixus, si la forme était le moi, 
cette forme ne serait pas exposée à la maladie, à la douleur, et vous pourriez 

' C'esl-à-dire aux quatre cumpagnons d'Ajùàlà-Kamulinva qui fonnaii.Mit avec lui uu groupe de cinq 
individus (Açvajil, Pàçva, Mahànàma, Bliadrika). 
* Par « forme » (Rùpa), il faut entendre le corps, les organes physiques de l'êlre animé. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 125 

concevoir au sujet du la tbruio une [jeuséo telle que celle-ci : Que ma forme 
soit ainsi ! Que ma forme ne soit pas ainsi ! 

Bhixus, par la raison que la forme n'est pas le moi, par cette raison même, 
la forme est exposée à la maladie, à la douleur ; et alors vous n'avez pas à 
concevoir, à propos de la forme, cette pensée: Que ma forme soit ainsi! que 
ma forme ne soit pas ainsi ! 

Bliixus, la SENSATION (Vedanâ) n'est pas le moi... la perckition (Saùjîïâ) 
n'est pas le moi... la combinaison des idées fSamsMraj* n'est pas le moi... 
La DISTINCTION DES IDEES (Vijnâna) n'est pas le moi. Si elle était le moi. 
Bhixus, elle serait exempte de maladie et de souflfrances, et vous pourriez 
concevoir cette pensée: Que ma faculté de distinguer les idées soit ainsi! 
qu'elle ne soit pas ainsi ! 

Mais, Bhixus, puisque la distinction des idée n'est pas le moi, vous n'avez 
l>as à concevoir au sujet de la distinction de cette pensée: Que ma faculté de 
distinguer les idées soit ainsi, qu'tille ne soit pas ainsi ! 

II 

Que pensez-vous, Bhixus? La forme est-elle durable, ou n'est-elle pas 
durable? — Vénérable, elle n'est pas durable. — Ge qui n'est pas 
durable est -il douleur ou u'est-il pas douleur '. — Vénérable, il est douleur. — 
Ge qui est sans durée, ce qui est douleur, est sujet à la loi du changement. 
Quoi donc? un Arva auditeur (de la loi) pourrait-il faire, au sujet dum(ji, cette 
affirmation: Ceci est moi; je suis ceci: ceci est mon moi? — Non, 
Vénérable. 

Que pensez-vous, Bhixus ? La sensation est-elle durable ?. . . La perception 
est-elle durable?. . . La combinaison des idées est-elle durable ?. . . La distinction 
des idées est- elle durable ou n'est-elle pas durable ? — Vénérable, elle n'est 
pas durable. — Ce qui n'est pas durable est-il douleur ou n'est-il pas 
douleur? — Vénérable, il n'est pas douleur. — Ge qui est sans durée, ce qui est 
douleur est sujet à la loi du changement. Quoi donc un Arya, auditeur (de la 



1 Le lexle énuraére ainsi les cinq termes connus sous le nom de « Cinq-Skandhas », répétant ou sous- 
entendant pour chacun d'eux le même développement ; il ne le donne intégralement (suivant l'usage) que 
pour le premier et le dernier. 



126 ANNALES DU MUSÉlî GUIMET 

loi) pourrait-il dire à propos du moi : Ceci est moi, je suis ceci ; ceci est 
mon moi? — Non, vénérable. 



III 

Eu conséquence, Bhixus, tout ce qui est forme, qu'il soit passé, présent 
ou futur, intérieur ou extérieur, épais ou ténu, bas ou pur. loin ou près, rien 
de tout cela n'est moi ; je ne suis rien de tout cela, rien de cela n'est mon 
moi. Voilà ce que doit considérer celui qui a la connaissance parfaite. 

Semblablement. Bhixus, tout ce qui est sensation... tout ce qui est 
PERCEPTION... tout 08 qui cst COMBINAISON DES IDÉES... tout ce qiti est 
DISTINCTION DES IDÉES, tout autaut qu'il Y en a, présent, passé ou futur, 
intérieur ou extérieur, épais ou tiniu, bas ou pur, éloigné ou rapproché, rien 
de tout cela n'est le moi. je ne suis rien de tout cela, rien de tout cela n'est 
mon moi. Ainsi doit juger celui qui a la coniiaissance parfaite. 

IV 
Ainsi, Bhixus, un Ârva qui a bien entendu la loi devra dire : cette réunion 
de cinq éléments que j'ai reçue, je vois bien qu'ils ne sont pas de moi. 
Puisque j'ai cette vue, je ne dois pas accepter le monde: Si je n'accepte pas le 
monde, je n'ai absolument plus de passions, je suis dans le Nirvana complet. 
La naissance a péri pour moi; je me repose sur le Brahmacarya; j'ai fait ce 
que j'avais à faire : je ne connais pas d'autre naissance que celle-ci. 

Pendant que cette éuumération de la loi était prononcée, les Bhixus qui 
fnrinaient le suri)lus du groupe de cinq furent dépouillés de tout attachement, 
et leur esprit fut complètement délivré de toutes les souillures. 

En ce temps, il y avait cinq Arhats ; le sixième était Bhagavat. 

'SoTA. — Avec ce morceau, dont la place ett indiquée par la dernière ligne du para- 
graphe 6 du deuxième article de la section Histoire (p. 20), et qui était annoncé à la 
fin même de cet article (nota, p. 32), on a toute la suite du texte du volume 1\ du 
Dulva, du folio 59 au folio 79. 



ni 

PRÉDICATION DU MONT GAYA 

Adilta-l'arvâya 

On a vu, à la fin de l'article II do la section Histoire (p. 32), que Çàkya 
s'était dirigé sur Uruvilva. Il y gagna trois frères du nom de Kàcyapa, 
Uruvilva-Kàçyapa d'abord. Nadi et Gayà-Kàçyapa ensuite, et avec eux 
leurs raille disciples appelés Jatilas (à tresses de chevaux), dont il paracheva 
la conversion sur le mont Gayà dans une scène célèbre où il fit des prodiges 
et prononça deux discours dont le dernier est connu sous le titre de Aditta- 
parijâya. Le Mdo du Kandjour renferme trois svitras qui auraient été 
prononcés sur le mont Gayà*, mais dont aucun n'est celui dont nous parlons, 
et qui, par conséquent, n'ont pas pour nous d'intérêt en ce moment. 

Nous ne devrions à la rigueur donner que le discours même intitulé Aditta- 
parijàya et cidui auquel il fait suite ; mais il nous parait mieux de reproduire 
le récit de quelques-unes des circonstances qui ont précédé, quoique la place 
naturelle de ce récit eût été dans la section Histoire. 

Nous prenons le récit au point où les frères Nadi et Gayà -Kàcyapa, 
suivant l'exemple d'Uruvilva-Kàçyapa déjà gagné au Buddha, viennent à leur 
tour faire acte d'adhésion. J'intitule ce morceau : Arrivée des mille Jatilas 
ù l'État d'Aj-hal. 

• Voir dans TAnalyse du Kandjour, le vocabulaire au mot Gayà. {Annales du musée Guimet, t II). 



128 ANNALES DU MUSEE GUIMET 



ARRIVEE DES MILLE JATILAS A L ETAT D AR HAT 

— l>iiUn IV. folios lcJl-104 — 

/ . Initia tioit . 

Ensuite les frères Nadî-Kàçyapa et Gayâ-Kâçyapa allèrent chercher 
Uruvilva-Kâçj'apa le Jatila. Us se rendirent au lieu où était la demeure 
d'Uruvilva-Kàçyapa le Jatila. 

En ce temps- là, l'àjusmat Uruvilva-Kàçyapa le Jatila, ajant nettoyé sa 
chevelure et revêtu sou ample manteau, était assis avec la troupe des i-inq 
cents, en pi-ésence de Bhagavat pour entendre la loi. 

(Les deux frères) Nadi et Gayâ-Kàçyapa virent l'àyusmat Uruvilva- 
Kâçyapaqui, la chevelure nettoyée, et vêtu de son ample manteau, était assis 
en présence de Bhagavat pour entendre la loi. 

A cette vue, ils dirent à l'àyusmat Uruvilva-Kàçyapa: Kâçyapa Jatila, si 
ceci est excellent, cela n'est -il pas détestahli'? — Kâçyapas, si ceci est 
excellent, cela est détestable. 

Alors Nadî-Kàcyapa et Gayâ-Kàçyapa se dirent en eux-mêmes: Si le 
bienheureux Buddha professe un enseignement qui ne vaut rien, rien de rien, 
absolument rien, pourquoi donc le Jatila Uruvilva-Kàçyapa né il y a plus de 
cent vingt ans, vieux, décrépit, cassé, honoré, vénéré, révéré, adoré par les 
gens du Magadha, considéi'é comme un Arhat, a-t-il pris le parti de se faire 
initier en présence du grand Çramana dans l'intervalle de deux tours (de 
prédication) ? Eh bien ! nous aussi, il faut qui' nous exercions le Brahmacarya 
(la pureté) en présence du Grand Çramana. 

Ils dirent donc à Bhagavat: Grand Çramana, si nous obtenions la condition 
de Bhixus, après avoir été initiés à la discipline de la loi Ijieii enseignée et 
avoir été reçus solennellement, nous pratiquerions la i)urelê (brahmacar\'a) 
en présence de Bhagavat. — Avez-vous vu le cercle? — Grand Çramana, 
nous ne l'avons pas vu. — Eh bien! alors, Kàçyapas. regardez le cercle; si 
des hommes comme vous ont la réputation (de l'avoir vu), vos amisaunnt 
(en quelque sorte) vu le cercle, (et ce sera) bien*. 

1 Celle phrase esl assez éuiguialique : je peuse que le cercle dont il s'agit est luiit .^implemeiil relui 
des auditeurs du Buddha. Mais peut-être le terme a-t-il uu sens plus profond; il (oiirrail désigner, par 
exemple, le cercle des oiiérations iiidispensahles à radmission dans la Confrérie. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 129 

Alors Nadî-Kâçyapa et Gàya-Kàçyapa retournèrent à leur demeure, et, 
quand ils y furent arrivés, parlèrent ainsi aux fils des brahmanes : nous 
observerons la pureté Brahmacarya en présence du Grand Gramana. 

— Messieurs, tout ce que font nos maîtres, tout cela, si peu que ce soit, 
nous l'imiterons en nous appuyant sur nos maîtres. Si nos maîtres pratiquent 
la pureté en présence du Grand Gramana, nous nous ferons initier de la 
même façon dont nos maîtres l'auront été. — Fils de brahmanes, sachez que 
le moment est venu de (réaliser ce dessein). 

Ensuite (les deux frères) Nadî-Kâçyapa et Gayâ-Kâçyapa, avec leurs deux 
troupes de 250 disciples se rendirent au lieu où était Bhagavat, et, quand 
ils y furent arrivés, parlèrent ainsi à Bhagavat: Grand Gramana, nous avons 
examiné le cercle ; Grand Çramana, si nous voyons (clair) à obtenir l'ini- 
tiation à la discipline de la loi bien enseignée, la réception solennelle et la 
condition de Bhixu, nous pratiquerons la pureté en présence du Grand 
Çramana. — Kàçyapas, venez, pratiquez la pureté. 

G'est de cette façon que ces Ayusmats furent initiés, de cette fliçon qu'ils 
furent reçus solennellement, de cette façon qu'ils revêtirent le caractère de 
Bhixu. 

2. Voyage à Gayd. 

Bhagavat, après avoir initié et reçu solennellement ces mille Jatilas resta 
aussi longtemps qu'il lui plut à Uruvilva. Il se mit ensuite en marche pour se 
rendre à Gayâ. Quand il y fut arrivé en marchant et gagnant du terrain de 
proche en proche, il s'établit à Gayà, au Gaitya de la Tête de Gayà (Sk. Gayà- 
çîrsa), avec les mille Bhixus, anciens Jatilas initiés. 

Alors Bhagavat instruisit ces mille Bhixus par les trois spécifications do 
la puissance surnaturelle, qui sont : 1° les prodiges de la puissance surna- 
turelle (rddhij; 2° le prodige de la parole impérativc (âdeça) ; 3" le prodige 
de l'enseignement méthodique (anuçâsana). 

3. Prodige de la puissance surnaturelle . 

Or, voici comment Bhagavat manifeste le prodige de la puissance 
surnaturelle: Bhagavat, s'étaut mis dans l'Égahté parfaite d'esprit, selon sou 
ann. g. — b n 



130 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

intention, disparut du siège où il se trouvait, et, s'étant éievi' tout d'abord 
dans l'atmosphère, au zénith de la région orientale, il y prit les quatre 
espèces d'attitude, la marche, la station, la position assise, la position couchée. 
Ensuite il entra avec un équiUbre parfait dans l'Extase du feu. Quand il fut 
entré dans l'Extase du feu avec un équilibre parfait, des rayons de diverses 
couleurs jaillirent du corps du bienheureux Buddha, des violets, des jaunes, 
des rouges, des blancs, des cramoisis, des rayons coideur de cristal. 

Il fît aussi voir la paire de prodiges : de la partie inférieure de son corps 
il fit jaillir une flaunne, de la partie supérieure il fit descendre un courant 
d'eau froide: de la partie supérieure il fit jaillir une flamme, il fit descendre 
un courant d'eau froide de la partie inférieure: c'est de cette façon qu'il se 
mit avec un parfait équilibre dans l'Extase, au sein de la région du feu. 
Gomme il avait fait à l'Est, il fit au Midi, à l'Ouest, au Nord. Après avoir 
montré les quatre espèces de transformations de la puissance surnaturelle 
dans les quatre régions et avoir ainsi rassemblé les manifestations simul- 
tanées de la puissance surnaturelle, il s'assit sur son siège au milieu de la 
Confrérie des Bhixus. Telles sont les manifestations de la puissance surna- 
turelle de Bhagavat^ 

4. Prodi (je do la parole impér ative . 

Voici maintenant le prodige de la parole impérative : 

Bhixus, votre esprit est comme ceci, votre cœur est comme ceci: votre 
faculté de discerner est comme ceci; raisonnez de ceci, ne raisonnez pas sur 
ceci, mettez ceci dans votre cœur (pour le retenir), n'y mettez pas ceci. 
Evitez ceci, n'évitez pas ceci. 

Quand vous avez accompli parfaitement avec le corps ceci (ou ceci), après 
l'avoir fait et parfait, tenez-vous y (continuant de la même manière). 

Tel est le prodige de la paroL,' inip('';'a'.ive de Bhagavat-. 



* Nous aurions pu ne pas répélel- celtû série de prodiges qu'on a déjà vue plus haut (p. GO) ; mais la 
Façon dont elle est présentée ici et l'Importance qu'on lui donne nous ont engagé à ne rien retrancher : 
Le récit de la page GO prouve que ces prodiges pouvaient être exécutés par uu dlsciplei 

' Je ne me charge pas d'expliquer ce «prodige» : je ne sais si on le retrouve ailleurs dans les mêmes 
lei:mes ou dévelopi)é. Ce que nous avons ici paraît être le résumé bref et concis d'un disCoui-! d'une 
Certaine étendue, à moins que ce ne soit le programme de tout un enseignement. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 131 

5. Prodii/e de V E nseiy nement suivi (Â.ditta-paryâija). 

Voici maintenant le prodige do l'Enseignement suivi' do Bhagavat: 
Bhixus, ce tout n'est qu'embrasement. 

I 

Qu'est-ce, direz-vous, Bhixus, que ce tout qui n'est qu'(.'mljrasement? 
Bhixus, l'œil et la forme, la faculté de distinguer que l'œil possède, les 
perceptions réunies de l'œil, tout cela n'est qu'embrasement ; en sorte que 
les sensations intimes résultant des perceptions réunies, qu'elles soient 
agréables ou douloureuses, ou bien qu'elles soient sans agrément ni douleur, 
ne sont aussi qu'embrasement. 

Bhixus, l'oreille... le nez... la langue... le corps... le cœur et la loi, la 
connaissance distincte que le cœur possède, les perceptions réunies du cœur, 
tout cela n'est qu'embrasement, de sorte que les sensations intimes résultant de? 
perceptions réunies du cœur, qu'elles soient agréables ou douloureuses, ou 
bien qu'elles soient sans agrément ni douleur, ne sont aussi qu'embrasement ^. 

II 

Et quelle est, demanderez-vous, la cause de cet embrasement? C'est le 
feu de la convoitise, le feu de la passion haineuse, le feu de l'égarement 
d'esprit qui produit cet embrasement; (d'où) la naissance, la vieillesse, la 
maladie, la mort, le chagrin, la lamentation, la souffrance, le méconten- 
tement, le trouble (de l'Esprit) qui sont ce qu'on appelle l'embrasement de 
la douleur. 

Tel est le prodige de l'Enseignement suivi ^ de Bhagavat. 

' « Prodige de renseignemeiil suivi » ou « second enseignement » {anUQdsana) est le titre officiel de 
ce discours. Aditta parydya, a éuuméralion de I;i combustion ou des choses en combustion, » n'est que 
le tilre populaire bien justifié par les termes mêmes de la harangue. 

2 Le texte procédant comme dans le Sûtra précédent, énuraére les six organes des sens, donnant tout 
au long, pour le premier et pour le dernier, le développement qui est sous-entendu pour les termes in- 
termédiaires, et que le lecteur peut suppléer. — C'est la pratique habituelle. 

3 Ou du second enseignement de Bhagava'. L'analogie de ce discours avec celui qui amena la conversion 
de quatre compagnons d'Ajnàta Kaundinya semble faire de celui-ci la suite de l'autre, un sous-ensei- 
gnement (ce qui s'adapte bien à l'emploi du terme tibétain rjes-su (sk. anu). Ce discours est réputé la 
troisième prédication duBuddha. La première, qui est l'enseignement des quatre vérités, est hors ligne. 
La seconde (le tion-moi] est le commencement d'une instruction dont la troisième prédical:on {i'Aditta- 
parydya) serait le complément. 



132 ANNALES r>n MnSÉE GUIMET 

Pendant que Bhagavat faisait entendre cette énumération de la loi, les 
esprits de ces Bhixus qui étaient tous d'anciens Jatilas, furent délivrés de 
leurs misères; ils n'avaient plus rien à recevoir. 

Ensuite, pendant que Bhagavat était au Caitya de la Tète-de-Gajâ, les 
Bhixus qui avaient été autrefois Jatilas, (devinrent) Arhats; la corruption 
avait cessé pour eux; ils avaient fait ce qu'ils avaient à faire ; ce qu'ils 
faisaient était achevé; ils avaient déposé le fardeau, atteint le but, complè- 
tement épuisé la trame de l'existence. Leur esprit, complètement délivré, 
grâce à une connaissance parfaitement pure, était seul et renfermé en lui- 
même 



IV 



SUTRA DE U'ENFANT OU DES JEUNES CENS 

Dans le morceau du volume VI du Dulva que nous intitulons : « Retour de 
Çâkya dans son pays, » il est dit que Prasenajit fut converti par le « Sûtra 
de l'exemple des jeunes gens' ». Or, ce Sûtra se trouve dans la section Mdo 
du Kandjour (XXV, 8°), où il porte le titre sanscrit de Kumât^a-drstânta- 
8ûtra. D'un autre côté, le septième l'écit de l'Avadâna Gataka, traduit par 
Buraouf d'après le texte sanskrit, nous apprend que Prasenajit fut converti par 
le Da/ntra-Sidra, le « Si^itra de l'enfant «, comme traduit très bien Burnouf ^. 
On peut déjà prévoir que Kumâra-drstânta-Sûtra et Dahara- Sûtra sont deux 
titres du même texte. Cette conjecture qui s'impose est confirmée par l'exis- 
tence dans la collection pâlie d'un Dahara-Sûtra qui est bien le Kumâra 
drstânta du Kandjour. Ce n'est pas que la correspondance entre les deux 
textes soit d'une parfaite exactitude, que l'un puisse être considéré comme la 
traduction de l'autre. 11 y a des différences j mais elles sont minimes et ne 
portent quesurdes détails. Nous avons donc deux versions d'un thème unique, 
l'une la version du Nord, l'autre la version du Sud; nous les donnons parallè- 
lement, comme elles ont été publiées dans le Journal asiatique (Oct.-Nov. 187 4). 



' Voir ci-dessus, p. 43. Le fait est encore rappelé au début du récit relatif au meurtre d'un Arhat 
(voir p. 98). l\ est probable que cette mention est souvent répétée. 

* Je dis « très bien », parce que Burnouf lui-même a émis des doutes sur la justesse de sa traduction. 
Ces doutes ne sont pas fondés. 



134 



ANNAI.es du MUSEE GUIMET 



TRADUCTION PARALLELE DES TEXTES 



Kumâra-ârstânta-sutra. 

D'après le texte tibétain du Kandjour 
{Mdo, vol. XXV, n" 8, f"^ 458-60). 

En langue deTInde: Kumdra-drstdnta- 
sùtra. 

En langue de Bod : g/ow nu àpei mdo. 

(En français) : Sûtra do l'exemple (ou 
de la comparaison des jeunes gens. 

Adoration à tous les Buddhas et les Bo- 
dhisattvas. 

Voici le discours que j'ai entendu une 
fois. 

Bhagavat, voyageaiit dans le pays do 
Koçala, arriva à Çrâvasti (et là), à Çrâ 
vastî, il résida à Jetavana, dans le jardin 
d'Anâthapindada. 

Or, un bruit vint aux oreilles de Pra- 
senajit, roi de Koçala, que le Çramana 
Gautama, voyageant dans le pays de Ko- 
çala, était venu à Çrâvastî, et que (là) à 
Çrâvasti, il résidait à Jetavana dans le 
jardin d'Anâthapindada, et que ce respec- 
iable Gautama déclarait formellement être 
un parfait Buddha, en possession de la 
Bodhi complète, au-dessus de laquelle il 
n'y a rien. 

A l'ouïe de ce bruit donc, (le roi) se 
rendit au lieu où était Bhagavat ; y étant 
arrivé, il échangea avec Bhagavat toutes 
sortes de paroles agréables et de joyeuses 
félicitations, puis s'assit près (de lui). 

S'étanl assis r.on loin de lui, Prasenajit 
roi de Koçala, parla ainsi à Bhagavat : 

Gautama, j'ai appris cette nouvelle ; le 
respectable Gautama déclare formellement 
être un parfait Buddha, en possession de 
la Bodhi complète, au-dessus de laquelle il 



PALI. 

Dahara-sâtra. 



D'après le texte pâli du Tipitaka. 
[Samyutta-nikdya, — Sngdtlia : Ko- 
sala-.iaiîii/utta ) 



Voici ce que j'ai entendu dire. Une fois 
Bhagavat résidait à Çrâva.stî, à Jetavana, 

dans le jardin d'Anfitliapindlkn. 



Puis le roi Prasenajit (Passenadi), de 
Ko«ala, se rendit au lieu ou était Bhagavat; 
y étant arrivé, il échangea longuement 
avec Bhagavat des félitations, des paroles 
agréables et bienveillantes, puis s'assit près 
(de lui). 

S'étant assis non loin de lui, le roi Pra- 
senajit, de Kosala, parla ainsi à Bhagavat : 

Est- ce que le respectable Gotama recon- 
naît être un parfait Buddha, en possession 
de la Bodhi pleine et complète, au-dessus 
de laquelle il n'y a rien? 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 



135 



n'y a rien. Ceux qui proclament cette (pa- 
role comme un) oracle i c sont-ce pas 
autant degc;.s qui calomnient lo Çramana- 
Gautama? N'est-ce pas u;:e parole exa- 
gérée? Est-ce bien une parole conforme 
aux déclaralions précises du respectable 
Gautama? Est-ce un oracle de la loi en 
conformité avec la loi? Est-ce que si, à 
côté de ceux-là, tous tant qu'ils sont, il y 
en avait d'autres qui soutinssent la thèse 
contraire et leur répondissent, il n'y aurait 
pas (à l'égard des premiers) place pour la 
loi du blâme? 

— Grand roi, tous ceux qui parlent 
ainsi, tous sans exception, proclament la 
vérité ; ils ne me calomnient pas ; ils n'exa - 
gèrent pas : cette parole est conforme à 
(mes)déclarations positives ; c'est un oracle 
de la loi en conformité (parfaite) avec la 
loi. Si, à côté de ceux-là, d'autres venaient 
leur répondre en soutenant la thèse con- 
traire, il n'y aurait point lieu (pour les 
premiers) à la loi du blâme. 

Pourquoi cela, grand roi? — C'est que 
je suis un parfait Buddha, ayant réalisé la 
Bodhi complète, au-dessus de laquelle il 
n'y a rien. 

— Respectable Gautama, voilà ce que 
tu dis : pour moi, respectable Gautama, je 
ne lo crois pas. — Pourquoi cela ? diras- 
tu peut-être. — Respectable Gautama, un 
instant! Voici des ascètes et des biali- 
manes, vieux , bien vieux , tels que : 
Pûrna-Kâçyapa, le fiaricra'aha Goçala. 
Sanjaya fils de Vaiiati, Ajita-Keçakam- 
bala, Kakuda-Katyâyana, Nirgrantha, fils 
de Jnâta. — Ceux-là même, de leur propre 
aveu, ne sont pas arrivés à être de parfaits 
Buddhas, en possession de la Bodhi par- 
faite au-dessus de laquelle il n'y a rien : 
à plus forte raison, le respectable Gautama 
ne peut-il pas l'être, lui encore si peu 



— Grand roi, s'il est des gens qui disent 
hautement que'(uu tel) est un parfait Bud- 
dha en possession de la Bodhi complète, au- 
dessus de laquelle il n'y a rien, c'est de 
moi que ces gens parlent en faisant ces dé- 
clarations formelles : c'est que, grand roi, 
je suis, en eflet, un parfait Buddha, en pos- 
session de la Bodhi complète, au dessus de 
laquelle il n'y a rien. 



— Cependant, Gotama, ces ascètes, ces 
brahmanes, environnés d'une assemblée, 
entourés d'une troupe, maîtres d'une troupe 
de disciples, connus, célèbres, pèlerins des 
étangs sacrôs(tittha/{dras), honorésdu res - 
pectd'unegrandemultitudedegenSjàsavoir, 
Purana-Kâsyapa, Maskari-Gosala^ Ni- 
ga da fils de Jnâta, Sanjaya fils de Bê- 
latha, Prakuddha-Kaccâyana, Ajita-Kêça- 
kambala, ceux-là même, quand je leur ai 
demandé si quelqu'un d'eux était un par- 
fait Buddha, possédant la Bodhi complète 
au-dessus de laquelle il n'y a rien, ont 
tous avoué qu'aucun d'eux n'était un par- 
fait Buddha, possédant la Bodhi complète, 



136 



ANNALES DU MUSEE GUIMET 



avancé en âge, entré depuis si peu de 
temps dans la vie religieuse. 



— Grand roi, voici quatre jeunes gens 
(^jon-nu) qu'il ne faut pas tourner en ri- 
dicule, avec lesquels il ne faut pas prendre 
des airs de supérioriti'. 

Quels (sont) ces quatre? 

1. Grand roi, il ne faut pas se moquer 
d'un jeune xatrya; il ne faut pas prendre 
avec un (tel) jeune homme des airs de su- 
périorité. 

2. Grand roi, il ne faut pas se moquer 
d'un jeune serpent; il ne faut pas prendre 
avec un (tel) jeune homme des airs de 
supériorité. 

3. Grand roi, il ne faut pas se moquer 
d'un feu (encore) petit, il ne faut pas 
prendre avec lui des airs de supériorité. 

k. Grand roi, il ne faut pas se moquer 
d'un hhiœu qui est jeune ; il ne faut pas 
prendre avec un tel jeune homme des airs 
de supériorité. 

Pourquoi cela ? 

Parce que tout jeuro qu'il est, ce hhixu 
deviendra un Arhat doué d'une grande 
puissance de transformations surnaturelles 
et d'une grande force. 

Ainsi parla Bhagavat. Quand le Sugata 
eut ainsi parlé, le Maître (par excellence) 
proronça cet autie discours : 

bTA^■CE8 

Ml, 2, 3). 
Le crairya n'a pas sou pareil, il est 
noble, illustre : un homme sensé ne doit 
pas le mépriser, ui le traiter avec hauteur 
en disant: c'est un jeune homme (g^ow- 
nu). 



au-dessus de laquelle il n'y a rien. Com- 
bien plus le respectable Gotama (doit-il 
faire le même aveu) lui qui, par son âge, 
n'est qu'un enfant {dahard), lui si nou- 
veau dans la vie religieuse. 

— firand roi, il est quatre (êtres) qu'il 
ne faut jias mépriser en disant : « ce sont 
des enfants {dahara), » qu'il ne faut pas 
traiter avec hauteur en disant : « ce sont 
des enfants. » 

Quels (sont) ces quatres ? 

1. Grand roi, il ne pas mépriser un xa- 
trya en disant: « c'est un enfant, » il ne 
faut pas le traiter avec hauteur en disant : 
K c'est un enfant. » 

2. Grand roi, il ne faut pas mépriser un 
serpent en disant : c'est un enfant ; il 
ne faut pas le traiter avec hauteur en di - 
sant : « c'est un enfant. » 

3. Grand roi, il ne faut pas mépriser un 
feu, en disant : « c'est un enfant; » il ne 
faut pas le traiter avec hauteur en disant : 
« c'est un enfant; » 

4. Grand roi, il ne faut pas mépriser un 
hhihhhu (Jbhixu), en disant : « c'est un en- 
fant ; » il ne faut pas le traiter avec hau- 
teur, en disant : a c'est un enfant. » 

Tels sont, grand roi, les quatre (êtres) 
qu'il ne faut pas mépriser, en disant : « co 
sont des enfants, « qu'il ne faut pas traiter 
avec supériorité, en disant : « ce sont des 
enfants. » 

Ainsi parla Bhagavat. Après avoir pro- 
noncé ces (paroles), le Maitre (par excel- 
lence) lit entendre ces autres (paroles) : 

STAXCICS 

I (1, 2). 
Le ;ratrya est de grande naissance, no- 
ble, illustre : qu'on ne le méprise pas, en 
disant : « c'est un enfant (daharô) ; » 
qu'on ne le traite pas avec hauteur, en di- 
sant : « c'est un enfant. « 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 



137 



Si ce xahyra -TOI est sage, quand il au- Cardés qu'il aura atteint l'àg'e d!hoiiiiiie, 

ra acquis la puissance royale, entière, ce dès qu'il aura reçu la royauté, ce xatrya, 

sera alors le moment de punir ; aussi y il sévira avec colère au moyen du châti- 

aui'at-il de la douleur pour celui (qui ment royal ; il opprimera celui (qui l'aura 

l'aura ofTensé). méprisé). 

Ainsi quiconque veille sur sa propre vie Qu'on ait donc soin de le fuir, si l'on 

et songe à ses intérêts, doit se garder de le veille sur sa propre vie. 
mépriser, doit même faire attention à lui. 



II (4,5,6). 

Que ce soit dans un lieu habité ou dans 
un désert, partout où se montre un serpe» f 
le sage se gardera de le mépriser et de le 
traiter avec hauteur, en disant : c'est un 
enfant. 

Car le serpent, en errant et en revêtant 
toutes sortes de formes et d'espèces, quand 
il a trouvé une (bonne) occasion, tout jeune 
qu'il est, peut dévorer beaucoup d'hommes 
et de femmes. 

Ainsi quiconque veille sur sa propre vie, 
et pourvoit à ses intérêts, doit se garder 
de le mépriser, et bien faire attention à 
lui. 



II (3, 4). 

Que ce soit dans un village ou dans une 
forêt, partout où semontre unserpent, qu'on 
se garde bien de le mépriser en disant : 
«c'est un enfant,» de le traiter avec hau- 
teur, en disant : « c'est un enfant. » 

Car, sous des couleurs {ou des formes, 
des espèces) variées, le serpent marche 
dans la splendeur. Quand il s'est attaché 
(à un lieu), il mordrait d'un seul coup, 
homme, femme, enfant. 

Que celui-là donc le fuie qui veille sur 
sa propre vie. 



111(7,8,9). 

Celui qui llambc, qui dévore beaucoup 
(de choses), qui mange l'olTrande, et laisse 
une trace noire (derrière \ui),(le feu, en un 
mot), il faut bien se garder de le mépriser 
quand il est petit, un sage ne doit pas le 
traiter avec hauteur. 

Car ce mangeur de l'ofl'rande, lorsqu'il 
aura pris un point d'appui, tout petit qu'il 
est, il deviendra grand ; et quand la flamme 
s'allume, elle consume promptement des 
villages et des villes. 

Ainsi quiconque veille sur sa propre vie 
doit se garder de le mépriser ; quiconque 
pourvoit à ses intérêts doit bien y faire at- 
tention. 

Ann. g. — B 



m (5, G). 

Celui qui mange l'offrande, qui flambe, 
le purificateur {pâvaka), qui laisse une 
trace noire (le fe". en un mot), il ne faut 
pas le mépriser, en disant : « c'est un en- 
fant; » il ne faut pas le traiter avec hau- 
teur, en disant : « c'est nu enfant. » 

Car, lorsqu'il a pris un point d'appui, et 
qu'il est devenu grand, ce feu, partout où 
il s'attache, il est capable de consumer 
d'un seul coup, homme, femme, enfant. 

Que celui-là donc le fuie, qui veille sur 
sa [iropre vie. 



138 



ANNALES DU MUSEE GUIMET 



IV (10, 11, 12). 

Quand le mangeur de l'offrande, le feu 
à la trace noire a brûlé un bois, les plantes 
repoussent peu à peu, lorsque des jours 
et des nuits ont passé (par dessus). 

Mais celui que le bhixu, doué de mora 
lité a rencontré et brûlé, celui-là n'aura 
plus ni fils, ni petit- fils, ni héritier; comme 
la tête du palmier (talai mgo), il devient 
en peu de temps privé de descendance. 

Aussi quiconque veille sur sa propre vie 
doit se garder de le mépriser, quiconque 
veille à ses int êts doit faire attention à 
lui. 

V t. , 14). 

Un sage ne doit donc traiter avec hau- 
teur ni le xatrya bien fait, ni le serpent, 
ni le feu, ni le bhixu doué de moralité. 

En conséquence, quiconque veille sur sa 
propre vie, doit se garder de les mépriser, 
quiconque veille à ses propres intérêts doit 
les éviter avec soin. 

Ensuite, le roi de Koçala, Prasenajit. 
approuva hautement ces paroles de Blia - 
gavât et s'en réjouit fort; puis, après avoir 
adoré avec la tête les pieds de Bhagavat, 
il se retira de la présence de Bhagavat. 

Fin du Kumdi-a-dsrtdnlasûira. 



IV (7, 8). 

Quand le feu, le purificateur à la trace 
noire, brûle une forêt, les plantes qui 
montent (vers le ciel) y renaissent après 
que des jours et des nuits ont passé. 

Mais celui que le bhixu doué de moralité 
a brûlé par sa splendeur, ne laisse après 
lui ni descendants, ni héritiers auxquels 
puissent passer ses biens : sans postérité 
sans héritiers, de tels hommes deviennent 
(comme) le tronc du palmier (talavatthu). 



V(9). 
Ainsi, quiconque est sage et veille sur 
ses propres intérêts, s'il rencontre le ser- 
pent et le feu, et le xatrya illustre, et le 
i/( /iCM doué de moralité, doit y faire grande 
attention, ô Majesté. 



Là-dessus, le roi Prasenajit, de Kosala, 
adressa ces paroles à Bhagavat : Excel- 
lent, ô vénérable! excellent, ô vénérable ! 
De même que si l'on redressait ce qui est 
courbe, ou qu'on découvrît ce qui est voilé, 
ou qu'on montrât le chemin à un troublé 
(égaré), ou qu'on tint une lampe allumée 
dans les ténèbres, de telle sorte que ceux 
qui ont des yeux vissent les formes ; ainsi 
la loi m'a été exposée en plus d'une ma- 
nière par Bhagavat. Moi donc, je viens en 
refuge en Bhagavat, en la Loi, en l'Assem- 
blée des bhixus. Que Bhagavat, ô véné- 
rable, me reçoive désormais comme un 
upâsaka, moi qui suis venu à lui aujour- 
d'hui, moi qui suis allé dans le refuge. 
(Fiu du Dahara Sùtra.) 



L.A FRÉaUENTATION DE L'AMI DE LA VERTU 

La Fréquentation de l'Ami de la vertu (Kal.yâaa-mitra-sevanam) est un des 
sujets les plus importants traités dans les livres bouddhiques. Le Sûtra du 
Kandjour qui porte ce titre (Mdo XXV i2^) se retrouve ailleurs mêlé à des 
textes plus étendus ; il existe deux fois à ma connaissance dans l'Avadâna 
Çataka; on en rencontrerait sans doute encore d'autres répétitions. La ver- 
sion pâlie de ce Sûtra porte un autre titre, celui de Upaddham (« la moitié >.) ; 
elle difï-ere de la version sanskrite tibétaine par une particularité importante, 
l'introduction d'un paragraphe qui lui est propre. Cette version est double, 
c'est-à dire qu'elle est représentée par deux Sûtras qui sont la confirmation 
run de l'autre; l'un d'eux aurait été dit à Çrâvastî, l'autre au pays des 
Çakjas : c'est celui-ci qui doit nous occuper, parce qu'il correspond mieux que 
l'autre au texte du Kandjour. Nous donnons parallèlement les versions tibé- 
taine et pâlie, en les découpant en paragraphes pour faciliter la comparaison. 
Ces deux versions avaient été publiées séparément dans le Journal asiatique, 
la^ version tibétaine dans le numéro de octobre-novembre, 1866, la version 
pâlie dans le numéro de janvier 1873. 

FRÉQUENTATION DE LAMI DE LA VERTU LA MOITIÉ (UPA HAM) 

- Sanyulla nikàya — Mahàvaggo Masga. S. I, 2». — 

En langue de l'Inde: Arya Kahjâna- 
mitra-sevana-Sûtra. En langue de Bod : . 



140 



ANNALES DD MDSEE GUIMET 



Upltags-pa dffe-vai-hçes-gnen-bstenjmi 
Mdo. En français : Sûtra sublime sur 
la fréquentation de l'ami de la vertu. 

Adoration à tous les Buddhas et Bodhi- 
sattvas. 

Voici le discours que j'ai entendu une 
fois. Bliagavat résidait à Kuçanagara,chez 
les Mallas, dans le bosquet formé par la 
paire d'Arbres Çâla : il était là avec une 
assemblée de Çrâvakas. 

Ensuite, Bliagavat, au moment où arriva 
le temps de son Nirvana complet, adressa 
la parole aux Bhixus : 

Bhixus, voici ce que vous avez à appren- 
dre ; il vous faut vivre en amis de la vertu, 
en compagnons de la vertu, dans le contact 
de la vertu, non pas en amis du vice, en 
compagnons du vice dans le contact du vice. 
Voilà, Bhixus, ce que vous devez apprendre. 

Alors l'àjusmat Ananda parla ainsi à 
Bhagavat : 

Vénérable, quand je me trouvais ici seul, 
dans la retraite, rentré en moi-même, assis 
et dans un calme parfait, un jugement 
complet de l'intelligence, tel que celui-ci, 
s'est formé dans mon esprit: c'estla moitié 
d'une vie pure, me suis-je dit, que l'amitié 
de la vertu, la compagnie de la vertu, le 
contact de la vertu ; il en est tout autrement 
del'amitiéduvice, de la compagnie du vice, 
du contact du vice. 

Bhagavat reprit : Ne parle pas ainsi ! 
Ananda, ne dis pas : c'est la moitié d'une 
vie pure, que l'amitié de la vertu, etc. 
Pourquoi cela, diras-tu ? C'est que, Ananda, 
l'amitié de la vertu, la compagnie de la 
vertu, le contact de la vertu, c'est la vie 
pure tout entière, absolue, accomplie, par- 
faitement pure, parfaitement sainte; il en 
est tout autrement de l'amitié du vice, de 
la conipi2:iiic du vieo, do l'attachement nu 
vice. 



Voici ce que j'ai entendu : Bhagavat ré- 
sidait chez les ÇAkyas, dans une localité de 
Çâkyas appelée Çakkaram. 



Alors l'âyusmat Ananda se rendit au 
lieu où était Bhagavat. Quand il _v fut ar- 
rivé, il salua Bhagavat, et s'assit à peu de 
distance. 

Assis à peu de distance, l'âjusmat Anan- 
da parla ainsi à Bhagavat : 

Vénérable. C'est la moitié d'une vie pure 
que ce qu'on appelle amitié de la vertu, 
compagnie de la vertu, attachement à la 
vertu. 



Non pas ainsi, Ananda ! non pas ainsi 
Ananda 1 C'est bien la vie pure tout entière 
que ce qu'on appelle amitié de la vertu, 
compagnie de la vertu attachement à la 
vertu. Et c'est là, Ananda le privilège d'un 
Bhixu ami de la vertu, compagnon de la 
vertu, étroitement attaché à la vertu, de 
produire par la méditation la voie sublime 
à huit branches, de miiltiplicM' la voie su- 
blime à huit branches. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.IOUR 



141 



Pourquoi cela, diras-tu ? 

C'est que, Ananda, en venant à moi l'ami 
de la vertu (par excellence), tous les êtres 
soumis à la loi de la renaissance sont entière- 
ment délivrés de la loi de la renaissance, et 
les êtres soumis à la loi de la vieillesse, de 
la maladie, de la mort, de la douleur, de 
la lamentation, de la souftVance, du dé- 
plaisir, du trouble, sont entièrement déli- 
vres de la loi de la vieillesse, de la mort, 
de là douleur, de la lamentation, de la souf- 
france, du déplaisir, du trouble. 

En conséquence, Ananda, tu dois bien 
savoir ceci, point par point, à savoir que 
l'amitié de la vertu, la compagnie de la 
vertu, le contact de la vertu est la vie pure 
tout entière, absolue, accomplie, pure, par- 
faitement sainte ; il en est tout autrement 
de l'amitiéduvice, de la compagnie duvice, 



Et comment, Ananda, le Bhixu ami delà 
vertu, compagnon de la vertu, attaché à la 
vertu, produit-il par la méditation la voie 
sublime à huit branches, comment multi- 
plie-t-il la voie sublime à huit branches ? 
Ici, Ananda, le Bhixu produit, par la mé- 
ditation, la voie complète issue de la dis- 
tinction (des idées), issue de l'absence de 
passion, issue de l'empêchement (ou de la 
destruction de la douleur) et manifestation 
d'un zèle supérieur. Il produit par la mé- 
ditation, le raisonnement parfait issu... la 
paroleparfaite. . . la find e l'œuvre parfaite. . . 
la vie parfaite, l'efTort parfait, la mémoire 
parfaite à... la contemplation parfaite, issue 
de la distinction, issue de l'absence de pas- 
sion, issue de la destruction, manifestation 
d'un zèle supérieur. C'est ainsi, Ananda, 
que le Bhixu, ami de la vertu, compagnon 
de la vertu, attaché à la vertu, produit 
par la méditation la voie sublime à huit 
branches. 

Voilà donc, Ananda, ce que tu dois sa- 
voir point par point, c'est que c'est la vie 
pure tout entière, que ce qu'on appelle 
amitié de la vertu, compagnie de la vertu, 
contact de la vertu. 

Car, en venant à moi, l'ami de la vertu 
(par excellence), les êtres soumis à loi de 
la naissance, sont délivrés de la naissance, 
les être soumis à la loi de la vieillesse, sont 
délivrés de la vieillesse, les êtres soumis à 
la loi de la maladie, sont délivrés de la ma- 
ladie, les êtres soumis à la loi du chagrin, 
de la lamentation, de la douleur, de l'af- 
lliction, de l'adversité, sont délivres du 
chagrin, de la lamentation, de la douleur, 
de l'affliction, de l'adversité. 



142 



ANNALES DU MUSKE GUIMET 



du contact du vice. Voilà, Ananda, ce que 
tu dois savoir. 

Quand Bhagavat eut prononcé cediscours, 
les Bhixus réjouis louèrent hautement 
l'explication donnée par Bhagavat. 

Fin du noble sùtra intitulé: la fréquen- 
tation de l'ami de la vertu. 



Voilàdonc, Ananda, cequ'il te faut savoir 
point par point : à savoir que c'est la vie 
pure tout entièrequecequ'on appelle amitié 
de la vertu, compagnie de la vertu, contact 
de la vertu. 



VI & VII 

GIRI ANANDA ET MAHAKAÇYAPA SUTRA 

Ces deux sûtras pourraient être ran s parmi ceux qui sont relatifs aux 
prodiges; car il y est question de malades instantanément guéris par certaines 
paroles qu'on leur adresse. Mais ces paroles se rapportent aux principes 
essentiels du bouddhisme et font de ces sûtras des textes dogmatiques au 
premier chef. 

Tons les deux sonttraduits du pâli, et extraits, le premier, du recueil intitulé 
Anguttara-Nikâja, le deuxième du recueil intitulé Sanyutta-Nikâya. Ni l'un 
ni l'autre ne porte le titre que le Kandjour lui donne. Chacun d'eux ouvre un 
chapitre composé d'une dizaine de textes et portant le titre général de Gilâno 
(« le malade ».) Le canon pâli offre encore bien d'autres textes ou groupes 
de textes portant cet intitulé ou relatifs à ce sujet; ils pourraient devenir le 
sujet d'un travail spécial, qui ne serait peut-être pas absolument sans inté- 
rêt pour la médecine. 

Dans le recueil pâli intitulé Paritta où nos deux textes se trouvent, ils 
portent les titres que le Kandjour leur donne. Seulement il y a une variante 
assez importante sur celui du premier. Il est appelé dans le Kandjour Giri- 
Ananda (ce qui signifie: « Ananda de la montagne, ») et, dans le Paritta, 
Girimânanda (ce qui, au premier abord, ne signifie rien). Cette différence 
n'est pas seulement dans le titre ; elle règne dans les textes eux-mêmes. 

Si la leçon de Kandjour est la vraie, l'm du nom pàU qui fait toute la 



144 ANNALES DU MUSÉE GUIMET 

différence s'expliquerait par l'euphonie, et l'onpuurrait invoquer, en faveur 
de cette solution, plus d'un exemple fourni non seulement par les vers, mais 
aussi par la prose. 

Si cependant des objections s'élevaient contre l'emploi euphonique de Vm, 
on pourrait voir dans le pâli Girima le sanskrit Grîsma (« chaud )).) Il est 
vrai que la forme pâlie reconnue de Grîsma est Gimha ; mais l'étymologie 
sanscrite de Gimha rend très plausible une forme Girim,ha, qui aurait pu 
devenir Girima, Vh tombant par l'usage et surtout parce que le mot entrait 
dans un nom propre dont le sens avait pu se perdre. 

D'après cette explication, Girima-Ananda serait « Ananda-le -fiévreux » 
(Ananda brûlant de fièvre). Quelques vers pâlis nous représentent Girimâ- 
nanda se plaisant à braver la pluie ; ils sont probablement allégoriques, mais 
ils semblent indiquer certaines habitudes ascétiques contraires. à l'hygiène. 
Toutefois l'interprétation « Ananda-de-la montagne » peut parfaitement se 
défendre. Ananda aurait vécu retiré dans un recoin d'une montagne comme 
beaucoup d'ascètes bouddhistes et autres l'ont fait dans tous les temps et le fout 
encore aujourd'hui. 

L'une et l'autre interprétations s'accordent à nous faire voir dans notre 
héros un solitaire voué à des exercices pénibles. 

De cette discussion, il résulte que Girimânanda est, à n'en pas douter, une 
corruption. Qu'il soit pour Giri-Ananda ou Girimha (Gimha)-Anauda, il est 
une altération du nom primitif. On peut supposer que le traducteur tibétain a 
réformé le titre, considérant 1'}?^ de Girimânanda comme euphonique ; ce qui 
autorise cette supposition, c'est que les mots du texte, non traduits en tibétain, 
ont été ramenés à leur forme sanscrite au lieu d'être reproduits sous leur 
forme pâlie. Mais nous "ne savons pas sur quelle autorité le traducteur se 
ï^ora appuyé pour faii'c cette restitution. Cette considération nous déter- 
mine à adupter la leçon du canon pâli Girimânanda, parce que c'est le terme 
du texte reconnu comme original , et qu'il s'agit ici d'un personnage connu 
jusqu'à présent par les textes du Sud bien plus que par ceux du Nord. 

Rien n'annonce que les deux textes, le Giri-Ananda et le Mahàkâçyapa , 
empruntés au canon pâli, jouissent d'une estime particulière au Tibet ; il paraît 
eu être autrement dans l'Indo-Chine. Les copies spéciales du Girimânanda 
semblent abonder au Cambodge et à Siam. Cette popularité, qui sans doute 



FKAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 145 

date do loin, expliquorail l'altération de nom que nous avons signalée tout à 
l'heure. Quant au Mahàkâcjj'apa, on le trouve à la fin de volumes où il n'y a 
point de motifs particuliers de le mettre ; c'est une preuve de l'importance 
qu'on attache à ce texte. 



VI. SUTRA DE GIRIMANANDA 
Mdo XXX, 20; folios 5S4-rïS!. AnguttaraNikàya (Dasa-Nipâla). 

Voici ce que j'ai entendu : un jour, Bhagavat résidait à Gràvasti à 
Jetavana, dans le jardin d'Anathapindada. 

Or, en ce temps-là, l'àyusmat Girimânanda fut malade ; il souffrait 
beaucoup, était au plus mal. Alors l'àyusmat Ananda se rendit au lieu où 
était Bhagavat. Quand il y fut arrivé, il salua Bhagavat et s'assit près de lui. 
Une fois assis près de Bhagavat, Ananda lui adressa ces paroles : Vénérable, 
l'àyusmat Girimânanda est malade, il souffre beaucoup, il est au plus mal. 
Eh bien! vénéral)le, que Bhagavat se rende au lieu où est l'àyusmat Giri- 
mânanda! manifeste-lui ta compassion. 

— Si toi, Ananda, tu te rendais près du bhixu (girimânanda pdur lui dire 
les dix notions, dès que le bhixu Girimânanda les aurait connues, à l'instant 
même, à la seule audition des dix notions, le mal s'apaiserait nécessairement. 

Quelles sont ces dix notions ? 

1° La notion de l'impermanence ; 2° la notion du non-moi ; 3° la notion 
de l'impureté; 4° la notion de la souffrance; 5° la notion du rejet; 6° la 
notion de l'absence de passion ; 7° la notion de l'empêchement ; 8° la notion 
du détachement de tout ce qui est dans le monde : 9° la notion de l'imperma- 
nence de tous les Sanskâras; 10° la notion de la mémoire dans l'inspiration 
et l'aspiration. 

1. Qu'est-ce, Ananda, que la notion de l'impermanence? 

Ici, Ananda, le Bhixu qui s'est retiré dans la forêt, au pied d'un arbre, ou 
dans une maison vide, fait la réflexion suivante : La forme est impermanente, 
la sensation est impermanente, la conscience est impermanente, les Sanskâras 
sont impermanonts, le raisonnement est impermanent. C'est ainsi que, à 
propos des cinq Skandlias de l'attachement, il considère assidûment l'imper- 
manence. 

Ann, g. - li 13 



146 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

II. Qu'est-ce, Auauda, que la notion du non-moi? 

Ici, Anauda, le Bliixu qui s'est retiré dans une forêt, au pied d'un arbre 
ou dans une maison vide, fait la méditation suivante: L'œil n'est pas le moi, 
la forme n'est pas le moi; l'oreille n'est pas le moi. les sons ne sont pas le 
moi ; l'odorat n'est pas le moi, l'odeur n'est pas le moi j la langue n'est pas 
le moi, le goût n'est pas le moi; le corps n'est pas le moi, le toucher n'est 
pas le moi ; l'esprit n'«st pas le moi, la loi n'est pas le moi. 

C'est ainsi que, à propos de ces six sens intérieurs et extérieurs, il médite 
assidûment le non-moi. Voilà, Anauda, ce qu'on appelle la notion dunon-moi*. 

III. Qu'est-ce, Ananda, que la notion d'impureté ? 

Ici, Ananda,le Bhixu, considère ce corps dans son enveloppe de peau comme 
rempli d'impuretés depuis la plante des pieds jusqu'en haut, depuis le sommet 
de la tète et la racine des cheveux jusqu'en bas. Il y a, en effet, dans le corps, 
des cheveux et des poils, des ongles, des dents, de la peau, des chairs, des 
muscles, des os, de la moelle, des reins, un cœur, un foie, des muqueuses, 
une rate, des poumons, des intestins, un intestin grêle, un estomac, des 
excréments, de la bile, du phlegme, du pus, du sang, de la sueur, de la 
graisse, des larmes, du sérum, de la salive, de la morve, des huiles, de 
l'urine, de la cervelle; en tout trente-deux impuretés^. 

C'est ainsi que, à propos du corps, il médite assidûment sur l'impureté 
dans le corps. Voilà Ananda, ce qu'on appelle la notion d'impureté. 

IV. Qu'est-ce, Ananda, que la notion de la souffrance? 

Ici, Ananda, le Bhixu qui s'est retiré dans la forêt, au pied d'un arbre ou 
dans une maison vide, se livre à la méditation suivante : Il est soumis à beau- 
coup de souffrances, ce corps, oui, soumis à beaucoup de souffrances. En 
effet, des maladies variées se produisent dans le corps, par exemple: Maladies 
des yeux, maladies des oreilles, maladies du nez, maladies de la langue, 
maladies du corps, maladies de la tète, maladies (internes) de l'oreille, 
maladies de la bouche, m aux de dents, toux, asthme, catarrhe, fièvre chaude, 

i L'impermaueiice el le nijn-nioi oill éié déjà liMitiis dans le discours auquel nous avons précisément 
donné le (ilre de non-moii (Voir ci-dessus, p. 12'i-0.) C'est un des thèmes les plus fréquents de l'ensei- 
pnoment du Buddlia. 

- Les Irente-doux impuretés eont souvent citées; c'est une des énuméralions mises en tète du recueil 
intitulé Khuddaka^pâtfia. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 147 

maux de ventre, sj'iico^ie, d^'seuterie, colique, choléra, lèpre, furoncles, 
tumeurs, phtisie, épilepsie. léchemeut de vache \ teigne, démangeaisons, 
rnxasâ ^, gale, bile rouge, diabète, bosse (?)^, pustules, fistules à l'anus ^ 
maladies provenant de la bile, maladies provenant duphlegme, maladies nais- 
sant du vent, maladies accumulées, maladies provenant des changements de 
saisons^, maladies naissant d'un défaut habituel d'équilibre, maladies aupa- 
kasmrika, maladies nées de la maturité des actes, froid, chaud, boulimie, 
soif ardente, diarrhée, besoin d'uriner®. 

Telles sont les infirmités qui sont dans le corps et sur lesquelles il fixe ses 
regards. Voilà, Ananda, ce qu'on appelle la notion d'iniîrmité. 

V. Qu'est-ce, Ananda, que la notion du rejet? 

Ici, Ananda, quand se produit le raisonnement de l'amour vicieux 
(Kâma), le Bhixu ne s'y arrête pas, mais il le rejette, il le dissipe, il le 
supprime, refuse de le développer. Lorsque le raisonnement de la mal- 
veillance se produit en lui, il ne s'y arrête pas, mais il le rejette, il le 
dissipe, etc. ; quand le raisonnement de la violence se produit en lui, il ne 
s'y ai-rête pas, mais il le rejette, il le dissipe, etc. Chaque fois qu'un état 
d'esprit mauvais, contraire à la vertu se manifeste en lui, il ne s'y arrête pas, 
mais il le rejette, le chasse, le supprime, refuse de le développer. 

C'est là, Ananda, ce qu'on appelle la notion du rejet. 

VI. Qu'est-ce, Ananda, que la notion d'absence de passion? 

Ici, Ananda, le Bhixu retiré dans la forêt, au pied d'un arbi'e, ou dans une 
maison déserte, raisonne ainsi: C'est le calme, c'est la perfection que la 
cessation de tous les sanskàras, le rejet de tous les upadhis, la destruction 
de la soif, l'absence de passion, le Nirvana. 

C'est là, Ananda, ce qu'on appelle l'absence de passion. 

1 Maladie dans laquelle on éprouve le sentimeni de la peau enlevée ou léchée par une vache. 

2 Raxasa (folie furieuse?) a en pâlila forme Rakkhasa. Unms. pàli-hirmau donne au lieu de Rakkhasa 
ou Rakkhassa la leçon Nakhassa;ce qui s'entendrait d'une niLdadie des ongles des mains et des pieds. 

3 Le (ibétain a ^-^œ.-le pâli, amsd, k épaule; » il s'agirait de maladie de l'épaule (?). 

* Le tibétain rend Bhagandala (« fistule k l'anus ») par Texpression ints'an-mar-yjod-pa, qui ne 
semble pas pouvoir signifier autre chose que « parler par signes », et désignerait alors la surdi-mutité. 

5 Le tibétain dit : provenant de nourriture non prise à l'heure convenable. 

6 Cette liste est peut-être de nature à intéresser les médecins : mais elle aurait besoin d'un commen- 
taire, d'autant plus que nous ne garantissons pas la traduction du nom de plus d'une de ces maladies. 
Quelques-unes sont certainement défectueuses; outre les deux maladies Raxasâ, Aupakasmriha, il en 
est cinq dont les noms sont purement et simiilement reproduits sous la forme sanskrite. 



i48 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

VII. Oa'ost-ce, Ananda, que la notion d'einpèclienieut * ? 

Ici, Anauda, un Bhixu retiré dans la forêt, au lùedd'uu arbre, dans une 
maison déserte, fait la rétiexion suivante : C'est le calme, c'est la ijerfection 
que la cessation de tous les Sanskàras, le rejet do tous les Upadliis, la 
destruction de la soif, l'empêchement, le Nirvana. 

C'est là, Ananda, ce qu'on appelle la notion d'empêchement. 

VIII. Qu'est-ce, Ananda, que la notion en vertu de laquelle ou ne prend 
plaisir à rien de ce qui est dans le monde ? 

Ici, Ananda, le Bliixu, au lieu d'appliquer son esprit à rattachement pour 
tous les expédients habiles qui sont dans le monde, de les rechercher, de les 
désirer, repousse tout cela, s'en abstient, refuse de s'y livrer; c'est là, 
Ananda, ce qu'on appelle la notion en vertu de laquelle on ne prend plaisir à 
rien de ce qui est dans le monde. 

IX. Qu'est-ce, Anauda, que la notion do l'impermaneuce à l'égard de tous 
les Sanskàras ? 

Ici, Ananda, le Bhixu, n'a pour tous les Sanskàras, que mépris, aversion, 
dégoût. C'est là, Ananda, ce qu'on appelle notion de l'impermanence à 
l'égard des sanskàras. 

X. Qu'est-ce, Ananda, que l'exercice de la mémoire dans l'aspiration et 
dans l'expiration ? 

Ici, Ananda, le Bhixu retiré dans la forêt, au pied d'un arbre, dans une 
maison vide, s'assied les jambes croisées, le corps droit, mettant sa mémoire 
devant lui, et c'est eu rassemblant ses souvenirs qu'il aspire et qu'il e.^pire. 

En faisant une aspiration longue, il a cette connaissance : je fais une 
aspiration longue. En faisant uneexpiratiou longue; il a cette connaissance : 
je fais une expiration longue. 

En faisant une asjùratiou courte, il a cette connaissance: je fais une 
aspiration courte; en faisant une expiration courte, il a cette connaissance: 
je fais une expiration courte. 

' «Arrêl, deslrucUon, » le terme indien {Xirodha) est le nom Je la troisième vérité (la suppression de 
la cause de la douleur). 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR , 149 

11 apprend à se dire: C'est en percevant le corps tout entier que j'aspi- 
rerai ; c'est en percevant le corps tout entier que j'expirerai. 

11 apprend à se dire : C'est en assoupissant le Sanskâra du corps que 
j'aspirerai; c'est en assoupissant le Sanskâra du corps que j'expirerai. 

Il apprend à se dire: C'est en percevant le bien-être que j'aspirerai; c'est 
en percevant le bien-être que j'expirerai. 

Il apprend à se dire : C'est en percevant le sanskâra de l'esprit que 
j'aspirerai: c'est en percevant le sanskâra de l'esprit que j'expirerai. 

Il apprend à se dire : C'e.st en assoupissant le sanskâra de l'esprit que 
j'aspirerai ; c'est en assoupissant le sanskâra de l'esprit que j'expirerai. 

11 apprend à se dire: C'est en percevant l'esprit que j'aspirerai; c'est en 
percevant l'esprit que j'expirerai. 

Il apprend à se dire : C'est en réjouissant fortenient mou esprit que j'aspi- 
rerai; c'est en réjouissant fortement mon esprit que j'expirerai. 

Rapprend à se dire: C'est en plongeant mon esprit dans la contemplation 
que j'aspirerai; c'est en plongeant mon esprit dans la contemplation que 
j'expirerai. 

Il apprend à se dire : C'est en affranchissant mon esprit que j'aspirerai ; 
c'est eu affranchissant mon esprit que j'expirerai. 

Il apprend à se dire : C'est en considérant l'impermaneuce que j'aspirerai ; 
c'est en considérant l'impermaneuce que j'expirerai. 

Il apprend à se dire : C'est en considérant l'absence de passion que 
j'aspirerai ; c'est en considérant l'absence de passion que j'expirerai. 

Il apprend à se dire: C'est en considérant l'empêchement que j'aspirerai ; 
c'est en considérant l'empêchement que j'expirerai. 

Il apprend à se dire : C'est en contemplant le dépouillement (le rejet absolu) 
quej'aspirerai; c'est en contemplant le dépouillement que j'expirerai. 

Si donc toi, Ananda, tu allais trouver le bhixu Girimânanda pour lui énumérer 
ces dix notions, le mal dont souffre le bhixu Girimânanda serait à l'instant 
connu, et, dès qu'il aurait entendu énumérer ces dix notions, la maladie s'apai- 
serait immédiatement. 

Alors l'àyusmat Anauda, ayant appris ces dix notions de la bouche de 
Bhagavat, se rendit au lieu où était le bhixu Girimânanda. Quand il y fut 
arrivé, il énuméra ces dix notions à l'àyusmat Girimânanda. 



150 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

L'âyusmat Giriiuânaiida n'eut pas plus tôt entendu ces dix notions que le mal 
s'apaisa immédiatement, et l'âyusraat Giriinànanda releva de cette maladie. 
Ainsi finit la maladie de l'àjusmat Girimànanda, 
Fin du sûtra de Girimànanda. 

Stances sur Girimànanda 

Parmi les stances du recueil pâli intitulé : Thera-Gâtliâ, il y en a sur 
notre personnage. Les voici : 

La pluie tombe; c'est comme une belle musique (?); ma hutte est bien close, agréable, 
à l'abri du vent ; 

j'y demeure dans le calme, et maintenant, si tu le désires, pluie, lu peux tomber. 

La pluie tombe ; c'est comme une belle musique (?) ; ma liutte, etc. ; 

j'y demeure l'esprit calme; et maintenant, si tu le désires, pluie, tu peux tomber; 

j'y demeure sans passion j'y demeure sans haine ' ; 

j'y demeure sans égarement d'esprit ; et maintenant, si tu le désires, pluie, tu peux 
tomber. 

Nota. — Cette pluie désigne sans doute les passions, les orages de la vie; mais il est 
peut-être permis d'y voir, comme nous l'avons dit plus haut, une allusion à un certain 
genre de vie, à des exercices ascétiques qui auraient pu valoir à cet Anânda le surnom 
de Girima pris dans le sens de « fiévreux ». 

5. SUTRA DE MAHA-KAÇYAPA- 

En langue de l'Inde : Mahâkâçi/upa-sûtra. — En langue de Bod : Ilod 
srung chen-poi mdo. — (En français) : Sùtra de Mahâkâçyapa . 

Salutation respectueuse aux trois joyaux sublimes. 

Vuici le discours que j'ai entendu : Un jour, Bhagavat résidait à Venuvana, 
dans l'enclos du Kalantaka. 

Or, en ce temps-là, à ce moment-là, l'âyusmat Maliâ-Kàç}-apa résidait 
dans la grotte du Pippala ^ ; il fut pris par la maladie, il souffrait beaucoup, 
[il était au plus malj. 

Cependant Bhagavat, au lever de l'aurore, raisonnait en lui-même sur 

1 Le texte abrège; nous abrégeons comme lui. 

* Il y a plus d'uoe nuance entra Ij texte pùli et l:i traduction tibélaine : on dirait que le texte pâli, 
assez obscur en certaines parlies, avait des variantes. — Pour éviter des remarques multipliées, nous 
avons suivi de préférence le tibétain, tout en nous aidant du pâli. Les mots entre crocbets [J sont dans 
le texte pâli et ne sont pas reproduits dans le tibétain. 

3 Nom d'un arbre, le Ficus religiosa. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 151 

toutes choses. Il se rendit au lieu où était l'âjusmat Mahâ-Kàçyapa 
s'approcha (de lui), s'assit sur ua siège préparé, et dit à l'âyusmat Mahâ- 
Kàçyapa : Kâçyapa, as-tu de Tappétit? Souffres-tu? Es-tu soulagé? Les 
moyens qui procurent le soulagement ne donnent pas le contraire du 
soulagement. 

— Vénérable, je n'éprouve pas le besoin do manger ni de boire ; mais un 
mal violent m'a saisi. Que' j'en doive être soulagé ou non, je demande 
l'application des moyens de soulagement *. 

— [Kâçyapa], il faut que je t'énonce les membres de la Bodhi: C'est en 
les développant fréquemment par la méditation que je suis arrivé à la 
connaissance supérieure, à la Bodhi, au Nirvana. 

1. La MÉMOIRE, voilà le (premier) membre de la Bodhi parfaite que je 
t'énonce comme un membre de la Bodhi parfaite, Kâçyapa. C'est en le 
développant fréquemment par la méditation que je suis arrivé à la connais- 
sance supérieure, à la Bodhi, au Nirvana. 

2. L'analyse de la loi est un autre membre de la Bodhi parfaite que je 
t'énonce, Kâçyapa, etc. 

3. L'ÉNERGIE est un autre membre de la Bodhi parfaite que je t'énonce, 
Kâçyapa, etc. 

4. La JOIE est un autre membre de la Bodhi parfaite, etc. 

5. Le REPOS absolu est un autre membre de la Bodhi parfaite, etc. 

6. L'extase (Samâdhi) est un autre membre de la Bodhi parfaite, etc. 

7. L'indifférence est un autre membre delà Bodhi parfaite, etc. 

Je t'ai énoncé, Kâçyapa, les sept membres de la Bodhi parfaite. C'est en 
les développant fréquemment par la méditation que je suis arrivé à la 
connaissance supérieure, à la Bodhi, au Nirvana. Il faut s'instruire dans les 
membres de la Bodhi recommandés par Bhagavat le Sugata. 

' D'après le pâli, ce dialogue se traduirait ainsi : 

Kàcyapa, peux-tu supporter (tes soulTraiices) ? Es-tu en état de te mouvoir? Tes souffrances décroissent- 
elles au lieu d'augmenter? Sens-tu qu'elles diminuent, qu'elles vont finir et ne font plus de progrés ? 

— Non, Vénérable, je ne puis supporter (mes souffrances), je ne suis pas en état de me mouvoir; mes 
souffrances sont très vives; elles croissent au lieu de diminuer; je sens qu'elles arrivent à leur plus haut 
point, bien loin de céder. 

La différence est assez grande ; elle tient surtout à certains mots équivoques écrits de diverses ma- 
nières; c'est un texte qui devait donner lieu à des variantes. Le commentaire pâli ne les indique pas; 
seulement il est très chargé d'explications destinées à établir le sens du texte actuellement admis, mais 
qui devait ne pas l'être lorsque fut faite la traduction tibétaine. 



152 ANNALES DO MUSEE GOIMET 

Ainsi parla Bhagavat; ràyiismat Mahà-Kàçyapa loua hautement le 
discours de Bhagavat. 

A l'instant même, l'àvusmat Alahà-Kâç.yapa fut soulagé et se leva. — 
Ainsi finit la maladie de l'àyusmat Mahà-Kâçyapa. 

Fin du Sùtra du sthavira Kâçyapa. 



VITI 



MAHA-KARUNAPUNDARIKA-SUTRA 



La premier chapitre de Mahâ-Karunâ-pundnrîka est connu par l'analyse 
exacte et soignée de Gsoma. Nous en donnons la traduction complète, en la 
faisant précéder de quelques remarques préliminaires. 



REMARQUES PRELIMINAIRES 



Il y a dans ce chapitre trois parties : 1° Une description des phénomènes 
qui précèdent et annoncent le Nirvana ; 2° une énumération et une classifi- 
cation des objets naturels et même des œuvres de l'homme, dont la création 
par Brahmâ est niée d'une façon absolue ; 3° une explication de l'origine des 
choses selon le ])ouddhisme, ou du moins selon l'école bouddhique de 
laquelle émane le Mahâ-Karunâ-pundarîkâ-sùtra. — Ces deux derniers 
points, surtout le troisième, doivent seuls nous arrêter un instant. 

Le bouddhisme n'admet pas la création telle que le brahmanisme 
l'enseigne; il repousse l'intervention d'une personnalité et d'une volonté 
dans la formation du monde. Nous n'entrerons pas dans l'analyse du système 
brahmanique pas plus que nous n'insisterons sur le singulier procédé 
employé par l'auteur du sûtra qui fait nier la création par colui-là même 
que le brahmanisme reconnaît pour le créateur ; nous abordons immédiate- 
ment le système bouddhique. 

Si le créateur n'est pas Brahma, il doit doue être le Buddha ? C'est la 
Akn. g — b îq 



154 annai.es du musée gcimet 

conclusion qui se présente sans doute à la pensée de tout homme imbu 
delà doctrine brahmanique auquel on vient annoncer que le rôle attribué à 
Brahma ne lui appartient pas en réalité. Cette idée est souvent exprimée dans 
notre texte ; mais on ne s'y arrête pas. Et de fait, le monde n'est pas 
l'œuvre du Buddha; il est l'œuvre du Karma. C'est par le Karma (l'acte 
moral) que tout s'explique dans le bouddhisme. 

Deux philosopliies principales ont régné dans l'Inde : le système 
Vedanta, orthodoxe, qui admet l'existence d'un être unique, immense, dont les 
êtres particuliers ne sont que des émanations ou des phénomènes passagers ; 
c'est l'apparition de ces êtres qui forme le mond(^ Un autre système appelé 
Saukhya, hétérodoxe, admet un principe unique de toutes les existences 
matérielles et, en face de ce principe, des âmes en nombre limité ; c'est 
l'union des âmes avec la matière qui constitue le monde. D'après le premier 
système, le monde est formé des êtres qui se détachent de l'être absolu ; 
d'après le deuxième, il est formé de la réunion des âmes à la matière ; si les 
êtres relatifs rentrent dans l'être absolu pour s'y absorber, si les âmes se 
détachent de la matière, le monde cesse d'exister, c'est-à-dire que tout rentre 
dans l'état primitif, dans le repos originaire. Aussi le sage vedantiste aspire- 
t-il à s'absorber dans l'Etre unique pour y perdre son individualité qui est la 
cause de tous les maux ; le sage sankliyiste à se détacher complètement de la 
matière pour rendre à son âme sa complète indépendance. Absorption, union 
intime AelQ^iXe. but de la philosophie Vedanta ; si'paration, isolement, tel 
est le but de la philosophie Sankhya. 

Quel est le but du bouddhisme? La suppression, Vcxli notion. Selon lui, 
on n'a pas su trouver les causes! Pourquoi les êtres particuliers, contin- 
gents relatifs, se détachent-ils de l'Etre absolu, comme le prétendent les 
védantistes? pourquoi les âmes s'unissent - elles à la matière comme le 
soutiennent les sankhyistes ? — Quelle est la cause de cette évolution qui est 
une déchéance ? — - Le bouddhisme l'a trouvée, c'est le Karma (l'acte moral) : 
le Karma est la règle des destinées individuelles. Mais le monde entier, avec 
cette somme de jjiens et de maux dans laquelle les maux l'empin'tent de 
beaucoup n'est que la conséquence d'un immense Karma. 

Nous ne demandons pas au bouddhisnu:' connnent le Karma, cause des 
existences de tous les êtres, peut préexister à ces êtres ; comment l'acte peut 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 155 

exister avant celui qui le fait, indépeudauauieut de lui. 11 ne pourrait le dire. 
II se place sur uu terrain tout à fait spécial, il ne veut voir dans tout ce qui 
est, dans tout ce qui arrive, qu'une conséquence, une récompense, un 
châtiment. Il met la moralité au-dessus de tout. C'est à elle que tout est 
subordonné. C'est le Karma qui seul rend raison de toutes choses. 

Le Karma est uni intimement aux douze causes connexes et successives 
bien connues dans la terminologie bouddhique, qui forment ce qu'on appelle 
le Nidâna et dont la première est « l'ignorance » : de « l'ignorance » on 
descend par une série de causes et de conséquences s'engeudrant les unes 
les autres, à la vieillesse, à la maladie, à la mort et à tous les genres de 
douleurs. Tout procède donc de « l'ignorance ». Conmient l'ignorance 
peut-elle être, quand rien n'existe, quand il n'y a ni êtres susceptibles 
d'ignorer, ni choses susceptibles d'être ignorées? C'est encore là un mystère 
qui ne peut s'expliquer que par l'imiiortance outrée apportée à la moralité ; car 
« l'ignorance » dont il s'agit ici n'est pas l'ignorance ordinaire ; c'est, avant 
tout, l'erreur en morale, le péché,- la transgression. Or, pour supjprimer la 
vieillesse, la maladie, la mort, la douleur (c'est là le but à atteindre), il n'y a 
qu'à supprimer les causes dont ces maux dérivent; la plus éloignée et la 
première de ces causes étant l'ignorance, si on la supprime, tout disparaît 
avec elle. Or, on ne peut la supprimer que par son contraire qui est la science. 

Cette science paraît se confondre avec la « loi » (Dharma). La loi existe, 
mais de quelle façon? seule, ou mêlée avec les «actes» (le Karma); or, ce 
mélange afTaibUt, énerve, paralyse la loi ; il faut le faire cesser, il faut séparer 
la loi des actes (le Dharma du Karma). Nous trouvons ici une analogie 
avec la philosophie hétérodoxe des Brahmanes ; celle-ci dit qu'il faut 
séparer Y âme ày\ corp>i ; le Buddha soutient qu'il faut séparer la /o* des 
actes. Aux deux existences inégales, mais réelles, concrètes de la philosophie 
brahmanique, le bouddhisme substitue ou oppose deux abstractions, deux 
entités; car la « loi » répond à «l'âme », les « actes » répondent au « corps ». 
Cela prouve une fois de plus combien le bouddhisme se plaît aux abstractions, 
et quel penchant irrésistible l'entraîne à se détourner de l'observation des 
êtres réels pour contempler les êtres de raison qu'il imagine. 

Séparer la loi des actes (opération qui n'est rien moins que le Nirvana, 
ou qui en est le prélude), cela signifie, sans doute, renoncer à tous les actes 



lôG ANNA1.es du MUSEE GUIMET 

ordinaires de la vie, i>our s'adonner à une contemplation inerte, à une 
discipline sévère, à la méditation de la vérité. Or, qu'est-ce que cette vérité, 
cette loi, cette science ? Elle est résumée dans cette proposition répétée à 
satiété dans notre texte : « les composés sont sans durée, ils sont fugitifs, ils 
ressemblent à un rêve, à une image, à un écho. » Le mot « coniposés », qui 
est le sujet de cette proposition, pourrait donner lieu à de longs débats; c'est 
le tibétain 'da-byed *, le sanskrit samshâra, dont on a dit, avec quelque 
apparence de raison, que c'est le terme le plus difficile du bouddhisme. Il ne 
paraît pas qu'il ait toujours une même acception. Sans entrer dans une 
discussion prolongée, nous dirons que ce terme nous paraît désigner ici 
l'ensemble des éléments matériels et moraux (organisme et facultés) qui 
composent l'être humain et, eu général, l'être animé. Dans l'énumération des 
effets et des causas, il vient le second, il est le deuxième auneau de la chaîne, 
et procède immédiatement de « l'ignorance ». Ainsi de « l'ignoi'ance » 
viendrait ce que l'on peut appeler « l'appareil des existences individuelles ». 
Du moment qu'on a par la science une connaissance pleine et parfîiite de cet 
appareil, aussitôt qu'on sait qu'il est vain, qu'il ne peut durer, qu'il est une 
illusion, l'appareil est supprimé, et l'être disparaît en même temps. 

Ici encore, nous retrouvons le même point de vue qui subordonne la réalité 
à la conception, le concret à l'abstrait, le fait à la morale. Gara quoi toutes 
ces considérations i-eviennent-elles, sinon à dire: on existe parce qu'on a la 
la passion de l'existence et qu'on s'en fait de fausses idées? — Que cet 
attachement déréglé et cette erreur disparaissent, l'existence prendra fin. 

La « loi » (Tib. chos, Sk. dharma) peut donc se définir : une vue claire et 
juste de la nature des composés. Et les « actes » (Sk. Karma, tib. las), com- 
ment les définir ? Ils sont bien, jusqu'à un certain point, le contraire de la loi ; 
car tout ce qui résulte de l'attachement aux composés appartient au Karma ; 
ce sont tous les détails plus ou moins importants, dont l'ensemble forme le tissu 
de la vie humaine. On en trouverait difficilement l'explication dans le discours 
du Buddhaà Brahmà, mais on les a vus énumérés dans les questions préala- 
blement posées à Bralimâ parle Buddha. La plupart des choses dénombrées 
dans ces questions sont des effets ou des manifestations du Karma. Le 

1 Nous l'avons déjà reuconlré : voir non-moi (p. 124-G) et Giramànanda (p. 14G), 



FRAGMENTS TPAPTITS PU KAND.JOUR 157 

Karma consiste essentiellement dans les formes diverses et variées de 
l'activité des êtres vivants. 

Qu'est-ce donc que séparer la « loi ))des « actes » (leDliarma du Karma, lechos 
du laa), ce 2:)remier pas vers le Nirvana, qui est presque déjà le Nirvana lui- 
même? C'est renoncer à vivre comme tout le monde, amoindrir, mutiler 
Texistence, la réduire au minimum et, pour ainsi dire, à zéro. En cela 
consiste la discipline que le Buddha résume en ces mots : quitter sa maison et 
vivre d'aumônes sans avoir une maison . On reconnaît là la peinture abrégée 
de la vie des moines bouddhistes. 

Cette séparation peut s'effectuer, soit en présence d'un Buddha (ce qui 
paraît relativement facile), soit en son absence (ce qui paraît j^lus difficile). 

On voit que, le système d'abstractions propre au bouddhisme étant admis, 
tout cela se suit assez bien ; je ne me rends seulement pas bien compte, au 
début, des rapports du Karma avec l'enchaînement des douze causes. Le 
Karma est indiqué tout d'abord, comme la cause unique; mais, aussitôt après, 
il semble qu'on lui assigne, à lui-même une cause qui serait « l'ignorance », 
à moins que l'ignorance et le Karma ne soient une même chose, ou deux 
aspects différents d'un même fait, deux pôles d'une même sphère. Il ne faut 
pas s'étonner s'il y a un peu d'incertitude dans le classement de ces idées qui 
se distinguent difficilement les unes des autres et n'exjjriment souvent que 
des nuances. Je crois pouvoir résumer ainsi cette petite discussion, ou plutôt 
cette analyse de la leçon faite à Brahmâ par le Buddha : 

Il n'y a point de puissance créatrice intelligente, de Brahmâ; — le monde 
est le produit du Karma (des actes) adéquat à l'ignorance ; — la science, 
adéquate à la Loi, n'amène aucune manifestation de l'être : l'être et les 
changements qu'il subit dérivent donc du Karma qui, dans ses évolutions, 
entraîne avec lui, étreint pour ainsi dire, et étouffe la Loi ; — c'est seulement 
en séparant la Loi du Karma qu'on peut arriver à interrompre l'existence 
et réaliser le Nirvana ; or, la Loi consiste à connaître la vanité des composés 
(Samskàras), de manière à s'en détacher; — le Karma se résume dans tous 
les actes ordinaires de la vie; et la séparation de la Loi d'avec le Karma 
consiste dans l'abstention à l'égard de tous les actes do la vie; — cette 
séparation peut s'effectuer quaiul il y a un Buddha dans le monde, et même 
quand il n'y en a pas. 



158 ANNALES DU MUSÉE GUIMET 

Toi est reuchaîiioiueut d'idées que nous croyons pouvoir démêler dans une 
exposition qui n'est pas exempte de confusion et d'obscurité ; la plupart dos 
termes qui y figurent sont, il est vrai, connus : cependant il y a peut-être des 
idées avec lesquelles on n'est pas très familiarisé, malgré les travaux qui ont 
été faits sur le bouddhisme. L'impression définitive qui résulte puur nous de 
cette étude, c'est que la question des origines y est fort mal, ou plutôt fort peu 
expliquée. Tout l'art du docteur consiste à appliquer une théorie, qui peut 
paraître satisfaisante pour la situation présente, à des temps et à des conditions 
auxquels elle ne convient plus ; car l'explication qu'on peut donner des 
causes secondes n'est plus de mise quand il s'agit de la cause première. 

Nota. — La plus grande partie du préambule qui précède et la traduction qui va 
suivre ont été déjà publiées dans le compte rendu des séances du Congrès des Orienta- 
listes tenu à Paris en 1873. 

TRADUCTION 

M<lo VI, 2 ; fulids iVr-'Xl. 

En langue diî l'Inde : Arija-Mahà-karund pundarlka-sûtra ; en tibétain : 
ïlphags-pa sriinq vdo -vje clien-popaduia dkar-po j es bya-va theg-pachen 
poimdo. (En français): Sublime sùtra de Grand Véhicule, appelé le Grand 
Lotus blanc de la Compassion. 

Adoration à tous les Buddhas et Bodhisattvas. 

Voici ce que j'ai entendu dire : Bagliavat résidait unjour chez les Mallas, 
à Kuçanagara, dans le bouquet d'arbres Gala. 

I 

Ensuite Bhagavat, voyant que le moment de son Nirvana complet allait 
venir, adressa cette instruction à l'àyusmat Ananda: Aujourd'hui quand la 
nuit sera écoulée, leTathâgata, entrera dans le Nirvana complet. Toi donc, 
entre une paire d'arbres Çàla, prépare un lit pour le repos du Tathâgata, qui 
s'y couchera sur le côté droit comme un lion. Ananda, j'ai accompli l'œuvre 
d'un Buddha, j'ai enseigné la loi qui n'avait point (encore) de place (dans le 
monde), (loi) de calme, de calme profond et excellent, de contentement, (loi) 
profonde, difficile à voir, difficile à garder en soi-même, (loi) qui n'a point 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOCR 159 

pour base de ses raisonnements ce qui ne saurait durer, qui n'est point un 
champ ouvert à la dialectique à (outrance), que le savant et le sage (seuls) 
connaissent, le sublime Amrita, apporté et offert (à qui en veut). — Ananda, 
la roue de la loi sans supérieure, que ni les Ascètes, ni les Brahmanes, ni les 
démons, ni les dieux, ni Brahma, ni tant d'autres n'avaient encore fait 
tourner les uns plus que les autres dans le monde, je l'ai fait tourner de douze 
manières différentes par tmis évolutions successives' ; j'ai battu le grand 
tambour de la hù ; j"ai soufflé dans la grande trompette de la loi; j'ai arboré 
le grand étendard de la loi ; j'ai allumé la grande lampe de la loi ; j'ai dissipé 
les grandes ténèbres; j'ai fait briller les truis vides-; j'ai équipé le grand 
bateau; j'ai dressé la grande estrade; j'ai jeté le grand pont; j'ai exprimé 
maint désir de l'autre bord ; j'ai enseigné parfaitement le chemin de la 
délivrance; j'ai fait tomber la grande pluie de la loi; j'ai rafraîchi les dieux 
et les hommes ; j'ai converti ceux qu'il fallait convertir; j'ai effrayé tous les 
adversaires en lutte avec moi; j'ai détruit toutes les retraites des Tirthikas ; 
j'ai vaincu la force du démon ; j'ai accompli l'œuvre d'un Biiddha; j'ai conduit 
au terme l'œuvre de l'homme de bien ; j'ai tidolement accompli le vœu 
d'autrefois ; j'ai donné à la règle de la loi toute sa vertu ; j'ai poussé les grands 
Çràvakas (auditeurs du Buddha) à accomplir les œuvres. Pour faire durer à 
toujours la doctrine des Buddhas futurs, j'ai prédit (la venue) des grands 
Bodhisattvas. Ananda, excepté le INirvàna, il ne me reste plus rien à 
accomplir. 

Alors l'âyusmat Ananda, ayant entendu, en de tels termes, ces préceptes 
de diverses sortes de Bhagavat, plein de douleur, le cœur mal à l'aise, privé 
de joie, en proie aux souffrances d'une grande peine, pleura abondamment. 
Après avoir répandu ses larmes, il s'adressa à Bhagavat en ces termes : Tout 
à l'heure Bhagavat entrera dans le Nirvana, tout à l'heure le Sugata entrera 
dans le Nirvana. L'œil du monde va donc, tout à l'heure, cesser de briller ; 
le monde n'aura donc plus ni protecteur, ni refuge : il n'y aura donc plus de 
guide ! 

Bhagavat, alors, s'adressa en ces teriiies à Ananda: Assez, Ananda ! ne 
t'afflige pas, mets fln à ces expressions de douleur : ce qui (occupe une partie 

' Il s'agit du Dliarma-Cahra-pravarlana, (V. ci-dessus p. il 1-121.) 
' Ou les trois mille (clartés). Il y a un mot équivoque Stong. 



160 ANNALES DU MUSÉE GUIMET 

de) l'espace, ce qui uait, ce qui est composé, ce qui est un agrégat, est suuiuis 
à la loi de la destruction ; s'il ne devait pas périr, il n'occuperait pas une 
portion de l'espace. Ananda, ne t'ai-je pas enseigné, dès le commencement, 
que la joie, les douceurs (de l'amitié), tout ce qui va au cœurpar la réciprocité 
(des sentiments) , tout cela aboutit à la séparation, à l'abandon, à l'éloigne- 
ment ? voilà ce que je te disais, — Ananda, tu as accompli envers moi les 
actes de l'amour même, tu m'as rendu des services, de bons offices, sans 
hésitation, sans calcul, sans te démentir jamais. Ananda, lorsqu'on vient 
près d'un Pratyeka-Buddha et de ses auditeurs, escortés d'une troupe do 
dieux, d'hommes, d'Asuras, et qu'on lui témoigne du respect pendant un 
kalpa et plus d'un kalpa, — ou lorsqu'on témoigne un seul instant du respect 
à un Tathâgata, le fruit de cette action, c'est l'acquisition de la loi parfaite. 
Toi, donc, Ananda, ne t'afflige pas, ne gémis pas. Ananda, tu as témoigné 
du i-espect au Tathâgata, tu arriveras au grand bien, au grand fruit, au 
grand avantage, au vaste avantage, à l'élargissement, à (tout) ce qui res- 
semble àl'Amrita, tu seras dans le Nirvana. 

Ensuite l'âyusmat Ananda essuya ses larmes, (mais n'en continua pas 
moins) de pousser des gémissements, et le Tathâgata vint se coucher pour 
dormir comme un lion, sur le flanc droit, entre la paire d'arbres de Çâla. Et 
quand Bhagavat fut venu à l'endroit où était la i>aire d'arbres de Çàla, il 
se coucha et dormit sur le côté droit, comme un lion. 

Dans le temps où le Tathâgata vint se coucher sur le côté droit comme uu 
lion entre deux arbres Çâla, en ce temps-là, dans le grand millier de trois 
mille régions du monde, les arbres, les herbes, les branches des arbres, les 
plantes médicinales, les bois, les forêts, tout autant qu'il y en a, se tournant 
du côté où s'accomplissait le Nirvana du Tathâgata, s'inclinèrent profondément 
avec empressement et respect, et se tournèrent vers lui en se penchant : 

Dans le grand millier de trois mille régions du monde, les fleuves, les cours 
d'eau, les citernes, les lacs, les étangs, les sources, les réservoirs, les lotus 
rouges qui suivent le courant, tout autant qu'il y en a, bénis et doués jiar la 
puissance du Buddha, cessèrent de couler ; 

Danslc grand millier de truis mille régions du monde, les nombreux oiseaux 
et les animaux sauvagos, tout autant qu'il y en a, [»ar la puissance du Buddha, 
cessèrent de mander et de se nourrir : 



FRAGMENTS TBAUUITS UU KAKDJOLR 161 

Dans le grand millier de trois mille régions du monde, la lumière du 
soleil et de la lune, les corps des étoiles, les pierres précieuses, le feu, les 
vers luisants, toutes les choses qui ont do l'éclat, tout cela, par la puissance 
du Buddha, cessa d'être \-isible et de briller; tout perdit sa clarté, sa 
magnificence et sa splendeur. 

Dans le grand millier de trois mille régions du monde, tout ce qu'il y a de 
Hannnes dans le graiidcnler, toutes ces tlammes, parla puissance du Buddlia, 
s'apaisèrent, cessèrent de briller, de brûler, de transpercer, de faire souflfrir. 
Dans le grand millier de trois mille régions du monde, tout ce qu'il y a de 
feux du grand enfer, tous ceux-là aussi se calmant se refroidirent. Puis tous 
les êtres qui peuplaient l'enfer, tous, en cet instant même, à ce moment précis, 
en un clin d'œil, parla puissance du Buddha, obtinrent du soulagement. Tous 
les êtres nés pai'mi les animaux, tous les êtres doux et utiles cessèrent de 
souffrir de la faim et de la soif. Tous les êtres donc, en cet instant, à ce 
moment précis, sur-le-champ, sentirent du soulagement dans leur corps et 
dans leur esprit : leurs incessantes souffrances furent interrompues ; ils 
é[)rouvèrent du bien-être et un parfait contentement de cœur. 

Quand le Tathàgata s'endormit sur le côté droit, comme un lion, dans le 
grand millier de trois mi\hi régions du monde, le Méru, le roi des monts*, le 
Cakravàla, le grand Gakravàla^, le Mucilinda, le graad Mucilinda, le Gan- 
dhamàdana, l'Himalaya, tous ces monts, et les autres montagnes .noires, et la 
grande terre qui renferme tout, et le vaste Océan, qui s'étend jusqu'à la base 
de l'abime de Cakravàla, tremblèrent de six manières, oscillèrent fortement, 
s'agitèrent, s'agitèrent fortement, s'ébranlèrent, s'ébranlèrent fortement; et 
les vents dont le cercle embrasse tout ne se soulevèrent pas en ce moment. 
En ce temps-là, eu ce même instant, à ce moment précis, tous les êtres aban- 
donnèrent leurs travaux ; il n'y eut plus pour eux ni sommeil, ni incertitude, 
ni obscurité, ni hésitation ; ils cessèrent de [)arler, leur voix s'alfaiblit, leur 
murmure s'éteignit, leur cœur ne s'agita plus. 

Quand Bhagavat, à la manière d'un lion, se coucha sui' le côté droit, 
incontinent, dans le grand millier de trois mille régions du monde, les dieux, 
les Nâgas, les Yaxas, les Gandharvas, les Asuras, lesGarudas, les Kiunaras, 

1 Montagne qui supporte le ciel. 

^ Montagne qui entoui'i' le momie comme d'un iniir. 

Ann. g. — B .1 



162 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

les.Malioragas, Indra, Brahmà, les Lokapâlas (gardiens du monde), tout 
autant qu'il en existe, se trouvèrent plongés dans l'obscurité, au sein de leurs 
demeures respectives; ils sentirent qu'ils étaient sans lumière et sans clarté. 
Quand le Tathâgata se coucha sur le côté droit, incontinent dans le grand 
millier de trois mille régions du monde, les dieux, les ^N'âgas, les Yaxas, 
les Gandharvas, les Asuras, les Garudas, les Kinnaras, les Mahoragas, 
Indra, Brahmà, les gardiens du monde avec leur suite, tous ceux-là sur les 
tapis où ils siégeaient, dans leurs bocages, dans leurs demeures sans nombre, 
furent désolés : par la puissance du Buddha, tous ceux-là devinrent malades 
de chagrin. 

Dans le grand millier de trois mille régions du monde, Brahmà et le grand 
Brahmà, triomphateur et invincible, qui exercent sur mille êtres un pouvoir 
souverain, se disaient en eux-mêmes: C'est par nous que ces êtres ont été 
faits, c'est par nous que ces êtres ont été transformés*, c'est par nous que le 
monde a été fait, par nous que le monde a été transformé. Ainsi pensaient 
Brahmà et le grand Brahmà qui résident dans le grand millier de trois mille 
régions du monde; ceux-là aussi sur les tapis où ils siégeaient ne se 
l'éjouirent pas du tout, et ils s'aperçurent que leurs demeures respectives qui 
renfermaient tout étaient plongées, [lar la puissance du Buddha, dans une 
obscurité profonde. Pareillement tous les autres Brahmàs, voyant leur 
demeures respectives plongées dans l'obscurité, par la puissance du Buddlia, 
furent attristés dans leur demeures respectives ; et les Lokapâlas, les 
Malieçvaras et tous ceux qui avaient des demeures pures s'affligèrent dans 
leurs demeures respectives. 

Ensuite le grand Brahmà du grand millier de trois mille régions du monde, 
pensa en lui-même et se dit : Je suis affligé dans ma demeure; qu'est-ce que 
cela annonce? Puis, ce grand Brahmà du grand millier de trois mille régions 
du monde observa ce grand millier de trois mille régions du monde qui 
renferme tout; et, après avoir observé ce grand millier de trois mille régions 
du monde, il se dit en lui-même : Qui est le créateur, le Seigneur, le maître 
tout-puissant de ce grand millier do trois mille régions du monde ? Le 
Tathâgata, Arhat, Buddha, parfaitement accompli, est arrivé aujourd'hui 

' Le mot tibétain que luus traduisons par « transformer » désigne jilutùl une sorte d'apparition ma- 
gique, de fantasmagorie prestigieuse ) c'est la création bouddhique. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.IOUR 163 

au Nirvana; par quelle cause ces transformations incompréhensibles, de tels 
prodiges a])paraissont-iIs? C'est, assurément, l'indice de son Nirvana ; c'est 
sa puissance qui a produit toutes ces manifestations. — Telles furent ses 
réflexions. Affligé dans son cœur et les cheveux hérissés, entouré de la nom- 
breuse escorte des Brahmâs, il s'avança en hâte, avec empressement et 
rapidité, vers le lieu où se trouvait Bhagavat. 

Le Brahmà du grand millier de trois mille (mondes), s'étant donc rendu 
dans le lieu où était Bhagavat, adora avec sa tète les pieds de Bhagavat ; puis 
s'adressa à Bhagavat en ces termes: Bhagavat, je te pi'ie de me donner des 
préceptes sur la manière dont je dois me conduire et sur celle dont je dois 
m'instruire. 

Bhagavat répondit ainsi au grand Brahma: Brahmâ, à l'heure qu'il est, tu 
triomphes de tous, et nul ne triomphe de tui ; tu sais tout, tu domines sur 
mille (êtres) : eh bien ! (si je dis que) c'est par moi que les êtres animés ont 
été transformés; par moi que le monde a été créé, par moi que le monde a 
été transformé ; si j'ai cette pensée dans mon esprit, cette proposition, dis-le, 
je te prie, est-elle vraie ? — Brahmâ répondit : elle est vraie, Bhagavat ; 
elle est vraie, Sugata. 

Bhagavat reprit : Brahmâ, et toi, par qui as-tu été créé, par qui as-tu été 
transformé ? Alors le grand Brahmâ ne répondit absolument rien, le grand 
Brahmâ ne dit pas un seul mot, et Baghavat a-jouta : Lors de l'incendie causé 
par (la fin du) Kalpa, dans ce temps-là, lorsque le grand millier de trois 
mille régions du monde fut consumé, fortement consumé, consumé totale- 
ment, totalement et fortement consumé, que tout fut réduit à ne plus être 
qu'une seule flamme ; en ce temps-la, dans cette période-là, ce phénomème 
fut-il ton CQUvre, Brahmâ, ces transformations furent-elles ton œuvre ? 
— Brahmâ répondit: Non, Bhagavat. 

Bhagavat reprit : Eh quoi ! cette grande terre qui sert de soutien à l'amas 
des eaux, tandis que l(3s eaux supportent le vent, que le vent supporte le ciel, 
et qu'au sommet, sur une longueur de 68.000 yojanas*, tout se maintient sans 
s'abîmer ! que penses-tu de tout cela? Est-ce toi qui as fait tout cela ? est-ce 
toi qui l'as transformé? — Brahmâ lui répondit : non, Bhagavat, non, Sugata. 

i Mesure de longueur indienne. 



■164 ANNALES DU MDSÉR GDIMET 

Bhagavat reparti f : Brahtuâ, et les demeures incomparables du soleil et do 
la lune, dans lesquelles les fils des dieux résident avec majesté; ces demeures 
majestueuses et incomparables des dieux, tpie penses-tu de leur apparition, 
quand tout était dans le vide? Brahmà, est-ce par toi que ces choses ont été 
faites, par toi ({u'elles ont été transformées, par toi qu'elles ont été douées de 
leurs propriétés et de leurs vertus? — Brahmà répondit : non, Bhagavat. 

Bhapovat reprit : Et le printemps, l'été, l'automne, l'hiver, la lin de l'hiver, 
le printemps, ces saisons, qu'en penses-tu? Celles-là aussi, est-ce toi qui les 
as faites, toi qui les as transformées, toi qui les as douées de leurs propriétés 
et de leurs vertus? — Non, Bhagavat, répondit Brahmà. 

Bhagavat l'eprit: Et encore, n'y a-t-il pas de l'eau, des miroirs circulaires, 
des vases pour l'huile, le grain et le beurre. N'y a-t-il pas un intérieur au 
cristal et aux pierreries ? Et n'y a-t-il pas, dans des vases autres que ceux-ci, 
diverses espèces de réflexions et d'images, et, eu outre, des arbres, des bois, 
des jardins, des plantations, des palais incommensurables et resplendissants, 
des villes, des cités, de grandes villes; n'y a-t-il pas des éléphants, des 
chevaux, des chamelles, des bêtes à cornes, des ânes, des moutons, des 
gazelles, des oiseaux? N'y a-t-il pas une lune, un soleil, une multitude 
d'étoiles? N'y a-t-il pas des Çrâvakas, des Pratyeka-buddhas, des Bodhi - 
sattvaset autres personnages de cette espèce ? N'y a-t-il pas une terre, des 
montagnes, des fleuves ? N'y a-t-il pas un Indra, un Brahmà, des gardiens du 
monde (Lokapàla) et d'autres êtres que ceux-ci, des hommes et des êtres non 
humains? Ceux-là aussi, Brahmà, est-ce toi qui les as faits, toi qui les as 
transformés, toi qui les as doués de leurs propriétés et de leurs vertus. — 
Brahmà réj^ondit : non, Bhagavat. 

Bhagavat reprit : Et les coquillages (qu'on trouve) dans les précipices, dans 
les montagnes, dans les eaux qui descendent des montagnes, dans les lacs, — 
les grands tambours, les chaudrons- tambours, les chants, les danses, la voix 
des gazelles, des oiseaux, des hommes, des êtres non humains, et le reten- 
tissement de leurs voix dans les rochers, ces sons et les autres qui se 
répercutent semblablement, ces clioses-là encore, est-ce toi, Brahmà, qui 
les as faites, toi qui les as transformées, toi qui les as douées de leurs propriétés 
et de leurs vertus ? — Non, Bhagavat, répondit Brahmà. 

Bhagavat reprit: Brahraâ, et la faculté qu'ont les êtres dans leurs rêves de 



FRAGMENTS TRADUITS lUl K\Nn.IOUR 165 

percevoir par la vue diverses formes, par l'ouïe divers sons, par le s'ont 
diverses saveurs, par le toucher divers contacts, par la science diverses lois, 
de goûter diverses ambroisies de joie, et aussi de pleurer, de verser des 
larmes, de craindre, d'avoir peur, d'éprouver la souffrance, ces perceptions 
et connaissances, Brahmà, est-ce toi qui les as faites, toi qui les as trans- 
formées, toi qui les as douées de leurs propriétés et de leurs vertus? — Non, 
Bhagavat, répondit Brahmà. 

Bhagavat reprit : Brahmà, et les frayeurs des êtres, leurs chagrins, leurs 
douleurs, leurs expressions lamentables, le froid et le chaud, la faim et la 
soif, ces qualités-là encore, Brahmà, est-ce toi qui les as faites, toi qui les as 
transformées, toi qui les as douées de leurs propriétés et de leurs vertus ? — 
Non, Bhagavat, répondit Brahmà. 

Bhagavat reprit : Et les beaux et les vilains cotés du monde, les quatre 
castes, l'opulence et la pauvreté, le don, la libéi-alité, les mérites religieux 
importants, les bonnes mœurs et les mauvaises mœurs, la bonne science et 
la science perverse, ces qualités-là encore, Brahmà, est-ce toi qui les as 
faites, toi qui les as transformées, toi qui les as douées de leurs vertus et de 
leurs propriétés? Non, Bhagavat, répondit Brahmà. 

Bhagavat reprit: Et encore, Brahmà, les êtres n'ont-ils pas des causes de 
crainte, d'épouvanti'? n'éprouvent-ils pas des dommages ? ne sont-ils pas en 
butte aux querelles? Puisqu'il en est ainsi, les armes, le feu, l'eau, leventrouge, 
le poison, les animaux sauvag("s en fureur, les ennemis, en un mot, ce qui 
épouvante les hommes et les êtres non humains, et toutes les autres causes 
de dommages, ces divers fléaux encore, Brahmà, est-ce toi qui les as faits, 
toi qui les as transformés, toi qui les as doués de leurs propriétés et de leurs 
vertus ? — Non, Bhagavat, répondit Brahmà. 

Bhagavat reprit: Brahmà, et les différentes maladies des êtres animés, 
vent, bile, phlegine, larmes, engorgements, condition d'un corps mal 
équilibré, et les maux provoqués par d'autres causes, ce qui vient de 
l'obscurité des actes d'autrefois, les maladies des yeux, des oreilles, du nez, 
de la langue, du corps, les misères de toutes sortes qui mettent le chagrin au 
cœur des êtres animés, cela encore, Brahmà, est-ce toi qui l'as foit, toi qui 
l'as transformé, toi qui l'as doué de propriétés et de vertus? Non, Bhagavat, 
répondit Brahmà. 



16G ANNALES DU MUSEE GUIMET 

Bhagavat reprit : Brahinâ, et la fiiim, et l'eau, et le désert, et le mirage, 
et les voleurs, et les ermites, et les armes, et les maladies, et le moveu 
Kalpa, est-ce toi qui as fait ces choses, toi qui les as transformées, toi qui 
les as douées de leurs propriétés et de leurs vertus ? — Non, Bhagavat, 
répondit Brahmâ. 

Bhagavat reprit: Brahmâ et les diverses douleurs qui naissent, pour tés 
êtres, de la séparation d'avec un père, une mère, un frère, une sœur, un ami, 
un parent paternel ou mat^n-nel, un fils, une épouse, une fille, les misères 
de la séparation, Brahmâ, est-ce toi qui les as faites, toi qui les as trans- 
formées, toi qui les as douées de leurs propriétés et de leurs vertus? — Non, 
Bhagavat, répondit Brahnaâ. 

Bhagavat reprit : Et les peines qui s'attachent, pour les êtres animés, à 
des travaux faciles (comme) l'acquisition de fourrures, des ferments, du 
vernis de laque, des terres, les voyages sur le grand Océan, à travers le 
désert, l'action de se transporter dans diverses régions, la culture des 
champs faite en grand, et tant d'autres travaux divers, Brahmâ, est-ce toi 
qui les as faits, toi qui les as transformés, toi qui les as doués de leurs 
pi-opriétés et de leurs vertus ? — Non, Bhagavat, répondit Brahmâ. 

Bhagavat reprit: Brahmâ, n'y a-t-il pas aussi diverses espèces d'actes 
vertueux et non vertueux des êtres animés, leur passivité, l'enfer, la 
naissance dans l'animalité, le monde du roi de la mort, l'enchaînement des 
manifestations divines et humaines qui procèdent d'une cause? Et encore 
n'existe-t-il pas, dans le monde, des actions coupables et de bonnes actions que 
les êtres accomplissent par le corps, la parole ou la pensée ? N'y a-t-il pas, 
dans le monde, la voie des dix actions vicieuses, source, pour les êtres 
animés d'infortune, de douleurs, de dommages, et par lesquelles on tombe 
dans la voie mauvaise, dans le mauvais chemin, à savoir : le meurtre, le vol 
et l'adultère, — le mensonge, la calomnie, les paroles injurieuses, les paroles 
frivoles, — la convoitise, la haine, les vues fausses et perverties* ; ces choses- 
là, encore, Brahmâ, est-ce toi qui les as faites, toi qui les as transformées, 
toi qui les as douées de leurs propriétés et de leurs vertus ? Non, Bhagavat, 
répondit Brahmâ. 

i Nous donnons plus loin îles testes relatifs à ces dix actions vicieuses. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 167 

Bhagavat reprit: Et les misères que les êtres éprouvent par la décollation, 
la section des mains, des pieds, des oreiUes, du nez, lorsqu'on coupe tous 
les membres et toutes les articulations, qu'on les brûle par le feu, qu'on y 
étend de l'huile, l'enlèvement de la vie, l'action de transpercer avec une 
épée, une lance, une arme à deux pointes; de mettre à mort, de mettre dans 
les chaînes, en prison ; les batailles, les champs de carnage ; ces choses-là, 
Brahmâ, est-ce toi qui les as faites, toi qui les as transformées, toi qui les as 
douées de leurs propriétés et de leurs vertus ? — Non, Bhagavat, répondit 
Brahmâ. 

Bhagavat repiit : Et cette somme des désirs (impurs), ce principe des 
désirs (impurs) qui pousse les êtres à mal se conduire envers une mère, à mal 
se conduire envers une sœur, à mal se conduire envers ceux qui ont de 
bennes moeurs, à accomplir toujours plus des oeuvres de péché, ces choses-là, 
Brahmâ, est-ce toi qui les as faites, toi qui les as transformées, toi qui les as 
douées de leurs propriétés et de leurs vertus? — Non, Bhagavat, répondit 
Brahmâ . 

Bhagavat repartit : Brahmâ, et les diverses causes de dommage pour les 
êtres animés, les mauvais génies, les âmes des morts (Vefâlas), les Mantras, 
les Dharanis'', la médecine, les esprits (Bhùtas) les maux qui ont une 
cause occulte, et, de plus, les substances vénéneuses; en un mot, tout ce 
qui apporte aux êtres animés le dommage, savoir : privation de la vie, 
retranchement de la vie, toutes ces choses, Brahmâ, est-ce toi qui les as 
faites, toi qui les as transformées, toi qui les as douées de leurs propriétés 
et de leurs vertus? — Non, Bhagavat, répondit Brahmâ. 

Bhagavat reprit: et cette loi du monde, loi dont l'accomplissement est si 
disgracieux dans toutes les régions du monde (pour les) quatre castes, et qui 
consiste dans la naissance, la vieillesse, la maladie, la mort, la douleur, les 
lamentations, le chagrin, le mécontentement, le trouble de l'esprit, — la loi 
en vertu de laquelle tout change, tout passe, tout vient, la loi en vertu do 
l-aquelle l'amitié et toutes les joies sont changées eu leurs contraires, dispa- 
raissent, sont ravies, appartiennent à un avenir (incertain), ces choses-là 



1 Les Mantras et lés Dharanis sont des incantations présentées ordinairement comme bienfaisantes ; 
:i elles semblent passer pour nuisibles ; la médecine n'est pas mieux partagée qu'elles. 



168 annai.es dd musék gdimet 

encore, Bralimâ, est-ce tui qui 1>'S as laites, qui les as duuées dr» leurs 
propriétés et de leurs vertus? — Non, Bhagavat, répondit Bralmià. 

Bliagavat reprit: Brahmâ, et les désirs voluptueux des êtres, la colère, 
l'ignorance, l'obscurité (morale) la rupture (?y, l'indolence et la paresse, la 
corruption totale, les jouissances, et les autres choses analogues, (en un mot) 
les di versos es[ièces de corruption naturelle dont la présence fait que les êtres 
s'adoiuicnt à la passion de rattacliemeat, à la haine, à régarement, et que 
les dilTérentes agglomérations d'actes moraux (Karma) se forment en agglo- 
mération, ces choses-là, encore, Brahmà, est-ce toi qui les as faites, toi qui 
les as transformées, toi qui les as douées de leurs propriétés et de leurs 
vertus? Non, Bhagavat, répondit Brahmà. 

Bhagavat reprit : Brahmà, et l'enfer des êtres animés, et le lieu de 
naissance des bêtes, et le nKjnde du roi des morts, et la mauvaise voie avec 
ses trois branches que suivent les êtres animés, les différentes espèces de 
monstres nuisibles (Ya.\as), les diverses espèces de misères dont les êtres 
animés ont à faire l'épreuve; ces choses-là, encore, Brahmâ, est-ce toi qui les 
as faites, toi qui les as transformées, toi qui les as douées de leurs propriétés 
et de leurs vertus? — Non, Bhagavat, répondit Brahmà. 

Bhagavat reprit : Bialimà, et les diverses sortes de pr(_>ductions, les diverses 
semences, les herbes, les branches des arbres, les plantes médicinales, les 
bois, les bosquets, les plantes aquatiques, les plantes qui viennent dans les 
prairies, les arbres à iieurs, les arbres à fruits, les arbres à bois de senteur 
selon leurs espèces, le dou.x et l'amer, le salé, l'acide, l'àcrc, les diverses 
espèces de goûts distincts des herbes (amères), les saveurs agréables et 
désagréables, et qui, parfaites en leurs genres, sont pour les êtres animés un 
bienfait ou un fléau, que penses-tu de tout cela, Brahmà ? Ces choses-là, 
est-ce toi qui les as faites, toi qui les as transformées, toi (jui les as douées de 
leurs propi'iétés et de leurs vertus? — Non, Bhagavat, réjioudit Brahmà. 

Bhagavat reprit : Brahmà, et les cinq phases par lesquelles on tourne, la 
naissance, la mort, la sortie, l'apparition, le dépérissement, ces choses-là, 
Brahmâ, et encore, ce cercle de l'avenir (pii s'élargit toujours d où circulent 
le monde avec Brahniâ et les dieux, les créatures avec les ascètes et les 

' !.'.■ luul Un li.xle (citcil) ne re |ii(''k' ]ii(t, à un s-eiis salislaisiU;!. 



l'^RAGMENTS TRADUITS DU KAND.IOUR lOg 

brahmanes, semblable à un tissu désordonné, semblable à un peloton de ill 
mêle confusément; ce cercle, en mouvement perpétuel, par lequel on passe 
de ce monde à l'autre, et de l'autre monde à celui-ci, l'ignorance produite par 
ce mouvement circulaire, ces choses-là, qu'en penses-tu, Brahmà ? est-ce toi 
qui lésas faites, toi qui les as transformées, toi qui les as douées de leurs 
propriétés et de leurs vcrtus?-Non, Bhagavat, répondit Brahmâ 

Bhagavat repartit : Eh bien ! Brahmà, pourquoi as-tu cette pensée et (te 
<bs-tu) en toi-mème: C'est par moi que ces êtres animés ont été faits 1- 
moj qu'ds ont été transformés, par moi qu'ils ont été doués de leurs propriétés 
et de leurs vertus? 

Brahmà répondit: Bhagavat, j'étais sans intelligence ; j'ai gardé con- 
stamment les vues auxquelles j'étais arrivé; je ne les ai point rejetéts, en sorte 

que je sms dans l'erreur. En effet, Bhagavat, comme je n'avais point entendu 
d une mamere suivie la discipline de la loi prèchéepar le Tathàgata c'est 
par moi, me disais-je, que les êtres ont été créés, par moi qu'ils o'nt été 
ransonnes; c est par moi que le monde a été fait, par moi qu'il a été 
transforme; voila ce queje me disais, voilà quelles étaient mes vues erronées 
Et mamtenant, je questionne lo bienheureux Tathàgata sur le sens véritable 
et précis de ces choses. Bhagavat, par qui le monde a-t-il été fait, par qui 
a-t-i ete transformé ? par qui les êtres ont-ils été faits, par qui ont-ils été 
transformés ?Biiagavat, cette puissance (créatdce), de qui est-elle? de qui 
viennent ces propriétés et ces dons attribués (aux êtres) ? 
Bhagavat répondit en ces termes à Brahmâ : 

Brahmâ, c'est par le Karma (les actes empreints de moralité) que le monde 
a ete fait, par le Karma qu'il a été transformé ; c'est par le Karma que les 
êtres ont été créés ; c'est du Karma, provenant de la cause du Karm. 
qu émanent les distinctions (de l'être)*. ' 

Pourquoi cela ? diras -tu ; (c'est que), Brahmâ, de l'ignorance (procèdent) 
les composés, _ des composés, la conscience ; - de la conscience, le nom 
et la lorme; - du nom et de la forme, les six sièges des qualités sensibles • 
-des SIX sièges des qualités sensibles, la sensation; - de la sensation, la 

^.>^-tx::'^i:^;^:;.r ''-''' '''- ''""-'-'- -^^ •- "^-- r^-^.^ >^..-/a. 

A.\N. a — B 

22 



170 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

perception ; — de la porceiitioii, la soil"; — de la soif, l'attachement; — de 
l'attachement, l'existence; — de Texistence, la naissance; — de la naissance, 
la vieillesse et la mort, le chagrin, les lamentations, la douleur, la tristesse, 
le tourment d'esprit*. Ainsi se produit ce grand amas de souffrances, 
car on ne peut lui donner d'autre nom. Gela étant ainsi, Brahmà, si 
l'on supprimait l'ignorance, on supprimerait (du même coup) tout le reste, ce 
grand amas de misères qui ne mérite pas d'autre nom, et les intermédiaires. 
Brahmà, quand le Karma et la Loi (Dharma) sont mêlés l'un avec l'autre, les 
èti'es viennent à se manifester et à se produire; quand le Karma et la Loi ne 
sont pas mêlées l'un avec l'autre, (les êtres) ne viennent point à se manifester 
et à se produire ; alors rien no se fait, il n'y a plus ni celui qui agit, ni celui 
qui provoque à l'action, ni celui qui la seconde^. Brahmà, c'est ainsi que le 
Karma (de) ce monde disparaît, que la corruption naturelle disparait, que la 
douleur disparaît (pour faire place à) l'apaisement de la douleur, (à) la 
délivi'ance, au repos absolu, au Nirvana complet. Oui, Brahmà, tout ce qui 
est Karma est ainsi épuisé, tout ce qui est corruption morale est enlevé, tout 
ce qui est douleur est apaisé, tout ce qui est maladie est arrêté; c'est alors le 
Nirvana complet. Et tout cela existe par la puissance des Buddhas ; c'est par 
les propriétés et les vertus conférées par les Buddhas que la loi elle-même, 
cette loi est apparue. Pourquoi cela? diras -tu. Brahmà, quand les bienheureux 
Buddhas ne paraissent pas, un tel enseignement de la loi n'apparaît pas (non 
plus). Brahmà, dans le temps où les bienheureux Buddlias apparaissent dans 
le monde, en ce temps-là, pour donner le calme, on enseigne complètement 
les catégories de la loi, si profondes, qui brillent dans leur profondeur, 
diflicilesà recevoir et à garder en soi-même. Alors, eu l'entendant, les êtres 
soumis à la loi de la naissance arrivent à être complètement affranchis de la 
naissance, les êtres soumis à la loi de la vieillesse, de la mort, du chagrin, de 
la lamentation, de la tristesse, de l'affliction, de la peine, du trouble d'esprit, 
ceux-là sont complètement déUvrés des milieux du trouble. Oui, Brahmà, il 
en est ainsi ; par conséquent tous les composés sont semblables à une image 



1 Nous avonslci la série des douze larmes ordinairement appelés ?/î'ifina et qui forment le Pratitt/a- 
samutpada, c'est-à-dire l'enchaînement et la succession des effets et des causes. 

* Encore une phrase obscure et ditacile. ('Di-la byed-pa-po am | byed-du 'jug-pa-ani ne-var 
'jog-papo gang-yansf med-do || .) 



FRAGMENTS TRAnUITS nU KAXDJOrjR i' [ 

(trompeuse), aucun n'est éternel, ils sont mobiles et changeants ; n'étant pas 
éternels, ils périssent et subissent la loi du changement. Voilà, Brahmâ, ce 
qu'enseignent les Budilhas, ce qu'ils éclaircissent parfaitement, ce qu'ils font 
briller par des distinctions rigoureuses ; telles sont les propriétés et les vertus 
(communiquées par) les Buddhas. Même, quand les bienheureux Buddhas 
sont entrés dans le Nirvana complet et que leur loi est dans le déclin, il en 
est encore ainsi. Tous les composés sont semblables à une image réfléchie; 
tel est le principe; c'est en cela que consistent leur propriété et, leur vertu. 
Si les Tathâgatas ne s'épuisaient pas à considérer les composés comme choses 
semblables à une image réfléchie, les Tathâgatas ne s'épuiseraient pas à 
enseigner que tous les composés, (fugitifs) comme un instant, un moment, 
un clin d'œil, sont semblables à un rêve, à une image réfléchie, à un écho 
renvoyé [lar les rochers. C'est parce que les Tathâgatas connaissent que tous 
les composés sont semblables à un rêve, à une (vaine) image, à un écho, sont 
sans durée, mobiles et soumis à la loi du changement, c'est pour cela que les 
Tathâgatas enseignent que tout composé n'est qu'un rêve, une image, un 
écho. Quand on est instruit sur ce point, qu'on a une vue claire des preuves 
(de cette vérité), qu'on en a démêlé les signes caractéristiques, par ces signes 
évidents et sensibles des causes, des conséquences, on saisit ce principe que 
les composés sont sans durée, et l'on prononce avec certitude ce jugement : 
ils sont mobiles et sujets à la loi du changement ; ils s'écoulent avec le temps, 
avec les saisons, avec les périodes. Les moments, les divisions les plus petites 
du temps, les instants, les journées, les jours, les mois, les quinzaines, les 
années, les siècles de Kalpas périront ; — le grand amas de feu, lui aussi, 
après s'être embrasé mourra; — le grand amas d'eau, lui aussi, après avoir 
coulé, ne coulera plus; — le grand amas de vent, lui aussi, après s'être 
élevé, ne s'élèvera plus ; les grandes assises de la terre, elles aussi, après 
avoir existé, ne seront plus ; — le grand amas de montagnes, le Cakrâvala, 
le grand Cakrâvala, le Sumeru, le grand Sumeru, et les autres montagnes, 
les montagnes noires aussi, après avoir existé, ne seront plus; — le soleil, la 
lune et le cortège de la troupe des étoiles s'abîmeront, et, après avoir existé, 
perdront leur feu divin, perdront leur majesté, perdront leur splendeur, et 
retomberont (dans le néant) ; — le pays des dieux, les beaux et immenses 
palais des dieux périront aussi ; — les lieux habités, les villes et leurs 



172 ANNALES DU MDSÉK GDIMET 

faubourgs, les grands arbres verts, les bosquets, les parcs, les jardins, ces 
lieux de plaisance, après avoir existé, s'arrêteront (prendront tin) ; — ces 
dieux et ces hommes aussi, cesseront de naître, de vieillir, de mourir*. Aussi 
les hommes sages et savants, après avoir reconnu ces signes caractéris- 
tiques, (diront): Hélas! hélas! tous les composés sont sans durée, ils 
périront; ces co.nposés viendront à ne plus exister; ces composés finiront 
par s'épuiser et passer; — et ces pensées les attristeront. 

Ces hommes sages et instruits, par suite (de la considération) de ces causes 
et de ces conséquences, quitteront leur maison et erreront en religieux 
mendiants, sans avoir de maison. Ceux-là mêmes, après avoir quitté leur 
maison, par foi, pour errer en religieux mendiants, après avoir su et compris 
que tous les composés sont semblables à une image, semblables à un songe, 
semblables à un écho, au moven de ces signes, de ces considérations, de 
cet enchaînement de circonstances, en viendront à obtenir la Bodhi. 
Après avoir vu dans l'eau le disque de la lune, le disque brillant du soleil, et 
ces clartés du cori)S des étoiles, soit que le Tathàgata les ait instruits, soit 
qu'un autre docteur que le Tathàgata les ait instruits, après avoir apprécié 
par leur propre intelligence et avoir compris que tous les comjiosés sont 
semblables à un songe, à une image, à un écho, (alors), par l'elfet de la foi, 
ils quitteront leurs maisons, et erreront, sans avoir de maison, en moines 
mendiants, ils obtiendront le fruit de Çrota-àpatti (entrée dans le courant), 
le fruit de Sakrdàgami (qui revient une fois à la vie) le fruit d'Anàgami (qui 
ne revient pas) ; ils consommeront la dignité d'Arhat. Ils obti nuiront le 
Véhicule de l'individu (arrivé à la condition de) Bodhisattva, la première 
patience, ils obtiendront la deuxième patience, la troisième patience; ce sont 
les êtres savants, qui finissent par atteindre à la Bodhi parfaite au-dessus de 
laquelle il n'y a rien. Quand cet enseignement de la loi des bienheureux 
Buddhas entres dans le Nirvana SLU'a une fois ajiparii, les êtres qui l'auront 
entendu pratiqueront la délivrance à l'aide (de l'un) de ces trois véhicules, le 
Véhicule des Çrâvakas. le Véhicule des Pi-atjekabuddhas, et le Grand Véhi- 
cule qui possède toutes les supériorités au-dessus desquclk'S il n'y a rien. 

Brahnià, c'est ainsi ([u'il fliut connaître ce que sont les propriétés et les 

< Le texte semble dire, au contraire ; u viendroiil à naître, vieillir et mourir; » mais cela n'est pas 
admissible, et il doit manquer une négation. 



FRAGMENTS TARDUIT.- DU KAXDJOUR I73 

vertus des Buddhas: Brahmà, ce par quoi les crr^atiu^es sont savantes, ce par 
quoi l'on en vient à dire que les composés, n'étant que douleur, mobilité 
incapacité de durer, déchéance, jouet de la loi du changement, soni 
semblables à un rêve, à une image, à un écho, en sorte que, après avoir vu 
ces signes, on en vient à être plongé dans la plus complète affliction, c'est le 
domamedes Buddhas, c'est la propriété et la vertu du Buddha Nés d'un 
Karma antérieur et des actions d'autrefois, les êtres, en vertu d'une cause 
préexistante, doivent mûrir complètement : c'est là ce que proclame la loi 
Quand on a entendu cette parole, on professe que tous les composés sont sans 
durée, que les composés périssent, que tous les composés sont semblables à 
«n rêve, a un écho,- alors on rend hommage au Tathâgata, on arrive à la loi 
parfaite. Les êtres qui ont appris dans la société des bienheureux Buddhas 
a pratiquer la pureté (le célibat et la chasteté), ou qui, en quittant leurs 
.naisons, en sont venus à saisir complètement les bases de l'enseignement 
ceux-là aussi, par cet enchaînement des causes et des conséquences, se 
isant : les composés sont sans durée, les composés (ne) sont (que) douleur 
les composéspérissent, les composés sont semblables à un rêve, à uneimao-e' 
a un écho; en étant venus à raisonner de cette manière sur les composés,' 

3i ^ ""';''^ ""' ""' '' """ '' '' conséquences, quittant leu: 
maison, et menant, sans avoir de maison, une vie errante, bien que de bien- 
lieureux Buddhas n'aient point apparu dans le monde, néanmoins, grâce à la 

pu.ssance,graceauxpropriétésetvertus(communiquéespar)leBuddha, grâce 
aussi aux racines de vertus produites envers le Buddha, (ces êtres) arriveront 
a obtenir la Bodhi. Brahmà, c'est par ces déductions,' c'est ainsi qu'U flu 
connaître ces propriétés et ces vertus du Buddha; c'est ainsi qu'il faut savoir 
qu existe le domaine du Buddha. Brahmà, ce grand millie/ de tilTue 
i-egions du monde, appartenant au Buddha, est le domaine du Buddha 
Brahnia, c'est ainsi que moi, autrefois, accomphssant la manière de' vivre 
nn Bodhisattva, j'ai, pendant dix millions, cent mille millions, cent mil 
a.Kalpas sans nombre, produit des racines de vertu sans mesure et sans 

:Z^:iT' ':'''^-'-^ ^^^^^^- - «, mnombrabll 

or hte, les mor dications, la pureté (le céHbat et la chasteté), et, en outre 
clautres mortifications par dix milUons, cent mille millions, tn mi^ ' 
ont ete le moven par lequel, toutes mes racines de vertu s'ét nt augm t ' 



•174 ANNALES DU MDSÉE GUIMET 

et iii'éhmt iimi-mèine jnirilié, j'ai avec le temps reçu, comme un vase, h 
disciiiliiH' nu dcflans de nidijj'ai ainsi complètement reçu le domaini' du 
Biiddhact me suis parfaitement purifié. Par le don, par des paroles agréables, 
par le (bon) emploi des richesses, par de lions offices, en employant ces 
quatre movens de conciliatinn, je me suis parfaitement concilié les êtres. 
Ceux-là donc, par suite du vœu que j'avais fait, sont nés dans le champ du 
Buddha, et ont appris la loi que j'enseig-ne. Étant arrivés, par la loi que j'en- 
seigne, à la disciiiline, ils n'aiipartiennent ni aux Indras, ni aux Brahmâs, ni 
aux Lokapâlas.Brahmâ, d'après cet exposé méthodique, ceux-là, appartenant, 
de cette manière, au Buddha, étant de (l'école) des bienheureux Buddhas, ne 
sont pas de celle des Indras. ni de celle des Brahniàs. ni de celle des Lokapâlas ; 
de plus, ils ne sont ni de l'école des Tirthikas^, ni de celle des Mimâmsakas^, 
ni de celle des Parivrajakas^. Voilà ce que tu dois savoir. 

Ensuite Brahnià, le soigneur d"un million d'êtres et les autres Brahmâs, 
affligés et malades, s'écrièrent: Combien les bienheureux Buddhas, qui ont 
une loi si vaste et si grande, sont admirabl<}s! Combien ils sont admirables 
ces bienheureux Buddhas qui ont une loi si merveilleus.' ! — Tel était le 
langage qu'ils tenaient. 

Alors, ce Brahmâ (le chi'f) du grand millier de trois mille mondes, saisi 
d'admiration pour le Tathâgata, Arhat, parfaitement et complètement Buddha, 
se dit en lui-même: Combien le domaine des bienheureux Buddhas, qu'on 
ne peut embrasser par la pensée, qui dépasse toute limite, est admirable ! 
Puis, ce grand Brahraà, (chef) du grand millier d^ trois mille (mondes), ayant 
pris l'engagement d'être son disciple, prit refuge en Bhagavat : Que Bhagavat 
soit mon maître! Qno le Sugata soit mon maître! Bhagavat, de quelle 
manière perfectionnerai-je mon instruction? Donne-moi tes ordres, je te le 
demande. — C'est ainsi qu'il se disposa à recevoir les ordres de Bhagavat. 

Alors Bhagavat parla ainsi au grand Brahmâ: Brahmâ, ce grand millier 
de trois mille régions du monde est mon propre champ, le champ du Buddha, 
oui, du Buddha; et, puisqu'il esta moi, qu'il est au Buddha, Brahmâ, je te 
remets ce grand millier de trois mille régions du monde. Toi donc, applique- 

t Sectateurs du brahmanisme. 

* Partisans de la Mimamsà, pliilosophie raisonneuse, dialectique. 

3 Pèlerins, religieux errants. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 175 

toi à marclier d'après moi, suis ces clieraius de la vertu, observe cette règle 
de la vertu, cette règle du Buddha au-dessus duquel il n'y a rien, règle 
de la Loi, cette règle de la Confrérie des moines; observe-les sans inter- 
ruption. 

Maintenant la lin de cet être (ma fin) arrivée, le premier de mes fils*, un 
jeune homme né de (mon) cœur, né de ma bouche, issu de la loi, transformé 
parla loi, le Budhisattva ^laitreya, doué d'uni- grande compassion, désirant 
le bien d'un grand nombre d'êtres, désirant leur utilité, désirant leur bien, 
désirant leur utilité et leur bien, doit venir*. Il faudra que, selon que j'ai 
dominé sur ce grand millier de trois mille régions du monde, il le domine 
semblablement par la loi. De même que tu t'es mis d'accord avec moi, mets- 
toi aussi d'accoi'd avec lui. Toi donc, veille à ce que rien ne soit inter- 
rompu, ni ces chemins de la vertu, ni cette règle de la vertu, ni cette 
règle du Buddha, ni cette règle de la Loi, ni cftte règle de la Confrérie 
des (moines). Pourquoi cela? diras-tu peut-être. — Brahmâ, aussi long- 
temps que la règle de la vertu se perpétuera ainsi sans int(_'rruption, 
aussi longtemps la règle du Buddha, la règle de la Loi, la règle de la 
Confrérie (des moines), ne sera pas interrompue; la règle d'Indra et de 
Brahmà, et celle de Lokapàlas. celle des dieu.x et celle des hommes, depuis 
la loi de la délivrance jusqu'à celle du Nirvana, ne seront pas interrompues. 
En conséquence, Brahmà, ce grand millier de trois mille régions du monde, 
le champ du Buddha, oui, du Buddha, je te le remets, Brahmà; voilà les 
instructions que je te donne : agis en conséquence. Maintenant la fin de cet 
être (ma fin) est arrivée. 

En ce temps-là, Brahmà et les Brahmàs, tout autant qu'il y en a, résidant 
dans le millier de truis mille régions du monde, avaient été complètement 
gagnés à la loi sublime, le grand Brahmà seul excepté: Brahmâ, le grand 
Brahmà des mille fut aussi gagné par Bhagavat à la loi sublime; Bhagavat 
l'y fit entrer. 

i De mes disciples; les disciples de Çâkyamuni sont appelés « fils de Çàkya ». Ce fils de Çàkya, c'est 
le futur Buddha Maitreya. Au premier abord, il semble étrange qu'on lui altribue la qualitéde disciple. 
Mais avant de devenir Buddhas, les BoJhisjttvas doivent passer par une longue préparation, nue 
longue école. A tout prendre, la qualité de disciple leur sied assez bien. 



IX 



PRAJNA PARAMITA HRDAYA 



Le Sùtra intitulé Prajnâ-pâramitâ-hrdai/a, a le cœur (ou l'essence) 
de la science transcendante, » est un des résumés les plus courts de la Prajnà- 
pâramitâ qui, sous le titre tibétain abrégé Çer-jihj/in, forme la section 11" 
du Kandjour, et correspond kVAbhidhamma du canon pâli. Je crois même 
que c'est le traité le plus court de toute cette section (si toutefois l'on excepte 
cet ouvrage unique per sa brièveté qui se réduit à la lettre A). La « science 
transcendante » y est condensée en vingt-cinq propositions ou phrases ; aussi 
lui donne-t-on le second titre de « Prajnà-pàramitâ en vingt-cinq Çlokas ». 

Au point de vue de la composition, ce texte se distingue par cette parti- 
cularité, dont il existe, du reste, des exemples assez nombreux, que l'ensei- 
gnement y est donné, non par le Buddha lui-même, mais par un tiers, le 
Buddha étant présent et donnant son approbation, après avoir dormi ou 
profondément médité pendant la leçon. L'enseignement est donné par 
Avalokitcçvara, le Bôdliisattva patron du Tibet : il est spécialement 
adressé à Çàriputra, un dos deux principaux disciples du Buddha. 0\\ ne 
pouvait pas souhaiter deux interlocuteurs pliis é;uineuts. 

Quant à la nature, cet enseignement se distingue par un nihilisme poussé 
aux dernières limites ; les quatre vérités elles-mêmes y sont niées. 

Nous donnons ce texte comme un spécimen de la section Prajnà-pàramità. 
Il se trouve dans le XXI° volume de cette section, intitulé : Snn-is'or/s 
(« Divers ») et est le troisième des ouVragcs de^gnnuh ur varial)le (pie ren- 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 177 

ferme ce volume : il est répété dans le Rgyud, soit à cause de l'importance 
qu'on lui attribue, soit à cause des mantras qui y sont cités, et se trouve dans 
le volume XP de cette section, où il occupe également la treizième place'. 
Voici la traduction : 



Çor-chiii XXI, {'i' . — Rgyud XI, 13' (folios 92-9i). 

En langue de l'Inde : Arya-BhagavaU-prajnâ-pâramità-hrdaya- 
Mahâyâna-Sûtra. — En langue de Bod : Yiphags-pa Bconi-ldan-kdas- 
ma Çes^rab-kyi 2^ha-rol-tu j)hyin-2}ai sning-po jes-bya-va the[/-pachen- 
poi mdo. (En français) : a Sublime sûtra de Grand Véhicule, intitulé : 
Essence de la bienheureuse science transcendante. » 

Adoration à la science transcendante : Voici le discours que j'ai entendu 
une fois. — Bhagavat résidait à Râjagrha sur le mont Grdhrakûta avec une 
grande assemblée de Bhixus, une grande assemblée de Bodhisattvas. 

En ce temps-là, Bhagavat, après avoir dit l'exposé de la loi. intitulé : 
« l'illumination de la profondeur-, » s'était absorbé dans l'extase Samàdhi. 

Alors le Bùdhisattva Mahàsattva Avalokiteçvara contemplait l'exposé de 
la loi, intitulé : Illumination de la profondeur [et dans les cinq aggrégats. il 
contemplait le vide par sa nature propre -l. 

Ensuite, par la puissance du Buddha, l'àjusmat Çùriputra adressa ces 
paroles au Bùdhisattva Mahàsattva Avalokiteçvara : Si un lils de famille ou 
une fille de famille a le désir d'être versé dans cette profonde science trans- 
cendante, que faut-il lui enseigner ? 

A ces mots, le Bôdhisattva Mahàsattva Avalokiteçvara parla ainsi à 
l'Âyusmat Çâriputra ; « Çàriputra, le fils de famille ou la fille de famille qui a 
le désir d'être versé dans cette profonde science transcendante doit apprendre 
ceci ; c'est que les cinq Skandhas sont vides par leur nature propre. Gom- 
ment sont-ils vides par leur propre nature ? La forme est précisément le vide, 
et le vide est précisément la forme. La forme n'est pas distincte du vide, et 

i U en existe une édition polyglotte renfermant le texte sanskrit accompagné des traductions tibé- 
taine, chinoise, mandchoue, mongole. 

2 G anibhîra-acabhâsa en sanskril. II devrait exister un traité de ce nom ; mais il n'est pas dans le 
Kandjour, du moins isolément et sous ce titre. L'expression a été citée p. 170, I. Vil, en remontant. 

2 Manque d..ns le sanskrit. » 

Ann. g — B '23 



178 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

le vide n'est pas distinct de la forme. Il en est de uièmede la perception, de la 
conscience, des Sanskâras, de la discrimination ^ C'est ainsi, Gàriputra, que 
toutes les lois sont le vide par leur propre nature, n'ayant pas de signes 
distinctifs, n'étant sujettes ni à la naissance, ni à la production, ni à l'ob- 
struction, ni il la souillure, ni à l'exemption di: §ouillure, ni à la diiniiuition, 
ni au parfait accomplissement. 

Par conséquent, Gàriputra, dans le vide, il n'}- a ni forme, ni perception, 
ni conscience, ni Sanskâras, ni discrimination ; — ni œil, ni oreilles, ni 
nez, ni langue, ni corps, ni esprit'; — - ni forme', ni son, ni odeur, ni saveur, 
ni toucher, ni loi ; — ni élément de l'œil, — ni élément de l'esprit ■•, ni élément 
de la discrimination de l'esprit. — D'où il suit qu'il n'y a ni ignorance, 
ni destruction de l'ignorance, — ni vieillesse et mort, ni destruction de la 
vieillesse et de la mort''; il n'y a ni douleur, ni origine, ni empêchement, ni 
voie; — ni connaissance, ni obtention, ni non-obtention. 

En conséquence, Çâriputra, puisqu'il n'y a [pour les Bôdhisattvas °J ni 
obtention, ni non-obtention, c'est en se réfugiant dans la Prajiïà-pâramità, 
et en s'y tenant que l'esprit n'ayant plus de support", étant exempt de 
frayeur, supérieur à toute transgression, (le Bôdhisattva) obtient le Nirvana. 
C'est en se tenant ferme (sur ce terrain) que, [dans les trois périodes*], 
les parfaits et accomplis Buddhas réfugiés dans la Prajnà-pàramitâ ont 
obtenu la Bôdhi parfaite et accomplie au-dessus de laquelle il n'y en a pas. 

En conséquence, Gàriputra, il faut apprendre le mantra de la Prajnà- 
pâramita, le mantra de la science, le mantra sans supérieur, le mantra égal 
et sans égal, le mantra qui calme toutes les douleurs, le mantra efficacement 

' C'esl-à-dire qu"il faut répéter, pour chacun de ces termes, ce qui a été dit du premier : la forme. 
Nous avons déjà dit que celle forme, c'est le corps. Pour les mentions antérieures des cinq Skaudhas, 
y. p. 124-6 et 140. 

- Les cinq premiers de ces six termes ne sont q les noms des portions du premier Skandha ( « la 
forme » ) : le sixième doit, au contraire, représenter les quatre autres Skandlias. 

3 Ici le mot « forme .i désigne non plus, comme tout à l'heure le corps, l'organisme, mais les formes 
perçues par l'organisme, la vue. H est pris dans l'acception où nous le prenons nous-mêmes. 

* Entre « élément de l'œil » et « élément de l'esprit », il faut rélablirpar la pensée les termes cilé» 
plus haut, « oreille, etc. », en rapport avec le mot « élément ». 

5 « L'ignorance » est le premier, « la vieillesse et la mort » le douzième terme du Nidâna : il faut ici 
encore rétablir les termes inlermédiaires qui sont sous-entendus pour abréger. 

" Manque dans le sanskrit. 

' « D'obscurité, » selon une autre leçon. Il y a dans celle phrase plusieurs variantes qui en atleslent 
a la fois l'importance et la difficulté. Nous ne pouvons entrer dans les discussions qu'elles soulèvent. 

» Il n'est pas question de ces trois périodes dans le texte sanskrit. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR HO 

et non vainement approprié à la Prajùà-pàratuitu, savoir : Gatà, Gâté; — 
Pârangale; — Pârasa>igate ; — Bodhisvâha. Voilà, Çàriputra, comment 
le Bodliisattva Mahàsattva doit prendre son refuge dans la Prajiïà-pàramità. 

Alors donc, Bliagavat, s'étant, à cette heure inènie, réveillé de cette 
Samàdhi, donna son approbation au Bodliisattva Alahâsattva Avalokiteçvara, 
par les mots : Bien! bien! Fils de famille, c'est bien cela! Fils de 
famille, c'est bien cela! (Test ainsi, comme tu l'as expliqué, que cette 
Prajnâ-pâraraitâ a été déclarée par tous les Tathàgatas, Arhats, parfaits 
Buddlias. 

Ainsi parla Bhagavat ; le noble (àrya) Bôdhisattva Mahàsattva Avaloki- 
teçvara transporté, et ces Bhixus et ces Bôdhisattvas Mahàsattvas, et toute 
cette assemblée qui comprend tout le monde avec ses Devas, hommes, Asuras, 
Gandharvas, louèrent hautement le discours de Bhagavat. 

Fin de l'essence de la sublime (ou bienheureuse, selon le tibétain) Prajnù ■ 
pâramita en vingt- cinq (Çlokas). 

Nota. — La nientioii des vingt-cinq (çlokas) ne se trouve que dans le texte sanskrit 
(de l'édilion polyglotte, le seul que je connaisse), les diverses traductions ne la ren- 
ferment pas. Cette circonstance jointe à ce fait qu'il existe un texte spécial intitulé : la 
« Prajnâ- pâramita en vingt-cinq çlokas » (Cer-clnn ; Sna-ts'ogs, 12°), donne' lieu de 
croire que la mention dont il s'agit est supposée et n'appartient pas réellement à ce texte. 



NAIRATMAPARIPRCCHA 

Le texte qu'on vient de lire se distingue par cette particularité que le 
Buddha ne participe pas en réalité à la discussion et à l'enseignement, 
quoiqu'il y assiste et donne son approbation. En voici un dans lequel tout se 
passe en l'absence du Buddlia qui est à peine cité. Il s'agit d'un entretien 
entre des sectateurs du brahmanisme appelés, selon l'usage, Tîrthikas et des 
adhérents de l'école du Grand Véhicule (ou Malià-yàna) que j'appelle 
mahâyânistes. Ce dialogue n'a ni le préambule ni la conclusion ordinaire des 
siitras. On voit que c'est tout simplement l'extrait d'un récit suivi. Ce n'est 
pas que beaucoup de si^itras réguliers ne soient dans ce cas : mais, au moins, 
ils sont encadrés entre un commencement et une fin réglementaires qu'on 
ne s'est pas préoccupé de donner à notre texte. La discusion proprement dite 
s'y termine par une tirade en vers dans laquelle le sujet n'est pas serré 
d'aussi près. 

Ce sujet est l'existence ou plutôt la non-existence du moi (uairâtma). 
Csoma, se fondant sur la version tibétaine du titre, a pris Nairâlma pour u i 
nom propre, pour le nom du personnage qui interroge. La teneur du texte, 
ainsi qu'on le verra, prouve que ce doit être une erreur ; il n'y a pas de per- 
sonnage de ce nom. Les questions sont faites par des Tîrthikas, et la réponse 
est donnée par des adhérents de l'école du Grand Véhicule. Aussi, me suis je 
cru autorisé à [donner une autre interprétation du titre, contrairement à 
l'autorité du Kandjour. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 181 

La discussion est fortement empreinte de nihilisme ; cependant elle est 
peut-être plus sceptique encore que nihiliste. Elle n'est pas facile à entendre 
ni à rendre. Voici la traduction que je crois pouvoir en donner. 

Mdo XIV, 2" (folios 8-11). 

En langue de l'Inde: Arya-nairnlma-pariprccha nâma Mahâijâna- 
sûtra. — En langue de Bod : Ejjhags-pa hdag-med~pa dris-pa jes- bya~ 
va iheg-pa chen-poi mdo. — (En français :) Sublime sùtra de Grand 
Véhicule intitulé : Questions sur le non-moi. 

Adoration à tous les Buddhas et Bôdhisattvas. — Ensuite ces Tirthikas, qui 
avaient la vue de l'imagination, raisonnaient et cherchaient avec soin, vinrent 
au Grand Véhicule. Après avoir salué, en prononçant les paroles (d'usage) et 
en réunissant les paumes des mains, ils firent des questions sur la non-exis- 
tence du moi : Fils de famille, celui qui sait tout a enseigné que, dans le 
corps, il n'y a pas de moi. Mais s'il n'y a absolument pas de moi dans le 
corps, comment donc l'affection, le rire, les larmes, l'enjouement, la colère, 
l'orgueil, l'envie, la calomnie et d'autres phénomènes s'y produisaient- ils? 
— Quoi donc? Y a-t-il, en définitive, un moi dans le corps, ou n'y en a-t-il 
pas? Il est juste que tu nous éclaircisses ces doutes*. 

Les Mahàyànistes répondirent: Compagnons, vous demandez s'il y a 
véritablement un moi dans le corps ou s'il n'y eu a pas. C'est une question 
sur laquelle il ne peut y avoir deux manières de dire. Car si l'on dit (avec 
raison) : il existe réellement, ce serait à parler à faux que de dire : il n'existe 
pas. Or, s'il existe, en effet, comment se fait-il que (dans) les cheveux, les 
ongles, la tête, les chairs, les os, les pieds, la graisse, les muscles, le foie, 
les illusions (des sens), l'œsophage, la main, le pied, les membres, les arti- 
culations, en un mot tous les appendices extérieurs et intérieurs du corps tout 
entier, si on les sonde un à un, (on trouve que) le moi n'apparaît nullement. 

Les Tirthikas reprirent : (oui) pour celui qui regarde avec l'œil divin ; 
mais, pour nous, qui avons l'œil de la chair, nous voyons le moi aussi claire- 
ment (que vous vous ne l'apercevez pas). 

i Laqueslioa semble être bien fuite à u,i individu qui pourrait être Nairàtma, mais la réponse est 
donnée par plusieurs, lepunse esi 



182 ANNALES DU MDSEE GUIMET 

Les MahAvànistes répondirent : C'est qu'aussi ceux qui ont l'œil divin ne 
l'aperçoivent pas. Là où il n'y a ni couleur, ni forme, ni ligure, comment 
pourrait-on voir? 

Les Tîrthikas reprirent : Eh quoi ? Il n'existe donc pas ? 

Les Mahâyânistos répondirent: Si l'on dit (à bon droii) : il n'existe pas, 
ce serait parler à faux que de dire : il existe. S'il n'exist(> pas, comment ces 
choses se manifestent-elles, savoir: rattachement, le rire, les pleurs, le 
jeu, la colère, l'orgueil, l'envie, la calomnie, etc. ? Comment ces phénomènes, 
se produisent-ils? En conséquence, il ne serait pas convenable de dire : il 
n'existe pas. — A la question: existe-t-il? on ne peut donc répondre pleine- 
ment ; il n'existe pas. Puisque ce serait fautif, on ne peut (avec assuranci') 
opposer à (l'affirmation) : il est, (la négation) : il n'est pas. 

Les Tîrthikas reprirent : .Mais, sur ce point, chacun se fait des idées (à soi). 

Les Mahâyànistes répondirent : Ces idées qu'on se fait ne correspondent 
pas à la réalité. 

Les Tîrthikas reprirent : Eh quoi ? N'y a-t-il pas un vide tel que le ciel? 

Les Mahâyànistes répondirent : Compagnons, il en est ainsi, il y a un vide 
tel que le ciel. 

Les Tîrthikas reprirent : Puisqu'il en est ainsi, comment rafTection.le rire, 
les pleurs, le jeu, la colère, l'orgueil, l'envie, la calomnie et toutes les autres 
passions, en un mot, se produisent-elles? 

Les Mahâyànistes répondirent : EUes sont semblables aux apparitions, aux 
rêves, aux visions. 

Les Tîrthikas reprirent: Que sont les apparitions, les rêves, les vision -5? 

Les Mahâyànistes répondirent: Les apparitions sont de pures manifes- 
tations, les rêves sont purement des clartés; comme ces choses sont insaisis- 
sables, elles sont le vide par leur propre nature. C'est le type de ce qui existe 
et n'existe pas. Les visions sont en plus grand nombre qu'il n'est néces- 
saire (?). Oui, compagnons, il en est ainsi : toutes les substances sont sem- 
blables à des apparitions, à des rêves, à des visions. 

Autre chose encore ! Il faut apprendre (ces deux choses) : le vide ' et le 



• Le tibétain rmjiloie ici un mot (Kung-rd:ob) différent de celui quia été employé précédemment et 
qui est en quelque sorte le terme officiel (Slong). 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 183 

sens vrai. Ainsi quand on dit: lo vide, il faut dire : Ceci est moi, ceci est 
autre (que moi); le principe vital, l'homme, la personnalité, l'agent, celui 
qui perçoit, la richesse, les enfants, les épouses, les amis, les parents, et tout 
le reste, si ou les examine, ne sont que le vide. Or, celui pour qui il n'y a ni 
moi ni non-moi, ni principe vital, ni honnne, ni personnahté, ni agent, ni 
sujet percevant, ni richesses, ni hls, ni épouse, ni amis, ni parents, etc., il 
faut dire de lui qu'il a le sens vrai'. Celui pour qui, après recherches 
approfondies feites sur toutes les substances (pour en connaître) la nature 
propre, le fruit de la vertu et du vice, la naissance, l'empêchement (de la 
naissance) sont le vide ; pour qui il n'y a, ([.ar conséquent.) ni fruit de la vertu 
et du vice, ni naissance, ni empêchement, — l'identité de nature (de toutes 
ces choses) faisant qu'il n'y a plus ni souillure ni pureté, — celui-là 
embrasse la réalisation de toutes les lois du milieu . 
On a tenu sur ce sujet le discours suivant : 

11 y a le vide et le sens vrai ; 
il faut faire cette distinction. 

Le vide est la loi du monde ; 
le sens vrai dépasse le monde. 

L'être entré dans la loi du monde 
devient supérieur à la souillure. 

Celui qui n'a aucune connaissance du sens vrai 
tournera longtemps dans le cercle. 

Ceux à qui les lois du monde du vide 
sont complètement inconnues peuvent chercher j 

ils ont beau chercher, 
la déchéance les atteint et ils savourent la douleur. 

Gomme des gens du commun, 
des enfants étrangers à la délivrance, 

ils éprouvent des douleurs inépuisables, 
ils les savourent en grand nombre. 

Celui qui ne connaît pas le sens vrai 
lequel (seul) peut empêcher l'existence, 

' Le sens vrai est lu cuuiiaissuuce, l'iiilelligence du vide, la possessiou de la venté. 



184 ANNALES DU MDSEE GDIMET 

s'il parvient à arrêter la naissance. 
Ta et vient sans naissance '. 

L'insensé qui réside dans les lois du monde 
tourne comme une roue; 

dans le cercle qui est le siège de la douleur, 
il tournera à perpétuité. 

Comme le soleil et la lune 
vont et viennent alternativement, 

ainsi, changeant de place dans l'existence, 
les êtres vont et viennent alternativement. 

Ce qui tourne ne dure pas 
et est sans fixité ; en un mot, c'est la ruine même (?). 

Aussi celui qui ne connaît pas le sens vrai 
rejette le vide, siège de la vérité. 

Du lieu du Svarga, les dieux (Demis) 
les Asuras, et les Gandharvas 

vont et viennent en tous (lieux) : 
tout est vide, (tel) est le fruit (à recueillir;. 

Les êtres actifs (par excellence), les dieux 
qui résident dans le lieu où se produisent les qualités 

transmigrent du ciel et tombent plus bas ; 
tout est vide, (tel) est le fruit (à recueillir). 

Il en est de même de cette royauté universelle d'Indra. 
Celui qui a obtenu la bonne place 

y rentrera après être né parmi les animaux. 
Tout est vide, (tel) est le fruit (à recueillir). 

Aussi,. rejetant toutes les bonnes qualités 
des dieux du Svarga, 

L'esprit de Bodhi, resplendissant 
par le Yoga, s'applique à s'élargir sans cesse. 

Point de substance, point d'idée, 
rien que le vide, point de lieu (ou de résidence permanente), 

élévation au-dessus de toutes les affaires du monde, 
telles sont les caractéristiques de l'esprit de Bodhi. 

Sans rudesse et sans douceui", 
ni froid ni cliaud, 

1 Je ne puis tirer un sens satisfaisant de celle stance qui, pourtant, ne renferme aucun terme insolite. 



I 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 1 S5 

sans contact, insaisissable, 
telles sont les caraetéri>tiqiies de l'esprit de Bodlii. 

Ni long, ni court, 
ni rond, ni triangulaire 

ni tluet, ni épais, 
telles sont les caractéristiques de l'esprit du Bodlii. 

Etre bien élevé au- dessus des méditatil's (ordinaires) 
être en dehors du terrain des Tirthikas, 

pratiquer la Prajûâ-ptàramità, 
telles sont les caractéristiques de l'esprit de Bodhi. 

N'avoir point do modèle, 
ne point se livrei' à la iii('ditation (vulgaire); 

ne point regarder, être dans un lieu excellent, 
être pur par sa propre nature ; 
telles sont les caractéristiques de l'esprit de Bodhi. 

Tout étant semblable à l'écume, 
semblable à une bulle d'eau sans essence, 

sans permanence, sans moi, 
identique à une illusion, à un trompe-l'œil ; 

Celui qui est ramassé sur soi comme une masse, 
rempli par les afTaircs du monde, 

la convoitise, la haine, etc., 
celui-là est un hoinme qui s'attache à l'illusion. 

Comme pour une tache dans une maladie (?), 
on n'y prend pas garde un seul instant, 

et si l'on considère la Pi'ajnâ-pàramità, 
. on ne rassemble pas pour elle de la même façon les forces de l'intelligence. 

On rit constamment, on joue, 
on parle mélodie, musique ; 

tous ces biens sur lesquels on se repose, 
tous ces biens ne sont qu'un rêve. 

Tout ce qui est accumulé par les êtres corporels, 
tout cela est identique à un songe ; 

si l'esprit en raisonne comme d'un rêve, 
l'esprit aussi est semblable au ciel. 

Celui qui médite constamment cette règle, 
la règle de la Prajnà-pâramità; 
Ann. g. - B , , i4 



1S6 ANNALES DU MUSÉE GUIMET 

■ celui qui modite constamment ceci , 
afiranchi de toutes les substances, 

obtiendra le l'ang excellent, 
qui est la Bodhi au-dessus do laquelle il n'y a rien, 

méditée par tous les Buddhas avec un soin particulier. 

S'il la saisit par la méditation, 
il obtiendra le fruit du Grand Véhicule. 

Fia du svibliiue Sùtra de Gv-àvl Vù'iic.ilo intitulé : Question sur le non- 
moi. 



MORALE 



Sous ce titre nous réunissons lessùtras suivants: 

I. Alpa-dcvata-siUra (« Petit sûtra d'un dii'u >■) sur les dix actions 
défendues. 

II. T)'(dliarinaha sûtra (3 préceptes). 

III. IV. V. Trois sûtras intitulés CaUirdliarmaka sur lesquels un est 
qualifié sûtra de Grand Véhicule et un autre Nirdeça^ Chacun de ces textes 
renferme r(;'noncé de quatre préceptes. 

VI. Le Catuska Nirhâra les « accomplissements » (ou « achèvements, 
perfections ).), quatre par quatre, — sùtra renfermant une série de stances 
dans chacune desquelles il est fait mention de quatre préceptes ou visions. 

VII. Le Maitri bhâvana, « méditation sur l'amour, » emprunté à la litté- 
rature pâlie. 

Ylll.LeMa/td-man(/ala-Sûfra, emprunté comme le précédent à la litté- 
rature pcâlie, mais qui a son équivalent dans la littérature tibétaine. Les deux 
versions seront donc données parallèlement. 

IX. X. Le Pancosixâniçamsa ot\e Naiulika-Sûlra sur les cinq actions 
défendues. 

XI. Le Karma -VibJuiga sur la division des actes et des effets qui en 
résultent. 



' Nirdeca. est la qualification spéciale d'iiii , eilaiu nombre ile lexles tluKaudjour qui semblent former 
une classe particuliére.Jls n'en sont pas muiiis complès comme Sùlras. J'en ai donné la liste dans les 
appendices à l'analyse du Kandjour. (Annales du musée Guimet, t. II, p. 564.) 



ALPA-DEVATA SUTRA 

Ce petit texte, tout en vers, a le mérite de résumer, non pas sous la forme 
technique et sèche, mais sous une forme un peu développée, claire néanmoins 
et suffisamment précise, les dix préceptes moraux du bouddhisme, ou les dix 
défenses relatives aux péchés du corps (meurtre, vol, adultère), aux péchés 
delà parole (mensonge, médisance, injures, bavardage), aux péchés de la 
pensée (convoitise, haine, erreur). Les textes dans lesquels ce sujet est traité, 
spécialement ou par occasion sont fort nombreux. Celui-ci a l'avantage d'être 
un des plus brefs parmi ceux qui sont spécialement consacrés à ce sujet 
important. On peut, à la vérité, lui reprocher de ne pas donner toujours le 
terme traditionnel adopté pour désigner chacun des péchés énumérés ; mais 
les définitions en sont assez claires pour qu'on soit autorisé à le présenter 
comme un des résumés lesplus intéressants de cette nomenclature des vices ou 
des vertus, la plus importante du bouddhisme, comme le prouvent les textes 
qui viennent après. On donne le nom de duçcarita, « mauvaise conduite, » 
aux dix actions coupables dont se compose cette énumération et par suite le 
nom de sucainla, « bonne conduite, » à l'abstention relativement à ces dix 
actions. Notre petit texte, en définissant le duçcarila, célèbre le siicarifa. 

Les quatre premiers articles du duçcarita (ou sucari/a), qui sont la partie 
essentielle de l'énumération, augmentés d'un article nouveau sur l'ivrognerie, 
constituent une autre énumération (le Panca-sUa) dont il sera question 
plus loin. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR io\) 

Pour mieux marquer les divers articles du diiçcurita, je les ajoute, sous 
forme de titre., eu tète de la stance qui concerne chacun d'eux, au risque de 
faire du tort à l'élan poétique de notre texte. Ce n'est pas que je le donne 
comme une poésie de grande valeur; mais il a une certaine rapidité d'allure 
et de rythme qui me parait en rendre la lecture assez agréable. 



PETIT SUTRA D UN DIEU 
- Mdo XVXI, 37, ." 4oS-g — 

En langue de l'Inde : Alp%-devata~sûtra. — En 1 mgue de Bod : Lha- 
mdo mmg-gu. — En français : petit sùtra d'un dieu (ou d'un deva). 

Adoration à tous les Buddhas et Bùdhisattvas. Voici le discours que j'ai 
entendu une fois : Bhagavat résidait à Grâvastî à Jetavana, dans le jardin 
d'Anâthapindada. 

Or, un dieu se rendit au lieu où était Bhagavat, adora avec sa tête les 
pieds de Bhagavat, et se plaça à une petite distance de lui. Placé à une petite 
distance, ce dieu questionna Bhagavat en ces ternies : 

Qu'est-ce que la moralité ? Qu'est-ce que la bonne conduite? 
Qu'est-ce que les qualités? Qu'est-ce que les bonnes œuvres et comment s'y attache-t-on ? 
Qu'est- ce que la science supérieure? 
Quels sont les hommes qui arrivent au Svarga ? 

Emu de compassion pour ce dieu, 

le maître rendit cet oracle: 
Tu veux savoir quels hommes vont au Svarga ? 

Deva, écoute-moi ! 

I. PÉCHÉS DU Corps 

Meurtre (1) 

Ceux qui s'abstiennent de tuer, 

s'attachent à la règle, observent leur vœu, 
ne font pas de mal aux créatures, 

sont les hommes qui vont au Svarga. 

Vol (i) 
Ceux qui ne touchent pas à ce qu'on ne leur donne pas, 

se contentent constamment de ce qui leur est offert en don, 
s'abstiennent de voler, no volent pas, 

sont les hommes qui vont au Svarga. 



iOO ANNALES DO MUSEE GCIMET 

Adultère (3j 

Ceux qui ne vont pas vers l'épouse d'un autre, 

s'abstiennent soigneusement de l'adultère, 
se contentent de leur propre femme, 

sont les hommes qui vont au Svarga. 

II. PÉCHÉS DE Parole 
M cnsong c (4) 

Ceux qui, soit pour voler dans l'intérêt d'autrui 

ou pour eux-mêmes, soit par crainte, 
ne profèrent jamais de mensonges, 

sont les hommes qui vont au Svarga. 

Médisance ou Calomnie (S) 

Ceux qui s'abstiennent de paroles médisantes . 

uniquement propres à brouiller des amis, 
et se plaisent dans l'union, 

sont les hommes qui vont au Svarga. 

Violence du langage (6) 

Ceux qui s'abstiennent de paroles dures inspirées par l'ivresse ', 

destructrices de la bonne humeur, 
et tiennent un langage plein de douceur, 

sont les hommes qui vont au Svarga. 

Folie du langage (7) 

Ceux qui, s'abstenant de paroles insensées 

prononcées sans raison ni motif, 
ne parlent jamais qu'à propos 

sont les hommes qui vont au Svarga. 

III. Pkciiés de Pe.n'sée 
Convoitise (S) 

Ceux qui. soit dans une ville, soit dans un désert, 

dans leurs actes ou à propos de ceux d'autiui, 
demeurent exempts de convoitise, 

sont les hommes qui vont au Svarga. ^ 

* Cette citation de l'ivresse semble accuser l'intention de rattacher les dix préceptes du Duçcarita 
aux cinq préceptes du Panca-cila. C'est le seul exemple que j'en connaisse, et.il me paraît digne d'être 
noté. Seulement, je ne suis pas parfaitement sur de ma traduction. Le texte n'emploie pas les mots qui 
désignent ordinairement l'ivresse ; ce qui s'exjilique par le langage poétique de noire Sùlra. Je ne pu s 
discuter ici mon interprétation ; je crois bien qu'elle est exacte, mais j'avoue qu il me reste quelques 
doutes. 



FBAGME.NTS TRADUITS DU KANDJOUR 191 

llaiae (Oj 

Ceux qui, dans un esprit de compassion, se gardent de nuire, 

ont des dispositions inoiiensives, 
ne font de mal à aucun être, 

sont les hommes qui vont au Svarga. 

Èjarement spirituel (10) 

Ceux qui ont une foi entière dans ces deux choses, 

l'acte et la maturation de l'acte, 
saisissent parfaitement la vue parfaite, 

sont les hommesqui vont au Svarga. 

Voilà la loi de la vertu, 

voilà les dix sentiers de la loi blanche. 
Ceux qui s'y attachent parfaitement, 

sont les hommes qui vont au Svarga. 

Le Brahmane arrivé au Nirvana, 

vainqueur de l'ennemi et de la crainte, 
exempt de convoitise pour (les choses) du monde passe à l'autre bord ; 

mais beaucoup ne voient pas les choses comme elles sont. 

Quand Bhagavat eut prouoacé ce discours, ce dieu fut très réjoui et loua 
hautement le discours de Bhagavat. — Fin du petit sùtra d'un dieu. 



H. III. IV. V 

TRIDHARMAKA ET CATURDH ARM A K A SÙTRA 

Ces quatre textes ont été publiés dans uu même article du Journal Asiatique 
(décembre 186G). Trois d'entre eux sont composés, comme il arinve souvent, 
de deux parties, Tune en prose, l'autre en vers. Des deux Calur-dharmaha 
l'un est du prand ^^éhicule, d'où l'on peut conclure que l'autre est du petit. 
II n'y a pas entre eux une correspondance aussi grande (pi 'on aurait pu 
l'attendre, l'un prescrivant de renoncer à quatre choses déclarées mauvaises, 
l'autre de ne pas abandonnner quatre choses déclarées bonnes. Le Catur- 
dharmaka-nirdeça plus moderne que les autres textes, selon les apparences, 
est quelque peu éniguiatiquc et obscur dans ses formules. Je ne i)uis répéter 
les longues observations que j'ai cru devoir présenter dans le Journal 
Asiatique et je me borne à donner la traduction de ces quatre textes qui ont 
l'avautose d'être fort courts. 



11. ï R I 1> H A U M .\ K A - s U T K A 
— M.I.. AX. 11 r.ilios 9'.l-l«l - 

Bhagavat résidait à Çrâvastî... Ensuite Bhagavat adressa la parole en ces 
termes aux Bhixus : « Bhixus, tout homme insensé qui, dans ce (monde) 
s'attachant à trois (vices) contraires à la bonne loi, ne fait pas de présents et 
n'accomplit pasdes actes méritoires, cet homme ne peutatteindre à une moralité 
parfaite (et) y rester fidèle. — Quels sont ces trois vices ? Ce sont la convoitise, 



iniAtiJlENTS TI! AD LUT S DU KA.ND.IUUU V.)?> 

I'avaricl; (ou rEXViic), la NÉGi.iaENCE '. — , iihixus, tout Iiuiuiul; dé|i(.iui'vu 
do sens (jui, dans co monde, pai'ce qu'il possédera ces trois (vices) contraires 
à la bonne loi, n'aura pas fait de dons, ni accompli des actes méritoirf'S, cet 
liommi', quand son corps aura péri, après sa mort, tombera dans la mauvaise 
voie, dans la voie mauvaise et perverse, et renaîtra dans les enfers. — Bliixus, 
riiommo bon, possédant les trois (vertus) do la bonne loi, qui iliit des dons et 
accomplit dos actes méritoires, saisira la moralité et }■ persévérera. — nuoUes 
sont ces trois (vertus), direz- vous? — Go sont I'absexce ue convoitise, 
I'absenge d'avarice (ou d'ENViE), la vioilanck. — Bliixus, en observant 
ces trois (vertus) de la bonne loi, Thomnie bon, qui donne dos présents et 
accomplit des actes méritoires, s'attache -parfaitement à la moralité par ce 
moyen et y reste fidèle, en sorte que sou corps ayant péri, après sa mort, il 
renaîtra parmi les dieux dans leSvarga, dans le monde céleste. 

Quand Bliagavat eut prononcé ces paroles, quand le Sugata eut fait cet 
exposé et donné cet euseignement, il [)rononça encore cet autre discours : 

C'est parce que l'égoïste, le néglig-ent 

ne fait pas de dons, 
que celui qui aspire aux mérites religieux, 

le sage, doit faire des dons. 

L'égoïste a peur, 

(il a peur) delà faim et delà soif; 
Celui qui par peur, ne donne pas ici--bas, 

celui-là est véritablement l'homme peureux. 

Celui qui, dominé par l'égoïsme, 

ne donne pas et a peur, 
celui-là, dans ce monde et dans l'autre, 

revêtira la folie. 

Ceux qui, .se gardant de l'égoïsme, 

font des dons au moment convoiiablo. 
ont beau mourir, ils ne meurent (vi'ritablenient) pas; 

ils sont comme un voyageur bien approvisionui'. 



' Les Icjrmes sau-^krits doivent être Rdga, Mdtsarya, Apraniàda. — Le dernier de ces termes 
avait été rendu dans le Journal Asiatique (oct.-nov. 1866, )>. 185) par iinpiircte (oix haine); ce qui 
ëlait une traduction inexacte. 11 est à remarquer que les deux premiers termes sont ceux des péchés de 
l'esprit dans le dw;carita;le troisième seul est différent. 

A.NN. G — B 2.j 



194 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

Ceux qui, lorsqu'il est très difficile de donner, 

donnent peu ou beaucoup ; 
ceux-là, en donnant ce qu'il est difficile de donner, 

font vraiment des œuvres difficiles'. 

Celui qui n'est pas bon est ignorant; 

l'homme bon ne transgresse pas la loi. 
C'est pour cela que le bon et le méchant, 

quand ils meurent et quittent cette vie, 
vont, le méchant dans le Naraka, 

et les bons dans le Svarga. 

Pour ceux qui sont affiigés par la vieillesse, point de refuge ; 

la vie est courte et la mort s'approche. 
Ceux qui voient cette crainte de la mort 

doivent faire le bien, s'appliquer aux œuvres méritoires. 

Celui qui, renonçant aux femmes, vit ici-bas dans cette bonne pratique 
et fait avec difficulté des dons (même) petits, 

(est tel que) celui qui fait cent millions d'ofi'randes 

n'atteint pas à la soixantième partie de son mérite, 

Pourquoi l'oiTrande large et vaste 

n'est-elle pas avec la sienne sur un pied d'égalité? 

Comment de grandes offrandes qui valent mille 

ne font-elles pas la soixantième partie de celle-ci ? 

Quelques insensés tuent et font mourir 

prennent le bien d'autrui qu'on ne leur a pas donné 



Ainsi l'offrande, (même) large et vaste, 

n'est pas sur un pied d'égalité avec une ofi'rande (plus modeste) ; 
ainsi un millier d'ofi'randes valant mille 

n'est pas la soixantième partie de celle-ci. 

Ceux qui, peu nombreux, agissant sans orgueil, 

acquièrent des richesses et font des dons selon la loi, 

ceux-là se plaisent à donner et, grâce à leurs dons, 

ils arrivent, par leur mérite personnel, à la demeure des dieux. 

' <.)u des morlilicalions. Il doit y avoir ici une sorte de jeu de mois. L'espression « faire des choses 
ilitficiles, des tours de force » désigne aussi les « mortifications ». 
° La plus grande parlie de cette stance est complètement illisiljle dans le texte. 



I 



FRAGMENTS TRADDITS DU ICANDJOUR J Cr, 

Bhagavot, npnt prononcé ce discours, les Bhixus se r.^jn,u,-cnt et louèrent 
iiautenient le discours de Bhagavat. 

Fin du Sùtra intitulé : « Trois [n'éceptes. » 



in. CATUR-DHARMAICA SUTHA (PETlT vilUCLXE) 
- MJn XX. s, fulia, 85-80 - 

En langue de l'Inde: Calar .Dhar^nak . sûtra. En langue de Bod • 
Ckos^.„a-^ MJo En français : SCUra des quatr. préceptes ou (lois).' 
Adoration a tous les Buddhas et Bodhivattvas. Voici le discours 1 j" i 
ciUeMu une fois : Bhagavat résidait à Gravastî, à Jètavana, dans le jardin 
d Anathapindada; (il était là) avec une grande assemblée de Bhixus, de n.ill ■ 
deux cent cinquante Bhixus. Puis Bhagavat, avec fermeté et profondeur 
d une VOIX harmonieuse, agréable et étendue, adressa la parole aux Bhixus ■ 
« Bhixus, (d est) quatre (choses) dans (lesquelles) un fils de famille qui est sago 
doit se garder cle mettre sa confiance. - Quelles quatre (choses), direz-vous ? 
- Bhixus le fils de famille qui est sage doit, aussi longtemps qu'il (séjour- 
nera) dans la vie se g-arder de mettre sa confiance dans cette pensée « Pour 
moi, c est dans les femmes qu'est mon plaisir. ,, - Bliixus, le fils de famille 
qui est sage, doit aussi longtemps qu'(il séjournera) dans la vie, se garder de 
mettre sa confiance dans cette pensée : « Pour moi, c'est dans I'enceinte bu 
PALAIS DES ROIS qu'est mou plaisir. » -- Bhixus le fils de famille qui est 
sage, doit, aussi longtemps qa'(il séjournera) dans la vie, se garder de mettre 
sa confiance dans cette pensée: « Selon moi, il n'y a (que) peu d'inconvénient 
dans_ ce qui est d'uNE belle por.ie, charmant et AaRÉABLE a la vue ), - 
Bhixus, le fils de famille qui est sage doit, aussi longtemps qu'il séjournera 
dans la vie, se garder de mettre sa confiance dans cette pensée : « Pour moi 

LES RICHESSES, l'aBOXDANGE DE BIENS, LES SOMPTUEUX AMEUBLEMENTS SOnt (cè 

qu il y a de plus) parfait. » ^ 

Après que Bhagavat eut parlé en ces termes, (après que) le Sugata eut 
expose ce discours et donné cet enseignement, il prononça ces autres 
paroles: ' -iuin.b 

« I^à où la fen^me est constamment considérée comme une chose convenable 
la ou le palais du roi est nn objet de plaisir, 



196 ANNALES nu MUSÉE GUIMET 

là OÙ l'écume passe pour quoique chose de réel, 

là où la richesse est considérée comme durable, on est trompé ! 

Les richesses sont comme une eau qui s'écoule : 
tel qu'est un navire, telle est cette maison ; 
telle qu'est une fleu , telle est la beauté de la forme; 
La vie est seniblablo à une bulle d'eau. ' » 

Ouaiul Bhagavat l'iit prouDUCo ces paroles, ces Bhixus, et le monde, avec 
les dieux, les hommes, les Asuras, les Gandharvas, s'étaut réjouis, louèrent 
ouvertement l'explication donnée par Bhagavat, — Fin d>i sûtra des quatre 
préceptes. 

IV. CATUR DlIAUMAKA SUTIÎA (gRAND V É II 1 C U 1. H ) 
— Ml^. XX, tl, Wios SG-ST — 

Eu langue de l'Inde: Arya Catur-Dltarmaka nâma Maliàyiuia sùtra. 
¥a\ langue de Bod : HpJiof/s-pn Chos-hji-pa jes-bya-ta thcf/~pa chen- 
po-iMdo. En français: Vénèralile yùlra du Grand \'éliiculi', intitulé : « Oiiativ 
préceptes. » 

Adoration à tous les liuddlias et Bodhisattvns: Vnici li' discours que j'ai 
entendu une fuis, lîhagavat résidait à (jràvastî, à Jétavana, dans le jardin 
d'Anàthapindada, avec une assemblée de Bhixus de mille:! deux cent cinquante 
Bhixus; (il était aussi) avec une grande assemblée de Bôdhisattvas. — Puis, 
Bhagavat adressa la parole aux Bhixus: Bhixus, le Bodhisattva Mahàsattva. 
aussi longtemps qu'il (séjournera) dans la vie, doit absolument ne pas aban- 
donner ces quatre (préceptes), afin de vivre. — Quels quatre préceptes ? dira-t- 
on. Bhixus, le Bôdhisatlva Mahàsattva, aussi longtemps qu'il (séjournera) 
dans la vie, doit absolument ne pas abandonner l'esprit de Bôdhi, afin de 
vivre. Bhixus, le Bodhisattva Mahàsattva. aussi longtemps qu'il (séjournera) 
dans la vie, doit absolument ne pas aljandouner l'ami dk la vertu, afin de 
vivre. — Bhixus, le Bodhisattva Mahàsattva aussi longtemps qu'il (séjournera) 
dans la vie, doit absolument ne pas abandonner la patience et la fermeté, 
afin de vivi-e. — Bhixus, le Bodisattva Mahàsattva. aussi longtemps fpfil 
(styournera) dans la vi% doit absolument ne pas abandonner l'iiaiutatiox au 

1 Ces v.i's ne sont pas exclusivement pi-opi-^fS à ce sùlra; its se ivU'oiiveiil dans le rilu Stinn/iilita- 
Siilva (Mdo XXVI, 3). Il est probable qu'ils sont cités assez fiéquenimenl. 



FRAGMENTS THAnUITS DU KANDJOUR 197 

DÉSERT, afin do vivre. — • Bhixiis, co smit là les quatre préceptes qu'un Bôdlii- 
sattva Mahàsattva, aussi longtemps ([u'il est en vie, doit absolument ne pas 
abandonner, afin qu'il vive. 

Après que Bhagavat eut prononcé ces paroles, que le Sugata eut donné 
une ex^jUcation et un enseignement en ces termes, il prononça cet autre 
discours ; 

Que n'abandonnant pas la pensée de l'omniscienco, 

le sage produise l'esprit de la Bôdhi parfaite ; 

qu'en demeurant solidement dans la force de la patience ot de la fermelé, 

il n'abandonne jamais l'ami de la vertu. 

Que, rejetant toute crainte, comme fait le roi des animaux sauvages, 
le sage entretienne constamment l'habitation au désert. 
En demeurant inébranlablement dans ces c|uatre préceptes, 
il vaincra les démons, et par la Bôdhi deviendra Buddha. 

Quand Bhagavat (Mit pninoncé ces paroles, ces Bhixuset cos Bôdhisattvas, 
et cette assemblée qui contient tout, s'étant réjouis, louèrent ouvertement 
l'explication donnée par Bhagavat. 

Fin du sid)lime sùtra du Grand Véhicule, intitulé lesQuatre préceptes. 



V. CATIJR-DU ARM A K A NIRDE<;A 
— Mil XX, T. r.jlios S4-S5 - 

En langue de l'Inde : Arj/a Calur-Dlicwinaka nirdêça nàma Malidydna 
sûtra. En langue de Bi)d : Uplia/p pa chos-kyi hstan 2^a jes bya-va theg- 
pi. chen-po i M(/o (en français) : Sublime sùtra de Grand Véhicule iuti 
tul(i : « Démonstration di; quatre lois ou préceptes. » 

Adoration à tous les Buddhas et Bôdhisattvas. — Voici le discours que 
j'ai entendu une fois: Bhagavat résidait au milieu des dieux Trayastrinçat, 
dans Sudharraà, la salle de l'assemblée des dieux, avec une grande assemblée 
de Bhixus, de cinq cents Bhixus, et avec Maitrêya, Manjuçrî et une foule 
d'autres Bôdhisattvas Mahùsattvas. Ensuite Bhagavat adressa la parole au 
Bôdhisattva Mahàsattva JMaitrêja: « Maitrêya, le Bôdhisattva Mahàsattva 
qui garde quatre préceptes, s'il a commis des péchés, en surmontera victo- 
•rieusement l'amas. — Huds sont ces quatre (préceptes) dira -t-on? r.'usAGK 



198 ANNALES DU MUSÉE GniMET 

COMPLET DE CELUI QUI BLÂME ; l'uSAGE COMPLET d'uN ENNEMI ; LA FORCE DE 

RENOUVELER, ET LA FORGE DU SOUTIEN. Je dis [ « l'usage complet de celui qui 
blâine; » car alors, si l'on a fait des actions vicieuses, on a beaucoup do 
repentir. Je dis (ensuite) : « l'usage complet d'un ennemi ; » car alors, bien que 
l'on ait commis des actions vicieuses, on déploie de l'énergie pour accomplir 
des actes de vertu. Je dis (encore) : « la force de renouveler ; » en effet, quand 
on a accepté complètement une obligation, on obtient une obligation inébran- 
lable (ou éternelle). Je dis (enfin) : « la force du soutien ; » quand on est allé en 
refuge dans le Buddha, la Loi et la Confrérie, et qu'on n'abandonne pas 
l'esprit de Bôdhi, si l'on s'appuie sur la possession de cette force, on ne peut 
être surmonté et vaincu par le pécbé qu'(ju a commis. Maitrè\ a, le Bôdbisattva 
Mahâsattva, s"il observe ces quatre lois, a beau avoir commis des pécbés, il 
en surmontei'a victorieusement l'amas. Que les Bôdbisattvas Mahàttsatvas 
lisent perpétuellement ce sùtra ! Qu'ils le comprennent, qu'ils le méditent, 
qu'ils le répètent! Après cela, il n'est pas possible que les mauvaises actions 
portent leurs fruits. 

Quand Bbagavat eut donné ce commandement, le Bôdbisattva Mahâsattva 
Maitrêya, ces Bhixus, ces Bôdbisattvas, Indra et les autres fils des dieux et 
ces assemblées qui renferment tout, s'étant réjouis, louèrent ouvertement 
l'explication donnée par Bliagavat. 

Fin du sùtra intitulé : « Démonstration des quatre devoirs ou préceptes. » 



VI 



CATUSKA-NIRHARA> 



La traduction de ce texte a été publiée dans le numéro du Journal 
Asiatique d'avril -mai 1867. Ce siÀtra où l'enseignement est donné par 
Manjuçrî est certainement de date relativement récente. On y trouve, avec des 
préceptes de la morale universelle, diffiirentes sentences reproduisant la termi- 
nologie bouddhique, et des bizarreries qui appartiennent aux développements 
ultérieurs de la religion. J'avais donne dans le Journal Asiatique le texte 
tibétain des stances ; je retranche cette partie qui est ici parfaitement inutile, 
et je ne conserve des notes que ce qui se rapporte aux questions de doctrine 
ou de morale. J'ai aussi tenu compte de quelques rectitications qui m'ont 
été proposées dans le tmnps par M. Foucaud. 

- Mdo XX, 10, folios 87-'J0 — 

En langue de l'Inde : Arya chatusha- nirhâra-nâma mahàyâna-siltra. 
— En langue de Bod : Ilphags-pa vji-pa syrub-parjes bya-va tlieg-pa 
chen-2'>o-i mdo. En Français : Sublime sûtra de Grand Vè/iicule, 
intitulé les Quativ achcvements {^nx perfections). 

Adoration à tous les Buddhas et Bôdhisattvas. Voici le discours que j'ai 
entendu une fois. Bhagavat résidait à Gràvastî, à Jetavana, dans le jardin 

' Le Kaiiiijour porte Xiru/uira; ce qui est une légère incorrection. 



200 ANNALES OU MUSEE GUIMET 

d'Auâlliapinilada, avec une grande assemblée de Bhixus. réunis au nombre 
de cinq cents Bhixus, et de cent raille Bùdhisattvas, n'ayant tous poui" 
vêtement qu'un grand amulette, avec tous les fils de dieux, qui vivent au 
sein (de la région) du désir, et qui vivent au sein (de la région) de la forme. 

Puis Bhagavat, entouré complètemcut d'une assemblée de plusieurs 
niillierSy regardant en avant, se mit à enseigner la loi. 

Ensuite Manjuçrî -Kumùra-Bluita, pour faire une oiTrando, prit un 
baldaquin en pierres précieuses, de la mesure de dix milles, et l'assujettit 
sur l'excroissance de la tète de Bhagavat. (3r, au sein de cette assemblée, il y 
avait un fils de dieu, de la section du Tusita, appelé Çrib/tadracalK qui ne 
voulait pas se détourner de la Bôdlii parfaite et sans supérieure. Absorbé 
tlans la méditation, il se mêla à cette séance, y prit place, et s'étant levé de 
dessus le tapis oîi il était assis, il ramena son vêtement sur son épaule, mit 
en terre la l'otule du genou droit, puis, a\aut joint les mains et s'étant 
incliné du côté où était Manjuçrî-Kumâra-Bhûta : a Manjuçrî -Kuniàra- 
Bliùta, n'es-tu pas encore satisfait d'avoir accompli l'œuvre de l'offrande au 
Tathàgata ?» — Manjuçrî reprit : c Fils d'un dieu, comment entends tu 
ceci ? Le grand Océan est-il jamais rassasié de toutes les eaux qu'il reçoit ? » 
Le fils d'un dieu répondit : « Manjuçrî, cela n'est pas. » — Manjuçrî repartit : 
« Fils d'un dieu, tel qu'est le grand Océan, le lac profond, difficile à sonder, 
telle est la science sans mesure, immense, de celui qui sait tout, cette science 
qu'il faut poursuivre ; et le Bôdliisattva a beau avoir accompli l'œuvre de 
l'offrande au Tathàgata, il ne doit jamais être satisfait. » 

Le fils d'un dieu reprit : « Manjuçrî, par quel effort le Bôdhisattva 
fera-t-il son offrande au Tathàgata. » 

Manjuçrî répondit : « C'est au moyen de quatre efforts que le Tathàgata 
fera son offrande. Quels sont ces quatre efforts ? Ce sont : 

Un effort pour la qualité de tout savoir ; 

Un effort pour la délivrance conqjlète de tous les êtres; 

Un effort pour (|ue l'amour des trois joyaux ne soit pas brisé ; 

Un elTort pour saisir complètement l'appareil (ou l'assemblage, des qualités 
du clianqi du Buddha. 

1 UesliluUoii en s.n.ikril du nom libe'aiii [■pal-bci;in(;s-\dan. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 201 

« Fils d'un dieu, ce sont là les efforts au nonibrr de quatre, par lesquels 
le Bôdhisattva fera des offrandes au Tathâgata. » 

Le fils d'un dieu reprit: « Manjuçrî, en faveur de Bralunâ, qui a les 
cheveux noués au sommet de la tète, et qui réside parmi les fils des dieux 
de la section de Brahmà, développe bien, je t'en prie, ô Manjuçrî, cette 
exposition suivie de la loi, appelée les quatre perfections du chemin des 
Bâdhisattvas. Moi et cette assemblée tout entière, nous désirons l'entendre, 
Manjuçrî ; on ne refuse pas aux Bôdhisattvas la communication de la loi, on 
ne refuse pas de les faire participer à la doctrine de celui qui enseigne. » 

Manjuçrî répondit : « Fils d'un dieu, écoute, et retiens bien ; je l'ex- 
poserai cet enchaînement de la doctrine appelée les quatre perfections 
(A'iî^hâra^J. 



CE Qu"iL EST CONVEXAliLE QUE LES LODHISATTVAS FASSENT POUR CREER 

LA PENSiiE d'un Désir élevé (xxii, i) 

1. Gréer une pensée en vue de rassembler (VIII, 2 ; XV, 4 ; XVI, 3) des êtres (2, 

VU, 4 ; IX, 1 ; XXIX, 3) sans nombre ; 

2. Gréer une pensée on vue de mûrir (VI, 3; VII, i ; IX, i ; XIII, 3 ; XIV, 4) 

complètement des êtres sans nombre ; 

3. Gréer une pensée en vue d'accumuler d'innumbrables racines de vertus (XII -'i ■ 

XIII, 4 ; XXXII, 4), 

4. Créer une pensée en vue de comprendre parfaitement et à fond (VII, 3) l'incon - 

mensurable doctrine ou loi (VII, 3 ; IX, 4 ; XI, I, 4 ; XIII, 2 ; XVI, 2 ; XVII, 
3 ; XX, 2 ; XXIV, 1 ; XXVII, 3 ; XLII, 3, 4) du Buddha. 



' Je donne les nirhàra sans reproduire la forme libélaine, qui met en léle de chacun d'eux l'inlro- 

duclion : « Fils d'un dieu, voici les quatre... . - Quels sont ces quatre? — Ce sont » et à la fin, la 

conclusion répé'ant le ti;re : « Fils d'un dieu, tels sont les quatre » Je me borne à traduire le tilre 

et les sentences de chaque article, en hii donnant un numéro en chiffres romains, en même temps qu'un 
numéro en chiffres arabes à chacune des sentences. Pour faciliter les comparaisons, j'ajoute après 
chaque mot important les articles ou les sentences dans lesquels on peut les retrouver; le chiffre romain, 
quand il est seul, indique que le terme dont il s agit se trouve dans le titre, ou est répété dans les 
quatre sentencs de l'article auquel on renvoie. Pour les mots qui reviennent souvent, tels que les 
mo's « être, loi », je me borne à indiqu;r tous les passages dans le premier où ils so rencontrent, et à 
renvoyer ensuite à ce premier passage chaque fois que ces mois se retrouvent. Les notes explicatives, 
mises au bas des pages pour ces articles, por!ent-en tèe le numéro de l'article en chiffres romains, et 
renferment intérieurement les numéros de-- sent-nc.s pour lesquelles il a paru bon de faire quelques 
remarques. 



202 an.nai.es du musée gdimet 

II 

PRODUCTION DE P E N S K E DES B 6 D H I S A TT V A S, SEMBLABLE A UN ROCUEU 

1. Un esprit exempt de colère (IX, 1 ; XXVIII, 3) envers ceux qui demandent ; 

2. Un esprit de compassion (III, 4; XXXIII, 2) envers les égarés ; 

3. Un esprit qui empêche de déchoir de la Prajûâ (haute science) (XXIII, 2 ; XXV, 

4; XXXIII, 4); 

4. Un esprit qui fait accomplir ce qui a été entrepris. 

III 

PRODUCTION DE PENSÉE SUPÉRIEURE DES B ô DBI S AT T V A S 

1. La moralité (III, 1 ; XXIII, 2 ; XXV, 2) supérieure ; 

2. L'audition (III, 2 ; XV, 1 ; XVI, 1 ; XX, 2 ; XXV, 3 ; XXXII, 3) supérieure de 

la doctrine ; 

3. Le grand amour (XXIV, 3 ; XXXIII, 3) supérieur ; 

4. La grande compassion (III, 4 ; XXXllI, 3) supérieure. 



IV 

PRODUCTION DE PENSÉE DES BÔDHISATTVAS SEMBLABLE AU DIAMANT, FERME, 
ESSENTIELLE, ET DONT ILS NE SE SÉPARENT PAS 



1. Ne pas se séparer de la méditation (XVIII, 3: XXXIII, 1); 

2. Ne pas se séparer de la sagesse (?) ; 

3. Ne pas se séparer du zèle (XII, 1; XXXI, 4) ; 

4. Ne pas se séparer du Grand Véhicule. 



PRODUCTION DE PENSÉE A LAQUELLE IL SERAIT DANGEREUX P 1. Il 
LES uilDHISATTVAS DE SE CONE 1ER 

i. Ne pas être mêlé à la corruption mo: aie (XIX, 3; XXIX, 2) ; 

2. Ne pas être mêlé à tout ce qui est gan, honneur et renommée; 

3. Ne pas être mêlé au Petit Véhicule ; 

4. Ne pas être mêlé aux hommes qui ne sont pas éclairés (ou puriliés). 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.TOUR 203 



VI 

mODUCTION DE PENSKK DES noDIIISATTVAS A LAQUELLE IL n'y A RIEN 
DE S l' I> É R 1 E U n 

1. La pensée de renoncer à tout ce qui peut être rejeté ; 

2. La pensée par laquelle on ne se râpent pas d'avoir donné (XX, 3); 

3. La pensée qui consiste à ne pas espérer (XXII, 4) en la maturité (I, 2; VII, 4 ; 

IX. 1 ; XIII, 3 ; XIV, 4) parfaite'' ; 

4. La pensée de la bénédiction parfaite (VI, 4 ; XVI, 4; XVII, 4 ; XXXllI, 2) qui 

réside dans la Bodhi (VI, 4 ; XVI, 4; XXIV, 4). 

VII 

LOIS (ou PRÉCEPTES) PAR LESQUELLES LES lî ù D H I S A TT VA S ARRIVENT AU 

'SOMMET DE LA TKTE (o U A LA CIME LA PLUS ÉLEVÉe) 

1. La Prajfiâ pâramitâ (science transcendante)" ; 

2. La science de la méthode (ou l'habileté dans les moyens) (XIV. 4 ; XXXIII, 4)'' ; 

3. La possession (ou la compréhension) parfaite (1,4) de la bonne loi (I, 4) ; 

4. La parfaite maturation (XIV, 4) des êtres. 

VIII 

CE QUI MONTRE LE CHEMIN DE LA BODHl (XXIV, 4) POUR LES DODHISATTVAS 

1. L'application aux Pâramitâs ; 

2. L'observation des bases de la conciliation ; 

3. L'achèvement delà demeure de pureté (VIII, 3); 

4. L'action de se divertir avec la science surnaturelle (l'Abhijiîà) (XXVI, 2). 



IX 

MANIÈRE DONNE ET EXCELLENTE POUR LES BODIIISATTVAS DE SAISIR 
LA LOI 

1. Absence de colère (II, 1 ; XXVIII, 3) envers tous les êtres ; 



' Sentence assez inattendue, qui contient sans doute une allusion à des doctrines contraires au 
bouddhisme : elle est à la l'ois complétée et interprétée par la suivante : il suffit d'ajouter à notre phrase 
cette restriction : « sans la Bodhi. » 

2 Le terme est le titre delà deuxième section duKantljour. 

3 Un des sujets favoris des bouddhistes. Notre sentence forme le titre du dix-neuvième sùtra du 
XX« volume du Mdo. On la retrouve dans le titre du septième ouvrage du XXX» volume de la même 
section. Il est aussi question delà méthode ou des procédés (thabs) dans Mdo XI, 4; Rgyud, III, 6, 
et XIX, 24) 



204 ANNALES DU MUSEE GflMET 

2. Production d'une pensée pour que ceux qui transgressent, quels qu'ils soient, ceux- 

là mêmes soient délivrés (XXIII, 4); 

3. En quelques contrées vastes et étendues que l'on soit arrivé, qu'on y pratique la 

vigilance ; 

4. A quelque degré de pauvreté (XVI, 3) que l'on soit réduit, il reste cependant à 

pratiquer la loi 'I, 4, etc.). 

X 

EÉSF.RVl: QUE DOIVliXT AVOIR LES BODHISATTV.\.S 

1. Quand on est dans une maison, se contenter de ce que possède le maître ; 

2. Xe pas désirer le bien d'autrui ; 

3. Quand on a adopté la vie religieuse, se contenter de la science sublime ; 

4. Amoindrir les qualités de l'agitation et l'appareil extérieur (XXIV. 3). 



XI 

nos DES BODHISATTVAS 

1. Don de la loi (I, 4); 

2. Don de marchandises (diverses) ; 

3. Don de papier, d'encre, de calame, de tablettes (ou de livres) : 

4. Quand on a lié sa pensée à la promulgation de la loi (I. 4), c'est bien (dit-on; en 

cela consiste le don. 

XII 

LA PUISSANCE INTÉRIEURE DES BODHISATTVAS 

1. De l'audition (III, 2) vient la puissance intérieure du zèle (IV, 3; XXXI, 4) ; 

2. Des richesses (X, 1, XVI, 4) vient la puissance intérieure du sacrifice ; 

3. Du corps (XXIII, 2 ; XXXI, 1) vient la puissance de vénérer les (Gurus Lamas) ; 

4. De la vie vient la puissance de produire des racines de vertus (I, 3; XIII, 4; 

XXXII, 4). 

XIII 

CE qu'il est AHSOLUMENT nécessaire pour les BODHISATTVAS DE NE 
PAS ABANDONNE It 

1. 11 est absolument nécessaire do no pas abandonner l'esprit de Bjdlii (XXI, 1 ; 

XXXI. 1); 

2. Il est abs iluinent nécessaire de ne pas abandonner la bonne loi (I, 4. etc.): 



FRAGMENTS TRADTHTS DU KANDJOUR 205 

3. Il est absolument iiL'ccssaire de ne pas abandouiicf les êtres (I, 1. etc.) ; 

4. Il est absolument nécessaire de n'abandonner la recherche d'aucune des lois des 

racines de vertu (I, 3; XII, 4; XIII, 4)'. 



XIV 

JAHD1N (ou PAItC) DES B U Illl I S A T T V A S 



1. L'habitation dans la forêt (XXVII, 2) ; 

2. Le séjour dans la retraite (XIX, 2) ; 

3. Aspirer à la loi de vertu (XIII, 4 ; XXII, 1 ; XXVII, 4) ; 

4. Mûrir parfaitement tous les êtres (I, 2 ; VI, o ; VII, 4) par la science de la mé- 

thode (VII, 2). 

XV 

LE PALAIS INCOMPARABLE DES B O 11 II I S A T T V A S 

1. La demeure pure {ou séjour de pureté) (VIII, 3) ; 

2. Goûter la joie en entendant exposer la loi du discours ; 

3. La certitude (XXVI, 4) à l'égard du vide; 

4. Unir et rassembler (I, 1 ; VIII, 2 ; XVI, 3) la race humaine. 

XVI 

RICHESSE INÉPUISABLE DES BOUHISATTVAS 

1. Richesse de l'audition (IL 2; XII, 2; XV, 2; XXV, 3; XXIV, 3; XXXII, 3); 

2. Richesse de l'enseignement (XLII, 3, 4) de la loi (I, 4) ; 

3. Richesse qui consiste à rassembler (I, 1 ; VIII, 2; XV, 4 ; XXXII, 4) les êtres 

pauvres (IX, 4) ; 

4. Richesse de la bénédiction complète (VI, 4; XVII, 4; XXXIII, 2) dans la Bôdhi 

(VI, 4: XVIV, 4). 

XVII 

LE TRÉSOR DES BODHISATTVAS 

1. Le trésor delà compréhension (ou de la Dhàranî?) = ; 

« L'expression 'itong-oa se prend dans un doubl-e sens, que notre texte fournit tour à tour ; « aban- 
donner, » c'est-à-dire ,< déserter, trahir, se retirer de »; « abandonner, » c'est-à-dire ,. sacnlier, re- 
noncer volontairement et méntoirement à uue chose ». 

2 Giunjs. Ce mot exprime l'idée de saisir, comprendre, garder; c'est aussi le nom de la Dhàrani, 
formule magique ; mais il ne doit pas être pris dans cette acception, et designs sans doute une faculté 
naturelle. On pourrait encore y voir le sens de « persévérance, » à causî du mot Dhàrani, qui a 
cette signifi -ation. La notion de « ténacité » est attachée à cette racine qui, dans le dictionnaire tibétain- 
sanscrit, a pour équivalent le mot dhàrani. 



206 ANNALES DU MDSÉE GDIMET 

2. Le trésor de l'énergie (ou de la résolution) ; 

3. Le trésor de la loi (I, 4, etc.) ; 

k. Le trésor de la bénédiction complète (XVi, 4) en richesses (X, 1 : Xlî, 5; XVI, 4) 
inépuisables. 

XVIII 

SORTIE DES BODllISATTVAS 

1. La sortie hors du tumulte; 

2. La sortie hors de tous les pays habités ( IX, 3 ; XIX, 2) ; 

3. La sortie hors de la méditation (IV, 1 ; XXIII, 2 ; XXXIII, 1) de ce qui n'est pas 

noble; 

4. La sortie hors de toutes les trois régions ou (de tous les trois mondes). 



XIX 

I, E BIEN-ÊTRE DES ItODHISATTVAS 

1. Le bien-être qui consiste à n'avoir rien en propre et à ne s'attacher absolument à 

rien, parce qu'on ne regarde pas aux substances ; 

2. Le bien-être de la retraite (XIV, 2), parce qu'on a abandonné le pays habité 

(IX, 3; XVIII, 2); 

3. Le bien être du repose/ du calme parfait (XXIX, 4; XXXIII, 1), grâce à 

l'absence de la corruption morale (V, 1 ; XXIX, 2) ; 

4. Le bien-être du Nirvana, parce qu'on n'abandonne aucun des êtres animés (XIII. 3). 



XX 

I. A JOIE EXCELLENTE DES D D n I S A T T V A S 

i. La joie excellente d'avoir vu un Tathàgata (XXVIII, 3, 4; XXXIX); 

2. La joie excellente d'avoir entendu la loi (I, 4, etc.) ; 

3. La joie excellente de n'avoir point de repentir en donnant (VI, 2); 

4. La joie excellente d'avoir procuré le bien (XIX) pour tous les êtres animés 

(I, 2, etc.). 

XXI 

1. A JOIE EXCELLENTE DES B D II 1 S A T T V A S 

1. Ne pas abandonner l'esprit de Bôdhi (XIII, 1); 

2. Ne pas se départir de son vœu (4); 

3. N'abandonner en aucune manière ceux qui sont allés dans le refii.y-e; 

4. Quand on parle, que toutes les paroles soient trouvées vraies (2). 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 207 



XXII 

LOIS DE VF, UTU DES B D II 1 S A TT V A S 

1. S'attacher (XXYII. 1) par un désir élevé (I) à toutes les lois de la vertu (XIII, 4 ; 

XIV, 3; XXII, 1); 

2. Ne dédaigner aucun de ceux qui sont sans instruction ; 

3. Être comme un parent (ou un ami) pour tous les êtres, sans qu'ils l'aient de- 

mandé (I, 1, etc.). 

4. Ne plus espérer en la transmigration à cause du désespoir de réussir dans la réa- 

lisation parfaite de toutes les qualités (?) (VI, 3). 



XXIII 

La PRATIQLE (ou l'exercice) parfaitement rURE DES liODHISATTV AS 

1. Parce que le moi (Atmà) n'existe pas, la moralité (III, 1 ; XXV, 1) est parfaite- 

ment pure ; 

2. Parce que le corps (?) (XII, 2; XXIX. 1) n'exi.-ite pas, l'extase (Samàdlii) 

(XXVIII) est parfaitement pure ; 

3. Parce que la vie n'existe pas, la Prajnà (II, 3 ; XXV, î ; XXVI, 3) est parfaite- 

ment pure ; 

4. Parce que la personnalité (Pudgala) n'existe pas, la délivrance (IX, 2?) est par- 

faitement pure'. 



XXIV 

LE 1' 1 E D DES B D U I S A T r V A 3 

1. Le pied de la loi (J, -5, etc.); 

2. Le pied du sens ; 

' Ct^t article est 1res nihiliste, il nie l'existence des quatre éléments suivants ; 1. hdag (àtmà) le 
moi; 2. sems-can, le corps (?) ; 3. si-ôy (jirdna), la vie; 4. gang-sag (pudgala), l'individualité ou 
la conscience morale. Le deuxième terme, sems-can, désigne ordinairement un « être animé n. Ce 
sens est ici inadmissible. Notre mot doit représenter un des éléments de la personne humaine, mais 
lequel? Nous avons déjà « l'àme (àlmâj », « la \\e (prdna) ; » la conscience morale (pudgala). Que 
peut-il rester, sinon « le corps »? Je m'explique sems-can « le corps », comme le sanscrit dehi, 
a l'àme; » dehî signifie « celui qui a un corps », c'est-à-dire « l'àme »; sems-can signifie « celui qui 
a une âme ou un esprit », c'est-à,-dire le « corps », conception moins spirilualiste assurément, mais 
facile à entendre. Ajoutons que le corps doit être précisément ce qui contrarie l'extase (samâdhi). 
Notre texte rattache à Vàtmâ, la moralité, et au pudga'a, la délivrance. Or, il semble que ce devrait 
être le contraire ; le pudijala est considéré comm; le siège de l;i vie morale, tandis que i'dtind serait 
le moi, l'être individuel ; Vdtmd semble être le principe pensant, le pudgala, la conscience morale, 
l'élément responsable; dès lors le raisonnement devrait être : « parce que le pudgala n'existe pas, la 



208 ANNALES DD MUSEE GUIMET 

3. Le pied du solide établissement, par la diminution des qualités de Taction et de 

l'entourage extérieur (X, 4); 
!k. Le pied de la réunion de tous les chemins qui mènent à la Bodhi (VI, i ; VII ; 

XVI, 4). 

XXV 

' LAMAINUESBÙUHISATTVAS 

1. La main de la foi ; 

2. La main de la moralité (III, I : XXIIl, I); 

3. La main de l'audition (II, 2, elc); 

4. La main de la Prajnâ (sagesse) (II, 3 ; XXlll, 3 ; XXVI, i), 



XXVI 

1.'œ1L des UODinSATTVA s 

i. Pour avoir fait une bonne action on a l'œil de la chair; 

2. Pour ne pas s'être départi de la science surnaturelle (l'AbbiJuà (VIII, 'i), on a 
l'œil divin ; 

3. Pour être en possession de la force de l'audition parfaite, on a l'n'il de la Prajnâ 

(II, 3;XX1II, 3; XXV, 4); 

4. Par la certitude (XV. 3) à l'égard de toutes les lois (XXIX, 4), on a l'a-il de la 



XXVII 

CE lluNT LES BODUISATTVAS NE SE RASSASIENT TAS 

1. Ne pas se rassasier de donner (VI, 2; XI, XX, 3, XXVII, 1); 

2. Ne pas se rassasier d'habiter dans la forêt (XIV, 1); 

3. Ne pas se rassasier d'entendre la loi (I, 4, etc.) ; 

4 Ne pas se rassasier de l'universalité des lois do la vertu (X11I,4; VIV, 3; 
XXII, I). 

clèli\raiice est i arfaile; » mais Vdlmd est en quelque sorte le siège du pvdgaUi ; les ac es morai-x Tu 
pudgala sont la cause Ue l'existence, ou, ce qui re\itut au même, delà caplivilé. Dés Itrf, la nou- 
existence de ïàtmà peut être considéréa comme le priucipe duquel dérive la uou-exislence de la re5- 
pousabilité, c'"est-à-dlre du pudgala ; Yùtmd n'existant pas, la moralité est iiarfaile, la naissance 
qui dérive des actes moraux n"a plus de laison d'élre; en d'autres termes, il n'v a plus de piidyalo. la 
délivrance est donc parfaite. 

' Il est souvent parlé df ces différents œi s LiLcIdhiquts, dont notre Uxie donne ui.c explication 
qui peut se passer de commentaire. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANbJOUU 209 

XXVIII 

ACCOMPLISSEMENT DE CnOSIîS DIFFICILES PAR LES BODniSATTVAS 

1. La patience envers les êtres faibles est une supériorité difficile (à atteindre), et qui 

coûte à la volonté (?) ; 

2. Le désir d'abandonner tout son bien aux pauvres (IX, 3; XVI, 3) est une chose 

difficile à accomplir ; 

3. Un esprit exempt de colère (II, 1 : IX, l)eiivers le Bhixu, (qui est) la tète, le pre- 

mier des membres de (l'association) est difficile à garder, encore plus l'est-il de 
penser (toujours) à l'ami de la vertu (XXX, 3) ; 

4. C'est une chose difficile que de renaître conformément à ses vœux, quand on n'a 

pas examiné le problème de la naissance. 

XXIX 

LA SANTÉ P E S B Cl P II I S A T T V A S 

1. (On est en) santé, parce que le corps (XII, 3; XXIII, 2) n'est pas en mauvais état; 

2. (On est en) santé, parce qu'on est exempt d'attaches à la corruption morale (V, I; 

XIX, 3) ou du chagrin qu'elle cause; 

3. (On est en) santé, parce que l'on met tous les êtres dans une bonne situation et 

dans une situation égale ; 

4. (On est en) santé, parce qu'on est exempt de doute au sujet de toutes les lois 

(XXVI, 4)- 

XXX 

LES nÉGIONS' pr MOI (ou LES RÉGIONS PROPRES) DES B D U I S AT T V A S 

1. La région de la Pàramitâ (la Perfection)^; 

2. La région de la loi de la région de la B"dhi (VI. 4; XVI, 4: XVII, 4); 



' RèijioH^ expression figurée, aimée Jes l.ioiiddliistes. et indirjuaiU les divers domaines particuliers 
de la doctrine ou de la morale. 

- Pàramitâ paraît désigner ici la perlection d'une muniere absolue. Nous l'avons déjà vu au pluriel, 
désignant les vertus spéciales appelées les }xiramitas (VIII, 1). Ce terme forme encore avec le mot 
prajnd, une expression composée qui désigne la science transcendante, citée une seule fois (VII, 1). 
tandis que le mot Prajnd, employé isolément, revient plusieurs fois. Le terme pdramiti.!, seul et ;iu 
singulier, ne paraît pouvoir désigner ni la Prajnd pàramitâ, ni les vertus A\\,es pâramitd : il signitii 
donc la perfeclion tout entière, celle de la science et celle de la morale. 

Ann. g. — b 27 



210 ANNALES DU MUSEE GDIMET 

3. La région de l'ami de la vertu parfait (XXVIII, 3) ; 

4. La région de ne commettre aucun péché. 



XXXI 

CE DONT LES BODHtSATT\'AS Mi DOIVENT TAS ÊTRE ÉBRANLÉS 

1. Ne pas être ébranlé de l'esprit de Bôdhi (XIII. 1 ; XXI, 1 ; 

2. Ne pas être ébranlé de son vœu (XXI, 2) ; 

3. Ne pas être ébranlé d'une action conforme à la parole prononcée (XXI, i) ; 

4. Ne pas être ébranlé d'un zèle pur (IV. 3; XII, 1; XXXI, 4); 



XXXII 

I. A M !■ T 1 P t. ! C A T I N OU L ' A C C L M U L A T I N POUR LES B D H T .S A T T V A S 

1. La multiplication du repos' (extase) (XIX, 3; XXXIX. 4); 

2. La multiplication d'une vue supérieure; 

3. La multiplication de l'ouïe (ou de l'audition) (II, 2, etc. ; 

4. L'accumulation de toutes les racines de vertu 1. '.: XII, 4; XIII, 4; XXXII, 4); 



XXXIII 

CE A QUOI L E .S B D n 1 S A T T V A 3 DOIVENT S ' A T T .i C II 3 R EN L i; SAISISSANT 
FORTEMENT 

1. S'attacher, en la saisissant fortement, à la méditation (IV, 1 ; XVIII, 3; XX III, 

1) et à l'union intime (Yoga) (XXII, 1) ; 

2. S'attacher, en les saisissant fortement, au don (VI, 2) et à la bénédiction (VI. 4); 

3. S'attacher, en les saisissant fortement, à l'amour (III, 3; et à la compassion (II. 2 ; 

III, 4) ; 

4. S'attacher, en les saisissant fortement, à la méthode (VII, 2, etc.) et à la science 

(Prajnâ) (II, 3, etc.). 



1 Le repos Qiva — Sk. Camaiha) et la vue supérieure {Ihag-mthong = vipaçyatâ) sonl ordinalremenl 
associés, et désignent, selon M. Wassilief, les deux résultats principaux que poursuit l'école contemplntive 
du Petit comme du Grand Véhicule ; le premier état exprime la concentration d'esprit, l'immobililé. 
l'impassibilité; le deuxième, une profonlenr de pensée et d'analyse de toutes les idées qui fait contempler 
le vide pur et simple, le Baddha dans sa majesté parfaitL», etc. [Le Bouddhisme, etc., 141-14-?). Il parait 
que quelques-uns regardent cet état comme tout n f it négatif et entraînant l'écnrt de toute notion dis- 
tincte, mais que celle opinion est erronée. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 211 

XXXIV 

HÈVE DES BODHISATTVAS PROCÉDANT DE l'oBSCURITÉ' 

1. En regardant dans une source d'eau troublée, voir cependant au fond le disque do 

la lune; 

2. En regardant dans un lac, un étang ou une source d'eau troublée, voir cependant 

dans le fond le disque de la lune ; 

3. Quand le ciel est couvert d'épais nuages, y voir cependant le disque de la lune ; 

4. En regardant le ciel imprégné de vent, de poussière et de fumée, y voir aussi le 

disque de la lune; 

x'xxv 

BÊVE DES BODHISATTVAS, PROCÉDANT DE l'OBSCL'RITÉ (OU DU PÉCnÉ) 
DES ACTES 

1. Se voir tomber du haut d'un grand précipice dans l'abime ; 

2. Se voir dans un chemin rempli de hauteurs et de bas-fonds; 

3. Se voir entrer dans un chemin étroit ; 

4. Confondant en songe toutes les régions, voir de nombreux sujets de crainte. 

XX XVI 

BÊVE DES BODHISATTVAS PROCEDANT DE l'obSCURITÉ DE LA CORRUPTION 

MORALE (VI, X 1 S , 3 : X X 1 X , 2 ) 

1. Se voir troublé par un poison terrible {latéralement furieux); 

2. Entendre les cris d'une nombreuse troupe (assemblée) de bêtes sauvages en fureur; 

3. Se voir demeurer chez un fourbe - ; 

4. Voir son cœur souillé et son esprit souillé. 



' Nous entrons maintenant daus la fantaisie pure. Ou bien ces visions ne sont que des allégories, et 
désignent d'une façon symbolique l?s situations d'esprit par lesquelles passent les sages bouddhistes, 
dans leur course pénible vers la perfection ; ou bien, et cela serait assez intéressant, le tableau que 
trace notre texte résulterait de l'observation; il faudrait voir alors de véritables rêves, des hallucina- 
tions qui viennent épouvanter les méditatifs, pendant que leur corps et leur esprit sont soumis à toutes 
sortes de privations et de pratiques, qu'ils s'efforcent d'atteindre des résultats impossibles, en sortant 
des conditions de la vie humaine. Les deux explications ne sont pas inconciliables : le sens allégorique 
paraît dominer, à cause de la gradation qu'on observe dans le développement des visions, effrayantes 
d'abord, agréables ensuite; mais, du reste, l'expérience de l'illuminisme doit en avoir fourni les prin- 
cipaux traits. 

2 Un fourbe. Gyâ-can, « betrugerisch » (Schmidt). Peut-être s'agit-il de la Màyà, \a. magie du 
monde sensible, l'illusion, dont l'homme est naturellement dupe; mais je ne sache pas que laMàyâ soit 
appelée yyô-caji. 



212 ANNALES DU MDSÉE GUIMET 



XXXVII 

KÊVE DES BODHISATTVAS PROCÉDANT UK I.A CAUSIÎ QUI FAIT OlirKNia 
I. E S D II A n A N I 1 

1. Voir un grand trésor rempli de toutes sortes de pierres précieuses ; 

2. Voir un étang complètement rempli de larges fleurs de lotus blancs ; 

3. Se voir obtenir un épais vêtement blanc : 

4. Voir un dieu assujettir un baldaquin sur le sommet du crâne (du rêveur). 



XXXVIII 

BÈVK DES nODHISAIT'V'AS PROCÉDANT DE LA CAUSE QUI FAIT OBTENIR LA 
S A M A D II I ( X X I I I , 2 ) 

1. Voir une jeune lillc bonne, ornée de bons ornements, ofl'rir un vase de fleurs ; 

2. Voir des troupes d'oiseaux et d'éléphants mâles blancs et gris aller à travers le 

ciel en poussant des cris ; 

3. Voir un Tathâgata (XX, 1 ; XXXIX : XLIJ, 4) poser sur le sommet de sa tête sa 

main ornée d'une abondante lumière ; 

4. Voir un Tathâgata (3), assis au milieu des fleurs do lotus, accomplir le Dhvâna, 



XXXIX 

RÊVE DES BODHISATTVAS PROCÉDANT DE LA CAUSE QUI FAIT VOIR LE 
TATHAGATA (XX, I: XX XIX, XXXVIII, 3, 4) 

1. Voir se lever le disque de la lune ; 

2. Voir se lever le disque du soleil; 

3. Voir s'épanouir des fleurs de lotus ; 

4. Contempler les procédés du repos (XIX, 3 ; XXXII, 1) parfait du seigneur de 

pureté. 

XL 

RÈ\E DES UODIIISATTVAS PROCÉDANT DE LA CAUSE DES QUALITÉS 
niSTINGTIVES QUE L ' O N POSSÈDE SOI MEME 

1. Voir un grand arbre Gala se couvrir do toute espjcj de fouilles do fleurs et de fruits; 

2. Voir un vase d'airain rempli d'or; 

3. Voir la voûte du ciel so remplir de baldaquins, d'étendards, de bannières ; 

4. Voir un grand nombre de rois Gakravartins. 

' Dhdranî = gsunijs. C'esl le mot traduit plus haut (XVII, 1) jiar « retenir, garder, posséder ». 
Je^ie vois pas comment ces significations peuvent s'adapter au sujet actuel, bien qu'il soit question 
d'obtenir certaines choses;, et j"aime mieux le mot dhdrani, qlii, s'il n'est pas évidemment nécessaire 
ici, rentre du moins dans l'ordre d'idées auquel appartiennent ces étranges hallucinations, 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 2id 



XLI 

R È V I- D K S B » H I S A T T V A S P R C É B A N T D K LA C A U S K Q L' I D N N H I- A 
VICTOIRE SUR LES DÉMONS 

1. Après avoir vaincu tous les champions au moyen du grand champion, (se) voir 

marcher avec les étendards levés ; 

2. Après avoir vaincu dans la bataille, à l'aide du grand héros, (se) voir marcher 

(triomphalement) ; 

3. (Se) voir conférer la puissance royale ; 

4. Se voir assis à Bodhimanda (XLII, 4; XLIII) occupé à vaincre le démon. 



XLII 

KÊVE DES lîODHISAÏTVAS PRUCÉDANT DB LA CAUSE D'uN SIONE 
CARACTÉRISTIQUE INDÉLÉBILE 

1. Se voir la têle ceinte d'un bandeau blanc; 

2. Se voir distribuer les dons d'une offrande périssable; 

3. Se voir assis au grand enseignement de la loi (I, 4); 

4. Voir le Tathâgata (XX, 1 ; XXXVIII, 3, 4 ; XXXIX), assis à Bodhimanda 

(XLI, 4 ; XLIII). enseigner la loi (1, 4, etc.). 



XLIII 

RÊVE DES BODHISATTVAS PROCÉDANT DE LA CAUSE QUI FAIT OBTENIR 
BODHIMANDA (XLI i : XLII, 4) 

1. Voir un vase; 

2. Voir tourner les actes (et) la science; 

3. En quelque lieu que l'on aille, partout où l'on est, et possédàt-on toutes choses, 

faire l'adoration en s'inclinant ; 

4. Voir une grande lumière semblable à l'éclat de l'or. 



C'est ainsi que Alaujuçi-i-Kuuiâra Bhùta expliqua renchainement de la loi 
des quatre Nirhâra, et le fils de dieu Çribliadravat, content, satisfait, ravi, 
joyeux, le cœur allègre, voulant faire une offrande à l'assemblée et à Man- 
juçrî-Kumàra-Bliùta, fit à t(jute l'assemblée une offrande de fleurs divines 
de mandàra, d'utpala, de lotus rouges, de lotus blancs ; ces fleurs furent 
semées sans interruption. Alors par la puissance du Buddiia, dans Tatmo- 



214 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

sphère supérieure, des fleurs de lotus, dont les dimensions égalaient celles 
des roues d'un char, agréables à voir, odoriférantes, allant au cœur, 
apparurent. Au cœur même du centre de ces fleurs, des corps de Bôdhisattvas 
ornés de trente-deux signes du grand homme * apparurent également. Alors 
le fils de dieu Gribhadravat dit à Manjuçrî-Kumâra-Bhiita : « Manjuçrî. 
d'où ces Bôdhisattvas sont-ils venus? )i Manjuçri rcjait: « Fils d'un dieu, 
d'où ces fleurs sont-elles venues elles-mêmes? » Le lils de dieu répondit: 
« Manjuçrî, ces fleurs sont des apj aritions surnaturelles. C'est moi qui les 
sème en vue de te faire une offrande. » Alanjuçrî repartit ; « Fils d'un dieu, 
de même que ces fleurs sont en forme d'apparitions surnatin'elles, ainsi en 
est -il de la vision de ces Bôdhisattvas. » 

Ensuite, en ce temps-là, Bhagavat lit un sourire. 

Or, c'est la règle que dans le temps où les bienheureux Buddhas font un 
sourire, de la bouche de Bhagavat sortent des rayons de diverses couleurs. 
de toute sorte de couleurs, tels que bleus, ou verts, jaunes, rouges, blancs, 
couleur de pavot, couleur de cristal. Ces rayons ayant pénétré de leur éclat 
les régions inlinies du monde, et s' étant manifestés dans les régions 
supérieures au sein du monde de Brahmà, après avoir efiacé par leur splen- 
deur la clarté du soleil et de la lune, revinrent sur eux-mêmes, et s'étei- 
gnirent dans l'excroissance de la tète de Bhagavat. ■ 

Ensuite, le fils de dieu. Gribhadravat, s'étant levé de dessus sou tapis. 
ayant rejeté son manteau sur une épaule, mit en terre la rotule du genou 
droit, et, s'étant prostei-né les mains jointes, adressa cette louange en vers ù 
Bhagavat - : 

1. O toi, qui possèdes la splendeur de l'éclat sans tache de l'or pur, 

qui possèdes les divers signes excellentsdu grand homme, au nombre de trente-deux , 
qui brilles par cent millions dequalités, par des qualités sans nombre, 
protecteur, par quel motif as-tu fait apparaître le sourire? 

2. Faisant entendre une voix douce, communique-(nous)une explication, 
enseigne avec mélodie, prononce pour notre instruction de douces paroles : 



' Pour le ireiite-deux signes du grand homme, voir Rgya-cher-rol pa, p. 107. Lotus de la bonne 
loi, p. 553, et Triglolte bouddhique, 4. 

* Ces stances au nombre de huit sont divisées, selon rusage, en deux liémistiches et quatre pada':, 
chacun desquels a onze syllabes. La dernière n'a que trois padas (un hémistiche et demi), eu sorte que 
le nombre total des padas est de quarante-six 'au lieu de quarante-huit. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 215 

Sugata, qui possèdes l'intelligence, et fais briller au loin les sept pierres précieuses, 
toi qui as la voix dominante du kalapinka, pourquoi as-tu fait le geste d'autorité, 
le sourire? 

3. L'homme excellent, l'homme de bien, vainqueur de ceux qui ont des membres 

pervertis, 

lui qui met pour toujours un terme à la force u démon, 

à qui les dieux, les Asuras et les grands oiseaux du ciel (Garudas) font constam- 
ment desoflrandes, 

qui possède les dix forces, par quelle cause a-t-il fait voir le sourire' 

4. Cet être sans tacliu, sans souillure, qui a rejeté les trois souillures, 
dont le large visage est semblable au disque du soleil et de la lune, 

qui efface les profondes ténèbres et la tache causée par la passion qui obscurcit, 
qui fait toutes sortes de dons avantageux, a fait voir le sourire! 

5. Le Tathâgata, utile et excellent pour la terre et pour le pays des dieux, 
qui fait de bons présents de toutes sortes, dont les qualités sont illimitées, 

lui qui est bien instruit dans l'égalité et l'unité, et dont l'enseignement est 

lumineux, 
comment ferai-je pour comprendre le sens du sourire qu'il a montré? 

6.0 toi, qui éclaires les ténèbres profondes, épaisses, formant une taie s\ir l'œil, 
qui possèdes l'éclat de la lumière de la lampe de la science, 

éléphant, qui possèdes une force excellente, et qui brilles à la manière d'un lion, 
toi qui fais du bien aux créatures, je te prie de m'enseigner le sens de ton sourire. 

7. Le meilleur des hommes, qui dompte l'homme en proie à toutes sortes de maux, 
qui est profond, qui creuse les choses difficiles à comprendre, lui dont il est 

diflicile de donner la mesure, 
qui tarit l'eaude l'existence, et qui n'a pas son égal, 
qui est sans artifice, et doué des dix forces, par quel motif a-t-il fait voir le sourire? 

8. Celui qui met un repos à la vieillesse et à la mort, qui procure le bien de l'Amrta, 
dont les pieds sont bien unis, pourvus de membrane.^ et de roues, 

qui a une grande science, je le prie de m'enseigner le sens de son sourire. 



Tel fut sou discours, et Bhagavat adressa ces paroles au tils de dieu 
Çribhadravat : « Fils de dieu, as-tu vu ces Bùdhisattvas assis dans l'essence 
de lotus, sur des trônes, dans la région supérieure de l'atiuosphère ?» — 
Il répondit : « Bha^'avat, je les ai vus. » — Bhagavat dit : « Tous ces 
Bôdhisattvas rassemblés des dix régions auprès de Manjuçrî-Kumàra-Bhiîta, 
y sont venus pour entendre la loi, et pour entendre cette énuiuératiou 



216 ANNALES DU MUSÉE GUIMET 

successive des quatre Nirliâra. De plus, tous ces Bôdhisattvas ont clé com- 
plètement mûris par Maujuçrî-Kumâra Bliûta. Une seule naissance tient 
encore tous ces Bodhisattvas éloignés de la Bodhi parfaite et sans supérieure; 
mais, dans les sections aux noms variés du monde des dix régions, dans tel 
et tel champ de Buddhn, ils deviendront des Buddlios parfaits, accomplis, 
sans supérieur. » 

Le fils d'un dieu reprit : c< Bliagavat, je ne suis pas capable de faire le 
compte de ces Bodhisattvas; combien j en a-t-il? » — ■ Alors Bhagavat dit 
à l'àvushmat Gàriputra: « Gàriputra, peux-tu compter ces Bodhisattvas? « 

— Il répondit : « Bhagavat, tout ce qu'il y a d'étoiles dans le grand millier 
des trois mille mondes, je suis prêt à les compter eu un instant, en un 
moment, un clin d'œil. Mais pour ces Bodhisattvas, je ne voudrais pas (me 
charger de) les compter en cent ans. » — Bhagavat dit: « Si, bien que ce 
Jambudvîpa soit rempli de grains d'une poussière très ténue, il est possible 
d'en achever le compte par l'art du calcul, tandis que pour ces Bodhisattvas, il 
n'est pas possible d'en achever le compte par l'art du calcul, ces Bodhisattvas 
assemblés, tout autant qu'il y en a, seraient donc innombrables! » Gàriputra 
reprit : « Bhagavat, où y a-t-il des champs de Buddha en assez nombre 
pour que ces Bodhisattvas }- deviennent des Buddhas parfaits et accomplis? » 

— Bhagavat répondit : « Gàriputra, reste assis en silence ! ne parle pas ainsi ! 
Gàriputra, les innombrables champs des Buddhas ont été comptés par le 
Tathàgata. Gàriputra, pour prendre une comparaison décisive, si le Kalpa, 
mesure de la vie d'un Tathàgata, était dans une mesure aussi grande que celle 
du sable du fleuve du Gange, et si dans tous les jours (de ce Kalpa), un par 
un, on installait autant de docteurs de la loi qu'il y a de grains de sable dans 
le fleuve du Gange, et que tous ces docteurs de la loi eussent autant de 
Bodhisattvas à prédire qu'il y a de grains de sable dans les eaux du Gange ' , 
dans la (seule) région de Test, ils auraient eu à compter autant de champs 
de Buddhas qu'il y a de grains de sable dans le Gange, même à ne prendre 
pour exemple qu'une seule région de Bodhisattvas; les Tathâgatas qui 
énumèrent les champs de Buddha en aussi grand nombre, les voient avec 

1 La dernière pai-lie de c^tte phrase, desfiiK's i donner l'idëe d'r.n r.ombre immense exprimant 
l'immensité du monde et l'immensité delà science du Budllia, esl très difficile très complitinèe surloni, 
et je ne suis pas sûr de l'avoir exactement rendue. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 217 

l'œil de la chair du Tathâgata ; les êtres qui naissent dans ces champs de 
Buddha, les pensées de ces êtres, les Tathâgatas les connaissent; comment 
les Tathâgatas ne seraient-ils pas en état de les énuraérer? » 

Ensuite ces grands Çrâvakas et cette assemblée qui contient tout, s'étant 
émerveillés, s'écrièrent : « Maintenant que ces enseignements nous ont été 
donnés en un tel langage avec accompagnement de prodiges si grands, 
d'une si grande puissance, et d'une telle science, oflerts à nos regards, nous 
avons obtenu un grand gain. » 

Puis, les Bôdhisattvas qui s'étaient rassemblés des dix régions du monde, 
et qui siégeaient au plus haut de l'atmosphère, étant descendus de cette 
atmosphère, adorèrent avec la tête les pieds de Bhagavat et de Manjuçrî- 
Kumâra-Bhûta ; puis, après avoir tourné autour d'eux, s'en allèrent dans les 
dix régions. 

Puis le fils de dieu Çrîbhadravat adressa la parole à Manjuçri-Kumâra- 
Bhûta : « Manjuçrî, en accomplissant les actes (convenables) tu as com- 
plètement mûri pour la Bôdhi des êtres innombrables, c'est bien ! c'est bien ! 
Manjuçrî, puisque tu as commencé par la loi en vertu de laquelle on mûrit les 
Bôdhisattvas dans la Bôdhi, courage, continue ! « — Manjuçri reprit : 
« Fils d'un dieu, la loi par laquelle on mûrit les Bôdhisattvas dans la Bôdhi 
compx'end trente-cinq sections. — Lesquelles? -- Les voici '. 

1. Faire penser au temps. 

2. Faire penser à la mesure. 

3. Faire penser à des désirs modestes (?). 

4. Faire penser aux organes des sens. 

5. Faire penser à l'enseignement. 

6. Faire penser à la Prajnà-Paramita. 

7. Faire penser à la méthode (VII, 2, etc.). 

8. Faire penser à une méditation élevée (I, etc ). 

9. Faire penser au grand amour (III, 3, etc.). 

10. Faire penser à la grande miséricorde (III, 4, etc.). 

11. Faire penser au grand Véhicule (IV, 4). 

12. Faire penser au Petit Véhicule (V, ?i)'. 



1 Pour chacun des termes qui se trouvent dans les quarante-trois ^numérations ci-dessus, je renvoie 
à chaque article, et pour les termes, assez nombreux, qui y sont répétés plusieurs fois, je renvoie au 
premier article où ils se trouvent. 

• Cet article semble être e.T opposition avec l'article V, 3, qui prescrit d'éviter le Petit Véhicule. 

Ann. g. - B î8 



218 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

13. Faire penser à la vJrité. 

14. Faire penser aux devoirs pratiques. 

15. Faire penser à protéger la loi. 

16. Faire penser à enseigner les auditeurs. 

17. Faire penser à ne pas mettre de distinctions entre les diflerents êtres. 

18. Faire pensera mettre sur le même rang, quand il s"agit de doiuier, les violateurs 

et les observateurs de la morale. 

19. Faire penser à enseigner les actes moraux au moyen du démon. 

20. Faire penser à poursuivre les choses une fois qu'elles sont préparées (II, 4). 

21. Faire penser à ne pas .s'affliger outre mesure du Sansâra (transmigration). 

22. Faire penser à vaincre le démon (XLI). 

23. Faire penser à reconnaître et rendre les jjienfaits. 

24. Faire penser à détruire la cause '. 

25. Faire penser à ne point craindre sur le seuil de la délivrance. 

26. Faire pensera présenter au Tathâgata des offrandes et des marques de respect. 

27. Faire penser à se plaire dans la recherche de ce qu'il faut accomplir pour les êtres 

28. Faire penser à ne pas prendre part aux doctrines (courantes) du monde. 

29. Faire penser à se réjouir dans la forêt (XIV, 2, etc.). 

ûO. Faire penser à restreindre ses désirs et à se contenter de peu. 

31. Faire penser au présent et à l'avenir, — à la captivité et à la délivrance, — à 

l'état de vie et à l'état d'absence de vie, — au Nirvana complet et à un état de 

douleur constamment renouvelé. 
82. Faire penser à ne pas briser l'amour des trois joj-aux. 
33. Faire penser à entreprendre résolument l'assemblage des qualités du champ du 

Buddlia. 

Fils d'un dieu, ce sont là les treutc-cinq lois- {ou conditions) par lesquelles 
on mûrit pleinement les Bôdliisattvas pour la Bôdlii, — Fils d'un dieu, c'est 
ainsi qu'un Bôdhisattva qui a fait des dons ne peut être ébranlé de la Bôdhi 
parfaite et sans supérieure ; et il n'y a pas d'adversaire capable de le vaincre. 
Aussi désormais s'enorcrueillira-t-il des dix (sujets d)'orgueil d'un Bôdhisattva. 
=- Quels sont ces dix ? 

1. L'orgueil par la moralité (ilî, 1, etc.); 
y. L'orgueil par l'audition (III, 2, etc); 

1 « La deslfuclion île la Cause » est L' point fondamèiViil du êyètemè bouddhique. Pour détruire là 
vieillesse, la mort et la renaissance, qui ne sont que des etîets, il faut tout d'abord en détruire la cause. 
C'est là ce qu'enseignait le Buddha. 

2 Je ne compte que trente-trois articles, et si l'on divisait les sentences qui paraissent réunies en- 
semble, le nomlire tolal se trouverait dépasser trente-cinq. 



FRAGMENTS TRADUITS UV KANDJOI'R 219 

3. L'orgueil par la résolution (VII, 2) ; 

4. L'orgueil par le gain qu'on a fait (?), par le respect et les Gâthâs qu'on a 

obtenus ; 
4. L'orgueil par l'habitation dans la forêt (XIV, 1); 

6. L'orgueil par la diminution des qualités de l'agitation et do l'appareil extérieur 

(X, 3); 

7. L'orgueil par la beauté, les richesses, l'opulence, le nombre des serviteurs'. 

8. L'orgueil par les témoignages de respect qu'on reçoit d'Indra, de Brahraâ, de? 
LCkapalas; 

9. L'orgueil par le Dhyâna^ et l'Abbidharma ; 

10. Quand les dieux purs, les Nàgas, les Yaxas, les Gandharvas, les Asuras, les 
Garudas, les Kinnaras, les Mahôragas ont du penchant pour le Buddha, la Loi et 
la Confrérie, leur offrent des éloges et des mantras; il y a véritablement là un 
sujet d'orgueil. 

Fils d'un dieu. Lî Bodhisattva qui ne s'enorgueillit pas do ces dix sujets 
d'orgueil n'a aucun sujet de s'enorgueillir. 

Alors le fils de dieu Çribhadravat adressa ces paroles à Manjuçrî- 
Kumâra-Bliûta : « Manjuçrî, la région où tu résides et où tu mets en 
pratique cet exposé delà loi est aussi celle où je verrai le Buddha apparaître, 
où je le verrai tourner la roue de la loi. » — Bhagavat dit : « Gela est ainsi, 
fils d'un dieu, cela est ainsi ! oui, c'est comme tu l'as dit. Lo lieu où tu résides, 
Manjuçrî -Kumâra-Bhûta, ce lieu-là, évidemment, n'est pas vide; là où le 
système de la loi vient à être pratiqué, la domination de la loi du Tathàgata 
est affermie. Les êtres qui prêtent attention et respect à cette énumération de 
la loi m'appartiendront ; les êtres qui prêtent attention et respect à cette 
énumération de la loi, ou les verra domptés (convertis) par le Tathàgata. 
Ceux qui gardent cette énumération de la loi, et qui, en conséquence, 
manifestent du zole, ne seront pas ébranlés de la Bôdlii parfaite et sans 
supérieure. » 

Puis Bhagavat dit au Bôdhisattva Maitréya, au Sthâvira MaLâ-Kàçyapa, à 
l'Ayushmat Ananda : « Hommes excellents, je vous confie cette énumération 

1 Ce sujet d'orgueil est l'opposé du précédent et fort inattendu ; il parai; conlraire àresprit du boud- 
dhisme. Mais on ne peut traduire la phrase d'une autre manière : peut-ê!re y a-t-il un sens caché, el 
le précepte a-t-il une valeur allégorique. 

- Pour le Dhyàna, voir XXXVIII, 4 et la note. L'Abhidharma es\ la mélaphysique bouddhique, 
contenue dans sept ouvrages qui forment la troisième section des écritures sacrées, le troisième jjjiafta. 
Il est représenté dans le Kandjour par la Prajnâ-pâramitô, 



220 ANNALES DU MCSÉE GDIMET 

de la loi tout au long, pour que vous la receviez, la compreniez, l'expliquiez, 
la répandiez partout. Et comme dans un bref délai, je passerai dans le Nirvana 
complet, à cause de cela, je désire que, par vos soins, tous les êtres trouvent 
une demeure au moyeu de cette loi appelée (loi) du Buddha. 

Maitrèyadit: « Bhagavat, quand nous aui'ons bien compris cette énumé- 
ration de la loi, quel nom faudra-t-il donner à cette énumération de la loi ? 
comment faudra-t-il l'entendre ? » — Bhagavat répondit : « ]\Iaitrêya, par 
cette raison, appelez cette énumération delà loi : « les quatre perfectionnements 
(Nirhâra) , » « le chemin du Bôdhisattva, » « la maturation complète du 
Bôdhisattva. » 

Quand Bhagavat eut prononcé ce discours, le Bôdhisattva Maitrêya, 
l'Ayusmat Mahà-Kâçyapa, l'Ayusmat Ananda, le monde avec les dieux, 
les hommes, les Asuras et les Gandharvas louèrent bien haut l'exposé fait 
par Bhagavat. 

Fia du subhme sùtra de Grand Véhicule intitulé: Les quatre perfec- 
tionnements. 



VII 



MAITRI BHAVANA SUTRA 



LeSûtra du Kandjour « méditation ou développement de l'amour » (Maitrî- 
Bhâvana Sûtra; Mdo XXX, 18), traduit du pâli, est composé de deux parties, 
l'une en prose, l'autre en vers, empruntées à deux recueils complètement 
différents. La première, la partie en prose, est tirée de l'Anguttara Nikâya 
(Ekâdasa- Nipâta); l'autre, versifiée, est extraite d'un Jàtaka, le 538° (Temiya), 
où elle porte le titre particulier de Dasa -Mttta-Pâjaka-Gâthâ (« les dix 
stances sur le culte des amis.) Le Paritta pâli les a reproduits comme deux 
siitras distincts, en leur donnant des titres spéciaux : Metta-Aniçamsa 
Sutta (sûtra sur les avantages de l'amour) et Metta Sutta (sûtra de l'amour); 
le Kandjour les a réunis sous un seul titre en les reliant par une phrase de 
transition si courte qu'on ne peut pas reprocher au compilateur d'y avoir mis 
trop du sien. La traduction de l'un et de l'autre a paru dans le Journal 
Asiatique (numéro d'octobre-noverabre-décembre 1871), avec celles d'autres 
extraits du Paritta. Nous reproduisons cette double traduction en y apportant 
les changements que nécessite la forme donnée à ces textes par le Kandjour. 

S'JTRA SUR LE DEVELOPPEMENT DE l'aMOUR (dES ÈTREs) 
Mdo XXS 18- folios 5"4-G. — Angutlara nikaya (Ekadasa-nipàla) (Jalaka 53S, Temiya.) 

Voici ce que j'ai entendu (dire) : Une fois Bhagavat résidait à Grâvasti à 
Jètavana, dans le jardin d'Anàthapindika. Là donc Bhagavat interpella 



222 ANNALES DU MDSÉE GUIMET 

les Bhixus : « Bhixus! dit-il. ■ — « Vénérable! » dirent les Bhixus, en 
réponse à l'appel de Bhagavat. Bhagavat parla ainsi : « Bhixus ! quand 
l'esprit étant parfaitement délivré, on pratique l'amour, on le développe, 
on le multiplie, on s'en fait (comme) un char, on le prend pour base, on s'y 
applique avec énergie, on l'accumule, on s'y adonne résolument, on en 
reçoit onze avantages que j'ai à vous faire connaître. 

Quels sont ces onze ? 

« 1" D'éprouver le bien-être dans le sommeil; — 2° le bien-être dans la 
veille ; — 3° de ne pas faire de mauvais rêves ; — 4" d'être cher aux hommes, 

— 5° cher aux êtres non humains; — 0° d'èU-e protégé par les dieux ; — 
7" de n'être blessé ni par le feu, ni par le poison, ni par les armes; — 
8° d'avoir un esprit qui peut s'élever promptement à la contemplation 
(samàdhi) ; — 9° d'avoir les couleurs du visage parfaitement reposées ; 

— 10" d'arriver à la mort sans trouble; — 11° enfin, si l'on n'atteint point 
le but suprême, d'arriver au moins au monde deBrahmà. 

«Bhixus, quand l'esprit s' étant parfaitement délivré, on cultive, agrandit, 
multiplie l'amour; qu'on s'en fait un char, qu"ou le prend pour base, qu'on 
s'y applique, qu'on l'accumule, qu'on s'y adonne avec entrain, (on recueille 
de cette conduite) les onze avantages que je viens d'énumérer. « 

Bhixus, il y a encore d'autres avantages de l'amour à énumérer^ 

1. Il a des vivres en abondance 

et, s'il s'absenle de sa demeure, 

beaucoup s'empressent à lui venir en aide, 

celui qui ne trahit pas ses amis. 

2. En quelque contre'e qu'il aille, 

dans une ville ou dans une capitale royale, 
il est honoré de toutes les manières, 
celui qui ne trahit pas ses amis. 

3. Les voleurs ne le violentent pas, 

le roi n'est pas arrogant à son égard, 
tous les êtres lui sont favorables -, 
à celui qui ne trahit passes amis. 

1 Cette simple phrase de li-ansitioLi remplace la phrase flaale du teste précédent qui se trouve e 
pâli : Voilà ce que dit Bhagavat; les Bhixus transportés louèrent hautement le discours de Bhagavat. 
* Le pâli dit : il surmonte tous ses ennemis. 



FRAGMENTS THADUIT3 DU KANDJOUR 223 

■'i. Il est sans colère lorsqu'il rentre chez lui ; 

dans les réunions il reçoit des félicitations: 
il est le meilleur des parents, 

celui qui ne trahit pas ses amis. 

5. Honorant (qui il convient), il est honoré (à son tour). 

Respectueux, il est un objet de respect. 
Il brille de l'éclat d'une bonne réputation, 
celui qui ne trahit pas ses amis. 

6. Comme il rend des hommages, il reçoit des hommages; 

à ses sahits (d'adoration) répondent des saints (d'adoration); 
il obtient la gloire et la célébrité, 
celui qui ne trahit pas ses amis. 

7. Il brille comme le feu; , 

il resplendit comme une divinité; 
la fortune (Cri) ne l'abandonne pas, 
celui qui ne trahit pas ses amis. 

8. Ses bœufs et ses vaches se multiplient ; 

dans son champ tout pousse et croit ; 
il a de nombreux enfants', 

celui qui ne trahit passes amis. 

9. Que ce soit d'un précipice ou d'une montagne, 

ou d'un arbre que tombe un homme, 
dans sa chute il obtient une place (favorable), 

celui qui ne trahit passes amis. 
10. Comme les vents (Maruts) ne peuvent rien sur le Njagrodha, 

qui pousse de profondes racines, 
ainsi les ennemis ne peuvent le surmonter, 

celui qui ne trahit pas ses amis. 

1 D'après le pâli : ses enfants (sont co::ime) un frait qu'il savoure. 



VIII 



MANGALA SUTRA 

Le dernier texte du XXX° volume du Mdo et de toute cette section, le 
Mahâ-Mangala-Sulra, est la traduction d'uu sùtra pâli du recueil intitulé 
Sit^/a-P/^a/ea, reproduit dans le Kliuddhakapàtha et dans le Paritta, et que 
les bouddhistes du sud ont en très haute estime. L'équivalent tibétain se 
trouve dans le Rgyud, au volume XIX, sous le titre de Devapariprccha- 
Mangala-Gâthâ. Quoique ce dernier texte renferme plus de stances que 
l'autre, et que l'ordre des stances y soit interverti, la commune origine des 
deux textes est facile à reconnaître. Je donne donc les deux traductions pa- 
rallèlement en indiquant par des numéros la stance pâlie à laquelle cor- 
respond cbaque stanco tibétaine. 

Il y a, tant dans la littérature tibétaine que dans la littérature pâlie, plu- 
sieurs textes qui portent ce titre de Mangala et se rapiDrochent ou s'éloignent 
jilus ou moins de ceux dont il s'agit. Nous n'insistons pas sur ce point et 
nous donnons, dans la section finale, un ou deux de ces textes. 

VERSION DU NORD VERSloN DU SUD 

— TIBÉTAIN — — PALI — 

STANCES DE BÉNÉDICTION GRAND SUTRA DE BÉNÉDICTION 

— RgjjiJ XIX, folios 236-7 — - Mao XXX23, folio 5!16. — Pâli : Sulla-Nipâla II, 3. Kbudcla- 

kapâtha, 5. — Parilta 7. 

En langue de l'Inde: Deva-pariprccha En langue de l'Inde: Maliâ-Mangala 
Mangala Gâ^/iâ yen langue de Bod: Lhas ,si(<;-a. En langue de Bod: Bkraçis chen- 
'jus-pai bkra-çis-kyi ts'igs-su hcad-pa, po-i mdo. 



FRAGMEiNTS TRADUITS DU KANUJOUK 



En français : Stances de bénédictions pro- 
noncées à la demande d'un dieu. 

Adoration aux trois joyaux. 
Celui que nul n'a pu vaincre, le parfait 

Buddha, 
le protecteur, résidait on un certain lieu, 
quand un dieu vint au grand héros pré- 
senter ses hommages et adresser ces 
paroles : 
Sur la question de savoir comment on ap- 
proche du but de la vertu, 
les dieux et les hommes sont partagés. 
Il s'agit de proclamer les bénédictions; 
dis quelle est la bénédiction parfaite. 



Adoration aux trois nobles joyaux. 

Voici le discours que j'ai entendu une 
fois: Baghavat résidait à Çràvastî à Jeta- 
vana dans le jardin d'Anâthapiiidada. Or, 
à une certaine heure de la nuit, plusieurs 
dieux, ayant fait resplendir Jetavana par 
une clarté formée de rayons de diverses 
couleurs.se rendirent au lieu où était Bha- 
gavat. Quand ils y furent arrivés, ils l'a- 
dorèrent et se tinrent à une petite distance. 
Se tenant là, ces dieux prononcèrent plu - 
sieurs stances pour interroger Bhagavat : 
Plusieurs dieux et hommes 
ont médité sur les bénédictions : 
il est né un doute sur les bénédictions. 
Nous te prions de dir' quelle est la béné- 
diction suprême. 



Bhagavat dit: 
Sur la question de savoir "comment on ap- 
proche du but de la vertu, 
les dieux et les hommes sont partagés. 
Si l'on veut énoncer les bénédictions, 
voici les bénédictions qu'il faut énoncer. 



Le dieu des dieux dit: 
Vaincre tous les vices, 
procurer le bien de tout le monde, 
voilà les bénédictions que je proclame. 



Un bon pays, des compagnons excellents, 
des mérites acquis antérieurement, 
un esprit disposé pour le bien ; 
c'est là une bénédiction parfaite (3). 



Ne pas fi'équenter les ignorants, 
fréquenter les savants, 
rendre l'honneur à qui est dû l'honneur ; 
c'est là une suprême bénédiction. 



Pratiquer le don, parler avec beaucoup de 
douceur ; 

avoir la véritable intelligence du but par- 
faitement pur; 

avoir une conduite conforme à celle des 
hommes moraux; 

c'est là une bénédiction parfaite (4, G, !J). 
Ann. g. — B 



Grâce à des mérites acquis antérieurement, 
habiter un pays convenable, 
faire pour soi-même un vœu excellent, 
c'est là une suprême bénédiction. 



29 



226 



ANNALES DO MUSEE GUIMET 



Ne pas fréquenter les ignorants, 
fréquenter les savants; 
rendre homnaage à ceux qui en sont dignes ; 
c'est là une bénédiction parfaite (2). 



La vérité, l'habileté de main, 

une bonne instruction sur la pratique de la 

discipline, 
et (le don de) prononcer de bonnes paroles, 
c'est là une suprême bénédiction. 



Traiter avec respect ses père et mère; 
marcher dans le calme et la pureté ; 
éprouver la commisération pour tous les 

êtres ; 
c'est là une bénédiction parfaite (5). 



Rendre honneur à ses père et mère, 
prendre soin de sa femme et de ses enfants ; 
ne rien faire d'une façon désordonnée; 
c'est là une suprême bénédiction. 



S'abstenir de tout acte entaché de péché, 
s'appliquer aux actions vertueuses, 
être vigilant, constamment sage ; 
c'est là une bénédiction parfaite (7). 



6 
Donner, pratiquer la loi, 
prendre soin de tous ses parents, 
ne rien faire de répréhensible ; 
c'est là une excellente bénédiction. 



L'absence d'orgueil et de hauteur, 

le contentement, une vie unie, 

une exécution constamment régulière de 

tout ce qu'on fait; 
c'est là une bénédiction parfaite. 



Éviter de se plaire dans le mal, 

éviter les liqueurs enivrantes, 

être vigilant dans l'accomplissement de 

chaque devoir ; 
c'est là une suprême bénédiction. 



Pratiquer le don et aussi être patient, Ne pas marchander le respect à son guru; 

■\ivreala façon des Aryas, (savoir) témoigner de la reconnaissance; 

entendre la loi dans le temps convenable; entendre la loi en temps opportun ; 

c'est là une bénédiction parfaite (0). c'est là une suprême bénédiction. 



N'être point paresseux, écouter beaucoup, Supporter patiemment les mauvaises pa 

être bien éclairé sur la loi, rôles, 

conséquemment n'avoir po' ut do trouble rendre visite aux Çramanas, 

dans l'esprit; tenir des discours sur la loi en temps op- 

c'e>t là une bénédiction parfaite. portun ; 

c'est là une suprême bénédiction. 



FRAGMENTS TBADUITS DU KANDJOUR 

in 10 

Lorsque, à l'égard de tous lesêtresanimés, Les mortifications, la puretd, 

on développe l'esprit de charité, la vue des vérités sublimes, 

qu'on est exempt de trouble au plus haut la manifestation du Nirvana ; 

degré ; c'est là une suprême bénédiction, 
c'est là une bénédiction parfaite. 



227 



11 

Si, à l'endroit des vérités sublimes, 

on purifie parfaitement l'œil de la haute 

science, 
et qu'on s'applique à recevoir la moralité; 
c'est là une bénédiction parfaite. 

12 

La vue de la vérité sublime, 

la développement de la pureté, 

l'obtention du Nirvana, 

c'est là une bénédiction parfaite (16). 

13 

Si à la convoitise, à la haine, 

à l'égarement on sait se soustraire com- 
plètement, 

et qu'aucun trouble ne vienne obscurcir la 
science ; 

c'est là une bénédiction parfaite. 

14 

Si, bien qu'ébranlé par les lois du monde, 
on garde néanmoins un esprit inébranlable, 
et qu'on reste sans tache et sans chagrin, 
c'est là une bénédicion parfaite (11). 



11 
Conserver sa fermeté d'esprit, 
quand ou questionne surles lois du monde ; 
être inaccessible au chagrin, patient, 
c'est là une suprême bénédiction. 



12 

Ceux qui parlent de cette façon 

sont vertueux en toutes circonstances ; 

en toutes circonstances, ils marchent dans 

le calme ; 
c'est pour eux une suprême bénédiction. 

Ainsi parla Bhagavat. — Les dieux se 
réjouirent du discours de Bhagavat. 



Qu'est-ce que la force qui vient à tel et tel 

de sa naissance? 
Il a des bénédictions à l'avenant. 
Mais celui qui ne prise que le sage 
a des bénédictions à toujours (12). 



IX. X 

PANCACIXANIÇAMSA-SUTRA ET NANDIKA SUTRA 

Ces deux textes sont relatifs à l'énumération particulière que nous avons 
signalée ci -dessus (p. 188), laquelle se compose des quatre premiers articles 
du Duçcariia, augmentés d'un cinquième qui lui est propre — l'ivresse, — 
cité, on s'en souvient, dans le « petit Siitra d'un dieu »(V. ci- dessus p. 190). 
Ces cinq préceptes portent le titre de Panca-çixà (« cinq enseignements », 
« enseignement en cinq points ») ou Pancaçixa-padàni (« les cinq bases de 
l'enseignement «). Ils ont un autre intitulé presque, exclusivement en usage 
aujourd'hui, celui de Panca-çUa (« cinq moralités » ou « morale en cinq 
articles »). Le premier de ces titres [Panca-çixa) est mis en tète du premier 
des deux sùtras dont nous allons donner la traduction; mais à la fin, que 
nous détachons sur le titre de « conclusion », et qui peut être une adjonction 
postérieure, on ne trouve que le second titre (Pnnca-çUa). 

C'est une question de savoir si les cinq préceptes du Panca-çixa ne 
sont qu'un abrégé des dix préceptes du Duçcarita ou si les dix préceptes du 
Duçcariia sont, au contraire, le développemout des cinq préceptes (Panca- 
çïla). — C'est aussi une question de savoir si l'une de ces deux énuméra- 
tions (le Duçcarita, par exemple), est plus spécialement recommandée à 
l'attention des Bhixus, l'autre (le Panca-çixa) aux Upàsakas. Les textes 
sur ce point paraissent peu concordants, presque contradictoires. Ainsi 
l'instruction du Panca-çila, dont nos deux textes nous oflTrent chacun une 



rRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 229 

version, est donnée, dans l'un aux Bhixus, dans l'autre auxUpâsakas. D'où 
la conclusion probable qu'elle s'adresse également à ces deux classes de 
personnes. En effet, la similitude des deux énumérations permet de supposer 
que les différences sont de pure forme et qu'elles ont au fond la môme 
valeur. Elles se complètent évidemment l'une l'autre, l'énumération des 
dix actions défendues comprenant les péchés de l'esprit qui sont la source et la 
cause première de tous les autres, l'énumération des cinq moralités y ajoutant 
l'ivresse qui est l'auxiliaire et souvent la cause occasionnelle des mauvaises 
actions. 

On dit, il est vrai, aujourd'hui, que les cinq moralités (Panca-çila) sont 
les préceptes obligatoires pour tous les hommes. Mais cela vient de ce qu'ils 
sont considérés comme formant la première série d'une énumération de dix 
articles, dont la seconde série comprend des vétilles, la danse, la musique et 
d'autres amusements interdits aux Bhixus, mais permis aux non-Bliixus. Les 
cinq préceptes sont donc obligatoires pour tous en tant qu'on les oppose à 
cinq autres préceptes de moindre importanco ; et cela ne se rattache en 
aucune façon aux dix préceptes du D içcarita, qui demeure une énumération 
parallèle dont la relation exacte avec h Panca-çila reste encore à déterminer. 

Le sûtra intitulé « les cinq avantages des cinq enseignements » (Panca - 
çixâniçamsa-sûtra) est un des textes tibétains empruntés au canon pâli. 
J'ignore d'où il a été pris ; mes recherches sur ce point sont demeurées 
infructueuses. Le texte du volume XXVI, Nandika- Sùtra, est, à mon avis, 
l'équivalent tibétain du texte d'origine pâlie. Je devrais, d'après cela, pour 
être d'accord avec moi-môme, donner ces deux textes parallèlement. Je ne le 
fais pas, à cause des différences considérables qu'il y a entre les deux sûtras 
soit en cequi touche les détails, soit en ce qui touche la distribution des parties, 
et qui exigeraient trop de blancs; je n'en maintiens pas moins la corres- 
pondance des deux textes qui ne me paraît pas douteuse. Il est à remarquer 
que Csoma a commis une erreur sur ce point; dans son analyse, il donne le 
Nandika-Sùtra comme étant relatif aux « dix actions immorales », c'est-à- 
dire au Duçcarila. Il sufiitdo lire le sûtra pour reconnaître l'inexactitude de 
cette indication, et pour constater qu'il est relatif au Panca-çLia comme lo 
sûtra du volume XXX, 

Csoma a commis une autre erreur imputable à l'inexactitude du titre de ce 



230 annai.es dv muske ctimet 

sûtra (lu volume XXX : il le désigne comme faisant connaître les avantages 
qu'on obtient en no commettant aucune des cinq actions défendues; et c'est, 
en effet, ce que le titre dit ou semble dire. Mais, à la lecture, on reconnaît 
bien vite que ce sûtra expose les inconvénients qu'il y a à commettre les actes 
coupables aussi bien que les avantages qu'il y a à s'en abstenir. Le Nandika- 
Sùtrafait de même. Seulement l'économie des deux textes est très différente. 
Le Sûtra du volume XXX, d'origine pâlie, énumère pour cbacune des cinq 
actions coupables les inconvénients, puis les avantages ; le Nandika-Sûtra, 
au contraire, énumère d'abord les inconvénients de ces cinq actions ; puis 
ensuite il célèbre les avantages réservés à ceux qui s'en abstiennent. Dans 
l'un comme dans l'antre, c'est le langage poétique qui sert à exalter les 
avantages de la moralité. 

Outre cette différence dans l'économie de l'exposé dogmatique de nos 
deux textes, il v en a une autre dans la partie narrative. Gomme la plupart 
des sûtras pâlis, le Pancaçixàniçamsa-Sûtra se compose en réalité de deux 
textes ou récits juxtaposés, le premier servant de préambule au second. Le 
Buddha a d'abord, avec deux personnages, deux époux, un entretien qu'il 
termine par la recommandation d'observer les cinq enseignements : c'est là 
le premier texte. L'^s Bhixus demandent alors quel profit on obtient en 
conformant sa conduite aux cinq enseignements. La réponse du Buddha 
forme le second texte auquel le titre donné s'applique visiblement. — Le 
Nandika -Sûtra est plus simple : Nandika vient questionner le Buddha sur 
les cinq préceptes; et le Buddha répond à la question posée. Tout se passe 
entre ces deux interlocuteurs sans l'intervention d'un tiers. 

Sous le bénéfice de ces explications, je diviserai en deux parties le Panca- 
çixàniçanisa- Sûtra D3 plus, j'indiquerai dans les deux textes la division 
des articles relatifs à chacune des cinq prohibitions par des intitulés que les 
textes ne donnent pas, mais qui contribuent à la clarté. 

IX. SUTRA SUR LES AVANTAGES DES GIXQ ENSEIGNEMENTS 

— Mdo XXX, 19»; fo'.ios 5TCôSi, — 

En langue de l'Inde : Pancaçixâniçamsa -Sûtra. — En langue de Bod : 
'Qdab-pa-lnga-i phan-yon gyi-mdo. — (En français): Sùtra des avantages 
des cinq enseignements. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 231 

Adoratiou aux trois joyaux sublimes : Voici lo discours que j'ai entendu 
une fois. 

Bhagavat résidait à Garga, au lieu où errent les gazelles, dans le buis qui 
est derrière la montagne hantée par les enfants du Raxasa des eaux*. 

I 

Ensuite Bhagavat ayant, de grand matin, revêtu son vêtement de religieux, 
se rendit au lieu ouest la demeure du maître de maison, père de Nakula; et, 
quand il y fut arrivé, il s'assit sur un siège bien préparé. 

Ensuite le maître de maison père de Nakula et la maîtresse de maison, 
mère de Nakula, se rendirent au[irès de Bhagavat ; et y étant arrivés, 
s'assirent à distance respectueuse. 

Une fois qu'ils furent assis à distance respectueuse, le maître de maison, 
père de Nakula, parla ainsi à Bhagavat: Vénérable Bhagavat, dans le temps 
où, à l'époque de ma jeunesse, j'ai pris pour épouse une jeune fille, la 
maîtresse de maison, mère de Nakula, nulle pensée d'adultère ne se produisit 
(pour me détacher) de la maîtresse de maison, mère de Nakula. Celui en qui 
nulle faute (venant) du corps ne se produit, celui-là, vénérable Bhagavat, 
échange des regards dans les conditions actuelles de visibilité; je désire 
échanger encore les regards dans une autre naissance^. 

La maîtresse de maison, mère de Nakula, parla ainsi à Bhagavat : Véné- 
rable Bhagavat, dans le temps où le maître de maison, père de Nakula, étant 
jeune, me prit (pour épouse) moi qiu étais jeune aussi, nulle pensée 
d'adultère ne se produisît (pour me détacher) du maître de maison, père de 
Nakula. Celui en qui nulle faute (venant) du corps ne se produit, celui-là, 
vénérable Bhagavat, échange des regards dans les conditions actuelles de 
visibilité ; je désire échanger encore les regards dans une autre naissance. 

Alors Bhagavat dit : Le maître de maison et la maîtresse de maison en 



' Ou du MakaiM. Je ne connais pas ce lieu dont je ll'ouve pouf la pi'emièi'e t'ois la désignation dans ce 
Sûlra. 

- Par cette j)hrase bizarre que je ne pourrais traduire en langage ordinaire sans m"éloigner par trop 
du texie, l'interlocuteur exprime le désir de sa retrouver avec sa femme dans une autre existence comme 
dans l'existence présente; dans le paragraplie suivant, la femme exprime le même désir dans les mêmes 
termes. 



232 ANNALES DU MUSKE GUIMET 

sont venus à avoir un désir, en sorte qu'ils en sont arrivés à échanger les 
regards dans les conditions actuelles de visibilité. Ils les échangeront encore 
dans une autre naissance. Sachez-le bien l'un et l'autre ; c'est par une foi 
commune, par une moralité commune, par une libéralité connnune, par une 
science comnnuie que vous vous voyez mutuellement dans ces conditions 
actuelles de visibilité, et que vous vous verrez dans une autre naissance. 
11 prononça aussi ces stances: 

(Je vous le dis à) vous deux, la foi et la parole de la loi 
la communauté (de pensée) et l'entretien de la loi (par la science), 

des paroles de joie mutuelle : 
(voilà ce qui est) cause que l'homme et la femme ne font qu'un. 

Pour les richesses, on en a abondamment ; 
pour ce qui est du lieu, on naît en bon lieu ; 

pour ce qui est de l'ennemi, on a lieu de se réjouir, 
(je vous le dis à) vous deux, c'est par une moralité commune, 

c'est ainsi, pa' la pratique de la loi, 
(je vous le répète à) vous deux, c'est par la moralité 

que, après s'être réjoui de son désir, si l'on a un désir, 
on goûte la joie dans la demeure des dieux. 

C'est pourquoi il faut observer l'enseignement en cinq parties, savoir : 
1° Éviter d'ôter la vie ; 2° éviter de prendre ce qui n'est pas donné ; 3° éviter 
les désirs mauvais et adultères; 4° éviter les paroles de mensonge; 5° éviter 
de s'enivrer avec des boissons spiritueuses. Voilà les cinq préceptes qu'il 
faut observer. 



II 

Ensuite les Bhixus firent une question sur les avantages des cinq moralités : 
Autre chose, vénérable Bhagavat; comment connait-on la maturité de (la 
disposition à éviter) l'acte d'ôter la vie? — Gomnent cjnnait-on la maturité 
de (la disposition à) éviter Tactiou de prendre cj qui n'est pas donné ? — 
Gomment connaît-on la maturité de (la disposition à) éviter les désirs impurs 
et adultères? — Gomment connaît-on la maturité de (la disposition à) éviter 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 233 

la parole do mensong-e ? — Gouimont coimaît-ou la maturité do (la disposition 
à) éviter de s'enivrer avec des boissons spiritueuscs ? 

Alors Bhagavat, questionné par eux. les instruisit au moyen des explications 
suivantes : 

/. Meurtre 

Bhixus, en ce qui concerne l'acte d'ôter la vie, il faut considérer qu'il 
ressemble au venin du serpent. Celui (qui l'a commis) a beaucoup de vices, 
naît parmi les Prêtas, naît parmi les animaux, naît parmi les êtres infernaux. 

Quand le corps a péri, après la mort, il naît dans l'enfer Sanjîva. Dans cet 
enfer Sanjîva, les gardiens de l'enfer le rôtissent et, saisissant des armes de 
toutes sortes, le coupent en morceaux (ou) lui trouent le corps par une foule 
de trous. 

Il est lié par cinq espèces (de transgression?)', a-t-on dit; et, pour avoir 
Répété ses actes (coupables), l'être infernal renaît dans l'enfer Sanjîva. Là, 
ceux qui s'y trouvent, ressentent les souffi-ances du Sanjîva, aiguës, violentes, 
cuisantes, accablantes. Accablé qu'il est, la moindre chose, tout lui devient à 
charge. Voilà le fruit de l'acte d'ôter la vie-. 

S'il renait parmi les hommes, le (coupable) a une vie courte, des sens 
incomplets, un corps difforme, une science troublée et erronée; il est 
constamment malheureux, constamment colère, malade, chagrin, privé do joie, 
privé constamment pour un long temps. C'est pour cela que Bhagavat a dit: 

Etre, cinq cents naissances durant, Prêta, 
poisson, serpent, gazelle, hil)ou, 
buffle, chien, renard ; 
voilà l'abaissement de celui qui ôte la vie, 
voilà le fruit de l'action d'ôter la vie. 

Celui qui s'abstient de l'acte d'ôter la vie, 

que la condition masculine ou la féminine 

lui advienne en partage, a des avantages (ou des privilèges); 

(il en a) vingt qui ne sont pas à dédaigner. 

1 Ou de liens (?). 

2 Dans cette description de emeures infernales et de supplices infernaux, comme dans celles qui 
suivront, et surtout dans celles qui suivront, au nombre de cinq, il y a bien des détails que le lecteur 
trouvera obscurs. .J'avoue que je ne suis pas parvenu à résoudre toutes les difficultés d'interprétation. Je 
crois cependant que l'ensemMe e( les choses essentielles sout d'une clarté suffisante. 

Ann. g — B 30 



<:34 annai.es dd musée guimet 

Les membres principaux et secondaires au complet; 

un corps vigoureux; 

une naissance prompte dans une bonne race ; 

des membres purs et élégants ; 

un bien-être prolongé ; 

la possession de rhéroïsme de la force; 

un langage excellemment bon ; 

une joie accompagnée (de la faveur) des dieux; 

aucun mauvais traitement de la part du monde ; 

aucune mauvaise parole de la part des Aryas; 

une mort qui n"estjaraais causée par desactionsoudes penséesmauvaises(?) ; 

la possession d'un entourage d'amis illimité; 

des couleurs et une forme parfaites ; 

la maladie et le chagrin réduits au minimum; 

un lieu d'habitation dont on n'est pas dépossédé; 

une joie que les autres ne peuvent troubler. 

Tels sont les avantages que l'on goûte 
parmi les dieux et parmi les hommes, 
quand, soit homme, soit femme, 
on a évité d'ûtcr la vie. 



Puis, quand le corps dcclinc et qu'on meurt, on va dans la bonne direction, 
on renait dans le Svai'ga, dans le monde des dieux. 

2. Vol 

Les biens d'avitrui peuvent être pris sciemment ou non sans qu'on les ait 
donnés. On vole en perçant le mur d'une maison, etc. ; on prend en trompant 
les autres. Ceux qui, pour s'entretenir, prennent, d'après ces systèmes, ce 
qui ne leur a pas été donné, quand leur corps périt, après la mort, renaissent 
dans le Raurava. Par ce mot Raurava, on entend deux Rauravas, le Raurava 
de feu et le Raurava de fumée. Le Raurava de feu dure le temps d'un Kalpa 
pendant toute la durée (de ce Kalpa), il est remiili d'un feu consumant ; le 
Raurava de fumée est un tourbillon de fumée. 

C'est dans ces deux Rauravas que sont les êtres infernaux; ils cuisent dans 
le Raurava de feu; le feu passant par neuf trous rôtit le corps. A'oici 
(maintenant) le Raurava de fumée; ce Raurava de fumée est un lieu cù les 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 235 

êtres cuisent clans les enfers. Les tourbillons de fumée passent par neuf trous; 
ainsi les corps cuisent comme des aliments que l'on cuit. Dans l'un 
et dans l'autre (enfer), les êtres poussent de grands cris de douleur; ils y 
éprouvent des douleurs fortes, rudes, cuisantes. 

Il faut considérer, Bhixus, que la prise de ce qui n'est pas donné est 
semblable à un venin de serpent. L'entrée dans l'enfer, l'entrée dans la 
demeure diis Prêtas, la naissance parmi les animaux (en sont le fruit). La 
maturité de l'acte de prendre ce qui n'est pas donné, quel qu'il soit, est très 
grande. 

Si le (coupalîle) naît parmi les hommes, les richesses qu'il peut (obtenir) 
sont minimes ; la chose qui a touchi; la main de l'être qui a pris ce qu'on ne 
lui avait pas donné ne s'en détache pas, si petite soit-elle ; aliments, breuvages, 
vêtements, tapis, etc., seront pour lui difficiles à trouver; il a constamment 
des peines inexprimables; il est en butte à la haine des autres et à leurs 
mauvais traitements ; tout ce qu'il acquiert dépérit ; ce sont les autres qui 
ont les richesses ; les richesses qu'il désire sont d'une acquisition difficile ; 
les biens qu'il a ne s'accroissent pas; il est privé de tout bien-être. 

C'est pour cela que Bhagavat a dit : 

Ici, une pauvreté, une indigence, 
une laideur constantes; 
la naissance dans une mauvaise race : 

voilà l'abaissement de celui qui prend ce qu'on ne lui a pas donné, 
voilà la maturité de la prise de ce qui n'est pas donné. 

Celui qui évite de prendre ce qu'on ne lui a pas donné, 
que la condition masculine ou la féminine 
lui advienne en partage, a des avantages, 
vingt qualités qui ne sont pas à dédaigner. 

Dans ses entreprises il acquiert toujours du renom ; 

ses richesses sont sans bornes et parfaites ; 

ce qui lui manquait d'abord lui vient en abondance; 

ses désirs se réalisent de point en point ; 

formes, sons, saveurs, odeurs, 

contacts, tout lui est à souhait ; 

dans tous ses eflbrts pour atteindre le but, 

il réalise promptement ses desseins ; 



2CG ANNALES DU MUSEE GUIMET 

ni le grand roi, ni les voleurs, 

ni les ennemis ne le maltraitent; 

ni le feu, ni l'eau 

ne lui font du mal; 

possesseur d'une semblable richesse, 

pour toute espèce de dons et d'aliments, 

il n'est jamais exposé à manquer de rien. 

et réside constamment dans le bien-être. 

Celui qui évite de prendre ce qu'on ne lui a pas donné, 
que ce soit la condition d'homme ou la condition de femme 
qui lui advienne en partage, a ces avantages 
parmi les dieux et parmi les hommes. 

Puis quand ce corps périt, après la mort, il suit la bonne direction, il naît 
dans le Svare^a et le monde des dieux. 



Celui qui s'abandonne d'une façon illicite aux passions charnelles dans le 
monde de la vie, celui-là, quand son corps se dissout, après la mort, renaîtra 
et tombera dans le Mahâ-Raurava; ensuite, entre les deux bras du tîeuve 
extérieur infranchissable. Le bois de Çàlmala est d'une élévation égale à 
quatre-vingts yojanas de haut, les branches pendent en bas avec des épines 
de seize doigts (de long); le surplus a une dimension de vingt kroças; le corps 
(des victimes) est bridé en haut par le feu. Ils .s'avancent jusqu'à soixante 
yojanas en hauteur, et là, se frappent mutuellement avec des armes de toutes 
sortes. Tel est le bois de Çàlmala sur le sol duquel (les coupables) affluent. 
Pendant plusieurs milliers d'années, ils montent pour se meurtrir aux épines 
des arbres. 

Autre chose encore : les gardiens de l'enfer, saisissant des armes, les 
abattent et les font tomber gémissants, étendus tout de leur long (?). Au 
moment de leur chute, ils tombent sur des pals fixés dans un sol de fer 
brûlant. Ces pals leur sortent par l'anus, et ils éprouvent de (cruelles) 
douleurs. Ils séjournent tout un Kalpa dans des vases en fer de soixante 
yojanas, gémissant sans relâche ; et les gardiens de l'enfer leur enfoncent des 
charbons ardents dans la bouche jusqu'à la remplir. 



FRAGMENTS TUADUTS DU KANDJOUR 237 

C'est pour cela que Bhagavat a dit: 

Une montagne noire et, à la même hauteur que son sommet, 

un bois hérissé d'épines, 

des pointes de fer aiguës ; 

voilà le supplice de l'homme du monde. 

(Que doit faire) celui qui réside sur la cime du bois? 

Que doit faire l'épouse de celui qui gémit? (?) 

C'est pour cela que Bhagavat a dit : Bhixus, la conduite perverse produite 
par les passions de l'amour doit être considérée comme égale au venin de 
serpent. L'entrée dans l'enfer, l'entrée dans les pays des Prêtas, la nais- 
sance parmi les animaux (en sont le fruit). Quelles que soient (les particularités) 
de la mauvaise conduite née des passions de l'amour, le fruit en est très grand. 
Même si l'on renaît parmi les hommes, on éprouve la douleur. 

C'est pour cela que Bhagavat a dit : 

Pendant cinq cents naissances être femme 

ou, pendant le même temps, être sans sexe, 

être souillé d'excréments, lépreux ; 

tel est l'abaissement de quiconque se conduit mal. 

Pendant beaucoup de naissances, ou est en butte aux mauvais traitements, 
on a beaucoup d'ennemis, on est exposé à d'incessants désagréments, on 
souffre toujours étant soit couché, soit debout; on est dans un état de colère 
permanent; on reçoit du dommage de^ autres hommes ; on est constamment 
bossu ou bien sourd, on a la certitude de changer (?) perpétuellement ; l'esprit 
est constamment triste ; on ne se plait que dans les querelles ; on est constam- 
ment privé de gaieté. Puis, quand le corps se dissout, après la mort, on tombe 
en se lameutaut grandement dans l'enfer Mahà-Raurava. Là encore on éprouve 
des souffrances aiguës, dures, cuisantes. Telle est la maturité delà mauvaise 
conduite causée par l'amour. 

Celui qui évite la mauvaise conduite, 
que ce soit la condition masculine ou la féminine 
qui lui advienne en partage, a pour privilège 
vingt qualités qui ne sont pas à dédaigner. 



238 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

Il n'a pas d'ennemis ; 

il n'a que de la joie dans le monde ; 

en fait d'aliments et de breuvages, il obtient ce qu'il y a de mieux; 

il en est de même pour le vêtement et l'habitation. 

il a aussi bon lit et bon siège, 

et est à son aise quand il est debout ; 

il est affranchi de tout mauvais pas et de toute crainte ; 

il n'a ni chagrin ni frayeur ; 

nulle espèce de maladie ne l'approche; 

il nait homme et non point femme ; 

le moindre désir qu'il forme et s'efforce de réaliser, 

il arrive à le satisfaire ; 

il n'a que des relations agréables ; 

les autres ne le molestent pas ; 

tous ses sens sont au complet ; 

il a tous les signes de la vertu ; 

il n'a pas à donner la plus légère marque d'impatience. 

homme, il n'a pas besoin de femme '. 

Celui qui évite la mauvaise conduite, 

qu'il soit homme ou qu'il soit femme, 

éprouve ces avantages-là 

de la part des dieux et de la part des hommes. 

Quand le corps se dissout après la mort, on suit la bonne direction, on va 
dans la demeure des dieux, dans le Svarga. 

L'iiomme qui a des désirs 
doit, de naissance en naissance, 
s'abstenir d'aller vers les femmes d'autrui 
et nettoyer les souillures de son esprit. 

La femme qui n'a pas de relations amicales avec son beau-père; qui n'en a 
pas avec son mari ; qui n'aime pas son mari ; qui ne s'incline pas devant la 
personne de son mari ; qui nuit aux sœurs de son mari ; qui, de plus, ne fait pas 
avec ses mains, ses pieds, son dos les travaux qu'elle doit exécuter; qui ne 
fournit pas les mets et les breuvages désirés, (ou) qui n'accomplit pas tous 

' Ou II on n'a besoin ni d'homme étant femme, ni de femme étant homme ». 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 239 

ces (devoirs) avec modestie et pudeur; qui fait la lecture à son mari (?)* sera 
maudite (par lui) et renaîtra dans l'enfer. Elle couchera sur un sol de fer 
brûlant; on lui mettra h la bouche un crochet en fer brûlant, comme lors- 
qu'on prend le poisson à l'hameçon. Une flamme de feu se produisant de 
l'autre côté, elle sera entraînée (?) de ce coté au moyen d'une corde dont elle 
est liée. Ainsi entraînée de ce côté, dans un lieu où les projetiles la frappent 
avec violence au milieu de laHamme de feu, elle est dévorée par un ver qui 
lui naît dans la bouche. Pendant qu'elle est ainsi rongée, elle ne peut proférer 
une parole. C'est ainsi qu'elle cuira là pendant plusieurs milliers d'années. 
Une fois cuite, elle tombera de nouveau dans le grand enfer. 
C'est pour cela que Bhagavat a dit : 

Toute femme qui désire un homme, 
doit, de naissance en naissance, 
comme les dieux et les déesses, 
se garder d'abandonner son mari. 

■1 . Mensonge 

Celui qui ment naîtra dans le Kàlasûtra. Li aussi, les gardiens de l'enfer, 
au milieu des cris qu'il pousse d'une voix forte, le frappent de toutes sortes 
d'armes brûlantes qu'ils tiennent, et les êtres infernaux le pourchassent (?) 
sur un sol de fer biûlant ; quand il a été chassé (?) par l'habitant du Kàlasûtra 
enilammé, on saisit des armes brûlantes et on le retourne (on le transforme) 
comme un (homme) gros ou Huet; onle coupe avec des haches et des coutelas. 
Les malheureux poussent de grands cins et ils restent là se lamentant; 
c'est en buvant leur propre sang qu'ils restent là en dedans. Telest le Kàlasûtra 
où naît le menteur; il j savoure des douleursaiguës, rudes, cuisantes. Bhixus, 
souvenez-vous bien que le mensonge est semblable au venin du serpent. Celui 
(qui s'en rend coupable) éprouve beaucoup de douleurs; il entre dans l'enfer, 
il entre dans le pajs des Prêtas, il naît parmi les animaux. Pour quiconque 
ment, la maturité de son action est grande. S'il naît parmi les hommes, il 
est sans compassion; son langage est comme celui du corbeau ; il a la langue 

' C'esl'à-ilire (fi la Uuducliuii est exade), qii iiei.d, à l'égard de Eon n:r.ri, ratUtude d'un maiU'e 
euvei's sou élève. 



240 ANNAI.es DD MUSEE GUIMET 

malade; un ver s'engendre dans ses dents; il a dans la bouche une odeur 
désagréable, les dents inégales, la parole rude, la voix enrouée, les lèvi'es 
malades ; il est rongé d'envie et constamment obsédé par l'ambition. Puis, 
quand le corps se dissout, après la mort, il renaît dans le Kâlasùtra. 
C'est pour cela que Bhagavat a dit : 

De sa boucbe sort une odeur de pus ; 

cette mauvaise odeur s'étend jusqu'à un yojana ; 

il ne connaît pas la loi ; 

voilà l'abaissement du menteur, 

voilà la maturité du mensonge. 

Celui qui évite le mensonge, 

que la condition masculineou la condition leminino 

lui advienne en partage, a des avantages 

au nombre de trente- trois qui ne sont pas à dédaigner. 

L'œil, l'oreille, le nez, 

la langue, le corps et aussi l'esprit 

sont chez lui, dans un état parfait ; 

ils sont équivalents à un bouton de lotus : 

l'œil et la dent sont semblables ; 

le corps n'est ni (trop) long ni (trop) court, 

ni trop gros ; il est irréprochable : 

une parole bien dite, 

comme le parfum du lotus, 

est dans sa bouche un parfum permanent; 

tous ses serviteurs lui rendent hommage ; 

son langage le rend digne de recevoir un culte ; 

il est versé dans toutes les lois ; 

il connaît distinctement l'utilité et le gain de la parole ; 

les raisonnements de son esprit ne lui causent pas de trouble ; 

son langage est constamment élevé et supérieur. 

Celui qui évite le mensonge, 

qu'il soit homme ou qu'il soit femme, 

jouira de ces avantages parmi les dieux et parmi les hommes. 

Quand son corps se dissoudra, après la mort, il suivra la bonne dinTtion 
et renaîtra dans le mondj des dieux, dans IcSvarga. 

Ln menteur a nu nrarteau dans la bouche ; un fils de famille doit se garder 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 241 

défaire ce qui a trait aux obj.ts du dé.ir; il doit embrasser toutcequi se rap- 
porte à la vérité et au bien. Le .uenteur ne ftut riea d'utile ; dans ce monde 
I trompe; et, pendant beaucoup d'autres naissances, il naîtra dans l'enfer 
Avici. Aussi, pendant qu'un vit, .luit-on s'abstenir du n.ensonge. Au temps 
dun Buddhaqui sait tout et même d'un Budhisattva qui n'est pas sans 
obscurité, la calomnie comme la couleur du safran ne dure pas longtemps • il en 
est comme d'une épingle n.ise sur le tas de paille, elle ne reste pas longtemps 
(a la surface), ou comme d'un fruit rond placé sur le dos d',m cheval il n'y 
reste pas longtemps. C'est ainsi que si on coup, la gorge avec un glaive (a"u 
^en eur) pendant qu'il pari., iiue continue pas à tenir son double lan^a-^e 
En disant longtemps la vérité, les Gramanas et les Brahmanes arrivent à 
la délivrance parfaite. 



_ r.e buveur de liqueurs enivrantes tombe dans un enfer chaud pour v renaître 

Letreqmytombejcuirapendantplusieursmilliersd'années.Quandilensor" 
tira ce sera pour (séjourner entre) les bords du fleuve infranchissable ; partout 
on d va, c est pour siéger chaque fbis sur un sol mouvant (?). La, les .ardiens 
de 1 enfer 1 entraînent avec un hameçon comme un poisson (qu'on;nléve), 
sur un sol en fer brCJant. On lui crie : homme, que désires -tu L S,.io,eu, 
jemed,te. - Le gardien de l'enfer, lui ouvrant la bouche avec le crodiet dé 
ft|r, de er brûlant, y verse un jet de fonte de fer. Ce jet lui brûle les lèvres, 
Un^rule a gorge, lui brûle la poitrine, le brûle en long et en large, êtres- 
sor par 1 anus. Ceux qui sont dans cette situation éprouvent la douleur, et 

^ , et, ant que cela dure, ils goûtent le fruit de leur, actions coupables, il 
éprouvent la sensation de la maturité (do ces actes). 
C'est pour cela que Bliagavat a dit : 

Il y a un fleuve grand et rude, 

sans gué, et où il est difàcile de se maintenir. 

Kes pétales de lotus en fer, 

des pétales aux pointes aiguës nagent à la surface. 

Go fleuve sans gué el sans fond 

°" '=°™"'^^ l'-» °^'iJ"ilo qi'.c la loi ne (dirige) pas. 

3i 



242 ANNALES DU MDSÉE GOIMET 

Celui qui boit des liqueurs enivrantes ne se charge pas d'un petit péché. 
S'il nait parmi les hommes, il est constamment privé de mémoire, muet 
comme un mouton, vacillant en ce qui touche la connaissance supérieure, 
privé de science, dans un état de somnolence perpétuel, d'une intelligence 
inférieure, en proie à un grand égarement d'esprit, toujours dans la crainte, 
dans les transes, dans l'anxiété; calomniateur, mobile dans son langage, 
envieux, jaloux, incapable de renoncement, éhonté, impudent, ayant une très 
petite (dose de) science supérieure, n'ayant pas le (moindre) sentiment des 
lois de la vertu. 

Naitre Yaka pendant cinq cents naissances, 
chien pendant cinq cents (autres) naissances, 
naître sans fin parmi les fous; 
tel est l'abaissement de celui qui s'enivre. 

Telle est la maturité de boire des liqueurs enivrantes jusqu'à l'ivresse. 

Celui qui évite de boire des liqueurs enivrantes, 

que la condition masculine ou la féminine 

lui advienne en partage, a des avantages 

au nombre de trente-six qui ne sont pas à dédaigner. 

Le passé, l'avenir, 

le présent sont pour lui presque la même chose; 

il apprend très prompteraent ; 

sa mémoire est sûre et stable ; 

sa raison ne s'égare jamais ; 

sa haute science est éminente ; 

il n'est point obtus, il est vigilant; 

sa parole est très claire; 

il connaît la pudeur et sa parole est claire; 

il ne parle pas à faux ; 

il ne profère ni calomnies, ni injures ; 

il ne vante pas ce qui est nuisible ; 

c'est ainsi qu'il se comporte jour et nuit. 

Il sait ce qui a été fait, il perçoit ce qui a été fait ; 

sans désir, libéral, moral, 

sans colère, d'une parole droite, 

sans crainte, bien avisé ; 

d'une modestie et d'une réserve parfaites, 



i 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 243 

sans frayeur, sans anxiété, 

il reçoit et garde soigneusement dans son esprit ce qu'il a entendu ; 

parmi beaucoup d'hommes il connaît ce qui est utile. 

Celui qui s'abstient de liqueurs enivrantes, 
qu'il soit homme ou qu'il soit femme, 
jouira de ces avantages 
parmi les dieux et parmi les hommes. 

Quand son corps se sera dissous, après la mort, il suivra la bonne direc- 
tion et il renaîtra dans le Svarga, dans le monde des dieux. 

Con cl usion 

Ces moralités, il faut les observer soigneusement. Les individus, quels qu'ils 
soient, hommes ou femmes, qui ne les observent pas, qui ne ne les déve- 
loppent pas [lar la méditation, ceux-là, qucind leur corps périra, après la 
mort, suivront la mauvaise direction et tomberont dans la déchéance. 

Mais ceux qui observent cesmoralités, qui les développent par la méditation, 
ceux-là, quand leur corps se dissoudra, après la mort, suivront la bonne 
direction, renaîtront dans le Svarga, dans le monde des dieux. 

Ainsi parla Bhagavat. Les Bhixus louèrent hautement le discours de 
Bhagavat. 

Fin du sûtra de l'enseignement des avantages des cinq moralités. 



Nandika Sutra 

— Mdo XXVr, 31' fglios 421-423 - 

En langue de l'Inde: Arya Nandika-Sûtra. En langue deBod: Bphags- 
padg a-va-can-gi/i mdo. (En français :) Sublime Sùtra de Nandika. 

Adoration aux trois joyaux. 

Voici le discours que j'ai entendu une fois: Bhagavat résidait à Râjagrha 
sur la montagne de Grdhra-kiita, entouré d'une grande assemblée de mille 
deux cent cinquante bhixus, étant à la place d'honneur. Assis avec eux, il 
leur enseignait la loi (qui est) vertu au commencement, vertu au milieu, vertu 
à la an, le but excellent, l'excellent grain ou (fruit) du discours, la séparation 



244 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

(d'avec le monde), la perfection, la pureté accomplie, la régularité parfaite, 
le brahmacarya. Voilà ce qu'il enseignait avec autorité. 

Puis aussi, en ce temps-là, Tupàsaka Nandika, sorti de Ràjagrha avec un 
groupe de cinq cents Upâsakas, vint au lieu où était Bliagavat : quand il y 
fut arrivé, il traîna avec la tête les pieds de Bhagavat, tourna trois fois autour 
de Bhagavat et se tint auprès de lui à distance respectueuse. Ensuite ces cinq 
cents Upàsakas saluèrent les pieds de Bhagavat et s'assirent à distance 
respectueuse. Quand ils furent assis à distance respectueuse, l'upâsaka 
Nandika s'adressa à Bhagavat en ces termes : Bhagavat, le Tathàgata Arhat, 
parfait et accompli Buddhaqui sait tout et qui voit (tout), a donné en cinq points 
l'enseisnement de l'Upàsaka ; mais quelles sont les (conditions) qui excèdent 
ces cinq points et quelle en est la maturité?' Telle fut sa demande. — 
Bhagavat répondit en ces termes à i'upàsaka Nandika: 

Nandika, la pensée que tu as eue de faire une question sur ce sujet au 
Tathàgata est bonne, très bonne. Gela tient à l'étendue de ton esprit : c'est 
une excellente idée, une énergie vertueuse. Aussi Nandika, veux -je te faire 
l'exposé méthodique de la loi appelée les dix défectuosités. Écoute bien et 
avec attention pour retenir ce que j'ai à te communiquer. 

Bien, bien, Bhagavat ! répondit l'upâsaka Nandika, et il écouta Bhagavat 
attentivement. Bhagavat parla ainsi: 

Nandika, il faut savoir que l'acte d'ôter la vie entraîne ces dix défectuo- 
sités. — Quelles dix ? — Les voici : Dans cette vie, on engendre la haine; — 
dans d'autres existences on est (adonné et comme) lié à la haine; — le cœur 
manque de fermeté à cause de beaucoup d'êtres (que l'on redoute) ; — ■ on fait 
des rêves vicieux ; — on éprouve soi -même de la crainte et on en fait éprouver 
aux autres; — on se couche étant bien et on se lève souffrant ; — on a des 
pensées vicieuses ; — on meurt l'esprit encore troublé par l'ignorance. 

Quand on a fait et accumulé les actes qui aboutissent à une vie courte, 
lorsque le corps se détruit, après la mort, on suit la mauvaise direction, le 

' C'tst-à dire : qu'arrive-l-il après quon a commis les cinq actions défendues ou qu'on s'en est 
abstenu ! 



FRAGMEiNTS TRADUITS DU KANDJOUR 245 

mauvais cheuiiu. on tombe dans la déchéance, on renaît dans les enfers. Si 
ensuite, après la mort, on renaît ici-bas parmi les hommes, dans une condition 
égale (à l'ancienne), partout où l'on naît, on aune vie courte et beaucoup 
de maladies. 

Voilà, Nandika, les dix défectuosités (résultant) de l'acte d'oter la vie qu'il 
faut connaître. 



Nandika, il faut savoir que Taction de prendre ce qui n'est pas donné 
entraîne ces dix défectuosités. — Quelles dix? 

On est en butte à de grandes inimitiés; — on est en proie à de grandes 
terreurs ; — on marche à contre-temps ; — on marche quand il y a de la 
poussière: — on est perdu complètement par des compagnons de vice ; — 
on est soigneusement évité parles amis de la vertu; — on est d'une moralité 
équivoque ; — on est maltraité par le roi ; — on est maltraité par les 
voleurs; — on est malti ailé par le bourreau. 

Quand on a accompli, accumulé les actes qui font devenir pauvre par les 
richesses (mal acquises), lorsque le corps se détruit, après la mort, on suit 
la mauvaise direction, le mauvais chemin, on tombe dans la déchéance, on 
nait dans les enfers. Si, ensuite, après la mort, on renaît ici- bas, parmi les 
hommes, dans une condition égale (à l'ancienne), partout où l'on vient à 
naître, on est pauvre. Et si l'on a de l'opulence, on a beau suer des grands 
efforts que l'on fait, ti'avaîUer énergiquement des pieds et des mains, et se 
les salir constamment pour atteindre le but, il est cinq maux auxquels on ne 
peut échapper. Quels cinq? — Le roi. le feu, rmii, des héritiers détestés, 
des (menées) secrètes qui causent votre ruine. 

Voilà, Nandika, les dix défectuosités (résultant) de l'action de prendre ce 
qui n'est pas donné et qu'il faut connaître. 

3. Adultrvr 

Nandika, l'actinn de se mal conduire par l'eflU des désirs (entraîne) dix 
défectuosités. — Quelles dixi" 

(On a) une épouse qui tient tète ( [?J à son mari), ce qui cause une animosité 
continuelle; — une épouse contredisante; — la loi de vice s'accroît visi- 



246 ANNALES DU JIUSEE GUIMET 

bloment: — la loi delà vertu décroît considérablement; on est hors d'état 
d'obtenir pour soi-même le calmo; — on no parvient pas à protéger sa 
femme et ses enfants ; — on ne parvient à protéger ni ses richesses, ni ses 
(trésors) cachés; — on ne parvient à protéger ni sa demeure, ni ses (trésors) 
cachés; — on ne parvient à protéger ni sa vie ni ses (trésors) cachés; — on 
s'aliène amis, parents, proches, magistrats. 

Quand on a accompli, accumulé les actes qui produisent la rivalité en 
amour, lorsque le corps se dissout, après la mort, on suit la mauvaise 
direction, le mauvais chemin, on tombe dans la déchéance, on renaît dans 
les enfers; — si ensuite, après la mort, on renaît ici-bas parmi les hommes 
dans une condition égale à Tancienne, si c'est en femme, on a un mari qui 
a des rivales (co-épouses), si c'est en homme, on ne réussit pas à garder sa 
femme et ses enfants. 

Voilà, Nandika, les dix défectuosités (résultant) de la mauvaise conduite 
causée par l'amour, et qu'il faut connaître. 

4 . Me nson ij c 

Nandika, l'action de dire des mensonges (entraîne) ces dix .défectuosités 
qu'il faut connaître. — Quelles dix ? 

Un pus infect sort de la bouche (de celui qui a menti) : — il est rejeté (?) 
par le dieu protecteur de sa personne; — les êtres non humains trouvent des 
occasions contre lui ; — il a beau dire la vérité, on n'ajoute pas foi à ses paroles; 
— quoique le besoin s'en fasse sentir, il ne hii vient pas à l'esprit de ques- 
tionner les savants; — il publie au loin ce qu'il n'a pas entendu, ce qui 
n'existe absolument pas; — il est indigne de paraître en public; — il 
éprouve la douleur ; — il éprouve la tristesse. 

Quand on a accompli et accumulé les actes consistant à dire fréquemment 
ce qu'on n'a pas entendu, lorsque le corps se détruit, après la mort, ensuit 
la mauvaise conduite, le mauvais chemin, on tombe dans la dé.-héance, 
on renaît dans les enfers. Si, plus tard, après la mort, on renaît ici-bas parmi 
lesliommes, dans une condition égale (à la précédente), partout où l'on naît, 
on ne fait que répéter ce qu'un n'a pas entiiulu. 

. Voilà, Nandika, les dix défectuosités, (résultant) de l'action do dire des 
mensonges, qu'il faut connaître, 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 247 



Naudika, riiabitude de boire sans précaution dos liqueurs faites avec des 
spiritueux tirés de grains entraine trente-cinq défectuosités qu'il faut 
connaître. Quelles trente-cinq ? 

Dans cette vie (mot illisible); — les maladies se développent; — on 

est batailleur et querelleur; — on a des vues nuisibles ; — on fait apparaître 
la honte ; — on fait décroître et diminuer (en soi) la haute science ; — 
les richesses acquises ne (s'augmentent pas d') acquisitions nouvelles ; — les 
richesses acquises s'épuisent même et se perdent totalement ; — ■ les secrets 
(qu'on a) sont sans énergie ; — on diminue jusqu'à la réduire presque à rien 
la fin de l'œuvre '; — on ne fait rien qu'avec une force et une vigueur très 
restreinte; — on n'est pas pris pour mère , on n'est pas pris pour père ; — on 
n'est pas pris pour (un) Gramana; — on n'est pas pris pour un Brahmane ; 

— on ne rend pas ses hommages aux chefs de famille ; — on ne rend pas ses 
respects au Buddha; — on ne rend pas ses respects à la Loi; - on ne rend 
pas ses respects à la Confrérie ; — on ne rend pas ses respects à celui qui a 
reçu complètement renseignement; ^ on est d'une moralité équivoque; — 
on ne ferme pas la porte des sens ; — on recherche les femmes avec ardeur, 
sans retenue ; — on est évité par ses parents, ses amis, ses proches, les 
magistrats; — nombreux sont les hommes auxquels on déplaît; — nombreux 
ceux avec lesquels on ne compatit pas ; — on pratique le contraire de la loi; — 
on adopte avec empressement le contraire de la loi ; ^ on renonce complète- 
ment à la bonne loi ; — on renonce complètement à la pudeur et à la réserve ; 

— quelle que soit la difriculté des circonstances, on ne songe pas à questionner 
les sages ; — on se conduit sans attention, avec négligence ; — on ne tient 
aucun compte des déclarations expresses du Tathâgata; — on n'arrivera au 
Nirvana qu'après un temps bien long. 

Quand on a accompli, accumulé les actes qui font devenir fou, lorsque le 
corps se détruit, après la mort, on suit la mauvaise direction, le mauvais 
chemin, on tombe dans la déchéance, on renaît dans les enfers ; si ensuite, 
après la mort, on naît ici-bas parmi les hommes dans une condition égale 

» La fin deToeuvre esl une des huit branches de la i>oie (la 4= véi-ile); c'est, je suppose, reïtiiiclioii 
du Karma, c'est-à-dire de l'acte moral et de ses conséqueudes fatales. 



248 ANNALES DU MUSÉE «UIMET 

(à la précédente), partout où l'on naît, on est dans un ét;U de folii», on a la 
mémoire obscurcie. 

Telles sont, Nandika, les trente-cinq défectuosités (résultant) de Thabitude 
déboire sans réserve des liqueurs faites avec les spiritueux tirés de grains, 
et qu'il faut connaître. 

Ainsi parla Bhagavat. Quand le Su,?ata eut prononcé a discours, le 
maître prononça cet autre discours : 

En évitant de tuer, de frapper, de lier, 
on fait du bien aux êtres, on a de la compassion pour eux. 

De même que l'on se plaît à protéger sa propre via, 
ainsi l'on veille semblablement sur la vie des autres. 

Les biens que d'autres ont acquis, auxprix de beaucoup de douleurs, 
on ne doit pas y songer, s'ils n'ont pas été donnés. 

Si l'on attire les regards du monde sans en éprouver de la joie, 
c'est un autre avantage, analogue cependant, auquel il faut s'attacher (?) '. 

La femme d'un autre, parce de ses ornements, 
est comme une langue do feu ; qu'on s'en garde avec soin ! 

Q^aiid on a trouvé une femme pour soi, qu'on s'en contente ! 
Ce qui cause les désirs est semblable à un poison; qu'on ne s'y appliqua pas ! 

Que ce soit dans son intérêt pro^ire ou dans l'intérêt d'autrui. 
celui qui a de la connaissance ne dira point de mensonge. 

Tout ce qui peut apporter du dommage à autrui, faire de la peine à autrui, 
il saura le démêler, pour ne parler qu'avec douceur -, 

L'homme qui aime à boire des spiritueux 
est incapable d'être utile à soi-même et de faire du bien aux autres. 

Les spiritueux produisent l'égarement et altèrent le teint ; 
qu'on n'en boive donc pas plus qu'on ne boit du poison Hala ! 

Qu'on ne tue pas ce qui a vie, qu'on ne vole pas les richesses d'autrui ! 
qu'on ne dise pas de mensonge! qu'on ne boive pas de liqueurs enivrantes ! 

Qu'on ne laisse pas son cxur se prendre aux femmes d'autrui! 
et si l'on désire le Svarga, on y entrera comme chez soi. 

l Ces deux padas sont très difficiles à entendre, quoique ne renfermant aucun It-rnie diflicili;; ils si- 
gnifienl, je suppose, que li modéralion dans les désirs, l'iudillérence à l'égard des bruits du monde 
vaut bien la richesse et doit surtout étouffer toute velléité d"atlenler à la propriété d'autrui. 

* Il y a ici comme une allusion aux paroles rudes inlerdites dans le Duçcarita, ou plulot à la calomnie 
parente du mensonge, ou à lamédisance que le Duçcarila confond presque a?ec la calomnie. 



FRAGMENTS TRADUITS DU ICANDJOUR 249 

Ceux qui ont revêtu l'habit ronge et n'iiabitent pas de maison 
ont donné cet enseijj.ioment pour ceux qui iiabitcnt des maisons. 

Pour ceux qui sont complètement initiés, le Jina 
a complètement démontré la base de l'enseignement'. 

Ensuite l'Upàsaka Nanclika, ayant ontendu (do la bouche) de Bhaoa^at 
cet exposé méthodique de la loi, se réjouit, fut satisfait, fut rempli de joie, 
de bien-être; le cœur à l'aise, il se leva de dessus son tapis, adora avec la 
tète les pieds de Bhagavat, tourna trois fois autour de Bhagavat; puis, 
après s'être hautement réjoui et satisfoit do la parole de Bhagavat, il se 
retira de devant Bhagavat. 

Ainsi parla Bhagavat; les Bhixus n^ouis louèrent hautement le discours 
de Bhagavat. 

Fin du Sîitra di^ Nandika. 



1 Cette slance semble indiquer quo renseignement contenu dans ce sùtra est destiné aux Upàsakas 
qui habitent des maisons, aux laïques. Un enseignement plus complet serait réservé à ceux q'.i sont 
complètement initiés, c'est-à-dire aux Bhixus; ce serait sans doute le duçrarita (ou les dix préceptes), 
a moins que ce ne soient les six (ou dix) Pâramitâs dont nous aurons l'occasion de parler plus tard. 



Asm. g — D 



KARMA VIBHAGA 

Karmavibhâga. « partage des actes, » est le titre de deux sûtras du 
Kandjour' qui viennent à la suite duDharma-cakra-sûtra(doDtonavuplushaut 
la traduction p. 1 il-l2i)et terminent le volume XXVI delà section Mdo. Ces 
deux textes ne sont pas de même étendue; le premier est à peu près le double 
du second, puisqu'il occupe trente-trois feuillets, et l'autre seize seulement. 
Cependant c'est le second qui ] arait di:\ oir être considéré comme le plus im - 
portant à cause de la qualitication Dharma-graniha (« Livre de la loi r>) 
ajoutée au titre de ce second texte, sans figurer dans celui du premier. 

Le canon pâli nous offre aussi deux sùtras portant ce même intitulé et 
distingués l'un de l'autre par les épithetes « petit » et « grand », s'appli- 
quant. non à la longueur des textes, qui sont à peu près de même étendue, 
mais à la manière plus ou moins approfondie dont le sujet y est traité. J'ai 
traduit les deux textes j)àlis, de sorte que je puis en parler pertinemment': 
maisjo n'ai traduit qu'un des textes tibétains, le second ; et c'est de celui-là 
seulement que je vais m'occuper, n'étant pas en mesure de parler du 
premier. 

Il répond en partie, mais on partie seulement, au a i)etit » Karma-Vibhâga 

' Le tilré saiiskrll des J.mIS sùti'a:; eU le mèiiie: mais le mot Viblt "jn y est Iraduil en lilélain de 
deux manières difleren'es. 
- Je me propose de les donner en ai)j)endice à la suile de ce recueil. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 251 

pâli. 11 y a dans le texte tibétain beaucoup de choses qui ue sont pas dans 
le texte pâli; et, mè ne pour les parties communes, la correspondance est 
loin d'être exacte. 

Du reste, le « grand » Karma- Vibhàga pâli est aussi représenté dans notre 
texte tibétain, mais d'une façon très sommaire, simplement par quatre 
paragraphes qui même, si on ne considère que le résumé du texte pâli, n'en 
sont pas l'équivalent exact. 

Le siitra tibétain se divise en deux et même trois parties bien distinctes 
que l'on peut regarder comme autant de textes soudés les uns aux autres 
sans grand artifice, et que nous séparerons les unes des autres. La première 
l'emporte de beaucoup par son importance et par sa longueur. C'est là, au 
début, que se trouve la partie correspondant au « petit » Karma-Vibhâga 
pâli. En effet, elle commence, comme le texte pâli, par sept questions adressées 
au Buddha, qui, au lieu d'y répondre immédiatement et directement, comme 
on voit que cela se fait dans le siitra pâli, énumère à son tour une série de 
points à éclaircir, et commence ensuite à résoudre toutes les questions 
posées, d'abord en répondant aux interrogations de son interlocuteur, ensuite 
en traitant les points indiqués par lui-même. Il semble qu'il y ait là deux 
textes, primitivement dis'.incts, intercalés et enchevêtrés l'un dans l'autre. 
On pourrait sans doute les séparer et les isolei- ; mais il faudrait pour cela 
bouleverser l'économie du sûtra ; et les rapports avec le texte pâli ne sont 
pas assez étroits pour motiver une pareille dislocation. Nous conserverons 
donc notre texte en respectant l'ordre suivant lequel les matières sont distri- 
buées, nous bornant. à ajouter des numéros à toutes les questions posées et 
résolues. La série des numéros se présentera deux fois ; une première fois 
dans l'espèce de programme placé en tète du sûtra, une seconde fois dans le 
corps du texte formé de la réponse à ces questions qui sont au nombre de 
cinquante -deux*. 

La deuxième partie n'est peut-être qu'un appendice de la première j elle 
se distingue néanmoins par son individualité. En effet, c'est un exposé des 



1 Comme on le verra dans la suite, il y a dans le programme deux articles omis dans le développement, 
et dans le développement deux autres articles omis dans le programme; si bien que chacune de ces deux 
parties isolément ne compte que cinquante articles : mais en les complétant l'une par l'autre on arrive au 
chiffre de cinquanledeux. 



ANNALES DU MUSEE GUIMET 



conséquences de la violation du Pança-çila, un texte de même famille que 
Le Pançaçixânisamça et que le Nandika-sûtra qu'il répète quelquefois et 
avec lesquels il formerait naturellement un groupe. 

. La troisième partie se divise elle-même en deux sections d'égale longueur; 
car elles se composent Tune et l'autre de onze paragraphes. La première 
énumère diverses actions dont le Gaitya du Buddlia peut être l'objet et 
qui valent chacune à leur auteur des avantages; la deuxième énumère 
une autre série d'actions, assurant aussi chacune dix avantages à celui 
qui l'a faite, mais sans spécifier qu'elles se rapportent à un Gaitya. Il n'est 
pas toujours facile de retrouver les dix avantages annoncés comme devant 
être énumérés dans chaque paragraphe. Mais ce n'est pas là une difficulté 
sérieuse ni qui puisse nous arrêter. 

Pour faciliter l'étude, nous numérotons les divers paragraphes et nous 
mettons en italiques les termes importants qu'il nous paraît convenable de 
mettre en relief. 



LE PARTAGE DES ACTES 
- MJo XXVI. 405 4SI — 



En langue de l'Inde: Karma-Vibhâga-nâma-grantha. En langue de 
Bod: Lashyi mam-par hgyur va jes bija-va chos kyi-gjun. En français: 
Livre de la loi intitulé : « Partage des actes. » 

• Adoration à tous les Buddhas et Bùdhisattvas. 

. Voici le discours que j'ai entendu une fois : Bhagavat résidait à Çrâvastî, 
à Jetavana, dans le jardin d'Anàthapindada : (il y résidait) avec une grande 
assemblée de douze cent cinquante Bhixus. 

l'uE.iiiÈRE Parti e 

Or, Çuko-Manava fils de Taudeya se rendit auprès de Bhagavat, Quand 
il y fut arrivé, il échangea avec lui divers discours agréables et joyeux, 
puis s'assit près de lui. Après s'être assis à peu de distance, Çuko-Manava 
fils de Taudeya parla ainsi à Bhagavat: Gautama, si je t'adresse une petite 
question, voudras-tu bien me i-épondre? — Tel fut son discours. Bhagavat 



FRAGMENTS TRADUITS DD KANDJOUR 253 

répondit à Cuko-Manava. fils do Taiideya, en ces termes: Manava, ques- 
tionne à ton gré ; je te répondrai. 

Préambule 

Là-dessus, Çuko-Manava fils de Taudeya parla ainsi à Bhavagat: 

Gautama, les êtres ont une vie courte ou une vie longue; — beaucoup 
de maladies ou peu de maladies ; — des désagréments ou de l'agrément ; 
— peu de puissance ou une grande puissance; — une basse naissance ou 
une haute naissance ; — - la pauvreté ou la richesse * ; — toutes sortes de peines 
ou de plaisirs petits et grands, etc. — Gautama, par suite de quelle 
maturité des actes ces nombreuses et diverses manifestations se produisent- 
elles ? 

Bhagavat répondit : Toi, Manava, écoute et retiens *bien et vertueusement 
(ce que tu auras entendu); je vais parler sur ce sujet: 

Manava, les êtres provenant des actes de leurs existences (antérieures), 
le don et tout ce qui s'y rattache étant un acte, la naissance et tout ce qui 
s'y rattache étant un acte, la cause individuelle de chaque être étant un 
acte, Manava, les êtres se transforment par l'effet des actes. Il s'ensuit que, 
selon le bien, le mal ou l'entre- deux (du bien et du mal), beaucoup d'espèces 
d'êtres sont liés à beaucoup d'espèces d'actes, à beaucoup d'espèces de 
djuleurs, à beaucoup d'espèces de vues; je veux dire, par exemple: le fruit 
niiir résultant d'un acte noir et d'un acte blanc. Ainsi, Manava, par l'eftet 
d3s actes noirs, un être naît (pour aller) dans la mauvaise direction, telle 
que le Naraka, les animaux, les Yaxas, les rôdeurs, les Asuras, etc. Ceux 
qui ont fait des actes blancs renaissent parmi les dieux et les hommes^. 

Pror/rain'nie 

En conséquence, Manava: I. C'est par la maturité dos actes que la vie est 
courte; II. C'est par les actes que la vie est longue; III. C'est par les actes 



1 Ces questions, au nombre de sept ou de quatorze, puisque chacune est double, font le sujet du sûlra 
pâli. Seulement, dans ce sùtra, au lieu de : « désagrément ou agrément, » il y a ; « mauvaise caste ou 
« bonne caste ». 

2 Ici finit ce qu'on peut appeler le préambule : c'est une sorte de programme incomplet, qui va être 
repris et complété. Nons en numéroterons chaque article et en même temps nous le découperons eij 
paragraphes dans l'intérêt de la clai-lé, 



254 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

qu'où a beaucoup de maladies; IV. C'est par les actes qu'on a peu de 
maladies; V. C'est par les actes qu'on éprouve du désagrément dans la 
vie; VI. C'est par les actes qu'on éprouve de l'agrément; VII. C'est par 
les actes qu'on a une petite puissance; VIII. C'est par les actes qu'on a une 
grande puissance; IX. C'est par les actes qu'on est d'une basse niissance ; 
X. C'est par les actes qu'on est d'une haute naissance; XI. C'est par les 
actes qu'on est dans la pauvreté ; XII. C'est par les actes qu'on est dans la 
richesse; XIII. C'est par les actes qu'on est dans le mal de (riguorance) ; 
XIV. C'est par les actes qu'on a une connaissance grande et étendue. 

XY. C'est par les actes que les êtres vont dans l'enfer; XVI. C'est par les 
actes qu'on va dans le lieu de naissance (la matrice) des animaux ; XVII. C'est 
par les actes qu'on nait parmi les rôdeurs; XVIII. C'est par les actes qu'on 
naît parmi les Asuras ; XIX. C'est par les actes qu'on naît parmi les hommes; 

XX. C'est par les actes qu'on naît parmi les dieux de la région du désir; 

XXI. C'est par les actes qu'on naît parmi les dieux de la région de la forme ; 

XXII. C'est par les actes qu'on nait parmi les dieux de la région sans forme. 
XXIII. C'est par les actes que la naissance se produit sans changement; 

XXIV. C'est par les actes que la naissance se produit avec changement ; 

XXV. C'est par les actes qu'on arrive à naître dans un autre pays; 

XXVI. Quand on a fait des actes sans les méditer, la naissance se produit 
tout de même; XXVII. Quand on a médité les actes sans les accomplir, 
la naissance se i)roduit tout de même; XXVIII. Quand on a médité et 
acccompli des actes, la naissance se produit tout de même; XXIX. Quand 
on n'a ni médité ni accompli des actes, la naissance se produit tout de 
même. 

XXX. Pour un individu qui a accumulé des actes tels qu'il a dû renaître 
dans l'enfer, l'acte de la naissance se produit quand son temps d'enfer est 
achevé; XXXI. Pour un individu qui a accumulé des actes tels (qu'il a dû 
renaître dans l'enfer), l'acte de la naissance (peut) se produire quand la moitié 
de son temps d'enfer est achevé; XXXII. L'acte de la naissance peut se 
produire soudain quand l'être vient d'arriver dans l'enfer. 

XXXIII. Pour un individu qui a accumulé des actes de manière à être 
arrivé au bien antérieurement, il (peut) se produire même un mauvais 
Karma; XXXIV. Pour un individu qui a accumulé des actes de manière à 



FRAGMENTS TRADDITS DU KANDJOUR 355 

ne pas être arrivé antérieurement au bien, il peut se produire un bon Karma- 
XXXV. Pour un individu qui a accumulé tous ses actes de manière à être 
arrive auteneurement au bien, il y a encore un bon Karma. XXXVI [Pour 
un individu qui a accumulé tous ses actes de manière à ne pas être arrivé 
antérieurement au bien, il y a encore un mauvais Karma 'J. 

XXXVII. Pour l'individu qui a accumulé tels et tels (actes), c'est un 
Karma d'avarice qui se produit; XXXVIII. Pour Tindividu qui a accumulé 
tels et tels (actes), c'est l'acte d'oser donner, étant pauvre, qui se produit ; 
XXXIX. Pour l'individu qui a accumulé tels et tels (actes), c'est l'acte de 
donner étant devenu riche qui se produit; XL. Pour l'individu qui a 
accumulé tels et tels (actes), c'est l'acte de devenir à la fois pauvre et avare 
qui se produit ; 

XLI. Pour tel individu, le temps est épuisé, l'acte ne l'est pas; XLII. Pour 
tel individu, l'acte est épuisé, le temps ne l'est pas; XLIII. Pour tel 
individu, le temps et l'acte sont épuisés en même temps; XLIV. Pour tel 
mdmdu, ni le temps ni les actes ne sont épuisés, et il a (néanmoins) échappé 
a la douleur. 

XLV. Pour tel individu, le corps est dans le bien-être, l'esprit n'est pas 
dans le bien-être ; XLVI. [Pour tel individu, l'esprit est dans le bien-être, 
le corps n'est pas dans le bien-être]; XLVII. Pour tel individu, le corps est 
dans le bien-être, l'esprit est aussi dans le bien-être; XLVIII. Pour tel 
individu, le, corps n'est pas dans le bien-être, l'esprit n'est pas non plus 
dans le bien-être; 

XLIX. L'individu qui a accumulé tels et tels actes et qui est né sur le 
terrain des êtres j.ervers sera physiquement beau, agréable, d'un teint 
charmant, de bonne mine, ayant un corps agréabl- a la vue en vertu de son 
karma ; L. Un autre individu qui a accumulé tels et tels actes, né aussi sur lo 
terrain des êtres mauvais, sera physiquement laid, avec un corps ditTorme. 
sans agrément et sans éclat, un corps dont la vue n'a aucun charme. 
LI. [Tel autre pour avoir accumulé tels et tels actes naîtra sur le mauvais 
terrain avec une odeur déplaisante, etc.^j. 

« Omis dans 1 li-ciivera ,,lus loin le développement. 

Um,s dans le „ prosra...me „, mais e.j.lique dans le développement. 



256 ANNALES DU MUSEE. GUIMET 

LU. Manava, cela est ainsi ; c'est parce qu'on a suivi le chemin des dix 
actions vicieuses ', c'est à cause de cela que l'on arrive au but mauvais de la 
résrion adverse. 



DJrcloppemc H t 

I. Ici, tu me demandes par l'effet de quel genre d'actes le temps de la vie 
est court. Je te dirai que dix conditions fout que la vie est courte. — Quelles 
sont ces dix? Si tu les demandes (les voici) ^. 

Tuer; trancher pour tuer; louer le meurtre ; désirer le meurtre; détruire 
un foetus ; s'appliquer à détruire un foetus ; avoir contre un ennemi une 
pensée de meurtre ; se réjouir de la mort de celui qu'on n'aime pas ; tuer des 
êtres pour soutenir sa vie ; porter ses désirs et ses regards sur le foyer 
(où cuit la viande?) 

Voilà les dix conditions qui font qu'on a une vie courte avec beaucoup de 
maladies. 

II. Et par quels actes bons la vie est -elle longue? Il y a dix conditions 
diverses qui font que la vie est longue. Quelles sont ces dix? 

Rejeter le meurtre; faire rejeter le meurtre; louer le rejet du meurtre; 
désirer que le meurtre soit rejeté; pardonner aux êtres qui ont mérité la 
mort ; gracier les hommes condamnés à mort ; accorder un refuge aux êtres 
eflfrayés et épouvantés; avoir des sentiments de compassion pour tous les êtres 
quisont sans protecteur; avoir des sentiments de douceur et d'amitié pour les 
êtres malades ; vêtir, nourrir et désaltérer les êtres indigents et dans le besoin. 

Telles soni les conditions qui assurent une vie longue et sans maladie. 

III. Par l'effet de quels actes, diras- tu, a-t-on beaucoup de maladies? Il y 
a dix conditions qui font qu'on a beaucoup de maladies. Quelles sont ces dix ? 

Frapper avec le bâton, la main, ou quelque " autre (instrument); flaire 
grand usage du bâton, de la main ou d'autres (instruments) ; louer quand 
quelqu'un a frappé avec le bâton, la main ou d'autres instruments; avoir le 
désir de frapper avec le bâton, la main ou d'autres instruments ; enti-etenir 



1 Proprement o le chemin du Karma des dix vices ». Il s'agit i\u Duçcurlta. 

• l'our éviliT les répétitions iiuililes, je ne Iraihiirai pas désormais le me-nbre de phrase : « fi lu le 
demandes le voici, » qui termine toutes les questions. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 257 

à l'égard de ses père et mère des dispositions perverses; entretenir à l'égard 
de ceux qui sont en proie à un chagrin prolongé des dispositions perverses ; 
se réjouir de la maladie de ses ennemis ; se réjouir de ce que ceux que l'on 
n'aime pas ne guérissent pas de leurs maladies ; donner (aux malades) des 
remèdes pernicieux; enfin manger sans mâcher (?). Voilà les dix. 
Telles sont les dix conditions qui font qu'on a beaucoup de maladies. 

IV. Par l'accomplissement de quels actes vertueux arrive-t-on à avoir peu 
de maladies ? Il va dix conditions qui font qu'on arrive à avoir peu de maladies. 
Quelles sont ces dix ? 

Ne point frapper les autres avec un bâton, la main ou d'autres (instru- 
ments); ne point faire souvent usage du bâton, de la main ou d'autres 
(instruments) ; ne point louer les coups donnés avec le bâton, la main ou 
d'autres (instruments) ; ne point désirer de frapper avec le bâton, la main ou 
d'autres (instruments); rendre honneur à ses père et mère dans leurs maladies; 
rendre honneur aux malades, aux êtres en proie à un chagrin prolongé ; 
ne pas se réjouir de la maladie de ses ennemis ; se réjouir de la guérison de 
ses ennemis ; donner aux malades des remèdes (bienfaisants) ; bien mâcher 
les aliments dont ou se nourrit. Voilà les dix. 

C'est par ces dix conditions j l'on obtient d'avoir peu de maladies. 

V. Gomment, diras-tu, arrive-t-on par l'effet des actes à une situation peu 
agréable'? Il y a dix conditions qui font qu'on arrive à une vie peu agréable. 
Quelles sont ces dix? 

L'aniraosité ; l'hostilité secrète ; la rancune gardée à propos de rien ; 
l'insolence; le mauvais ton à l'égard de ses père et mère; les mauvais 
discours à l'adresse de ceux qui éprouvent un chagrin prolongé ; les 
mauvais procédés envers tous ceux qui sont en proie à un chagrin prolongé ; 
le refus de la propreté au Gaitya du Samyaggata ^ ; les malédictions contre 
ceux qui déplaisent; enfin des actes impurs^ à tout propos. Voilà les dix. 

VI. Et comment, diras-tu, arrive-t-on à une bonne situation? Il y a dix 



1 J'ai déjà noté que, dans le pâli, ce paragraphe et le suivant sont relatifs à la mauvaise et à la bonne 
Caste. 

2 « Celui qui est venu réellement, venu une fois pour toutes, » une des épithétes du Buddha. J'emploie 
le mot sanskrit auquel correspond le terme tibétain de no're texte ; il me paraît préférable à une 
traduction qui ne pourrait être que bizarre. 

' On pourrait traduire aussi : des actes dépourvus d'iiabileté, de tact. Le mot du texte est douteux. 
A.NN. 0. - B 33 



258 ANNALES DD MUSÉE GUIMET 

conditions qui font arriver à une situation prospère. Quelles sont ces 
dix? 

Se garder de l'animosité ; donner des habits ; balayer constamment 
le Gaitya du Samyaggata ; nettoyer le Viliàra ; parler à ses père et mère 
avec douceur; parler avec douceur à ceux qui sont en proie à un chagrin 
prolongé ; ne point maudire ceux qui sont désagréables ; agir en toutes 
choses selon la pureté. — Voilà les dix*. 

VII. Gomment, diras-tu, arrive -t-on, par l'eflFet des actes, à avoir peu de 
puissance? 11 y a dix conditions qui font qu'on arrive à avoir peu de puis- 
sance. Quelles sont ces dix, demanderas-tu ? 

Être envieux des succès des autres; se réjouir de leurs échecs; ne pas 
se réjouir de leurs succès ; prendre plaisir aux discours et aux vers qui 
ne célèbrent pas le bonheur et la gloire des autres; ne pas prendre plaisir 
aux discours et aux vers dans lesquels on célèbre leur bonheur et leur gloire : 
ne pas rendre hommage à ses père et mère, non plus qu'à l'ami de la vertu ; 
ne pas témoigner de respect à ceux qui sont en proie à un chagrin prolongé ; 
créer des racines de vice pour le petit maître ; retrancher les racines de 
vertu pour le grand maître^ ; accorder des éloges aux individus qui font le 
mal. — Voilà les dix. 

VIII. Gomment, demandes-tu, arrivo-t-on par l'effet des actes à une grande 
puissance ? — H y a dix conditions qui font arriver à une grande puissance. 
Quelles sont ces dix ? 

Ne pas être envieux des succès d'autrui; se réjouir des succès d'autrui; ne 
pas se réjouir des insuccès d'autrui ; ne pas prendre plaisir aux discours et 
aux vers qui ne célèbrent pas la gloire et le bonheur d'autrui ; prendre plaisir 
aux discours et aux vers dans lesquels on célèbre la gloire et le bonheur 
d'autrui ; faire naître l'esprit de Bodhi ; préparer une demeure et un 
Gait}-a pour le Samyaggata ; retrancher les racines du vice pour le petit 
maître ; créer des racines de vertus pour les grands maîtres. — Voilà les dix. 

IX. Gomment, demandes-tu, arrive-t-ou, par l'effet des actes, à naître dans 

' Il n'y en a que neuf, en Comptant comme deux celle (jui est relative aux père et mère. Il doit y avoir 
au moins un terme oublié. 

2 Je ne sais ce que sont ce « petit tt et ce « grand maîlre ». On pourrait hasarder plusieurs explications. 
C'est un de cesrao:squi exigent uu commeulaire. Le terme sanskrit éclaircirail peut-être le sens; mais 
je ne le conuais pas. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 259 

une famille basse? Il y a dix conditions qui font qu'on vient à naître dans une 
famille basse. Quelles sont les dix? 

Ne pas prendre son père et sa mère pour un père et une mère ; ne pas 
reconnaître un Çramana pour Çramana; ne pas reconnaître un brahmane 
pour brahmane ; ne pas honorer ceux qui sont d'une famille distinguée ; ne 
pas rendre hommage aux savants (sk. upadhyâya ; tib. mkhan -po) et aux 
supérieurs (sk. guru ; tib. hla-ma') entrés dans l'affranchissement; refuser 
l'hospitalité à ceux qui ne sont pas (suffisamment) respectueux (?) ; tuer 
virtuellement pour ainsi dire (?) les savants et les supérieurs entrés dans 
l'affranchissement, en ne leur rendant pas les honneurs qui leur sont dus ; 
rejeter les individus nés dans une famille relevée ; faire bon visage à ceux 
qui sont de basse famille . — Voilà les dix. 

X. Comment, demandes-tu, arrive-t-on, par l'effet des actes à naître dans 
une haute famille ? 11 y a dix conditions qui font arriver à naître dans une 
haute famille. Quelles sont ces dix? 

Se souvenir de ses parents et les considérer comme entrés dans l'affran- 
chissement ; reconnaître (les brahmanes) pour brahmanes ; rendre hommage 
à ceux qui sont de famille honorable ; se lever de son tapis pour les savants 
et les supérieurs qui sont entrés dans l'affranchissement, et pour d'autres 
qui s'appliquent à l'affranchissement, les inviter, leur offrir ses hommages et 
ses respects, et les faire asseoir sur le tapis ; rendre hommage à ses père et 
mère ; rendre hommage aux savants et aux supérieurs entrés dans la délivrance 
et à d'autres ; être le même pour celui qui est de haute et pour celui qui est de 
basse famille sans faire de différence entre eux ; déposer un bâton (précieux?) 
sur le Gaitj^adu Samyaggata, y mettre une guirlande de tieurs et un balda- 
quin. — Voilà les dix. 

XI. Gomment, demandes-tu, devient -on pauvre par l'effet des actes? 
Dix conditions font qu'on devient pauvre. Quelles sont ces dix? diras-tu. 

Se laisser aller à prendre ce qui n'est pas donné ; louer la prise de ce qui 
n'est pas donné ; aspirer à la prise de ce qui n'est pas donné ; supprimer la 
modestie et la pudeur envers ses père et mère ; refuser aux savants et aux 
supérieurs, à ceux qui sont entrés dans la délivrance, des Vihâras, des rési- 
dences, des offrandes, la pratique (de leur règle, en un mot) tout ; ne pas se 
réjouir des succès d'autruij se réjouir des insuccès d'autrui; mettre obstacle 



260 ANNALES DD MUSEE GUIMET 

aux succès d'autrui ; faire des vœux pour que la famiue se produise. — 
Voilà les dix. 

XII. Gomment devient-on riche par l'effet des actes? demandes-tu. Il y a 
dix conditions qui font qu'on devient riche. Quelles sont ces dix ? 

Eviter de prendre ce qui n'est pas donné ; faire en sorte qu'on évite de 
prendre ce qui n'est pas donné; se réjouir de ce qu'on évite de prendre ce 
qui n'est pas donné ; donner des aliments à ses père et mère ; fournir aux 
savants, aux supérieurs et aux autres éminents personnages, des Vihâras, 
des résidences, l'exercice régulier de leurs pratiques, des manteaux de 
religieux, des tapis, des remèdes et des médicaments, des serviteurs, des 
aliments ; regarder comme ses propres succès les succès d'autrui ; ne pas se 
réjouir des insuccès d'autrui; désirer une bonne année' dans toutes les 
dix régions ; éprouver une grande joie à l'occasion des individus qui font 
des dons, etc. — Voilà les dix. 

XIII. Gomment, demandes- tu, devient-on méchant ^ par l'effet des actes? 
Il y a dix conditions qui fout qu'on devient méchaut. Quelles dix ? 

Ne pas savoir questionner quoique personne digne de l'être ; ne pas 
travailler à développer (en soi-même) la loi parfaitement pure ; rejeter la loi 
parfaitement pure; ne pas rendre ses hommages et ses respects à ceux qui 
enseignent la loi parfaitement pure ; louer comme des actes vertueux des 
discours sans importance ; s'approcher des méchants et des ignorants et leur 
faire cortège ; abandonner les savants accomplis ; prendre pour autorité et 
louer ceux qui ont des vues fausses ; abandonner ceux qui ont des vues justes ; 
abandonner les individus qui ont la science complète. — Voilà les dix . 

XIV. Gomment, demandes-tu, arrive-t-on à la grande (et) haute science ? 
Dix conditions fout arriver à la grande et haute science. Quelles dix? 

Savoir questionner graduellement (en s'adressant à) quiconque en est 
digne ; ne pas s'approcher, pour leur faire cortège et les honorer, des gens 
qui ne sont ni savants, ni Gramanas. ni Brahmanes, mais qui sont des 
individus méchants (ignorants) ; s'approcher, au contraire, des individus 

* Une année d'abondance, par opposition au vœu pour la famine énoncé dans Tarticle précédent. 

' La « méchanceté » dont il s'agit ici est opposée à la « haute science » qui fait Tobjet de l'article 
suivant. La version pâlie emploie un terme qui désigne l'ignorance. Le bouddhisme identifie la 
« méchanceté » et « l'ignoranc3 ». La substitution du premier de ces termes au second n'en est pas 
moins étrange. 



FRAGMENTS TRADUITS DU ICANDJOUR 261 

savants et les honorer; communiquer la loi parfaite à ceux qui ne l'ont pas ; 
travailler à développer (en soi-même) la loi parfaite ; assurer la sécurité de 
ceux qui sont des vases de la loi ; quand on entend prononcer des paroles 
parfaites, les louer en disant : (C'est la) vérité; ne pas louer de mauvaises 
paroles en disant : (C'est la) vertu; ne pas aspirera des vues fausses; louer 
ceux qui ont des vues parfaites. — Voilà les dix*. 

XV. Comment renaît- on dans l'enfer par l'effet des actes? demandes-tu. 
Il y a dix conditions qui font renaître dans l'enfer. Quelles dix ? 

Faire le mal par le corps à un haut degré ; faire le mal par la parole à un 
haut degré ; faire le mal par la pensée à un haut degré ; avoir des vues qui 
méritent un châtiment ; avoir des vues relatives à la permanence (des choses) ; 
avoir des vues relatives à des choses qu'il n'est pas convenable de faire; 
accomplir des actes nuisibles ; mal parler à ceux qui sont en proie à un 
chagrin prolongé ; s'engager dans la mauvaise conduite causée par les 
désirs-. Voilà les dix. 

XVI. Comment vient-on, par l'effet des actes, à renaître dans l'animalité ? 
Situ le demandes, il y a dix conditions qui font qu'on renaît dans l'animalité. 
Quelles sont ces dix? 

Faire le mal parle corps niodérénnnt ; faire le mal par la parole modéré- 
ment ; faire le mal par la pensée modérément ; faire des actes déterminés 
par les diverses espèces de désirs ; faire des actes déterminés par les diverses 
espèces de colère ; faire des actes déterminés par les diverses espèces 
d'égarement (ou de folie); ne pas donner ce qu'il est juste (de donner); 
être en colère contre ceux qui sont allés dans l'animalité ; naître lion 
par la puissance du vœu d'un Bôdhisattva ; maltraiter un Brahmane ; 
naître singe pour une réponse faite sur un mauvais ton. — Telles sont 
les dix. 

XVII. Comment arrive-t-on, par l'effet des actes, à naître parmi les 



* Ici finit la parlie coiTespontlant au petit Karma Vibhdga pâli qui traite de ces quatorze mêmes 
points, mais d'une façon assez ditïérente, malgré beaucoup d'analogie, et saus s'astreindre à recliercher 
ciiaque fois, dix « conditions » qui se répètent souvent. 

2 Ce dernier point était déjà compris dans le premier relatif au mal qu'on fait par le corps ; et ce 
premier point complété par les deux suivants en contient déjà dix en tout. Cela prouverait, si on ne 
l'avait déjà remarqué, combien cl-s énuméralions sont factices. Celle de notre paragraphe d'ailleurs ne 
contient que neuf points. 



262 ANNALES DU MUSÉE GUIMET 

rôdeurs? Si tu le demandes, il y a dix conditions qui font qu'on vient à 
naître parmi les rôdeurs. Quelles sont ces dix? 

Faire le' mal parle corps, mais peu; faire le mal parla parole, mais peu; 
faire le mal par la pensée, mais peu ; croire au mal ; y croire beaucoup ; 
vivre de fourberie ; ne pas donner à cause de la foi qu'on a à l'ég'oïsme ' ; 
faire obstacle au don; mourir comme si l'on était en proie aux désirs; 
mourir comme si c'était de faim et de soif. — Voilà les dix 2. 

XVIII. Gomment arrive-t-on, par l'effet des actes, à naître dans le monde 
des Asuras. Si tu le demandes, il y a dix conditions qui produisent la nais- 
sance dans le monde des Asuras. Quelles dix? 

En toutes choses, faire le mal par le corps sur une très petite échelle ; en 
toutes choses, faire le mal par la parole sur une très petite échelle ; en toutes 
choses, faire le mal par la pensée sur une très petite échelle; un moi dont on 
se préoccupe (exclusivement); un moi qui s'élève au-dessus de la lune; un 
moi qui s'élève au-dessus des supérieurs ; un moi (qui se prétend) supérieur 
même aux supérieurs ; un moi qui ne peut exister dans le moi ^ ; une 
aspiration perverse à la création des racines de vertu. — C'est en vertu de 
ces dix conditions qu'on renaît parmi les Asuras. 

XIX. Gomment arrive-t-on, par l'effet des actes, à naître dans le monde 
des hommes? Si tu le demandes, il y a dix conditions qui font que l'on naît 
dans le monde des hommes. Quelles dix ? 

Si l'on n'amoindrit pas le chemin des dix vertus', sans (toutefois) s'élever 
bien haut, on arrive à naître dans le monde des hommes. 

XX. Gomment arrive-t-on à naître, par l'effet des actes, parmi les dieux 
qui se meuvent dans les six (régions) du désir ? Si tu le demandes, il y a dix 
conditions qui font que l'on naît parmi les dieux qui se meuvent dans les six 
(régions) du désir. — Quelles dix ? 

Si l'on ne s'écarte pas du chemin des dix vertus, et que (de plus) on reste 



1 Ou à l'avarice (Matsarya). 

2 La plupart de ces traits conviennent aux prêtas et la qualification de rôdeurs no leur messied pas. 
Je pense donc qu'il s'agit d'eux dans ce paragraphe; mais ce n'est pas là leur désignation liibituelle. 

3 Le moi dont il s'agit dans tout le paragraphe est le «Hii de l'oi-gueil ; le second moi dont il s'agit 
dans celle phrase est, je crois, le 7noi philosophique. La phrase signifierait que l'orgueil, déplacé do toutes 
les manières, l'est encore plus dans un être fugitif, sans durée, qui n'a qu'une existence éphémère. 

* Le Sucarita. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 263 

attaché fermement à l'héroïsme, on vient à naître chez les dieux qui se 
meuvent dans les six (régions) du désir. 

XXI. Gomment arrive-t-on à naitre parmi les dieux qui se meuvent dans 
la région de la forme ? II y a dix conditions qui font que l'on vient à naitre 
parmi les dieux qui se meuvent dans la région de la forme. Quelles dix ? 

Si, croyant au chemin de dix vertus, on accomplit parfaitement les six 
Paramitas et les quatre Apramàna, on viendra à naitre parmi les dieux qui 
se meuvent dans la région de la forme. 

XXII. Gomment vient-on à naitre parmi les dieux qui se meuvent dans la 
(région) sans forme? 

C'est en pratiquant la loi des dix vertus, et la loi des quatre prises de 
possession de la fixité qu'on vient à naître parmi les dieux qui se meuvent 
dans (la région) sans forme. 

(1). Les quatre fixités échappent à toute forme. Quand on n'a plus à 
prononcer aucun des noms de la sensation, que, en dépassant la pensée et 
l'expression des diverses lois, on a appliqué ses pensées au ciel sans limites, 
on n'a pas (encore) saisi la fixité supérieure aux Ayatanas du ciel sans limites. 

(2). Quand on a dépassé tous les Ayatanas du ciel sans limites, et qu'on 
applique sa pensée à la science distincte (ou discrimination) sans limites, on 
n'a pas encore saisi la fixité supérieure aux Ayatanas de la discrimination sans 
limites. 

(3). Quand on a dépassé tous les Ayatanas de la discrimination sans limites 
et qu'on ne pense pas même un peu, on n'a pas encore saisi la fixité supé- 
rieure aux Ayatanas de la naissance où l'on ne (pense) pas même un peu. 

(4). Quand on s'est élevé au-dessus des Ayatanas [de la naissance] où 
l'on ne (pense) pas même un peu et que l'on réfléchit qu'il n'}' a ni pensée ni 
absence de pensée, on n'a pas encore saisi la fixité supérieure à cette con- 
ception qu'il n'y a ni pensée, ni absence de pensée. 

Telles sont les quatre conditions qui font que l'on renaît parmi les dieux 
qui se meuvent dans la région sans forme. 

XXIII. Gomment arrive-t-on, par l'effet des actes, à renaître presque 
sans changement ? 

Si, après avoir fait des actes (qui sont) des racines de vertu, on se dit : 
Pourquoi formulerais- je un vœu? et qu'on fasse continuellement des actes 



2Ô4 ANNALES DU MUSEE GLIMET 

vicieux, c'est ainsi que, par l'effet des actes, ou arrive à renaître presque 
sans changement. 

XXIV. Gomment arrivc-t-on, par l'effet des actes, à renaître avec chan- 
gement ? 

Si l'on a fait des actes de vertu et formulé un vœu, voilà l'acte par lequel 
on arrive à renaître avec changement. 

XXV. Gomment vient-on à renaître dans un autre pays ? 

Le Buddha est convenable; la Loi est convenable; la Confrérie est con- 
venable ; il est convenable de se rendre complètement maître de la moralité. 
Quand on a bien réfléchi de manière à croire complètement ces (quatre pro- 
positions), qu'on a fait des dons et formulé un vœu pour un autre pays, que 
tous les actes qu'on a accomplis sont convenables, bons, que les mauvais 
deviennent blancs, quand il en est ainsi... c'est par de tels actes que l'on va 
dans un autre pays et qu'on s'y mûrit complètement. 

XXVL Gomment (se fait-il que), par l'effet des actes, on agisse sans 
réflexion ? Quels sont ces actes ? 

Après un acte accompli, on se repent ; on a de la honte, et, par suite de 
l'anxiété, on a mauvaise opinion (de ce qu'on a fait) ; on est ignorant (?) ^ ; on 
confesse (ses torts) ; on ne pratique pas l'indifférence ; on ne recommence 
pas ; on prend l'engagement de ne pas recommencer. Tels sont les actes que 
l'on fait sans y avoir pensé. 

XXVII. Gomment s'abstient-on de faire des actes quand on y a réfléchi? 
Quels sont ces actes ? 

On n'agit pas par le corps, puis rassemblant (toutes les forces de) son esprit, 
on dit à part soi : ceci ne doit pas être fait ; et on ne le fait pas. G'est ainsi 
que, en y réfléchissant, on s'abstient do fliire des actes. 

XXVIII. Comment fait-on dos actes après y avoir réfléchi ? Quels sont ces 
actes ? 

L'acte, une fois accompli, est-il convenable ? On ne s'en ropent pas; on n'a 
pas de honte, partant pas d'anxiété ; on n'a pas do pensées de culpabilité ; on 
n'a point de confession à faire ; on pratique l'indiflërence ; on recommence; et 
on ne prend pas l'engagement do ne pas recommencer. 

1 C'est-à-dire qu'on se reconnaîl comme tel. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 265 

XXIX. ... (Manque) ^ 

XXX. Gomment, lorsqu'un individu a accumulé de tels actes qu'il a dû 
renaître dans l'enfer, son temps de Naraka^ étant entièrement accompli, l'acte 
de la naissance existe-t-il pour lui ? 

Tout individu qui, après avoir accompli avec réflexion lés actes du 
Naraka, n'a pas de repentir; n'a pas de honte, partant pas d'anxiété; n'a pas 
de pensées coupables ; ne pense pas d'une façon déraisonnable (?); n'a pas de 
repentir (à exprimer) ; pratique l'indifférence ; revient au mal ; prend l'en- 
gagement de recommencer ; un individu tel que celui-là, qui a fait un vœu 
pour de telles joies, qui a accumulé de tels actes, après être né dans le 
Naraka, son temps' de Naraka étant complètement expiré, renaît (dans le 
Naraka?). 

XXXI. Gomment, lorsqu'un individu a accumulé de tels actes qu'il est né 
dans le Naraka, la moitié de son temps d'enfer étant expiré, l'acte de la 
renaissance existe-t-il pour lui ? — Quels (sont ces actes) ? 

Get individu, quel qu'il soit, après avoir accompli les actes du Naraka, 
se repent ; il a de la honte, partant il est dans l'anxiété ; il a des pensées 
coupables (?) ; il pense d'une façon déraisonnable (?); il confesse (ses torts); 
il ne pratique pas l'indifférence ; il ne retourne pas au mal ; il prend 
l'engagement de ne pas recommencer. C'est en accumulant de tels actes 
qu'un individu né dans le Naraka renaît (hors du Naraka?) quand la moitié 
seulement de son temps d'enfer est expirée. 

XXXII. Gomment, lorsqu'un individu a accumulé des actes tels qu'il est né 
dans le Naraka, l'acte de la renaissance se produit-il instantanément? — Quels 
sont ces actes ? 

L'individu, quel qu'il soit, a fait les actes de l'enfer après y avoir bien 
réfléchi; les actes accomplis, il s'en repeut; il a de la honte, partant de 
l'anxiété ; il a des pensées coupables (?) ; il pense d'une façon qui n'est pas rai- 
sonnable ; il confesse (ses torts) ; il ne fait pas des sacrifices avec indifierence; 
il ne revient pas au mal ; il prend l'engagement de ne pas recommencer; tels 



i Cet article sur les actes qu'on ne inédite ni n'acconlplit était annoncé dans ce que j'ai appelé le 
« programme »(V. p. 254); il u'en est pas question ici, ce ne peut être qu'une omission involontaire. 

^ Naraka est, en sanskrit, le nom générique des lieux de supplice réservés aux méchants; je l'em- 
ploie de préférence à notre mot « enfer » dont il est l'équivalent, 

Ann. g. — B 34 



266 ANNALES DU MUSÉE GUIMET 

sont les actes qui lui causent ultoi-ieuremeut du déplaisir, auxquels il n'aspire 
pas, auxquels il renonce, qu'il abandonne complètement. L'individu quia accu- 
midé de tels actes propres à agiter son cœur par la vivacité du déplaisir ulté - 
rieur, une fois né dans l'enfer, renaît aussitôt. 11 est comme le roi Ajàtaçatru. ^ 

XXXIII. Gomment l'individu qui a accumulé tels et tels actes, après avoir 
été primitivement dans le bien-être, a-t-il ensuite un mauvais Karma ? Quels 
sont ces actes ? 

L'individu, quel qu'il soit, qui, bien que faisant des dons, ne donne pas 
comme un homme content, n'en éprouve ni joie ni satisfaction intime, et, 
après le don, n'y pense que pour le regretter, un tel individu, s'il naît parmi 
les hommes, naît dans une famille opulente ; il est possesseur de grandes 
richesses, il a un grand train ; il a des intendants, des compagnons, des amis, 
nombre d'objets de première qualité, des magasins, des greniers... les com- 
modités les plus agréables, des voitures ; il a tout cela en abondance. (Eh 
bien !) un tel (homme), après avoir goûté de telles jouissances, tombe à plat, 
est mis à sec, suit la mauvaise direction. 

Ainsi un individu "qui a accumulé tels et tels actes, après avoir été d'abord 
honoré, riche, dans le bien-être, devient affamé, misérable et n'est plus dans 
le bien-être. 

XXXIV. Gomment l'individu qui a accumulé des actes et qui, auparavant, 
n'était pas dans le bien-être, (obtient-il) ultérieurement le fruit d'actes qu' 
aboutissent au bien-être? Quels sont ces actes? 

L'individu quel qu'il soit, qui, en donnant antérieurement avait donné 
sans foi, mais qui était rené avec la foi et une pensée de joie dans le cœur, 
cet individu-là, s'il renaît parmi les liommes renaît dans une famillo 
pauvre; sa nourriture et son train de vie sont médiocres; mais après avoir 
souffert de la corruption morale, de la privation d'aliments et de vête- 
ments, il devient honoré, riche et heureux, croissant en tout, ne dimi- 
nuant en rien. Tel est l'individu qui, après n'avoir pas été dans le bien-être, 
arrive plus tard au bien-être. 

' Ces U-ois arUcles sur la renaissance des êtres lufernaus me paraissent très difficiles el la traduction 
que j'en donne est loin de me satisfaire.il y a beaucoup d'obscurités et d'incohérences au moins appa- 
rentes. Quand bien même j'aurais le loisir d'exiiliquer certaines contradictions, il resterait encore bien 
des points à discuter. Il serait bon de voir le même sujet traité ailleurs ; la comparaison fournirait ptu'.- 
êlre quelques éclaircissements. 



FRAGMENTS TRADDITS DTI KAND.TOUR 267 

XXXV. Gomment l'individu qui, pour avoir fait tels et tels actes, a été 
antérieurement dans le bien-être, y est-il encore? — Quels sont ces actes? 

L'individu, quel qu'il soit, qui, en foisant des dons, donne beaucoup et 
donne avec joie, qui, bien que propriétaire, est joyeux et après avoir donné, 
n'en a pas de repentir, cet individu a i)oui- fruit, s'il naît parmi les hommes, 
de prendre naissance dans une famille opulente ; il est possesseur de vastes 
richesses ; il a un grand train ; il a des intondants, des compagnons, des 
parents, une famille éminente et nombreuse; tous ses greniers et ses 
magasins sont pleins ; il a les plus agréables commodités et les moyens de 
transport à discrétion. Naissant dans de telles familles , ses jouissances ne 
font que s'augmenter à chaque naissance. Tels sont les actes accumulés par 
l'individu qui, après avoir été d'abord dans le bien-être, est encore dans le 
bien-être parla suite. 

XXXVI. Gomment, par le fruit de quels actes, l'individu qui, auparavant, 
n'était pas dans le bien-être, continue -t-il à n'être pas dans le bien-être? 

L'individu, quel qu'il soit, qui repousse l'ami de la vertu, que personne 
ne peut décider à donner, qui de lui-môme ne fait pas de dons aux autres, 
un tel individu, s'il renaît parmi les hommes, est pauvre et affamé, privé 
d'aliments et de breuvages, privé et dénué de vêtements de dessus, menant 
une vie conforme à sa dépravation, n'ayant ni aliments, ni breuvages, ni 
vêtements de dessus pour (soutenir) sa vie; de même, par la suite, ses biens 
et son train ne prennent aucun accroissement. L'individu qui a accumulé de 
tels actes n'était pas antérieurement dans le bien-être ; et, par la suite, il 
n'est pas non plus dans le bien-être*. 

XXXVII. Gomment l'individu qui a accumulé tels et tels actes en 
vient-il à pratiquer l'égoïsrae (la ladrerie), étant riche? Quel est le fruit de 
ce Karma ? 

L'individu quel qu'il soit, qui, dans les occasions de donner, ne donne 
rien, ne donne pas beaucoup, donne peu, qui, lorsqu'il faut faire des 
sacrifices, développe en lui la parcimonie, cet individu-là, s'il renaît parmi 
les hommes, et si c'est dans une famille opulente, a beaucoup de richesses, un 

« Ces quuti-e points ne sont pas sans analogie avec ceux qui sont traités d ins le grand Viblià^a pâli • 
seulement le sujet est ici plus restreint. ' 



268 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

grand attirail : malgré cela, il pratique l'égoïsme. L'individu qui a accumulé 
de tels actes est un grand ladre (égoïste ou envieux à l'endroit des richesses). 

XXXVIII. Comment a-t-on l'audace de donner quand on est pauvre*? 
Quel est le fruit de cet acte ? 

L'individu, quel qu'il soit, qui, lorsque ce n'est pas le lieu de donner, 
donne beaucoup, renouvelle le don, le multiplie par l'exercice (ou la 
méditation), cet individu, s'il renaît parmi les hommes et si c'est dans une 
famille pauvre, n'aura pas d'aliments ni d'attirail pour (le faire) vivre ; rendu 
malheureux par la corruption morale, n'a_yant ni vêtement ni aliments pour 
(le faire) vivre, il donne malgré cela. L'individu qui a accumulé de tels actes 
a l'audace de donner dans la pauvreté 

XXXIX. (Manque) ^ 

XL. Gomment l'individu qui a fait tels et tels actes arrive- t-il au Karma 
de pratiquer la ladrerie dans la pauvreté. 

L'individu, quel qu'il soit, qui évite l'ami de la vertu, que nul ne peut 
amener à donner, qui, par lui-même, ne fait pas de dons (sans néanmoins 
méditer ni accomplir des actes vicieux), cet individu, quel qu'il soit, s'il renaît 
parmi les hommes, appartient à une famille pauvre, n'a ni aliment, ni atti- 
rail, etc., pour soutenir sa vie, il souffre par la suite de la corruption morale, 
est dépourvu de vêtements et d'aUments; d'où il suit qu'il pratique l'égoïsme : 
l'individu qui a accumulé de tels actes pratique l'égoïsme (ou la ladrerie) 
dans la pauvreté. 

XLI. Quel est l'individu qui, ayant éjjuisé le temps, n"a pas épuisé les 
actes ? 

L'individu, quel qu'il soit, qui, étant mort dans l'enfer, renaît dans l'enfer; 
qui, étant sorti à sa mort de l'animalité, renaît dans l'animalité; qui, étant 
sorti par la mort de la condition de rôdeur, renaît parmi les rôdeurs ; qui, 
étant sorti par la mort de la condition d'Asura, renaît parmi les Asuras ; qui 
étant sorti par la mort de la condition humaine, renaît parmi les hommes ; 
tel est l'individu qui, ayant épuisé le temps, n'a pas épuisé les actes. 

' Le texte donne un mot qui signifie « riche », et la suite est comme si Ton devait lire pauvre. Cette 
inadvertance est peut-être la cause de Tomission de l'article suivant (XXXIX) relatif au riche. 

2 Cet article, relatif au riche, dont lenoncé se trouve dans le « programme » (V. p. 255) manque ici, 
peut-être, comme je l'ai déjà dit, à cause de l'erreur qui en a fait mettre l'intitulé en tête de l'article 
précédent relatif au pauvre. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 269 

XLII. Quel est riudividu qui, ayant épuisé le Karma (ou l'acte), n'a pas 
épuisé le temps ? 

L'individu, quel qu'il soit, qui, après avoir été d'abord heureux, devient 
ensuite malheureux; après avoir été d'abord malheureux, devient ensuite 
heureux, un tel individu est celui qui a épuisé l'acte, mais n'a pas épuisé 
le temps. 

XLIII. Quel est l'individu qui a épuisé à la fois et les actes et le temps? 

L'individu quel qu'il soit, qui, sorti parla mort de l'enfer, renaît parmi 
les animaux; (sorti par la) mort de l'animalité, renaît parmi les rôdeurs; 
(sorti par la) mort de la condition de rôdeur, renaît parmi les Asuras; 
(sorti par la) mort de la condition d'Asura, renaît parmi les hommes; (sorti 
par la) mort de la condition humaine, renaît parmi les dieux, un tel individu 
a épuisé et les actes et le temps. 

XLIV. Par quels actes l'individu qui n'a pas épuisé le temps, qui n'a pas 
non plus épuisé les actes, évite-t-il le chagrin? 

Le Grota-âpanna, le Sakrdàgamî, l'Anâgami, l'Arhat, ce sontlà les individus 
qui, sans avoir épuisé ni les actes ni le temps, ont cependant échappé au 
chagrin. 

XLV. Quel est l'individu qui, ayant le bien-être du corps, n'a pas le 
bien-être de l'esprit? 

Quand, après avoir accompli des mérites d'ordre inférieur, on devient roi 
Gakravartin, c'est un individu tel que celui-là qui, ayant le bien-être du 
corps, n'a pas celui de l'esprit. 

XLVI. Quel est l'individu qui, ayant le bien-être de l'esprit, n'a pas le 
bien-être du corps? 

Celui qui est Arhat et n'a pas accompli les mérites (d'ordre inférieur?), 
mais a suivi parfaitement la règle (supérieure) et est concentré (en lui- 
même?), c'est d'un tel individu, Arhat, qu'il faut dire qu'il a le bien-être de 
l'esprit sans avoir le bien-être du corps. 

XLVII. Quel est l'individu qui a à la fois le bien-être du corps et le 
bien-être de l'esprit ? 

L'Arhat qui a bien accompli les mérites (d'ordre inférieur), a suivi par- 
faitement la règle et est comme doué de la force du rocher, est l'individu qui 
possède à la fois le bien-être du corps et le bien-être de l'esprit. 



270 ANNALES DD MUSEE GUIMET 

XLVIII. Quel est l'individu qui na ni le bien-être du corps ni le bien- 
être de l'esprit. 

Celui qui n'a pas (même) accompli les mérites d'ordre inférieur ; c'est un 
tel individu qui n'a ni le bien-être du corps ni celui de l'esprit. 

XLIX. Gomment un individu qui a accumulé tels et tels actes, bien que né 
sur une mauvaise (terre), a-t-il en même temps des formes, belles, bonnes, 
agréables, des couleurs avenantes, un corps d'un aspect réjouissant? 

L'individu qui a mis en mouvement les convoitises et amoindri ainsi la 
moralité, s'il renaît sur une mauvaise terre, aura des formes belles, bonnes, 
agréables. 

L. Gomment un individu qui a accumulé tels et tels actes, s'il naît 
sur une terre mauvaise, a-t-il en môme temps des formes laides, un corps 
grossier, dépourvu de charmes, d'un aspect désagréable? Quel est ce 
Karma? 

L'individu qui produit (en soi) la haine et n'est pas capable d'observer la 
moralité est celui qui, en produisant de tels actes, s'il naît sur une mauvaise 
terre a en même temps des formes laides, un corps grossier, d'apparence 
désagréable... 

LI. Gomment un individu ayant accumulé tels et tels actes, s'il naît sur 
une terre mauvaise, a-t-il en même temps, une odeur déplaisante, des sens 
incomplets, des sens qui ne s'harmonisent pas entre eux? Quel est ce Karma? 

Celui qui est dépourvu de sens et qui ainsi n'est pas capable d'observer 
la moralité est l'individu qui, après avoir accompli tels et tels actes, s'il naît 
sur une terre mauvaise, a (en plus) une odeur déplaisante, des sens incomplets, 
des sens qui ne sont pas en harmonie entre eux. 

LIT. Comment les dix actions vicieuses (Duçcarita) sont- elles une cause 
en vertu de laquelle on renaît dans les terres mauvaises du pays ennemi ? 

Si l'on a ôté la vie, pour cet acte, on va dans les couleurs inférieures de 
la terre; si l'on a pris ce qui n'est pas donné, pour cet acte, on va au milieu 
de la grêle, du sable, des rats, des vers (ou des Ràxasas). — Si l'on a 
commis l'impureté, pour cet acte, on renaît sur la terre où régnent le 
brouillard (glacial), le vent, la poussière, la grande poussière. 

Si l'on a menti fréquemment, le fruit de cet acte est que l'on a une haleine de 
déplaisante odeur qui se sent dans la bouche ; — si l'on a souvent calomnié, 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 271 

le fruit de cet acte est que l'on renaît clans un pajs où il y a des hauteurs et 
des dépressions, entrecoupé, rempli d'immondices... de rochers, de saillies 
de prec.plces^..; si l'on a parlé avec légèreté, le fruit de cet acte est qu'on 
renaît dans un pays rempli de ruisseaux, d'arbres, de branchages, de 
feuillages, de buissons épineux, de bois et de fourrés épais. 

Quand on s'est livré à la convoitise, le fruit de cet acte est qu'on va dans 
un grain de riz...; - quand on s'est abandonné à la haine, on va dans une 
plante, un fruit qui a fermenté, qui est acide, dans la neige ; - quand on a eu 
des vues fausses, à cause de cet acte on va dans une semence, un fruit petit 
et mauvais. 

C'est ainsi que, pour avoir fait les dix actions vicieuses on renaîtra dans des 
demeures où il n'y a pas de bien-être, sur les terres mauvaises du pays de 
1 adversaire ^. 



DEUXIÈME SECTION 



1. Bhagavat dit encore: Manava, il faut savoir que celui qui tue (?) est 
exposé à dix espèces de maux. Quelles dix? - Si tu me les demandes, (les 
voici) : 

On a beaucoup d'ennemis ; on paraît sans plaire à personne ; on a une vie 
courte; on pense à des actions vicieuses; on en vient à redouter les êtres; 
on se couche mécontent ; on se lève mécontent ; on a des songes de vices ; on 
éprouve du repentir; on médite et on fait des actes qui abrègent la vie. Après 
la mort, quand (l'âme) se sépare du corps, on se relève dans un mauvais 
Karma, on renaît dans le Naiaka. 

2 Si l'on a pris ce qui n'était pas donné, il y a pour cet acte dix maturités, 
lu demandes lesquelles ? (Voici) : 

On^est (pour les autres) un ennemi; on leur est suspect ; on suit une voie 
qui n est pas convenable ; on vagabonde la nuit ; on est usé par les maladies 

1 Le pécbè de langage injurieux el vloleidaéiè oml. 

défendues et est en^uelTursort „ no2ired"r î",""' ''""'" '" ^"'"' "'^''^ ''«^ -"1 -'-- 
^ «ique sorte une nouvelle édition de la rersion du Nandika Sulra (Y. p. 251-3). 



272 ANNALES DU MUSÉE GUIMET 

des amis du vice ; on évite les amis de la vertu ; ou est incapable d'obéir à la 
moralité ; on est maltraité par le roi; on a des amendes à payer; ce qu'on 
pense, ce qu'on fait se rapporte à des actes qui ne produisent que malheur. 
Après la mort, quand on est privé de son corps, on tombe dans la mauvaise 
direction, on renaît dans le Naraka. 

3. Il faut savoir que quand on a commis adultère, on se trouve dans dix 
mauvais cas. Si tu demandes quels dix, (voici) : 

On couche avec le mari (ou) la femme d'autrui ; on cherche les occasions 
(de mal faire) ; le mari et la femme se querellent ; le mari et la femme sont 
violentés (l'un par l'autre ou par des étrangers?); on fait naître toutes les 
lois du vice ; on décroît dans l'accomplissement des lois de la vertu ; on ne se 
protège même pas véritablement soi-même; on ne protège véritablement pas 
soi, sa femme et ses enfants; on est dans l'anxiété; on médite et on accomplit 
des actes qui font devenir ennemi de ses proches, de ses compagnons, 
des membres de sa famille. Après la mort, quand on est séparé du corps, 
on tombe dans la voie mauvaise et l'on renaît dans le Naraka. 

4. Quand on a pratiqué le mensonge, on se trouve dans dix conditions 
mauvaises. Si tu demandes quelles sont ces dix, (voici) : 

Les dieux ne transmigrent pas dans le corps (du menteur); les autres le 
trompent ; sa parole n'a aucune solidité; sa bouche sent mauvais; il a beau 
dire la vérité, personne ne le croit; on dit de lui : menteur absolument indigue 
d'être questionné ; il a une renommée qui ne vient pas de vers composés à 
sa louange; il est l'objet des mauvais discours de chacun; il n'a en tète et 
n'accomplit que des actes dont on n'a à dire que du mal. Après la mort, quand 
il est privé de son corps, il tombe dans la voie mauvaise et il renaît dans 
le Naraka. 

5. 11 faut savoir que les liqueurs enivrantes, quand on les boit, entraînent 
à leur suite trente-cinq négligences, sache-le bien. Quelles sont-elles? 

Les richesses se dissipent avec la rapidité de l'éclair ; les maladies se 
multiplient; on provoque des querelles et des luttes; ni honte ni rougeur 
ne vous retiennent plus ; ou se fait une réputation désagréable ; la science 
élevée (qu'on avait) disparaît ; le bonheur imparfait dont on jouit ne s'accroî^ 
pas ; non seulement ce bonheur ne s'accroît pas ; mais ce qui avait été accu - 
mule de bonheur s'épuise complètement et n'existe plus ; on dit les secrets; 



I 

J 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 273 

ca fait d'actes, on se dérobe à ceux qui doivent être accomplis ; on est faibl. 
amoindri, cliétif; on a des racines de chagrin ; on n'est pas pris pour mère •' 
on n'est pas pris pour père ; on ne sait pas être délivré; on ne sait pas être 
brahmane; on ne rend pas respect et hommage à ceux qui sont de bonne 
race; on ne rend pas respect au Buddha, on ne rend pas respect à la Loi • on 
ne rend pas respect à la Confrérie; on accorde ses hommages au compagnon 
qui fait le mal; on évite les compagnons de vertu et on les méprise; on ne 
connaît pas la honte; on n'a point les scrupules de la pudeur; on n'a point 
de vigilance à l'égard des charmes de la beauté ; on n'a point de vigilance \ 
l'égard de la fornication ; on est odieux à beaucoup d'êtres ; on est blâmé par 
beaucoup d'êtres; on rejette ceux qui sont de grande famille ; on rejette ses 
parents, ceux de la famille dont on est soi-même ; tout ce qui est contraire 
a la loi parfaite, on l'adopte ; quant à la loi parfaite, on la rejette complètement 
On est blâmé, par ses supérieurs (sk. ^»;.», tib. hla-ma) qui disent: c'est 
un méchant, il n'est pas digne de louange ; on est pour longtemps privé du 
^u'vana; on n'a en tête que des actes qui conduisent à la folie, et on ne 
commet que des fautes de toute espèce. Après la mort, on tombe dans le 
x^araka et, bien qu'on soit privé de son corps, on va dans la mauvaise voie 
qu 11 laut éviter en ne se laissant entraîner par rien, soit ce qui est supérieur ' 
soit ce qui est inférieur. 



Troisième partie 
I 



1 . Manava, pour avoir fait respectueusement Vanjali au Caitja du Sugala 
on obtient dix avantages. Quels sont-ils ? 

La naissance dans une grande famille ;un grand air ^ ; un cercle nombreux 
damis; un per^ et une mère honorés, grandement respectés; de grandes 

nchesses;unegranderenommée;lapossession-delapureté;unemémoiresûre 
et fidèle; une grande science; enfin, l'obleution de la grande voie du Svarga. 

.. 'J;s:r '^"^'^ '^"'^ -^ "°^"'"'^" "■- ^^^"^^ ^--^ »« ^--^ •■ -rrenama.,. le .ens de 

Ann. g. — IV 

35 



274 ANNALES DU MUSÉE GUIMET 

2. Si l'on n'incline devant le Gaitjadu Samyaggala, on obtient dix avan- 
tages. Quels dix? 

Une belle forme ; un doux langage ; une voix écoutée de tous ; des éloges 
venant de tous les groupes (d'hommes ou d'êtres); la possession du bonheur: 
l'arrivée à la souveraineté parmi les dieux et les liommes ; une grande 
opulence; la naissance dans une famille élevée; la prompte arrivée au 
Nirvana ; 

Si l'on offre r.n baldaquin au Gaitya du Samyaggata, on obtient dix avan- 
tages. Quels sont ces dix? 

3. On est semblable à un baldaquin ; on n'éprouve pas de dommages dans 
le monde ; on arrive au lieu désiré ; on a dans la tète et on accomplit des actes 
qui font arriver à la domination du monde ; on finit par obtenir (la puis- 
sance d') un roi Gakravartin ; on est un grand souverain ; on a une grande 
opulence; on nait dans le Svarga; on arrive promptement au Nirvana. 

4. Si l'on oflfre une cloche au Gaitya du Samyaggata, on obtient dix 
avantages. Quels sont ces dix ? 

On a une belle forme ; une voix harmonieuse ; un parler qui va au cœur ; 
on parle avec la voix de l'oiseau Kalapinka ; on est écouté de tous ; on est 
constamment dans la joie et dans la satisfaction; par suite, on entend des 
voix qui vont au cœur ; on a une grande opulence ; on naît dans le Svarga ; 
on arrive au Nirvana. 

5. Si l'on offre de la nourriture au Gaitya du Samyaggata, on obtient dix 
avantages. Quels sont-ils? 

Des couleurs douces ; un corps auquel la poussière * ne s'attache pas ; un 
extérieur modeste , agréable à la vue ; l'avantage d'être constamment vêtu ; 
celui de trouver constamment des habits doux et bons ; une grande opulence ; 
la naissance dans le Svarga; la prompte arrivée au Nirvana. 

6. Si l'on offre des fleurs au Gaitya du Samyaggata; on obtient dix 
avantages. Quels dix? 

Dans le monde, on est semblable à une fleur; on devient un saint maître 
de l'enseignement; une agréable odeur se répand dans le corps; on a un 

* On pourrait dire <t sueur «(à cause du tibétain rUid qui, dans l'écriture, se confond aisément avec 
rdul), ou « passion » (à cause du sanskrit raja: qui signifie <( poussière, » «passion ii, letme dont notre 
mol )y/m; est la traductionprobable, presque cerlaiiie). 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 275 

corps pur; nue formol adéquate à la règle s'étendant à travers les dix 
régions ; tous viennent de là pour se réunir (à vous) ; on trouve dans le 
monde (ce que l'on cherche); on arrive à réaliser en maintes rencontres les 
lois de la foi ; on arrivera à naître dans le Svarga ; on arrivera prompteraent 
au Nirvana. 

7. Si l'on offre au Gaitya du Samyaggata une guirlande de fleurs, on 
obtient dix avantages. Quels dix ? 

Dans le monde, on ressemble à une guirlande de fleurs ; le corps exhale une 
odeur agréable ; le corps est pur ; on a constamment une odeur agréable • on 
est pourvu d'ornements ; des groupes (d'êtres) viennent à vous par milliers ; 
on va au cœur de tous, mâles et femelles; de toutes parts on obtient dos 
louanges ; on renaîtra dans le Svarga ; on obtiendra promptement le Nirvana. 

8. Si l'on offre du bew-re sur lo Gaitya du Samyaggata, on obtient dix 
avantages. Quels dix? 

Dans le monde, on est semblable au beurre; l'œil delà chair est pur; on 
obtient Tœil dos prestiges (ou des transformations); on est affranchi des 
noires ténèbres de l'ignorance : on obtient la lumière de la haute science ; on 
sait faire la distinction dos buts (divers) ^ de la vertu et du vice; si L'on est 
dans une réunion, la réunion n'est pas dans les ténèbres ni dans l'ivresse; on 
a une grande opulence ; on renaît dans le Svarga ; on arrive promptement au 
Nirvana. 

9. Si l'on offre des parfums au Gaitya Samyaggata, on obtient dix 
avantages. Quels dix ? 

Dans le monde, on est semblable au parfum; l'organe de l'odorat... le 
corps a une odeur agréable et pure... La bonne odeur persévère constam- 
ment; la forme est bonne et grande; les êtres se groupent autour de vous; 
dans le mondé, on trouve (ce que l'on cherche); en mainte occasion, on 
réalise les lois de la vertu; on renaît dans le Svarga; on atteint promptement 
le Nirvana^. 



«Je ne sais de quelle forme il paut être queslion ici, à moins que ce ne soit le corps ; cette propo- 
sition ne serait alors qu'un commentaire amphigourique de la précédente. 

« Ou bien « du sens », « de rutililé_ ou des effets nuisibles. » Le mot' du texte sanscrit devait être 
artha qui a un grand nombre d'acceptions. 

3 Ce paragraphe est très elîacé, presque illisible; on peut cependant reconnaître qu'il reproduit .n 
quelques variantes prés, un des précédents. 



276 ANNALES DU MUSÉE GDIiMET 

10. Si l'on offre un tambom' au Gaitya du Samyaggata, on obtient dix 
avantages. Quels dix ? 

Une belle forme; un langage agréable à entendre; des paroles qui vont au 
cœur ; on possède le bonheur ; ou éprouve une joie constante ; les paroles 
qu'on prononce sont écoutées de tous, parce qu'on a une voix (douce, un) 
doux parler; on a une grande opulence; on naît dans le Svarga; on arrive 
promptement au Nirvana. 

11. Si l'on élève un Caitya au Samyaggata, on obtient dix avantages. 
Quels dix? 

La naissance dans une grande famille; une forme et un œil bons et 
agréables; une grande puissance et, dans une cour nombreuse, un cercle 
(d'amis plus) nombreux et (plus) familier ; une grande opulence ; une 
résidence de concorde et d'union ; célébration par des vers, des éloges et 
d'autres manifestations dans les dix régions ; offrandes apportées par les 
dieux et les hommes ; et à cause de cela beaucoup de richesses ; arrivée à 
la possession de la dignité de roi Gakravartin ; entrée dans le corps 
de l'essence du diamant d'un Bôdhisattva; prompte arrivée au Nirvana. 



II 

1. Pour avoir fait don d'un tapis, on obtient dix avantages. Lesquels ? 
Dans le monde, on devient un supérieur (sk. Gin^u; tib. hla-mci); on 

brille excellemment; on a la réputation de faire le bonheur de beaucoup 
d'êtres; on a une grande opulence; ou renait dans le Svarga; on arrive 
promptement au Nirvana. 

2. Pour avoir fait un don de chaussures, ou obtient dix avantages. 
Quels dix ? 

On ne manque d'aucun moyen de transport ; on a les pieds en bon état ; 
si l'on se met en route, on a la force de faire le chemin ; le corps n'est pas 
faible ; si l'on se met en route, ni pierre ni bois ne paraissent (pour gêner la 
marche) ; on obtient le pied de la puissance surnaturelle ; on a des serviteurs ; 
on renaît dans le Svarga; on arrive promptement au Nirvana. 

3. Pour avoir fait le don d'un vase, on obtient dix avantages. Quels dix ? 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJODR 277 

Oa a toujours un vase à sa disposition ; on obtient les qualités du monde ; 
on n'a pas souvent soif; si l'on a soif, on trouve (aisément) à boire ; on 
arrive à l'égalité d'esprit; on ne renaît pas parmi les rôdeurs ; on fait la joie 
des dieux et des hommes; on a une grande opulence; on renaît dans le 
Svarga ; on arrive promptement au Nirvana. 

4. Pour avoir fait un don A' aliments, ou obtient dix avantages. Quels dix? 
On a une vie longue ; on a de la puissance ; on a de la force ; on a de la 

mémoire; on a de l'éloquence; si on est dans une réunion, on y apporte la 
joie ; on réjouit les dieux et les hommes ; on a une grande opulence ; on est 
dans le bien-être ; on renaît dans le Svarga ; on arrive promptement au 
Nirvana. 

5. Pour avoir fait le don d'une résidence, on obtient dix avantages. 
Quels dix ? 

On est un petit prince ; on devient le roi d'un district ; on devient un roi 
indépendant; on devient le roi d'un continent, — de deux; — de trois ; — 
de quatre continents ; on a une grande opulence ; on naît dans le Svarga; on 
arrive promptement au Nirvana. 

6. Si l'on entre dans la délivrance, on obtient dix avantages. Quels dix? 
On ne s'attache point à des enfants, à une femme, à des parents, au 

tumulte du monde ; on est exempt d'égoïsme (ou d'envie) ; on ne laisse pas 
de prise aux désirs ; on n'éprouve pas de joie de ce que quelqu'un est sur le 
biîcher *; on honore les trois joyaux ; on est en dehors du milieu de l'igno- 
rance; on est affranchi de la loi de la direction mauvaise; on recherche 
toutes les lois de la vertu ; on se tient dans la solitude à l'égard des dieux 
comme des hommes; en entrant dans la délivrance, on pratique constamment 
la Loi comme un Arya du Samyaggatta ; on est promptement délivré du 
malaise, pour arriver au Nirvana. 

7. Pour avoir procuré [le soulagement] de la soif, on obtient dix 
avantages. Quels dix? 

Tous les sens sont au complet; on a un front large; un langage qui ne 
cause que du plaisir; un esprit toujours égal; une soif toujours modérée; si 
l'on a soif, on ne manque pas de l^reuvagos; on ne renaît pas parmi les 

' C'est-à-dire qu'on ne se réjouit pas de sa mort. 



278 ANNALES DU M D S É E GCI.MET 

rôdeurs * ; on a une grande opulence ; ou renaît dans le Svarga ; on arrive 
promptement au Nirvana ^. 

8. Pour avoir fait un don de char, on obtient dix avantages. Quels dix ? 
On a des pieds tendres; tout ce qui est nécessaire aux pieds est en bon état; 

si l'on va à pied, il n'en résulte pour le corps aucun dommage ; point 
d'hommes qui ne soient des amis ; on a le pied de la puissance surnaturelle ; 
on ne manque jamais de chars ; on a une grande opulence; on est dans le 
bien-être; on renaît dans le Svarga ; on arrive promptement au Nirvana. 

9. Celui qui réside dans la retraite au milieu de la foula obtient dix 
avantages. Quels dix? 

Il évite les réunions nombreuses ; il pratique la retraite au plus haut degré ; 
son esprit prend l'habitude de s'absorber dans le Dhyâna ; il vaque très peu 
(aux affaires du monde); il est bien disposé pour le Buddha; il ne fait usage 
de son corps que pour la vertu et pour le bien ; il n'a pas à errer dans l'espace 
intermédiaire^; il connaît, dans toute son étendue, le sens de la loi telle 
qu'il l'a entendue; il obtient de comprendre à fond les illusions de l'ignorance ; 
il obtient complètement la haute science. 

10. ho. mendiant ohiiexii dix avantages. Quels dix? 

Il est habitué à la marche; tous les lieux sont éloignés^; il renonce au 
moi (?); il fait son propre profit (?): il distribue aux autres les mérites reli- 
gieux (?); la loi enseignée (par lui) se répand; il la fait briller pour les 
êtres: il ne se départ pas de la règle de l'entrée dans la délivrance; il est 
dans la pensée du discours ; comme il est entré dansla mendicité avec l'esprit 
delà règle pure de la vertu, il est sans obscurité dans toutes les régions. 

11. Si l'on est fort et mns crainte, on obtient dix avantages. Quels 
dix ? 

On entre dans la ville sans manifester de crainte; on sort de la ville sans 
manifester de crainte; c'est sans manifester de crainte qu'on entre dans la 



' On vient de voir la même déclaration plus haut (lu't. 4). Nous avons déjà dit que ces « i-ideurs o 
doivent être k's Prêtas (V. p. 262, noie 2), La soif est un des tournieu's des Prêtas. L'avantage de no 
pas renaiire parmi les « rôdeurs» ou les Prêtas se conlbul avec le privilège d'être à l'abri des souffrances 
causées par la soif. 

* Répétition prLS-[ue testuflle du paragraphe précéJ^'at sur le don d'un vase. 

3 Kntre la mort el la renaissance. 

4 G'est-à dire, sans doute, qu'on va en tous lieu-ç ; à moins qu'on ne doive introduire une négation, et 
traduire : aucun lieu n'est éloigné pour lui. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 279 

confréi'io ; ou entre chez le docteur et le professeur sans crainte ; on met en 
jeu toutes les forces de l'amour (des êtres); c'est sans manifester de crainte 
qu'on met son manteau de religieux, qu'on mange, qu'on étend son lit, et 
qu'on fait usage de médicaments, qu'on se livre, en un mot, à tous les 
exercices. C'est sans crainte qu'on lit; et le temps de la lecture passé, on est 
encore sans crainte. 

Quand Bhagavat eut pr6noncé ce discours, le filsdeTaudeya, Çuka-Manava, 
se leva de dessus son tapis et se tint à distance respectueuse. Appuvant à 
terre la rotule du genou droit, il lit l'anjali du côté où était Bhagavat; 
et, l'ayant salué, il lui adressa ces paroles : Bhagavat, j'adresse mon hommage 
aux trois joyaux et je vois un refuge en eux; désormais, pour tout le temps 
de ma vie, je te demande d'être pour moi l'ami de vertu. 

Fin du Partage des actes. 



TRANSMIGRATION 



La notion de la transmigration est comme le substralum de toute la 
doctrine bouddhique ; le système entier repose sur elle. La transmigration est 
constamment exprimée ou supposée. Les textes qui en traitent d'une manière 
plus spéciale sont généralement connus sous le nom d'Avadânas (ou 
légendes). Les Avadânas sont des récits qui établissent l'existence de 
certaines relations de cause à effet entre les faits de'l'existen'ce présente et 
ceux des existences passées ou des existences futures. On peut distinguer 
plusieurs classes d'Avadânas ; mais nous n'entreprendrons pas ici cette 
fâcbe qui nous mènerait trop loin. 

II y a dans les fragments qui précèdent deux récits qui auraient pu prendre 
place dans cette section ; ce sont les récits d'existences antérieures par 
lesquels le Buddha explique la destinée de Yaças et celle de Prasenajit 
(V. p. 28 et 68). Nous n'avons pas séparé ces récits légendaires des récits 
historiques auxquels ils sont joints et servent d'explication. Mais ce sont de 
vrais Avadânas dont la place était marquée dans la présente section. 

Outre ces deux récits qui donnent déjà une idée suffisante des Avadânas 
relatifs au passé, nous en donnons trois qui se rapportent au temps présent 
et nous font connaitre quelques-uns des changements auxquels les êtres sont 
assujettis. Nous les mettons sous la rubrique : Renaissances diverses. 
Nous réunirons ensuite sous la rubrique PRiiDinrioxs un certain nombre 
de textes de l'espèce appelée Vyâkarana. 

AxN. G. — IV 33 



I. RENAISSANCES DIVERSES 



On a vu par le Karma - Vibhâga et plusieurs autres textes dans quelles 
catégories d'êtres un même individu peut être appelé à passer successivement. 
Nous ne sommes pas en mesure de présenter un tableau complet et détaillé 
de ces transmigrations ; obligé de nous contenter de peu, nous nous bornons 
à ce qu'on appelle la renaissance chez les dieux, la renaissance chez les Prêtas, 
la renaissance dans l'animalité, la renaissance dans les enfers (Narakas), 
telles que les font connaître les trois morceaux qui ont ou auxquels nous 
donnons les titres suivants : 

I. Suite de l'histoire du parricide; II. Les Prêtas de Vinduvatî; 111. Le 
Çukarika-Avadâna. 



SUITE DE L'HISTOIRE DU PARRICIDE 

- Dulva I, f-lin., 17'.1-1S2' — 
I 

... Il fit la réflexion suivante : Oii irai-J3 maintenant? Dans une contrée 
éloignée et barbare ; c'est ce qu'il y a de mieux. Il alla donc dans une 
contrée éloig-née et barbare. Là, un maître de maison s'attacha à lui, lequel, 
ayant cru ouvertement, se mit à construire un Viliâra à cause de lui ; et, 
parmi les Bhixus établis dans cette région et dans diverses contrées, il y en 
eut beaucoup qui, en résidant là, arrivèrent à l'état d'Arhat, grâce à ses 
exhortations et à ses discours'. 

Plus tard, il devint malade. Des racines, des plantes, des feuilles, des 
tleurs, des Iruits lui furent présentés avec respect comme médicaments ; 
mais il tomba en grande faiblesse. Il dit à ceux qui l'entouraient ; Ayu-^mats, 
préparez, à cause de moi, un bain de vapeur ^ pour la Confrérie. Ceux-ci donc 
préparèrent un bain de vapeur pour la Confrérie. 

Tout ce qui est accumulé finit par s'épuiser ; 
fout ce qui est élevé finit par tomber; 



' Ce récit est la continnation de ce qu'on a lu plus haut, p. 94-97. 

- Voilà un graiid criminel, un pLirriride, banni de la société vertueuse du BudJha, et qui, entre la 
perpéiralion de son crime et le temps de la punition qui approche, fait arriver d'autres hommes au 
plus haut degré de vertu ! 

3 Le mot que je (raduis ainsi est rendu par ■\\'il-:oa a dry hot bath (un bain chaud soc) dans son 
dictionnaire anglais. ' 



281 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

tout ce qui est joint finit par se disjoindre; 
tout ce qui vit finit par mourir'. 

Ea vertu de ce dicton, il mourut ; son temps était arrivé. Il renaquit dans 
le grand enfer Avîci. 

II 

Un des Arhats qui avaient formé son entourage se prit à penser : Où mon 
maître a-t-il repris sa naissance ? — Il se met à regarder si c'est parmi les 
dieux; il ne le voit pas. — Il regarde si c'est parmi les hommes, ou les 
animaux, ou les Yaxas ; il ne le voit pas. Quand il se met à regarder si c'est 
dans les enfers, il voit qu'il a repris naissance dans le grand enfer Avîci. Il se 
mit à faire la réllexion suivante : Mon maître avait une grande réputation de 
moralité : si je rassemble la roue de la loi, quel acte avait-il accompli pour 
renaître dans le grand enfer Avîci? — Telle fut sa pensée. — En y réflé- 
chissant, il voit que c'est pour avoir tué sa mère. 

(Le patient), frappé par les rayons de l'Avici, dit : Oh ! ce bain chaud et 
sec (m'a valu) un feu colossal (et) brillant! — Alors un gardien de l'enfer, 
saisissant un marteau, le frappe sur la tète, en disant: Si ton lot est un 
bain chaud et sec, ce grand enfer Avîci est (bien ce qu'il te faut). 

III 

Quand il fut arrivé au temps (de la récompense) des pensées vertueuses, il 
renaquit parmi les dieux de la région des quatre grands rois. 

C'est une loi pour les flls de dieux ou les filles de dieux que, une fois renés, 
peu de temps après la réception (de leur nouvel état) ils font (ces) trois 
réflexions : D'où est-ce que je viens par la mort ? Où suis-je né? En vertu de 
quel acte suis-je né ? — Celui-là donc voit qu'il est né en venant des enfers, 
— parmi les dieux des quatre grands rois, — pour avoir fait faire un bain 
de vapeur à la Confrérie. 

Ensuite, ce fils de dieu, qui avait été être infernal, fit cette réflexion : Il ne 
serait pas convenable de laisser des jours (entiers) se passer sans aller 

' SsQlence qui se trouve au com:no:i03ii?nt da ICaiidjour; Gsomi l'a notée et traduite Jans son analyse . 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 285 

rendre visite à Bliagavat et m'ai^procher de lui pour lui présenter mes 
hommages. Pourquoi doncn'irais-je, sans laisser passer un (seul) jour, rendre 
visite à Bhagavat et m'approclier de lui pour lui offrir mon hommage? 

Cette réflexion faite, ce fils de dieu qui avait été jadis être infernal, se 
para de pendants d'oreille mobiles et sans tache, orna son corps de colliers, 
de bracelets de perles, se chargea le plus qu'il put de lotus divins, de lotus 
bleus, de lotus rouges, de lotus blancs; puis quand les couleurs furent 
confondues, à la nuit, il descendit (sur la terre), se rendit là où était 
Bhagavat, couvrit Bhagavat de fleurs, et, après avoir salué avec sa tète 
les deux pieds de Bhagavat, il s'assit à quelque distance. Par la puissance 
des couleurs du fils de dieu, ancien être infernal, tout Jetavana fut pénétré 
d'une grande clarté. 

Ensuite Bhagavat, qui connaissait à fond les inclinations du fils de dieu, 
ancien être infernal, ses bonnes dispositions, son tempérament (moral) et sa 
nature hii fit un exposé de la loi, tel que, après l'avoir entendu, ce fils de 
dieu, primitivement être infernal, sur le tapis même où il était assis, brisa 
par la foudre de la science supérieure la hauteur aux vingt sommets qui fait 
considérer l'amas de ruines connne une demeure (véritable) ; en sorte que le 
fruit de Srota-àpatti lui fut manifesté, et (Bhagavat) lui enseigna ainsi la loi 
qui fait qu'on s'assimile, en les raisonnant, les quatre vérités sublimes. 

Après avoir vu les vérités, il prononça trois fois cet Udàna : Vénérable, 
rien de pareil à ce qui vient de m'ètre fait par Bhagavat ne m'a été fait ni 
par mon père, ni par ma mère, ni par le roi, ni par les dieux, ni par mes 
pères et mères d'autrefois, ni par les Gramanas et les Brahmanes, ni par la 
foule de mes parents, de mes amis et de mes intimes. L'Océan de san,"- et de 
larmes est desséché, la montagne d'ossements est franchie ; les portes de la 
voie mauvaise sont fermées, celles du Svarga sont ouvertes ; j'ai le pied hors 
de l'enfer, de l'animalité, de la condition de Prêta; je suis au rang des dieux 
et des hommes. 

Il ajouta : 

C'est par ta puissance que la voie mauvaise pleine de terreurs 
et de maux a été fermée, que la voie abondante en mérites, 
la voie du Svarga a été ouverte, et que moi 
j'ai pu obtenir d'entrer dans le chemin du Nirvana. 



286 ANNALES DD MDSÉE GUIMET 

c'est par ton appui excellent et parfait 

que j'ai obtenu l'œil pur exempt de péché, 

la joie sublime, le repos du rang le plus élevé, 

que j'ai, par conséquent, traversé l'océan de la douleur. 

les animaux, les dieux, les êtres non humains ont vu mes offrandes (?) 

Je suis affranchi de la naissance, de la vieillesse et de la mort. 

Cette vue qu'il est difûcile de rencontrer dans mille existences, 

ô muni, après une longue (attente), j'en recueille aujourd'hui le fruit. 

Ensuite, après avoir témoigné son affection en attachant sur luises ornements, 

et avoir salué ses pieds, quand le matin parut, 

il fit le pradaxina autour du vainqueur de l'ennemi, 

et s'en retourna dans le ciel, région du monde des dieux. 

Eusuite, ce fils de dieu, ancien être infernal, comme un marchand qui a 
réalisé des bénéfices, comme un agriculteur qui a fait la moisson, comme 
un héros qui a remporté la victoire, comme un malade guéri de toutes les 
maladies, retourna chez lui avec le même cérémonial avec lequel il s'était 
présenté à Bhagavat^ 

IV 

Un Sthavira do la Confrérie qui avait habité avec lui étant assis à. sa place 
pour le repas, d'autres, qui avaient aussi habité avec lui, distribuèrent de 
l'eau à la Confrérie. Cependant, le Sthavira do la Confrérie ayant reçu de 
l'eau dans un vase d'airain, n'eut pas plutôt touché (le vase) du bout des 
doigts qu'il pensa et se dit en lui-même : Nous, nous buvons l'eau (fraîche) 
à pleines gorgées ; et notre maître est dans le grand enfer Avîci où il ne 
mange et boit que des choses bouillaiites. — Ces réflexions faites, il entre- 
prit de chercher à le voir dans le grand enfer Avîci et disparut (de ce 
monde). 

Après avoir (successivement) visité les animaux, les Prêtas, les hommes 
et les divers enfers, il se met à chercher dans l'espace occupé par les dieux, 
et le voit assis, rené parmi les dieux des quatre grands rois, devenu dieu, et 
ayant vu la vérité en présence de Bhagavat. Il commença par faire voir un 



' Cet épisode de la visite d'un dieu nouvellement rené au Budd'ia, :wient très souvent dans les testes 
et est toujours raconté dans les mêmes termes. 



FRAGMENTS TRADUITS DD KANDJODR 287 

sourire; puis, ayant obtenu la foi en Bliagavat, il fit entendre cet Udàua * : 
Oh ! Buddha ! oh ! Loi ! oh ! Confrérie ! oh ! bon enseignement de la loi ! 
Ceux qui ont commis un tel péché et sont, par suite, allés dans la déchéance, 
obtiennent néanmoins une telle masse de qualités ! 

Le premier docteur -, le voyant satisfait, content, joyeux au plus haut 
degré, lui dit : Ayusmat, maintenant que ton maître est mort, tu es 
satisfait, content, extrêmement joyeux à la pensée que tu es devenu le 
Sthavira de la Confrérie. — 11 lui répondit : Ayusmat, ce n'est pas le 
moment de répondre à l'instant même à ta question. Questionne-moi 
au milieu de la Confrérie; ce sera alors le moment de répondre à la 
question. 

A un autre moment, après avoir (attendu) autant qu'il (fallait), la Confrérie 
siégeant au complet en conférence, le Sthavira de la Confrérie fit au premier 
docteur cette question : Ayusmat, que dis-tu maintenant? 

L'autre répondit : Je t'avais dit: N'es-tu pas satisfait, content, joyeux au 
plus haut degré, en te disant : Maintenant que le maître est mort, je suis le 
Sthavira de la Confrérie. C'est ainsi qu'il souleva la question er[Dosée au 
milieu de la Confrérie. — L'autre, plein de satisfaction, et les Bhixus (avec 
lui) prononcèrent cet Udâna : Oh ! Buddha ! oh ! Loi ! oh ! Confrérie ! oh ! 
bon enseignement de la loi ! Ceux qui sont allés dans la déchéance pour avoir 
commis un tel péché, obtiennent de telles qualités ! ^. 



i Cette adhésion au Buddha de la part d'un dignitaire de la Confrérie, d'un Arhat est bien singulière. 
Il esl vrai qu'il s'agit eu quelque sorte d'une Confrérie rivale; mnis on en parle comme s'il s'agissait 
de la Confrérie du Buddha. Peut-èire veut-on donner à entendre que la Confrérie qui existait à côté se 
rallie à la véritable; mais c'est bien obscur. 

2 Ou le « docteur unique » ; ce doit être le nom d'une dignité. Ce récit met en scène deux dignitaires, 
le Sthavira de la Confrérie et le docteur unique. Il est assez Uifiicile de déterminer leurs attributions 
respectives; je ne pourrais le faire que d'une façon toute conjecturale. Il est bon loutelois de noter ces 
deux titres. 

3 L'épisode finit d'une manière un peu brusque et seml)!e inachevé. En tous cas, l'histoire du héros 
de ce récit es', incomplète. On ne nous apprend rieji sur sa destinée future. \ous aurions pu, à la rigueur, 
supprimer cet épisode ; mais, outre qu'il apporte de nouvelles lumières sur le sort des hommes décéJés 
et sur leurs relations avec les vivants, il était utile de donner l'histoire du parricide dans son entier. 



LES PRETAS DE VINDUVATI 

Cette histoire que nous empruntons au IIP volume du Dulva, et queCsomaj 
dans son analyse, a résumée en huit lignes, nous donne bien quelques détails 
sur la situation des personnages qu'elle met en scène, mais ne nous apprend 
rien sur leur origine ou leur destinée ultérieure. On voit bien que le Buddha 
s'intéresse à eux et leur facilite la délivrance; mais on ne nous dit pas 
pourquoi ils sont devenus prêtas et ce qu'ils deviendront ensuite. C'est que 
le récit a pour but à peu près unique de mettre en relief la miséricorde et la 
puissance du Buddha. Il existe bien des récits où la destinée des Prêtas est 
exposée avec plus de détails que dans le nôtre ; mais diverses raisons nous 
empêchent de les introduire ici. Celui qu'on va lire, malgré les lacunes 
que l'on peut regretter, donne une idée des infortunes des Prêtas, de leurs 
souffrances et de la manière de leur venir eu aide. 

— Dulva III, folios 21--3. — 

Ensuite Bhagavat, se promenant dans le Koçala, arriva à la ville de 
Vinduvatî (dans la région de) Çyepa'; et il résida au nord de la ville de 
Vinduvatî dans le bois de Çapa'. 

1 Je reslilue eu sanskrit sous la forme ViiuUivati le nom tibétain Thigspa-can, " qui a une gouUe. » 
Quant au mot Çyepa, je ne sais pas même si c'est un mot libélain ou nn mot sanskrit. 

2 Je ne saurais non plus rien dire de certains sur ce mot Çapa qui n"est peut-être pas autre que le mot 
Drlliogr.ipliié Çtjcpa dont il vient d'être queslion. — fapa, eu sanskrit, signifie « maldJiuliùu ». 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 289 



I 



Les Brahmanes et les chefs de maison de la ville de Vinduvatî apprirent 
cette nouvelle : Bhagavat est (ici) venant du Koçala, et il réside dans le 
bois de Çapa. 

A cette nouvelle, ils se réunirent par groupes ; ces bandes se rencontrant 
se réunirent et, sortant de Vinduvati, se rendirent au lieu où était Bhagavat. 
Quand ils y furent arrivés, ils saluèrent avec la tète les doux pieds de 
Bhagavat, et, après avoir témoigné une joie parfaite et entière, ils restèrent 
silencieux ; seulement ils paraissaient très fiers. 

Ensuite, les Brahmanes et les maîtres de maison de Vinduvatî, s'étant 
levés de dessus leur tapis, firent l'anjali du côté où était Bhagavat et lui 
rendant hommage, parlèrent ainsi à Bhagavat : Bhagavat, nous te prions de 
consentir à venir demain prendre part à notre repas de midi avec la Confrérie 
des Bhixus. Bhavavat acquiesça par son silence à la demande des Brahmanes 
et des maîtres de maison de Vinduvatî. Alors, les Brahmanes et les maîtres 
de maison de Vinduvatî, ayant compris que Bhagavat témoignait de son 
acceptation par le silence, adorèrent avec la tête les deux pieds de Bhagavat. 
puis se retirèrent de devant Bhagavat. 



II 



Ensuite des Prêtas semblables à des squelettes ambulants, qui n'avaient 
pour se couvi'ir que leur chevelure, dont le ventre était comme une montagne 
et la bouche comme le trou d'une aiguille, qui flambaient, flambaient forte- 
ment dans toutes leurs parties, et ne formaient qu'une flamme de feu, se 
rendirent au nombre de cinq cents au lieu où était Bhagavat, et quand ils y 
furent arrivés : Quel bonheur si une parole (en notre faveur) était adressée 
à nos parents! Que Bhagavat nous prenne en pitié! Nous demandons qu'une 
offrande soit annoncée pour nous. 

Bhagavat répondit : J'ai fait un vœu; si par suite de votre apparence 

Ann. g. — IV 37 



290 ANNALES DU MUSEE GCIMET 

extérieure actuelle, il est teiajjs crannonccr une offrande, (eh bien!) qu'une 
offrande soit annoncée en votre nom ! 

Les Prêtas reprirent : Bhagavat, si l'on a honte (de nous), qu'ad- 
viendra -t-il? 

Alors Bhagavat prononça à ce moment-là ces stances : 

S'ils ont de la honte quand il ne faut pas avoir delà honte 

et s'ils n'ont pas de honte quand il faut en avoir ; 

s'ils craignent quand il n'y a pas lieu de craindre, 

et s'ils ne craignent pas quand il y a lieu de craindre ; 

(en un mot), s'ils ont des vues fausses, 

les êtres suivent la mauvaise voie. 

S'ils ont de la honte quand il convient d'en avoir, 

s'ils n'ont pas de honte quand il n'y a pas lieu d'en éprouver, 

s'ils ne craignent pas quand il n'y a pas à craindre 

et craignent s'il y a sujet de craindre, 

(en un mot), s'ils ont des vues justes, 

les êtres suivent la bonuo voie. 

Les Prêtas répondirent : Bhagavat, s'il en est ainsi, advienne (que pourra) ! 



III 



Ensuite les Brahmanes et les maîtres de maison de la ville de Vinduvatî 
préparèrent les uns et les autres, dès la nuit, des aliments et des breuvages 
purs et sains; puis, ayant pris des tapis et une position bien inférieure, ils 
s'assirent en présence de Bhagavat pour entendre la loi ; et ce faisant, ils 
paraissaient fiers. 

Les cinq cents Prêtas arrivèrent. Alors les Brahmanes et les maîtres de 
maison de Vinduvatî, en apercevant les Prêtas, commencèrent à fuir ? 

Messieurs, pourquoi fuyez-vous ? dit Bhagavat. — Ils répondirent : Bha- 
gavat, ces Prêtas que voici I 

Bhagavat reprit : Venez! Ils sont de votro parenté; si vous y consentez, 
j'annoncerai une offrande en leur faveur. 

Ils répondirent : Bhagavat, il est convenable qu'il en soit ainsi- 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 291 

Alors Bhagavat, de sa voie mélodieuse à cinq membres, annonça l'offrande 
en leur nom, (puis il ajouta) : 

Puissent les mérites de ce don 

accompagner ces Prêtas ! 

Puissent-ils sortir promptement 

du monde mauvais des Prêtas ! 

Que, par ce don, vêtements, breuvages, aliments 

résidence, lits et autres choses semblables de toute espèce 

leur échoient en tout temps sans s'épuiser ! 

Qu'ils en soient abondamment pourvus '! 

Ensuite, Bhagavat, avant instruit, par un enseignement raisonné de la loi, 
les Brahmanes et les maîtres de maison de la ville de Vinduvatî, les ayant 
ainsi endoctrinés, exaltés, réjouis, se leva de dessus de son siège et partit. 



IV 



Après cela, les Brahmanes et les maîtres de maison de la ville de Vin- 
duvatî, rentrés chez eux, se réunirent et causèrent de cette aventure: Oh! 
disaient-ils, le Bhixu Gautama a un grand amour (pour les êtres) ; ses 
auditeurs ont aussi un grand amour. 

Quelques-uns dirent: Messieurs, le Gramana Gautama a un grand amour; 
il n'en est pas de même des Tirthikas. 

' La coiulilion de Prela esl la punition îles égoïstes et des avares. « L'offrande annoncée » au nom 
des Prêtas est une offrande l'ai'e en leur lieu et place par ceux qui leur veulent du bien et de laquelle 
le mérite est acquis aux Prêtas comme s'ils l'avaient faite eux-mè:n s, parce que d'autres l'ont faite à 
leur intention. 



SUKARIKA AVADANA 

De même que le récit précédent, celui que l'on va lire est destiné à faire 
ressortir la miséricorde et la puissance du Buddha. Il nous montre bien la 
fragilité de la félicité divine, puisqu'il s'agit d'un dieu déchu condamné à 
renaître sur terre sous la forme d'un porc. Mais quelle est la cause de cette 
déchéance ? Gomment ce dieu se trouve-t-il sur la terre avant d'avoir pris la 
forme qu'il y doit revêtir? On ne nous le fait pas savoir. Nous aurions aussi 
besoin do quelques explications sur le nouveau coup de théâtre par lequel ce 
dieu, qui devait être porc et paraît échapper à son malheureux sort, meurt 
(sans avoir vécu) et renaît dans une nouvelle classe de dieux supérieure à 
celle où il était d'abord. Malgré tous ces desiderata, le texte donne une idée 
de l'instabilité de toutes choses et en particulier des hauts et des bas par 
lesquels les êtres animés sont exposés à passer presque en un clin d'œil. 

Le texte sanskrit du Sùkarika Avadâna du Kandjour se trouve dans le 
recueil intitulé : Divya- Avadâna, ou du moins dans l'un d'eux ; car il existe 
à notre connaissance deux recueils de ce nom qui ne sont pas composés de la 
même manière, quoique formés presque totalement l'un et l'autre d'éléments 
identiques : ce sont les numéros 97 et 98 du fonds Burnouf à la Bibliothèque 
nationale. C'est dans le numéro 97 que se trouve le Sùkarika Avadâna; il en 
forme la quatorzième section. La version tibétaine du Kandjour répond 
parfaitement à ce texte do it elle est visiblement le traduction. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJODR 293 

Il existe uno autre rédaction sanskrite de ce môme texte, dans un autre 
recueil, le Ratna-Avadàna-Mâla, dont elle forme la sixième section. Tous les 
récits du Ratna-Avadàna-Mâlâ sont versifiée et apparaissent commodes para- 
plirases, des aniplifications, au fond très exactes, mais très développées dans la 
forme, des récits en prose qui se trouvent dans d'autres recueils. C'est 
précisément le cas pour le texte dont nous parlons; il est aisé de reconnaître 
que le Sùkarika du Ratna-Avadàna-Màlâ est une ampli dcation de celui du 
Divya-Avadâna. 

Voici la traduction de la version du Divya-Avadâna, reproduite en tibétain 
dans le Kandjour. 

— Mdo XI 3 (Folio 427-430). — 

En langue de l'Inde : Sùkarika avaddna. — En langue de Bod : Phag- 
mai~vtogs-pa hr jod-pa. — (En français :) Légende de la truie. 

[Voici le discours que j'ai entendu une fois ; Bhagavat résidait à Grâvastî, 
à Jetavana, dans le jardin d'Anâthapindada. Ensuite Bhagavat parla ainsi 
aux Bhixus : Bhixus! ^j. 

[C'est une loi que] cinq signes précurseurs se manifestent chez un fils do 
dieu assujetti à changer d'existence. Ses vêtements non froissés se froissent; 
ses guirlandes non flétries se flétrissent ; une mauvaise odeur s'échappe de 
son corps; une sueur se produit aux deux aisselles ; le fils de dieu assujetti à 
changer d'existence ne peut se tenir solidement sur son siège. 

Or, un fils de dieu assujetti à changer d'existence se trouvait sur la terre 
et s'y agitait, disant: « Ah! le Gange céleste 1 Ah! l'étang! Ah! la pièce 
d'eau! Ah! le jardin de Kuvera! Ah! le bosquet d'Indra ! Ah! le bois de 
Nandana ! Ah Ile paradis d'Indra ! Ah ! le (mont) Paripâtraka ! Ah ! le rocher 
de la pierre jaune (Pàndukambala)! Ah! la réunion des dieux! Ali! Belle- 
vue (Sudarçana, la cité d'Indra) ! » — C'est en ces termes qu'il se lamentait 
pitoyablement. 

Gakra, le roi des dieux, vit ce fils do dieu qui se trouvait sur la terre et 
et s'y agitait extrêmement. A cette vue, il se dirigea vers l'endroit où était 

' Ce début ne se trouve qu» dans h version libélaiiie du Kandjour. 



!i9À 



ANNALES DU M0SEE GL'IMET 



ce fils de dieu, et, quand il fut arrivé, il dit au fils de dieu : « Par quelle 
raison, ami, to trouves-tu et t'aîites-tu extrêmement sur la terre et te 
lameutes-tu pitoyablement, oui, pitoyablement en disant : Ah! le Gange, etc. 

Le fils de dieu répondit à Çakra, le roi des dieux : Moi que tu vois, 
Kauçika, après avoir goiité le bonheur des dieux, je dois, dans sept jours, 
renaître au sein d'une truie ; et là, pendant un grand nombre d'années, il me 
faudra me nourrir d'excréments et d'urine. 

Alors Çakra, le roi des dieux, ému de compassion, parla ainsi au fils de 
dieu : Allons, toi, ami, va en refuge dans le Buddha, le premier des bipèdes» 
va eu refuge dans la Loi, le premier des abris contre la passion, va en refuge 
dans la Confrérie, la première des troupes. » 

Le fils de dieu, effrayé par l'appréhension de renaître dans l'animalité, 
efl'rayé par la mort, parla ainsi à Çakra, le roi des dieux : « Oui, moi, 
Kauçika, je vais en refuge dans le Buddha, le premier des bipèdes,... dans 

la Loi, le premier des abris contre la passion dans la Confrérie, la première 

des troupes. 

Ensuite ce fils de dieu, a_yant saisi les trois refuges, changea d'existence, 
puis mourut, et renaquit dans la corporation des dieux (appelés) Tusita. 

Or, c'est une loi que, pour les dieux, la vue de la connaissance descend 
au-dessous d'eux sans s'élever au-dessus. Çakra, le roi des dieux, cherche 
donc ce fils de dieu du regard: « Ce fils de dieu, (se dit-il,) est-il né au sein 
d'une truie, oui ou non? » — Il regarde et ne (voit) pas qu'il y soit ng. — 
« Est-il né dans des matrices d'animaux ou dans les Naraka? » — Il regarde : 
ce (dis de dieu) n'y était pas né. — ■ « Ou bien est-il né dans l'humanité ? » 
dit-il. — Il regarde; le fils de dieu n'}- était pas né, non plus. — Il se met à 
regarder encore les dieux de la section des quatre grands rois et les dieux 
Trayastrimçats : là encore, il ne le voit pas. — Poussé par la curiosité, 
Çakra, le roi des dieux, se rend au lieu où était Bhagavat. Quand il y fut 
arrivé, il salua avec la tête les pieds de Bhagavat et s'assit près de lui ; 
puis Çakra, 'le roi des dieux, adressa ces paroles à Bhagavat: « Ici, moi, 
vénérable, je vis un fils de dieu assujetti à la loi de la déchéance, s'agitant 
sur la terre et se lamentant misérablement en disant : Ah ! le Gange ce - 
leste ! etc., etc. (répétition de ce qu'on a vu ci- dessus). — Il réjiondit : Moi 
que tu vois, Kauçika, après avoir goûté le bonheur des dieux, je dois, dans 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 295 

sept jours, renaitrc au sein d'une truie; et là, pendant un grand nomln-e 
d'années, il me faudra me nourrir d'excréments et d'urine. - Apres avoir 
ainsi parlé, le fils de dieu mourut. Où ce fils de dieu est-il né, 6 vénérable ? 

« Bhagavat reprit : Les dieux qu'on appelle Tusita ont la satisfaction de 
tous leurs désirs. C'est là que ce dieu se réjouit après être allé dans le triple 
refuge. » 

Alors Çakra, le roi des dieux, fut dans le ravissement, et il prononça à cette 
heure même ces stances : 

Ceux qui vont en refuge dansle Buddha, ceux-là no eraignentpas la voie mauvaise • 
après avoir abandonné les corps d'hommes, ils entrent dans des corps de dieux ' 
Ceux qui vont en refuge dans la Loi, ceux-là ne vont pas dans la voie mauvaise • 
après avoir abandonnées corps d'hommes, ils entrent dans des corps de dieux ' 
Ceux qui vont en refuge dans la Confrérie, ceux-là ne suivent pasla voie mauvaise ; 
après avoir abandonné les corps d'hommes, ils entrent dans des corps de dieux. 

Alors Bhagavat, louant lo discours de Çak, a, le roi des dieux, parla ainsi : 

C'est bien cela, Kaucika, c'est bien cela. 

Ceux qui vont en refuge, etc. (répétition des mêmes vers). 

Après avoir salué Bhagavat, après avoir tourné trois fois autour do lui et 
avoir fait l'anjali, (Çakra) s'inclina vers Bhagavat, et disparut. 



II. PREDICTIONS 



Nous réunissons sous cet intitulé un certain nombre de textes qui se ran- 
gent naturellement dans la classe dite Vyâkarana, soit qu'ils aient officielle- 
ment cette qualification, soit qu'ils ne l'aient pas. La classe Vyâkarana est 
au fond une subdivision de la classe appelée Avadàna. Il y a, dans le Kand- 
jour, des textes isolés, qui sont intitulés Vyâkarana; mais on trouve aussi, 
dans les recueils d'Avadànas, nombre de textes qui ne sont autre chose que 
des V3-âkar£rnas. 

Le mot Vyâkarana a plusieurs sens ; sans insister sur celui de « gram- 
maire », nous rappellei-ons que ce terme désigne toute déclaration solennelle, 
importante, faite avec autorité; ainsi la première prédication du Buddha, 
l'enseignement des quatre vérités, est qualifiée quelquefois Vyâkarana. Mais 
le plus ordinairement, il s'applique aux prédictions du Buddha ; et alors on 
peut distinguer plusieurs cas. Ou bien la prédiction se rapporte exclusive- 
ment à l'avenir; c'est-à-dire que le Buddha, à propos d'un fait actuel, point 
de départ nécessaire de toutes ses explications, prédit un événement futur 
[ans aucune allusion au passé ; c'est le cas le plus fréquent, et presque tous 
les Vyâkaranas dont nous offrons au lecteur la traduction, rentrent dans cette 
catégorie. — Ou bien le Buddha, en faisant sa prédiction, donne des explica- 
tions sur le pass '■ du personnage, objet de cette prédiction, de sorte qu'il 
embrasse dans son enseignement le passé et l'avenir.-^ Ou bien enfin la parole 

Anx. g. — IV ■ 38 



298 ANNALES DD M0SÉE GUIMET 

du Buddha s'applique exclusivement au passé, c'est-à-dire qu'il rapporte une 
prédiction ancienne, faite par un Buddha antérieur autre que lui et qui a 
déjà reçu son accomplissement. 

Les distinctions qui viennent d'être faites sont relatives au temps ; on 
peut en noter d'autres relatives au genre de la prédiction. Que prédit le 
Buddha? Toujours une naissance, ou plutôt une renaissance dans telle ou telle 
condition, depuis la plus élevée, celle de Buddha parmi les hommes, jusqu'à 
la plus basse, celle de damné dans les enfers. Toutefois nous ne connaissons 
pas de textes renfermant d'autres prédictions que celles de la Bodlii et do la 
Pratyekabodhi. 

Ordiaaireaiont, peut-être toujours, le Buddha rit au moment où il va faire 
une prédiction. On a en déjà vu un exemple dans le Gatuska-Nirhâra qui ren- 
ferme un Vyàkarana épisodique^ Il est vrai qu'il existe des Vjàkaranas 
dans lesquels il n'est pas question de ce rire ; mais que fi\ut-il en penser ? 
Nous connaissons plusieurs textes dont il existe deux versions distinctes, 
semblables pour le fond, différentes pour la forme; dans l'une de ces 
versions, le Buddha rit, dans l'autre il ne rit pas. Sans entrer dans la discussion 
d3 ces divergences, nous pouvons afdrmor que, dans la règle, le Buddha rit 
au moment de faire une prédiction. 

Gsoma, dans son analyse (Dulva, I, f 133), a signalé le rire de Çàkya. La 
description de ce rire et de ses effets revient très souvent, toujours dans les 
mêmes termes. Cette description est connue par la traduction qu'en a donnée 
Burnouf en insérant dans son Histoire du Buddhismo indien un avadàna 
où elle se trouve. Malgré cela, nous la reproduisons ici; d'abord parce que 
l'ouvrage de Burnouf peut n'être pas à la portée du lecteur, ensuite parce 
que cette description a sa place marquée en tète d'un recueil de Vyàkaranas. 

Notre collection de prédictions est formée des textes suivants : 

\. Rire du Buddha; 

II. Dîpankara -vyàkarana (Prédiction d'un Buddha antérieur accomphe 
au temps du Buddha actuel); nous en donnons deux versions. 

III. MahaUihrX pariprc^ha (Prédiction de l'avenir combinée avec une 
explication dupasse). 

* Voir ci-dessus p. 21 1. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 299 

IV. ^ . Brahmaçri et Xemavati-Vyâkarana (deux Vjâkaranas isolés 
duKandjoiir exclusivement relatifs à l'avenir). 

VI. Le huitième chapitre du Knrma-Çataka, composé do onze récits, dans 
lesquels la Bodhi est prédite, et, par conséquent, exclusivement relatifs à 
l'avenir comme les deux précédents. 

VII. Les quatre Ratha (chars) récits du Karma-Çataka, renfermant la 
prédiction de la Pratyekabodhi, exclusivement relatifs, eux aussi, à l'avenir. 

En tout, vingt et un textes. 



LE RIRE DU BUDDHA 

— Dulva I. folios 133-Ô et |iassirii — 

C'est une loi que, à Tinstant où les bienheureux Buddhas font voir le sou- 
rire, des rayons bleus, jaunes, rouges, orangés jaillissent de la bouche d„' 
Bhagavat. Les uns vont en bas, les autres en haut. Les rayons qui vont en 
bas pénètrent dans les Narakas (enfers) Saiijîva, Kàlasùtra, Sanghàta, Rau- 
rava, Mahàraurava, Tapana, Pratàpana, Avîci, Arbuda, Nirarbuda, Satata, 
Hahava, Huhuva, Utpala, Padma, Mahàpadina. Alors, dans les Narakas qui 
sont chauds, ils arrivent froids; dans les Narakas qui sont froids, ils arrivent 
chauds. De cette manière, les êtres qui y sont (renterniés) éprouvent un chan- 
gement dans leurs souflVances. et il leur vient une pensée qu'ils se commu- 
niquent en ces termes : Messieurs, serions-nous déchus d'ici ou serions-nous 
nés ailleurs? Mais, pour produire eu eux la foi, Bhagavat fait un signe ; ils 
voient ce signe et reprennent : Non, messieurs, nous ne sommes pas déchus 
d'ici, nous ne sommes pas nés ailleurs. Seulement il y a un être tel qu'on 
n'en avait pas encore vu ; c'est par sa puissance que cette souffrance qui carac- 
térisait notre (condition) est interrompue. — Ceux-là donc, après avoir incliné 
leur esprit à croire à l'occasion de C3 signe, et après avoir épuisé jusqu'au 
bout les souffrances qui mettent fin à leur Karma, reprennent attache parmi 
les dieux ou les hommes (pour y renaître) et devenir des vases de vérité. 

Les rayons qui vont en haut pénètrent jusque chez les dieux des Quatre 
grands rois, Trayastrimcat, Yàma, Tusita, Nirmânanati, Parinirmitava- 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 301 

varti, Brahraakàyika, Braliniapiuoliita, Mahâbrahraà, Parittàbha, Apramà- 
nâbha, Abhâsvara, Parittaçubhâ, Apraniânaçubhâ,Çubhakritsnâ, Anabhrakà, 
Punyaprasava, VrhatphaUi, Avrha, Atapa, Sudrça, Sudarçana Akanistha, 
qui s'écrient : La douleur n'est pas permanente; le moi, c'est le vide. » Et 
l'on prononce cette double gâtbà (stance) ' : 

Allons! sorte'.! Appliquez-vous à renseignement du Buddha! 
Anéantissez l'armée de la mort comme l'élépliant fait une cabane de roseaux ! 
Celui qui marchera sans négligence dans cette discipline de la loi 
se débarrassera du Samsara de la naissance et mettra fin à la douleur. 

Après avoir parcouru ce grand millier de trois ?nille mondes, les rayons 
reviennent à Bhagavat par derrière, toujours par derrière. 

Si Bhagavat a le désir de révéler les actions passées, c'est par le dos de 
Bhagavat qu'ils disparaissent ; si c'est sur l'avenir qu'il veut faire des révé- 
lations, c'est par devant qu'ils disparaissent; s'il veut révéler une naissance 
dans le Naraka, c'est par la plante des pieds qu'ils rentrent ; s'il veut révé- 
ler une naissance parmi les animaux, ils rentrent par le talon; s'il veut 
révéler une naissance parmi les Prêtas, ils rentrent par le gros orteil ; s'il 
veut révéler une naissance parmi les hommes, ils rentrent par le genou ; 
s"il veut révéler la royauté d'un Bala-cakravartin, ils rentrent par la paume 
delà main gauche; s'il veut révéler la royauté d'un Gakravartin, il rentrent 
par la paume de la main droite ; s'il veut révéler une naissance parmi les 
dieux, ils rentrent par son nombril; s'il veut annoncer la Bodhi desÇrâvakas, 
ils disparaissent dans la bouche; si c'est celle des Pratyekabuddhas qu'il 
veut annoncer, ils disparaissent dans son urnâ (touffe de poils entre h s 
yeux); si c'est la Bodhi parfaite et accomplie au-dessus de laquelle il n'y en a 
pas, ils disparaissent dans son Usnisa (protubérance du sommet de la tète) '. 

' Citée et traduite par Csoma dans son analyse du Dulva. Dulva, vol. V (" 30. 

2 Cette description du rire du Buddha est toujours suivie d'un dialogue entre Anai;da dimar.danl 
fexplication de la cause du rire et le Buddha donnant cette explication. La demande d'Anauda est 
formulée en vers. Ces vers ont de l'analogie pour le fond avec ceux qu'on a lus ci-dessus dans le 
Catuska-nirhàra (p. 214-Ô) mais ils sont plus br.'fs et plus fobres d'expression. 



II 



OIPANKARA VYAKARANA 



De tous les textes intitulés Yyahârana, celui qui porte le nom de Dîpan - 
kara est le plus célèbre, et même il peut être considéré, dans l'ensemble des 
textes bouddhiques, comme un des plus importants : cela tient à la nature du 
sujet traité dans ce texte remarquable. Ce sujet, le voici : 

Pour devenir Buddha, il faut avoir fait un vœu accompagné d'un acte de 
dévotion quelconque envers un Buddha. Çàkyamuni, le Buddha historique, 
le fondateur du Bouddhisme, le vrai Buddha, a satisfait à cette condition ; 
c'est en présence du Buddha Dîpankara qu'il a fait un vœu, accompli un acte 
méritoire et obtenu en récompense la prédiction qu'il deviendrait Buddha. 
Le Dîpankara -vj'âkarana n'est autre chose que le récit de cet événement, 
événement de première importance qui partage en deux la destinée tout entière 
de cet être hors ligne. Avant Dîpankara, c'est un être comme tous les autres, 
faisant le bien et le mal, plus souvent le mal, plongé dans l'ignorance, mais 
aspirant au bien. Depuis Dipankara, c'est un Bodhisattva, un Buddha en 
herbe, Buddha en espérance, aspirant-Buddha. Ou conçoit l'importance que 
les bouddhistes attachent à ce fait capital, et l'on s'explique qu'ils l'aient 
raconté plus d'une fois. Cette multiplicité de récits abien dû faire naître quel- 
ques variantes ; mais on se demande comment il se fait qu'ils présentent entre 
eux des différences aussi graves que celles que nous aurons lieu de constater 
et comment les bouddhistes n'ont pas su se mettre d'accord pour donner 



FRAGMENTS TRADUrTS DU KANDJOUR 303 

aux difterentes versions de ce thème si important une plus grande homo- 
généité. 

Le Dîpankara-vyâkarana est un Vyâkarana comme les autres, mais rétro- 
spectif, tout entier dans le passé. Le Buddha le raconte par la force de sa 
mémoire comme il dit les autres par la force de sa divination. Dans ceux-ci, il 
prédit la Bodhi à la suite d'un vœu formulé en sa présence ; dans celui-ci, on 
lui prédit la Bodhi à lui-même à la suite d'un vœu qu'il a fait. De part et 
d'autre, les faits se déroulent de la même manière, si ce n'est que, dans les 
autres prédictions, le moment actuel est le point de départ d'un avenir 
lointain; que, dans celle-ci, il coïncide avec la réalisation de faits qui ont 
leur point de départ dans un passé reculé. 

Le Dîpankara-vjàkarana du Kandjour est le huitième texte du volume XV 
de la section Mdo ' ; il occupe quatorze feuillets de ce volume. Le canon tibé- 
tain ne renferme aucun autre texte portant le même intitulé ; ce n'est pourtant 
pas à dire qu'il ne puisse s'en trouver d'autres versions dans les recueils 
divers et plus ou moins étendus qui font partie de ce vaste canon. Nous con- 
naissons au moins une de ces versions possibles et probables; il en sera 
question tout à l'heure. Mais en existe-t-il d'autres? C'est ce que nous ne pou- 
vons aftirmer. 

Le recueil népalais intitulé Mahà-vastu nous offre une version sanskrite 
qui forme le sixième article de cette compilation; il y porte le titre de Dipan- 
kara-vastu (Histoire de Dipankara). Je n'ai de ce texte qu'une connaissance 
très imparfaite; je puis seulement affirmer que le texte du Kandjour n'en est 
pas la traduction. Les deux textes, le sanskrit et le tibétain, représentent donc 
deux versions distinctes. Le Mahâ-vastu est le livre d'une école spéciale, celle 
de la section des Mahâsanghikas appelée Lokottaravâdinas. 

En trouverait-on l'équivalent total ou partiel dans le Kandjour? Je ne sais. 

J'ai noté tout à l'heure l'existence dans le Kandjour d'un récit parallèle à 
celui du volume XV du Mdo; il se trouve dans le volume XXX en tête de 
l'ouvrage intitulé Jàtaka-Nidànam, le quatorzième de ce volume. Mais on 

1 Ce volume renferme plusieurs autres Vjàkaranas, six en tout. Comme, dans tout le Kandjour, nous 
avons douze Vyàkaranas, le volume XV du Mdo eu renfermerait la moitié ; mais, comme parmi ces douze, 
il y en a deux au moins qui ne rentrent pas dans la classe Vyàkarana, telle (jue nous lavons décrite, il 
se trouve que le volume XV du Mdo réunit la majorité des Vyàkaranas (nous ne parlons que des Vyàka- 
ranas isolés). 



304 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

sait que le Jùtaka-Nidàiiam est traduit du pâli. Cette seconde version tibé- 
taine n'est donc, au fond, que la version pâlie. Je n'ai point à m'étendre sur 
cette version pâlie et sur ses congénères. Je dirai seulement qu'elle est 
connue et à la portée du public, M. Fausbôll ayant mis le Jàtaka-Nidànam 
en tête de son édition du Jàtaka pâli, dont ce texte est en quelque sorte 
le préambule. Notre récit y porte le titro particulier do Sumedha-Kathà 
(Histoire de Sumedha)*. 

J'ai signalé aussi les diflërences considérables qui existent entre les deux 
versions, celle du Nord et celle du Sud. Le héros appelé Mogha (nuage) 
dans la première, porte, dans la seconde, le nom de Sumedha (bien avisé) ; 
extérieurement l'écart entre les deux noms devient presque nul, si l'un consi- 
dère que la particule su (bien) fait toute la différence de Megha et de Su-mcdha , 
Medlia et Megha ayant pu être pris l'un pour l'autre à cause de la confusion 
facile des lettres dh etr/h. Malgré cela, la différence de sens ne laisse pas que 
d'étonner. Plus étonnante encore est la différence des actes de ces deux per- 
sonnages qui n'en font qu'un. Tandis que Sumedha (pàli) se couche sur un 
endroit boueux pour fournir au Buddha et à sa suite le moyen de passer sur 
lui, comme sur un pont, sans secrotter, Alegha (tibétain) fait au Buddha une 
offrande de fleurs obtenues à graud'peine, recouaaît une défectuosité dans 
les sio-nes du Buddha et force en quelque sorte celui-ci à poser le pied sur 
sa chevelure. 03 dernier trait est le point par lequel les deux textes, si diffé- 
rents d'ailleurs, semblent se toucher. Du reste, le récit tibétain multiplie les 
épisodes et les personnages ; le récit pâli plus subre d'anecdotes s'étend prin- 
cipalement sur les prodiges ext<''rieiirs et sur la préparation intérieure à la 
Bodhi. 

Je ne veux paspousserplus loin cette comparaison que le lecteur fora mi aix 
par lui-même en prenant connaissance des deux textes dont nous lui soumet- 
tons la traduction intégrale, ajoutant de temps à autre quelques notes 
explicatives. 



' M. Ëhys Daviils qui traduit en anglais le Jàlaka pàli a déjà puMié la traduction de noire texte. Je 
ne connais pas son travail. Je ne connais pas non plus la traduction allemande que je crois avoir vue 
annoncée et qui a été faite pai- M. Bastian sur les versions birmanes. M. Basiian avait déjà antérieure- 
ment iuséré une courte analvse de ce texte daus son lielsen in Dirma. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 305 

I. rRÉDICTION DE DIPANKARA (tIHÉTAIN) 

Dans cette traduction, aussi exacte qu'il m'a été possible de la faire, du 
texte purement tibétain, je restitue en sanskrit tous les noms propres, comme 
je l'ai fait généralement dans tous les extraits qui précèdent et comme je le 
ferai dans ceux qui suivent : c'est, ou le voit, une règle fixo que j'ai adoptée. 
En vertu d'un autre principe généralement suivi dans la présente publication, 
je découpe le texte en paragraphes auxquels je donne des intitulés. Ces divi- 
sions ne sont pas dans le texte; mais il les indique lui-même, et elles rendent 
la lecture plus facile. 

Voici la traduction : 

— Mdo XV, 80 folios 307-322. — 

En langue de l'Inde : Arya Dlpankara nàma Mahà- yâna sûira. 
En langue de Bod : Ilphags-pa Mar-me md::ad-kyis lung-h&tan-pa jes 
bya-va theg-pa chen-poi mdo. (En français :) Sublime sùtra de grand 
véhicule intitulé prédiction de Dipankara. 

Adoration à tous les Buddhas et Bodhisattvas. 

Voici le discours que j'ai entendu une fois. Bhagavat résidait à Çràvastî, à 
Jetavana, dans le jardin d' Anâthapindada , avec une grande assemblée de 
Bhixus, de douze cent cinquante Bhixus. 

En ce temps -là, Bliagavat, entouré complètement d'une assemblée de plu- 
sieurs centaines de mille (auditeurs) placés devant lui, enseignait la loi. 

Puis Bhagavat dit à l'àyusmat Ananda : Ananda, par ce motif, tu dois 
purifier complètement ton esprit au moyen de la distinction claire et précise 
des racines de vertu. Pourquoi cela? diras-tu. C'est que, Ananda, j'ai rendu 
mes hommages, présenté mes respects à plusieurs centaines de milliers de 
Buddhas; et cependant les bienhcux Buddhas ne m'ont pas prédit alors la 
Bfjdhi parfaite et sans sujiérieure. (Mais,) dans le temps où, ayant vu le 
Tatliàgata Dipankara, je lui ait offert cinq fleurs d'Utpala, je l'ai fait afin de 
pouvoir, à la suite de cet acte, mettre mon plaisir dans la loi du non moi et 

' Ce début se in'éseule comme la conclusion d'un discours. 1, n a déjà pu remarquer que c'est le cas de 
beaucoup de Sùtras tibétains (ou bouddhiques); ce sont, eu réalité ou eu apparence, des extraits de textes 
plus étendus. 

A.NN. G. — B 39 



306 ANNALES DU MUSÉE GUIMET 

obtenir la patience à l'égard de la loi de noii-reaaissance. Tu ne dois donc 
pas, Anauda, te contenter des racines de vertu (que tu as acquises). Pour- 
quoi cela? diras-tu. 

1. Jeunesse et Naissance de Dipankara 

Autrefois, Ananda, dans les kalpas du te.nps passé innombrables, incalcu- 
lables, inimaginables, pendant la période de ce temps écoulé, il y eut, dans 
le Jambudvipa, un roi nommé Ajàtaçatru' beau, agréable, charmant à voir, 
ayant des couleurs bonnes, étendues, excellentes. Ananda, ce roi possédait 
quatre-vingt-quatre mille grandes villes, élégantes, charmantes à voir, 
pourvues d'excellents bosquets, d'étangs excellents, d'excellentes fleurs, 
d'excellents fruits; riches en bien-être, en jouissances, opulentes, vastes, 
toutes remplies d'hommes et de créatures vivantes. Ananda, cet Ajâtaçatru 
avait une capitale nommée Padmavatî^. Le roi Ajâtaçatru y demeurait. 

Or le premier ministre d' Ajâtaçatru était un brahmane nommé Dvîpavat ^, 
d'un cœur joyeux et d'un extérieur qui répondait assez à ces dispositions 
morales. Or, Ananda, Ajâtaçatru, ayant réuni les hommes de> quatre castes, 
fit venir le brahmane Dvipavat. L'ayant ceint du diadème et lui ayant 
donné la moitié de la royauté, il lui dit : Brahmane, rends-toi dans ton pays 
et bâtis-y une capitale à laquelle tu donneras le nom de Padmavatî. Ensuite, 
Ananda, le roi Dvîpavat bâtit une capitale dans son propre pays et lui donna 
aussi le nom de Padmavatî*. C'est ainsi, Ananda, que, dans ce temps -là, 
à cette époque-là, doux rois exercèrent la royauté; l'un était Ajâtaçatru, 
l'autre était Dvîpavat. 

Ensuite, Anauda, il arriva que, pendant que la vertueuse épouse du roi 
Dvîpavat reposait à sou aise sur la terrasse du palais, le bodhisattva Dipan- 
kara, ayant transmigré du séjour du Tusita, et ayant pris la forme d'un jeune 
éléphant de couleur cendrée, répandit de tous côtés une vive clarté et entra 
dans le côté gauche de sa mère. 

Puis, en ce temps-là, cette vertueuse épouse fit connaître au roi Dvipavat 

' Tib. Ma-skycs-dgra, terme bion connu. 

2 Tib. Pad-ma-can. 

3 Tib. GlinijAdan. 

■• Pad-ma-can. U est assez singulier qu'il lui donne le même nom que cUl do la ca|ilt.di' de son 
ancien souverainj 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 307 

ce qui s'était passe. Alors, Ananda, le roi Dvîpavat rassembla des brahmanes 
verses dans les signes, dans les visions, dans les sacrifices, et leur exposa 
les circonstances de l'apparition. Les Brahmanes versés dans les signes 
dirent : Grand roi, tu as foit une bonne acquisition : le âls qui te naîtra sera 
un joyau des êtres vivants. - Alors Ananda, le roi Dvîpavat, avant entendu 
cette interprétation de la vision, fut plein de joie, de gaieté, d'allégresse • le 
contentement, la joie et le bonheur débordèrent dans son cœur. Des présents 
furent offerts à tous ceux qui étaient répandus dans les provinces du roi Dvî- 
pavat : par exemple, à ceux qui désiraient de manger, on donna à man-er à 
ceux qui désiraient boire on donna des breuvages, à ceux qui désiraient des 
véhicules on donna des véhicules ; on donna des parfums, des guirlandes, des 
richesses, des demeures convenables, irréprochables; en un mot, à chacun ce 
qu'il voulut. 

Ensuite, Ananda, dix mois s'étant écoulés, le âls de Dvîpavat vint au 
monde, beau, agréable, charmant à voir, avecdes couleurs bonnes, étendues 
excellentes. Aussitôt qu'il naquit, il jaillit de son corps une lumière telle 
que la ville royale du roi Dvîpavat fut remplie de sa clarté. Alors, en ce 
temps-là, le roi des dieux Çatakratu S disparaissant de sa demeure, se 
rendit au lieu où était le jeune homme, prononça sa bénédiction sur ce jeune 
homme, et parla ainsi : Puisque, lors de la naissance de celui-ci, inconti- 
nent, il a jailli de son corps une lumière telle que cette lumière a rempli de 
son éclat la cité royale du roi Dvîpavat, j'ai appliqué au jeune homme le nom 
de Dîpankara^ Alors le nom du jeune homme fut Dîpankara. Puis, Ananda, 
le roi Dvîpavat, joyeux, satisfait, ravi, content, plein d'allégresse, et le cœur 
à l'aise, fit des présents à tous ceux qui étaient dispersés dans les provinces 
du royaume; il donna des aliments à ceux qui avaient faim, des breuvages à 
ceux qui avaient soif, des moyens de transport à ceux qui en avaient besoin, 
des parfums, des guirlandes, des richesses, des habitations convenables et 
irréprochable; à cliacun, en un mot, tout ce qui était l'objet de ses désirs. 

Ensuite, Ananda, le roi Dvîpavat, ayant fait venir le prince royal, le jeune 
Dîpankara, lui ceignit le diadème, lui donna la moitié de son royaume et 

' Un des noms d'Indra préféré par les bouddhistes. Indra a la spécialUé de recevoir les Buddhas 
venant au monde. uuuanas 

= « Qui fait lampe. » Le tibétain est Mar-me md^ad. 



308 ANNAI.KS DU MUSEE GUIMKT 

lui parla ainsi: Jeune homme, va résider dans la demeure de la reine; et 
amuse-toi, livre-toi à la joie, livre-toi au plaisir et à la craieté ! 

Alors, Ananda, en un clin d'oeil, lo prince royal, le jeune Dîpankara se 
rendit dans la demeure de la reine, monta sur un char, et, entouré d'une 
troupe de femmes, se dirigea vers le parc. Mais alors, quelques fils de dieux 
de la région de la demeure pure se montrèrent à lui sous la forme d'un 
vieillard décrépit, d'un malade assailli par la souffrance, même sous la forme 
d'un mort ; ils firent aussi apparaître un Çramana. A ce spectacle, le prince 
royal Dîpankara dit à son cocher : Cocher, que sont ces apparitions diverses? 
Le cocher lui répondit: Jeune homme, ce sont ce qui s'appelle un vieillard, 
ce qui s'appelle un malade, ce qui s'appelle un mort. Il en est ainsi, 
jeune homme ; et aussi longtemps qu'on n'est pas attaché pour toujours à 
la loi parfaite, aussi longtemps les lois de la vieillesse, de la maladie, de la 
mort subsistent, jeune homme. Oui, jeune homme, toi aussi, nous aussi, tant 
que nous serons tels que nous sonnncs, nous styournerons dans ce cercle 
(des vicissitudes). 

Le jeune homme reprit: Cocher! et celui qui a la tète rasée, vêtu de 
jaune, calme, d'un calme parfait, qui ne porte pas ses regards plus loin que 
lalongueur d'un joug, quiest--il? Le cocher répondit: Jeune homme, c'est 
un Bhixu ; il a renoncé à tous les péchés et atteint la délivrance, en sorte que, 
le sentiment intime de la joie parfaite étant né en lui, il a quitté sa demeure 
pour errer sans demeure. Le jeune homme reprit: Cocher, c'est bien! c'est 
bien ! La voie suivie par ce Bhixu est ce que je désire. — A ces mots, il revint 
sur ses pas et rentra dans sa demeure. 

2. Dîpankara devient Buddha 

Ensuite, Ananda, en un clin d'œil, le jeune homme, le prince royal Dîpan- 
kara se rendit dans un parc, il alla dans un lieu de ce parc (pour s'y retirer), 
puis il vit Bodhimanda (l'essence de laBodhi) montré par plusieurs centaines 
de mille de Buddhas. Ensuite, Ananda. ce Bôdhisattva, Dîpankara, ayant vu 
Bodhimanda, fit écarter quelque peu toutes les troupes d'hommes et de femmes 
qui se trouvaient là, puis il s'approcha de Bodhimanda. Quand il eut consi- 
déré Bodhimanda, il en fit trois fois le tour ot s'assit sur Bodhimanda, les 
jambes croisées. 



FRAGMENTS TRADUITS PU KANDJOUR 309 

Quand le Bôdhisattva Dîpaukara y fut assis, incontinent, cette même nuit, 
à l'aube du jour, aux preniiéros lueurs du soleil levant, il devint un parfait 
et accompli Buddiia par la Bôdhi au-dessus de laquelle il n'y en a pas. 

Ananda, aussitôt qu3 le Tathàgata Dîpankara fut devenu un Buddha parfait, 
accompli, doué de la Bôdhi au-dessus de laquelle il n'y en a pas, il jaillit de 
son corps, à ce moment -là, une clarté telle que toutes les régions du monde 
pénétrées par cette lueur en furent tout illuminées. 

Alors, à ce moment-là, le roi des dieux, Gatakratu, disparut de sa demeure 
et se rendit au lieu où était le Tathâgata, Arhat, bienheureux, parfoit et 
accompli Buddha Dîpankara*. Quand il j fut arrivé, il adora avec la tête les 
pieds de Bhagavat, et, après lui avoir fait des offrandes, il lui adressa la 
parole en ces termes : Qli! hélas! le Tathâgata Dîpankara est apparu dans le 
monde; sa clarté a pénétré de telle façon qu'elle a fait resplendir toutes les 
régions du monde! Le Tathâgata Dîpankara est enfin assis après cinquante 
années sur ce Bodhimanda, et pas un seul être animé ne vient le voir, le 
saluer de la main, lui présenter ses hommages ! Pourquoi cela ? C'est que les 
hommes de la cour et du palais du roi Dvîpavat, à cause du bien-être (dans 
lequel ih vivent) ne vont pas le voir, le saluer de la main, lui rendre leurs 
hommages . 

Ensuite, Ananda, le Tathâgata Dîpaukara ât en lui-même cette réflexion: 
Les hommes de l'entourage et du palais du roi Dvîpavat, à cause du bien- 
être (dans lequel ils vivent) sont, au plus haut degré, insouciants. N'est-ce 
pas à moi de faire qu'ils aient un peu do cœur ? Telle fut sa réflexion. 

Alors le Tathâgata, Arhat, parfait et accompli Buddha Dîpankara fit en ce 
moment une manifestation de la puissance surnaturelle combinée de la manière 
suivante. Cette manifestation de la puissance surnaturelle était de telle sorte 
que, au milieu des gens de l'entourage et du palais du roi Dvîpavat, une 
grande ville faite de lapis-lazuli, charmante à voir, apparut, habitée par une 
foule de créatures et d'hommes. Et ceï hommes étaient encore phu beaux 
(que la ville), encore plus charmants à voir, ornés de tous les ornements pos- 
sibles. Telle fut l'apparition. 



i C'est Indra qui vient décider Dîpankara à convertir le monde; on sait que ce fut Brahma qui 
accomplit celte tâche auprès de Çàlcyamuni. (V. ci-dessus, p. 14-15). 



310 ANNALES DU MCSÉE GUIMET 

Le bienheureux Tathâgagata, Arhat, parfait et accompli Buddha Dîpankara 
fît encore cette réflexion : Les hommes de l'entourage et du palais du roi 
Dvîpavat sont au plus haut degré insouciants. N'est-ce pas à moi de faire 
qu'ils aient un peu de chagrin ? 

Alors le Tathâgata, Arhat, parfait et accompli Buddha Dîpankara fit une 
manifestation de la puissance surnaturelle combinée de la manière suivante : 
Cet arrangement de manifestation de la puissance surnaturelle fut de telle 
sorte que, dans cette grande ville faite delapis-lazuli, il créa et bénit (ou 
doua de leurs propriétés) les flammes d'un grand feu. Et, incontinent, par 
l'effet de cette bénédiction, le feu se mit à briller. Alors, à ce moment-là, ces 
êtres et cette grande ville disparurent complètement, cessèrent d'exister, 
furent anéantis ; oui, ces êtres mêmes, pour n'avoir pas vu la règle, furent 
dans la douleur. 

Ensuite, Ananda, les gens de l'entourage et du palais du roi Dvîpavat, 
ayant vu la destruction de cette grande ville faite de lapis lazuli, furent en 
grande frayeur et affliction, au point que leurs cheveux se dressèrent sur leurs 
tètes. Ils firent donc en eux-mêmes la réflexion suivante : Pourquoi cette ville 
a-t-eUe disparu, a-t-elle cessé d'exister, a-t-elle été anéantie ? 11 n'a pas 
fallu beaucoup de temps pour produire cet effet. Nous aussi, nous sommes 
dans ces conditions d'impermanence; quel est donc le sort qui nous attend? 
Telle fut leur réflexion. 

Ensuite, le Tathâgat, Arhat, parfait et accompli Buddha Dîpankara pensa 
en lui-même: Ces gens de l'entourage et du palais du roi Dvîpavat sont 
complètement mûris ; ils sont capables de comprendre la lui que je leur 
enseignerai, d'obtenir un sort heureux: ils sont devenus forts. 

Cette réflexion faite, le Tathâgata Dîpankara, ayant bien compris la pensée 
de ces hommes, selonles inspirations de sa mémoire et de sa science, se leva 
de dessus Bodhimanda, et, accompagné de Çatakratu, le roi des dieux, qui le 
suivait (sous la forme d')un ascète, il se rendit au lieu où était le palais du 
roi Dvîpavat. 

Ananda, le Tathâgata Dîpankara ne fut pas plus tôt arrivé qu'alors, en ce 
temps-là, à la première leçon sur la loi faite par Dîpankara, vingt mille êtres 
vivants furent initiés ; tous ceux-là curent l'esprit complètement délivré des 
souillures (du vice), de manière à n'en plus être jamais repris. A la deuxième 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.IOUR 311 

leçon sur la loi, trente millo êtres vivants furent initiés : tuus ceux-là 
aussi eurent Tesprit complètement délivré des souillures (du vice), de manière 
à n'en plus être jamais repris. A la troisième leçon sur la loi, quarante mille 
êtres vivants furent initiés; tous ceux-là aussi eurent, pour toutes les lois, 
l'œil de la loi parfaitement pur, sans poussière et sans tache. A la quatrième 
leçon sur la loi, cinquante mille êtres furent initiés; tous ceux-là eurent 
l'esprit complètement affranchi des souillures du vice de manière à ne plus 
les contracter de nouveau. 

Après cela, Ananda. le Tathàgata, Arhat, parfait et accompli Buddha, 
complètement entouré d'une nombreuse confrérie de Bhixus, enseigna la loi 
se tenant en face d'eux. 

3. Bipankara se rend à Padmavati 

Ensuite, Ananda. le roi Ajàtaçatru apprit cette nouvelle : Il est né au roi 
Dvîpavat un fils qui est devenu un Buddha doué de la Bodhi parfaite et accom- 
plie au-dessus de laquelle il n'y en a plus. Il lui envoya donc des messagers 
pour lui porter cet avis : Moi aussi, je désire lui faire des offrandes, je le prie 
de venir près de moi. 

Alors, le messager, ayant reçu les instructions du roi Ajàtaçatru, se rendit 
au lieu où était le palais du roi Dvîpavat, et quand il fat arrivé en présence 
du roi Dvîpavat, il lui tint le langage ci-dessus. 

Alors, le roi Dvîpavat, s'étant rendu près du Tathàgata, Arhat, parfait et 
accompli Buddha Dîpankara, adora avec sa tète les pieds (du Buddha), se 
plaça à peu de distance et l'informa de cette circonstance. Bhagavat dit : 
Grand roi, toi, sois humble du fond du cœur, et retourne (chez toi) ; main- 
tenant, je vais me rendre à Padinavatî, au palais du roi. 

Alors, le Tathàgata, Arhat, parfait et accompli Buddha Dîpankara, com- 
plètement entouré de la confrérie de ses Bhixus, d'une troupe de Bôdhisattvas, 
de dieux, de Nâgas, de Ya.Tas, de Gandharvas, d'Asuras, de Garudas, de 
Kinnaras, de Mahoragas, d'hommes et d'êtres non humains, également 
entouré (des faveurs) du roi Dvîpavat, de la grande puissance royale, d'une 
nombreuse troupe royale, de grands prestiges royaux, de la grande opulence 
royale, de la grande magniticence royale, des grands jeux royaux, se mit en 
route, environné de tout cet appareil, et il s'avança marchant en tête. 



312 ANNALES DD MUSEE GUIMET 

Ensuite, Anaiida. le Tathâgavat Dîpankara, allant de proche eu proche 
atteignit Padmavatî et le palais du roi. 

4. Mer/lia. Sa supériorité inlellecluellc et morale 

En ce temps-là, sur l'Himavat*, roi des montagnes, résidait un Brahmane 
appelé Ratna^ ; il enseignait à cinq cents lils de Brahmanes tous les Castras, 
Vedas et Mantras. Or, parmi ces cinq cents enfants brahmanes, il y avait un 
petit brahmane appelé Megha^. C'était un jeune garçon, un jeune homme, 
bien fait, beau, agréable à voir; il avait des couleurs, bonnes, étendues, 
excellentes. Il s'appliquait aux Mantras et à l'étude; il était versé dans tous 
les Castras, Vedas, Mantras, rites et connaissances de toute espèce. 

Ensuite, Ananda, le fils de Brahmane Megha adora avec la tête les pieds 
de son maitre et lui tint ce discours : maître, je veux visiter les villes, la 
capitale, les régions, tout le pays, le palais du roi. Le maître répondit : Fils 
do Brahmane, notre loi à nous Brahmanes est celle-ci: Quiconque apprend 
tous les Castras, tous les Vedas et Mantras, est astreint à donner au maître 
cinq cents objets, une paire de vêtements de coton, un bâton, une gourde. Le 
fils de Brahmane Meglia répondit: Excepté la peau (qui me couvre), mon 
bâton, ma gourde, je n'ai absolument rien; je pars donc! Après qu'il 
eut trois fois réitéré sa demande, le maitre répondit : Agis selon (ton 
desse i). 

Alors le fils de Brahmane Megha descendit de l'Himavat, roi des 
montagnes, et, allant de lieu en lieu, visita les cités, les grandes villes, les 
régions, le pays tout entier et le palais du roi. 

Eu ce temps-là, dans la grande ville de Suparaga^, demeurait un 
Brahmane du nom Viçâkhabhadra^. Il avait une fille appelée Sugrahavatî ", 
bien faite, belle, agréable à voir, et dont les couleurs étaient bonnes*, 
étendues, excellentes. Aussi recevait-il chaque jour à sa table quarante mille 
Brahmanes se disant : Celui qui; parmi ceux-là, est le plus noble de tous, est 

' Til). Gangs-ri, k montagne de neige. » 

2 Tib. Rin-po-che, «joyau. » 

3 Tib. Sprin « uuage. » 

■' Tib. \devar pha rol-tu \vjro va. 
5 Tib. Sa-gah:ang-2W. 
^ Tib. Bcang-len-ldan. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 313 

riiomrae à qui je donnerai ma fille. — Un fils de dieu indiqua au fils de 
Brahmane Megha le chemin de la grande ville de Suparaga. 

Ensuite le fils de Brahmane Megha arriva au lieu où l'on faisait des 
offrandes *. Le fils de Brahmane Megha ne fut pas plus tôt arrivé au lieu où 
l'on faisait des offrandes que la jeune fille dit à sou père et à sa mère: Père, 
à en juger par les signes de ce fils de Brahmane, il sera mon mari. 

Puis le fils de Brahmane Megha se mit à parler sur toutes sortes de sujets 
avec les Brahmanes présents ; ensuite de quoi le fils de Brahmane Megha 
s'éleva au-dessus de tous par l'enseignement qu'il donna et par ses Mantras. 

En ce temps-là, un Brahmane appelé Khandadatta^ se trouvait dans le 
lieu où se faisaient les offrandes. Il était vieux ; assis sur un banc, il 
présentait les offrandes. 

Ensuite le fils de Brahmane Megha, étant arrivé au lieu où était le 
Brahmane Khandadatta, se mit à parler avec le Brahmane Khandadatta 
sur les Védas et les Mantras; et, dans cet entretien, Megha se distingua 
au plus haut degré par (sa science dans) les Vedas, les Mantras et les 
Castras. 

Ensuite, le fils de Brahmane Megha dit au Brahmane Kandadatta : 
Brahmane, c'est une loi pour nous autres Brahmanes que quiconque 
comprend et reçoit pleinement en lui les Castras soit assis sur le meilleur 
ta]ns. Puis, le fils de Brahmane Megha dit au Brahmane Khandadatta: Grand 
Brahmane, lève-toi de dessus ce tapis! C'est à moi de m'y mettre. — Alors le 
Brahmane Khandadatta répondit : Fils de Brahmane, je ne me lèverai pas 
de dessus ce tapis; mais j'ai reçu cinq cents objets, je te les donne. — ■ Je 
n'en ai pas besoin, répondit Megha; et, Khandadatta ne se levant pas de 
dessus son tapis, il le prit par le cou et le fit lever. 

Alors le Brahmane Khancladatta dit au fils de Brahmane Megha : Fils de 
Brahmane, tu m'as fait lever de ce siège et tu as pris le rang le plus élevé. 
Et moi, dans toutes tes naissances, partout où tu renaîtras, de période on 
période, il faudra que je fasse obstacle au don. — Tel fut le serment qu'il fit. 
Puis, Megha, le fils de Brahmane s'assit sur le trône. 



' G'est-à'dire au lieu où le bi-alimaue leiiait table ouverte pour une muUilude de convives. 
' Tih. Sum-bu-by in, « qui donne des morceaux. » 

Anx. g. — B 



31 i ANNALES DU MUSEE GUIMET 

5. Mer/ha refuse Siii/rahava ti pour épouse 

Ensuite le Brahinaue Viçàlvhabhadra prit sa fille Sugrahavatî par la 
main dfoite, et, s'étaut muni d'un bâton d'or, d'une gourde, d'une paire de 
vêtements de coton et de cinq cents objets, il se rendit auprès du fils de 
Brahmane et parla ainsi au fils de Brahmane Megha : Fils de famille, prends 
ces objets! Alors le fils de Brahmane Megha prit les cinq cents objets, la 
paire de vêtements de coton, le bâton, la gourde; il ne prit pas la fille. Et il 
s'exprima ainsi : Que ferais-je de cette femme? La femme est semblable à un 
singe; elle éveille les passions sauvages; elle est un obstacle à la vertu. 
Moi qui habite les déserts, les solitudes, je n'ai pas besoin d'elle. — Fils de 
f imille, par pitié pour moi prends-la ! — Il ne la prit pas. — Ensuite le fils de 
famille partit du lieu où l'on faisait les dons et se rendit là où est l'Himavat, 
le roi des monts. 

Ensuite, le brahmane Vieàkhabhadra dit à sa fille Sugrahavatî : Ma fille, 
pourquoi ne pars-tu pas afin de te marier ? — A l'ouïe de ces paroles, elle se mit 
en marche dans la direction de l'Himavat, le roi des monts. Mais en ce moment, 
un fils de dieu de la région de la demeure pure* (leur) cacha le chemin qui 
conduit à THiniavat, roi dos monts, et (leur) montra le chemin qui mène à 
Padmavatî, la résidence royale. Partout où le fils de Brahmane Megha porte 
la trace de ses pas, la jeune fille Sugrahavatî y dirige aussi sa marche. 

6. Meijha n' obtient des //eurs que de Sugrahavatî 

Ensuite ce fils de brahmane vit que la ville de Padmavatî (et) la résidence 
royale était tendue d'étoiles de soie de cinq espèces (ou couleurs ?), remplie 
d.3 guirlandes de fleurs, de rangées de vases de parfums odoriférants. Par 
quel motif cette grande ville est-elle ainsi ornée avec éclat? demanda~t-il. Les 
gens de la cour et du palais du roi à Padmavatî répondirent au fils de Brahmane 
Megha : Fils de Brahmane, ne l'as-tu pas appris? c'est que le Tathàgata, 
Arhat, parfait et accompli Buddha Dipankara a i)ara dans le monde. Le roi 
Ajàtaçatru l'a invité ; et c'est parce qu'il est venu ici que la grande ville est 
ainsi ornée avec éclat. 

' Un Suddhavàsika. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAT-DJOUrî .'îlô 

Alors le fils dol)rahmanc Aleghasedit en lui-môme : C'est déjà une choso 
rare parmi nous, brahmanes, qu'un homnio à qui les Castras sont familiers, 
clairs, couuus à fond. Qu'est-ce donc l(jrsqu'un joyau des êtres paraît ainsi 
dans le monde? Il faut dune que, avec ces cinq cents objets que je possède, 
j'achète des fleurs pour les offrir au Tathàgata. Cette réflexion faite, il cher- 
cha des fleurs de tous côtés et n'en trouva nulle part. Les gens de la cour et du 
palais de Padmavatî, la résidence royale, lui disaient l'un après l'autre : Fils de 
brahmane, ne l'as-tu pas appris ? Le roi Ajâtaçatru a rendu Ci't édit : Attendu 
que toutes les fleurs doivent être ofl'ertes au Tathàgata Dîpankara, en consé- 
quence nul ne doit acheter de fleurs ni en vendre. Quiconque aura vendu ou 
acheté des fleurs encourra une punition sévère. 

Pendant qu'il cherchait des fleurs, la jeune Sugrahavatî s'étant rencontrée 
avec lui, dit: Seigneur, fils de brahmane, que cherches -tu? — Jeune fille, je 
cherche des fleurs, répondit le fils de brahmane Megha. Alors lajeune Sugra- 
havatî se rendit à la demeure d'un marchand de guirlandes de fleurs, et, 
quand elle y fut arrivée, dit à ce marchand de guirlandes de fleurs : Fils de 
famille, donne- moi des fleurs ! J'en ai besoin pour mon mari. — Le marchand 
de guirlandes de fleurs répondit: Jeune fille, ne l'as-tu pas entendu? Voici 
l'édit rendu par le roi Ajâtaçatru : Attendu que toutes les fleurs doivent être 
offertes au Tathàgata Dîpankara, il s'en suit que nul ne doit acheter des fleurs 
ni en vendre. Quiconque aura vendu ou acheté des fleurs encourra une 
punition rigoureuse. — Après la troisième demande, elle se leva en disant : 
il faut bien agir ainsi. 

Ensuite, lajeune Sugrahavatî pi'it un flacon et y mit sept utpalas'. Puis 
étant sortie dans la ville, elle aperçut le fils de brahmane Megha, se 
plaça devant lui, et lui dit : « Fils do brahmane, que cherches-tu? — Jeune 
fille, je cherche des fleurs. Elle reprit : Fils de brahmane, que faire? — Il 
faut en faire pousser. — ■ Lajeune fille repartit : Je n'ai jamais entendu dire ni 
vu que des utpalas cueillis aient poussé. — Il répondit : jeune fille, le champ 
des mérites religieux rend autant qu'on lui fait produire, à savoir des actes 
(un Karma) conformes à ces mérites. Lajeune fille répondit : Si, dans toutes 



1 Lotus bleu. Je suppose qu'il s'agit île gi'aiues, à moins qu'il ne soit question de fleurs ilérobées et 
cueillies sans perm'ssion comme la suite semble l'indiquer. Il y a iri quelque cliose qui manque et le 
sens est obscur. 



316 ANNALES DU MDSÉE GUIMET 

les uaissauces qui doivent m'échoir, tu veux bien être mon mari et on flùs le 
serment, à cette condition, je te donnerai des ntpalas. Alors le llls de 
brahmane Meglia se dit: Moi, j'habite le désert et les lieux solitaires; la 
femme est d'un naturel indompté; elle vous transporte; elle met obstacle aux 
racines de vertu. Qucferai-je de cette femme? — ^ Telle fut sa réflexion. Après 
l'avoir renouvelée sept fois, il dit : Qu'ainsi soit! 

Ensuite, à ce moment, Bhagavat prononça ces stances* : 

Voici ce que j'ai entendu ; dans une autre existence, 
le Biiddha Dipankam parut dans le monde. 
Entouré de i^lusieurs fois sept mille personnes. 
Il vint à Padmavati. 

A cette occasion, des Étendards furent dressés, 
toute la ville fut nettoyée ; 
les carrefours furent ornés à cette occasion. 

En voj'ant cette ville ornée, 
un fils de Brahmane fit cette question : 
Pourquoi ces étendards dressés? 
Pourquoi cent tambours retentissent-ils? 

Pourquoi la ville tout entière est-elle nettoyée? 
Pourquoi les carrefours sont-ils ornés ? 
Eclaire-moi sur ce point par tes oracles : 
— Toi qui connais le Veda, ne l'as-tu pas appris? 
Le Buddlia Dîpankara a paru dans le monde 
avec une suite de plusieurs fois sept mille hommes. 

Il est venu à Padmavati. 
Voilà pourquoi les étendards sont dressés 
et la ville nettoyée ; 
voilà pourquoi les carrefours sont ornés. 

A l'ouïe de ce nom de Buddha, 
réjoui par les qualités du Buddha, 
il alla bien vite en toute hâte ; 
à une certaine distance, il aperçut une jeune fille 
dont l'œil mobile était comme un lotus utpala. 

' Ces stances ne soat que la reproduction versiàée de l'épisode qui vient d'être raconté en prose. 
Celte répétition se présente ici comme un accident. On verra qu'elle règne d'un bout à l'autre dans le 
récit pâli. 



FRAGMENTS TRADUITS DD KANDJOUR 317 

Elle avait cueilli des lotus et se tenait à sa porte. 
Quand le fils de Brahmane la vit, 
comme il fallait lui parler doucement, 
il prit la voix du paon Kalapinka, 

une voix qui va au cœur, celle du Hamsa, du coucou ; 
il évita la grande voix, la voix de Brahmà. 
La jeune fille dit au fils de Brahmane : 
Jeune homme, qu'est-ce que cette existence passée dans les bois? 

Pendant que tu faisais ton offrande au feu, que tu récitais le Veda, 
N'as-tu pas été molesté par les gens du roi ? 
Tu mène une vie troublée ; tu erres dans les carrefours ! 

— Jeune fille, je n'ai ni logis, ni parents avec qui demeurer; 

je n'ai rien non plus qui me retienne et me fixe, 
je n'aspire pas aux qualités du désir. 
Jeune fille, les gens du roi ne me nuisent pas ; 
je ne m'enivre pas à leurs festins. 

Quoique je n'aie pas pris le vêtement religieux, 
je parle selon la science sans mentir. 
Jeune fille, les gens de guerre du roi no me nuisent pas. 
parce que je me suis noirci à vivre de fruits et de racines. 

Jeune fille, les gens de guerre du roi ne me nuisent pas ; 
N'ai-je pas été choyé par les lionceaux? 

— Quoi donc? n'y a-t-il plus de fruits ni de racines dans les bois? 

Pourquoi es-tu venu parmi les habitations fixes, 
puisque tu n'as pas été molesté par les lionceaux ? 
Il y a dans la forêt des racines et des fruits, 

— Ma bonne, il me faut des Utpalas. 

Voilà pourquoi je suis venu dans cette ville. 

S'il faut à un jeune homme plein de force, 
de quoi orner son corps avec orgueil, un fils de brahmane 
(tel que) moi, quand il juge convenable d'avoir des Utpalas, 
n'en achète pas pour se faire une guirlande. 

Ce n'est pas pour les garder que je désire des Utpalas, 
c'est pour le bienfaisant Dipankara . 
Ma bonne, je demande des Utpalas, 
dans ma marche vers la perfection. 



318 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

11 fat un temps où je vivais des aliments (que me donnait) mon père ; 
je ne me souviens pas des paroles que j'employais pour demander. 
C'est sans honte que je demande des fleurs. 
Ma bonne, les Utpalas sont une richesse précieuse. 

Voici cinq cents objets qu'on m'a donnés; que le feu les détruise! (?) 
Mais quand je cherche les qualités du Buddha, 
ma bonne, n'y mets pas obstacle! 
ma bonne, accorde-moi une base (solide) ! 
sois ensuite (si tu le veux) un obstacle à ceux qui demandent ! 

— Quand un âls de Brahmane qui a renoncé aux vues fausses 
demande quelque chose, je le lui donne. 
Ce n'est pas moi qui te ferai obstacle. 
Voilà mon vœu, je n'en ai pas d'autre. 

Quand ils eurent tous Its deux fait ce vceu. 
le fils de Brahmane prit les Utpalas. 
Ces Utpalas une fois reçus, il se prosterna aux pieds du Jina. 

Si mon corps doit se dessécher, qu'il se dessèche! 
Que mes os blanchissent ! 
Tant que la Bodhi ne m'aura pas été prédite, 
je ne me lèverai pas, (quelque) longue (que soit) l'attente. 
C'est là mon vœu; je n'en ai pas d'autre. 

Ensuite la jeune Sugraliavatî prit les utpalas et les donna au fils de 
brahmane Megha : Fils de brahmane, prends ces utpalas et fais les produire 
aussi en mon nom ! Fils de brahmane, prends ces deux (autres) utpalas et 
fais les produire aussi en mon nom ! 



7. Rencontre de Dipankara et de Meglia. Offrande et prédiction 

Ensuite le fils de Brahmane Megha emporta ces utpalas et apparut 
(aussitôt) à l'autre extrémité de la ville. Il aperçut le Tathàgata Arhat, par- 
fait et accompli Buddha' Dipankara, digne d'être un objet de foi, aux sens 
domptés, au cœur dompté, (d'une nature) éminemment domptée, arrivé 
au plus haut degré de la pureté et du calme, arrivé au suprême degré 
de la domination de soi-même, du calme, de la bonté, grand éléphant, 
seigneur protecteur et doux, pur comme un lac, parfaitement pur, et. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 319 

par suite, exempt de troubl.^ majestueux comme ua caitja d'or, resplendis- 
sant, répandant des feux par sa splendeur. Plusieurs centaines de mille de 
millions d'êtres, plusieurs centaines de garçons, de filles, de dieux, d'Asuras, 
de Nàgas, de Yaxas, de Gandharvas, d.^ Garudas, de Kinnaras, d'Uragaseii 
grand nombre avec le roi Ajùtaçatru, son épouse-reine et son entourage, 
arrivaient cliargés de fleurs, de guirlandes, de parfums, d'onguents, pour hiv'e 
des offrandes à Bhagavat. 

A cette vue (Megha) se prit à penser en lui-même : Voici le Tathàgata 
Arhat, parfait et accompli Buddha ! Or (je ne vois) briller sur ce Tathâgàta 
que trente signes; il lui manque deux signes. Il n'est donc pas pourvu d'e 
trente-deux signes! Telle fut sa réflexiun. 

Alors le bienheureux Tathàgata Arhat, parfait et accompli Buddha 
Dîpaukara, comprenant le raisonnement qui s'était formé dans l'esprit du fils 
de brahmane Megha fit une telle combinaison de la puissance surnaturelle que 
les trente- deux signes du grand homme vinrent à briller. 

Quand cette combinaison delà puissance surnaturelle se fut produite, et que 
le fils de Brahmane Megha l'eut vue, ce fils de Brahmane Megha fut dans la 
joie, le contentement , la satisfaction ; sa joie fut extrême, et, le cœur à l'aise, 
il étendit la peau (qui lui servait de tapis). Alors les gens de la cour et du 
palais du roi à Padmavatî enlevèrent cette peau, la jetèrent de côté et dirent 
au fils de Brahmane Megha : Fils de Brahmane, es-tu fou? Où l'on étend les 
habits du roi, tu étends cette sale peau ! 

Alors le fils^de Brahmane Megha prit la peau et, quittant la grande rue, 
s'assit dans une rue latérale (en disant en lui-même) : Rends vraie cette 
parole de vé.ité! si elle est vraie cette parole que le Tathàgata sait tout, voit 
tout, est compatissant pour le monde, - qu'il quitte la grande rue et vienne 
poser son pied sur ma chevelure ! 

Ensuite le Tathàgata, Arhat, parfait et accompli Buddha Dîpaukara, ayant 
vu que (Megha) s'était mis hors de sa vue, dit à ses Bhixus : Bhixus, là où je 
mets mes deux pieds, vous ne devez pas mettre les vôtres. —Pourquoi cela? 
direz-vous. — Parce que, pour des dizaines de centaines de mille de dizaines 
de MiiUions de Buddhas, c'est la chevelure qui reçoit les marques d'honneur. 
Ensuite le Tathàgata, Arhat, parfoit et accompli Buddha Dipankara s'écarta 
de la grande rue et se rendit auprès du fils de Brahmane Megha. Arrivé 



320 ANNALES DU MUSÉE GUIMET 

qu'il y fut, il plaça ses deux pieds sur la chevelure (de Aleglia). Alors le fils 
de Brahmane Mcgha se levant de dessus la place (où il était assis), répandit 
les utpalas en offrande sur le Tatliàgata, Arliat, parfait et accompli Buddha 
Dîpankara. Elles ne furent pas plutôt répandues que. au-dessus de la tète du 
Tathâgata, se drossa une maison à étages en lotus divisée en quatre corps de 
bâtiments à quatre colonnes, égaux entre eux, pleins de charme, allant au 
cœur. Dans ce Mtiment brillait Tirnage d'(un) Tathâgata. 

Ensuite, le Tathâgata, Arhat parfait et accompli Buddha Dîpankara dit 
au fils de Brahmane Megha : Fils de Brahmane, toi, à cause de ces racines 
de vertu, tu seras dans l'avenir, après d'innombrables kalpas, le Tathâgata, 
Arhat, parfait et accompli Buddha Çàkjamuni, doué de science et de con- 
duite, bien venu, connaissant le monde, guide qui convertira les hommes, 
sans supérieur, docteur des dieux et des hommes, bienheureux Buddha. 

Alors, le fils de Brahmane Megha, a^'ant entendu la prédiction qui le 
concernait, fut joyeux, satisfait et content; sa joie fut extrême, et son cœur 
fut à l'aise. Il acquit à ce moment la patience dans la loi de la non- renaissance. 
Ayant acquis cette patience, il s'éleva dans les régions supérieures de 
l'atmosphère à la hauteur de sept arbres tâlas (en disant) : que six mille 
Samâdhis aj^paraissent ! — Des Tathâgatas apparurent en aussi grand 
nombre que les grains de sable du Gange. 

Après quoi, le fils de Brahmane Megha descendit des régions aériennes 5 
il adora les pieds de Bhagavat, et demanda à Bhagavat la condition de 
Bhixu. 

8. Conclusion 

Ananda, si tu te dis : Le fils de Brahmane appelé Megha qui existait alors 
est quelque autre, et que tu sois dans l'incertitude, que ton esprit soit partagé, 
que tu sois en doute, Ananda, la chose ne doit pas être envisagée de la sorte. 
— Pourquoi? diras-tu. — C'est que c'est moi-même qui, en ce temps-là, à 
cette époquc-là, étais le fils de Brahmane Megha. 

Ananda, si tu te dis : La fille de Bi^ahmane Sugrahavatî qui existait alors 
est quelque autre, et que tu sois incertain, que ton esprit soit partagé, que tu 
sois en doute, Ananda, la chose ne doit pas être envisagée de la sorte. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 321 

Pourquoi cela ? C'est que c"ost la rillo Çàkva, Gopà, qui, en ce temps-là, à 
cette époque-là, était la jeune fille Sugrahavati. 

Anaiida, si tu penses que le Brahmane appelé Kkandadatta qui vivait alors, 
vieux, assis sur une natte, faisant des offrandes, était quelque autre, et que tu 
sois incertain, que ton esprit soit partagé, que tu sois en doute, Ananda, la 
chose ne doit pas être envisagée de la sorte. Pourquoi cela? diras-tu. C'est 
que c'est l'insensé Devadatta qui était alors, en ce temps-là, à cette époque- 
là, le Brahmane Khandadatta. 

En conséquence, Ananda, à cause décela, il ne faut jamais être satisfait 
des racines de vertu (qu'on a pu acquérir). 

Quand Bhagavat eut prononcé ces paroles, l'Ajusmat Ananda et ce cercle 
qui contient tous les mondes avec les dieux, les hommes, les Asuras, les 
Gandharvas se réjouirent et louèrent hautement les paroles de Bhagavat. 

Fin du sublime sùtra de grand véhicule intitulé : Prédiction de Dipankara, 

II. HISTOIRE DE S U M E D H A 

En donnant ici, parce qu'elle est dans le Kandjour, la version pâlie de la 
prédiction de Dipankara, nous n'avons pas à rechercher ce que ce thème a 
pu devenir dans l'ensemble du canon pâli. Nous laissons donc de côté et le 
Buddha-vamsa qui renferme un récit parallèle à celui du Jàtaka-nidânam et 
les autres textes qui paraissent offrir des points de comparaison. Nous nous 
en tenons uniquement à notre texte. 

11 présente cette particularité de se dédoubler et d'être en prose et en vers. 
On est habitué sans dout<" à voir dans les textes bouddhiques certaines parties 
importantes répétées en vers après qu'elles ont été dites en prose; le Dîpau- 
kara-Vyâkarana tibétain qu'on vient de lire en offre précisément un exemple. 
Mais dans le récit pâli ce système de redoubL/ment règne du commen- 
cement à la iîn. Chaque épisode y est raconté deux fois, une première fois en 
prose, une seconde fois en vers. Le lecteur est prévenu que c'est pour lui 
rendre les choses plus claires et plus intelligibles; peut-être, au lieu d'ap- 
plaudir à la clarté, se plaindra-t-il de la longueur et de la monotonie. 
Quoi qu'il en soit, nous lui donnons le tout, prose et vers. 

Ou remarquera que, dans la prose, le narrateur parle à la troisième 

Axx. G. — B 41 



322 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

personne; c'est l'auteur qui raconte ce qu'il sait : dans les vers, le narrateur 
parle à la première personne ; c'est le Buddha qui raconte sa propre histoire. 
C'est donc la partie en vers qui doit être considérée comme le texte véritable 
ou qui est donnée comme tel; la prose est une sorte de commentaire général 
ou de paraphrase, de préambule, pour mieux dire, car die vimit toujours la 
première. 

Entre ces deux parties, prose et vers, dont se compose le texte, on trouve 
intercalé de temps à autre un commentaire que nous avons cru devoir 
supprimer pour ne pas être ti'op long. Nous indiquerons ces coupures qui ne 
se présentent pas plus de trois ou quatre fois. 

Notre traduction est faite sur la version tibétaine; mais nous l'avons 
comparée avec le texte pâli. Malgré un accord général étroit et constant, 
nous avons remarqué plusieurs différences plus ou moins importantes. Il 
serait trop long de les signaler et surtout de les discuter toutes ; nous nous 
bornerons à noter les principales. 

Gomme nous l'avons fait pour le précédent récit, nous découpons celui-ci 
en paragraphes que nous numérotons et auxquels nous donnons des titres. Les 
noms propres sont moins nombreux que dans le récit purement tibétain; 
la forme indienne nous en est donnée par le texte pâli ; selon un usage 
constant, nous les ramenons à la forme sanskrite, dont le pâli s'écarte plus ou 
moins, mais qu'il reproduit quelquefois très fidèlement comme les noms de 
Dîpankara et de Sumedha qui ont une seule et même forme en pâli et en 
sanskrit. Voici notre traductiijn. 

— Mdo XXX, IV: folios 432-462 — 

[En langue de l'Inde : Jàldka-itldànam. Eu langue de Bod : Shycs-pa- 
rabs-hyi iiloiff-g'fi. (En français : Série des naissances). 

Adoration respectueuse aux trois joyaux sublimes. 

Dans le temps où Bhagavat résidait à (jràvasti, à Jetavana, dans le jardin 
d'Anâthapindada, le grand Sthavira Arthadarci, s'étant rendu près de 
Bhagavat, lui adressa le salut, ht le pradaxiiia, puis s'assit à distance 
respectueuse. Après quoi, il parla ainsi à Bliogavat : Vénérable, je désire 
entendre la loi de coritinuité du bienhcui'fi'x liuddha. — (Le Buddha) 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 323 

répondit : Arthadarcî, saisis bien! je vais parler. A ces mots, rassemblant ici 
(tous les souvenirs), il prononça le commentaire de la série (Nidàna) des 
naissances des Arliats (dépositaires) du calme et de la haute science bien 
raisonnée] ' . 

Gomme il y a un Nidàna éloigné, un Nidàna intermédiaire, un Nidàna 
rapproché, c'est après avoir vu ces trois Nidànas qu'on en écoute le 
commentaire; il faut donc connaître tout d'abord ces divisions du Nidàna. 

Depuis le vœu que lit le grand être aux pieds de Dîi)ankara jus([u'à sa 
naissance dans le Tusita, lorsqu'il eut abandonné son corps pour sauver tous 
les êtres ^ c'est le discours sur la loi qu'on appelle Nidàna éloigné ; depuis 
sa descente de la demeure Tusita jusqu'à l'acquisition de la toute science à 
Bodhimanda, c'est ce qu'on appelle le Nidàna intermédiaire ; les résidences 
en tels et tels lieux où il obtient tels et tels avantages forment ce qu'on appelle 
le Nidàna rapproché. Voici maintenant le Nidàna éloigné '' : 

A une époque ancienne, éloignée de nous de quatre Asamkhyeya-kalpas *, 
plus cent raille Kalpas, il existait une ville appelée Abhayavati^ Là demeu- 
rait un Brahmane appelé Sumedha, de bonne naissance, tant du côté de son 
père que du côté de sa mère. Pendant sept existences successives, il n'avait 
provoqué de la part des autres ni querelle, ni reproche, ni blâme ; il avait 
été parfaitement pur. C'était un jeune homme beau, admirable, charmant, 
d'un teint supérieur. Sans se livrer à aucune occupation, il faisait son métier 
de Brahmane. 

11 était encore enfant quand son père et sa mère moururent. Alors 
l'intendant qui présidait à l'accroissement de ses biens, prenant le livre de 
comptes, et ouvrant les caisses pleines d'or, d'argent, de joyaux, de perles, 
lui dit : Voici les richesses de ta mère, voici les richesses de ton pè.-e, voici 

1 Cj début n"est pas la Iradu.-tioii de celui du texte pâli (!el que Fausboll ['^ publié); le pâli est eu 
vei-s et autremeut exprimé. 

2 B Jusqu'après son existence de Vessaulara, » dit le pâli. 

3 J'aurais pu laisser de coté tout ce préambule q li ne tie:it pas à mou sajel. M. lis il m'a paru préfé- 
rable, puisque je donnais le premier récit du recueil, de conserver le commeucement loul euùtn-. 

* Quati-eAsankhyeja-kalpas forment un grand Kalpa (sp. Hardy). 

5 En libé'.ain : Iljigs-mcd (sans crainte). Mais le texte pâli porte: Amaravatî, « immortelle. » Li 
confusion perpétuelle de ;/ et de r que font les Birmans aide à expliquer la contusion possible de 
Amaravatî et de .Abhayavati, qui ne différent plus que par unj saule lettre, bh et in étant d'à Heurs de 
même classe et très sera jlable de forme. Amaravatî, le plus connu de ces deux noms, est probaljlement 
la vraie leçon : mais il a dil y avoir doute. 



324 ANNAr.ES DU ML'SÉF, GTIMET 

les richesses de ton aïeul et de ton bisaïeul; voilà ce qui a été accumulé 
pendant sept générations. C'était pour qu'il en prit soin que (l'intendant) 
parlait ainsi. Le savant Sumedha se dit : Ces richesses, mou père, mou 
grand- père et mes autres ascendants les ont accumulées; puis quand ils sont 
partis pour l'autre monde, c'a été sans emporter une seule pièce d'or. 
Mais moi, j'emporterai cet (or), et je saurai le faire circuler. 

Ayant donc prévenu le roi. il fit retentir le tambour par la ville, distribua 
des dons à la foule, puis se fitinitier par l'initiation des ascètes (tàpasa). C'est 
pour mettre ce point eu lumière qu'on raconte ici l'histoire de Sumedha. 
Cette histoire n'a été expliquée que dans le Buddhavamsa* tout en vers, et 
d'une façon insuffisante; aussi la raconterons-nous en entremêlant ce récit 
d'éclaircissements en i)rose ' . 

d, Hichesses et science de Sumedha 

Il y a quatre Asankhyeya-Kalpas et cent mille Kalpas en plus, il existait 
une ville Abhayavatî où ne cessaient de retentir les dix bruits. Ce que le 
Buddhavamsa exprime ainsi : 

Il y a quatre Asankliveya-Kalpas 

et cent mille Kalpas eu plus, 

la ville appelée Abhayavatî, 

admirable, charmante, 

retentissait constamment de dix bruits^. 

Les aliments et les breuvages y abondaieut. 

Tous ces bruits s'y réunissaient : 

Le bruit des éléphants, bruit des chevaux, 
bruit des tambours et des conques, des chariots. 
Mets et boissons, 
aliments et breuvage y abondaient. 

Le Buddavamsa ajoute encore : 

Ville dorée dans tous ses membres, 

1 Ouvrage taisant partie du canon pâli, le XV' du KUudJaka-Nikàya du Sutla-pitaka. 

2 Tout ce qui précède est en.o:e un préambule : c'est maintenant seulement que le récit va com- 
mencer. 

3 l\ s'agit du son de dix instrumiuts é.inmérés par le commentaire que nous ne reproduisons pas. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 325 

OÙ s'accùmplissaient tous les désirs ', 
douée des sept joyaux, 
remplie de gens de toute sorte, 
ville des dieux, parfaite, 
résidence de gens méritants. 

Dans la ville d'Abhayavali, 
était un brahmane appelé Sumedlia, 
possesseur de richesses de tout genre accumulées, 
ayant en abondance des richesses et du grain, 
possesseur de secrets et de mantras, 
lecteur des trois Védas, 
arrivé à la perfection de la connaissance, 
des signes, des Itihâsas, et de la bonne loi. 

2. P ro fondes réflexions de Sumedlia 

Un jour, le savant Siiniedha était assis les jambes croisées sur la terrasse 
de son excellente demeure, et, rentré en lui-même, il lit cette réflexion : Dans 
mes existences précédentes, chaque fois que je prenais attache dans le sein 
(d'une mère), je n'avais que douleur; alors de naissance en naissance, 
mon corps se dissolvait, et moi jetais assujetti à la loi de la naissance, de 
la vieillesse, de la maladie, de la mort. Dans cette situation, il me convient 
de chercher l'exemption de la naissance, de la vieillesse, delà maladie, de la 
doideur, le bien-être, le grand Nirvana frais de l'Amrta : ce qui, certes, ne 
peut se faire que par la voie unique qui mène au Nirvana en délivrant de 
l'existence. De là, vient qu'il est dit : 

Assis tout seul, retiré à l'écart, 

je fis en ce temps -là cette réflexion : 

Le renouvellement de l'existence n'est que douleur, 

dissolution (sans cesse répétée) du corps. 

La loi de la naissance, la loi de la viellesse, 
la loi de la maladie me dominaient alors. 
L'exemption de vieillesse et de mort, le bien-être, 
le Nirvana, en un mot, est ce que je veux rechercher. 

Ce corps de pourriture 

rempli d'impuretés de toutes sortes, 

' « Tous les actes, » s 'loii le pâli qui [lorle Kamma (si;. Kaniui) ; le traduclem- lihélain a lu lûima. 



320 A.NNAI,F.S UU MUSÉE GUIMET 

je veux le rejoter; (je veux) suivre mon chemin 
sans y faire attenlioa, sans m'en occuper. 

Le cheniiii qui mène à ce but existe-t-il? Je le suppose. 
On ne peut le trouver sans effort, ce chemin. 
Ce chemin, il faut que je le cherche, 
en me débarrassant des existences. 

11 fit encore celle autre rétle.\i(m : puisque, dans le monde, le contraire de 
la douleur est ce qu'on appelle le bien-être, l'existence étant (donnée), son 
contraire sera le Nirvana'. De même que si l'on soullre de la chaleur, c'est 
la IrairliL'ur (jui soulage, de même c'est seulement jjar le Nirvana que l'on 
peut obtenir le remède aux désirs (ardents) : de même que la loi de vertu 
exempte de blâme est le contraiie de la loi de vice et de désordre dont 
on doit se défendre; ainsi, quand la naissance, source de mal, existe, c'est 
le Nirvana qui est renommé pour conduire à la suppression de la nais- 
sance par l'épuisement de toutes les naissances. — De là vient qu'il est dit : 

l)e même que, la douleur existant, 
le bien-être aussi existe; 
de même, le désir existant, 
l'absence de désir^ existe aussi. 

De même que, la chaleur existant, 
le froid existe aussi : 
ainsi, les trois feux^ existant, 
le Nirvana existe aussi. 

De même que le vice existant, 

la vertu existe aussi ; 

ainsi, la naissance existant, 

on doit désirer l'existence de la non naissance. 

Il fit encore cette rétlexion : De même que si un lioinme plongé dans un tas 
d'immondices, voyant un grand étang rempli de lotus aux cinq couleurs, 

' Le pâli dit beaueouji plus juslementa la noii-existence((;jJ/iaua, négatif de bhaca) ». Mai?,eu tibétain 
Nirvana est rendu pal- luie i)éi'iplirase qui signifie « suppression du chagrin (ou de la douleur) ». 

2 D'après le pâli, et .lussj, d'après le passage en prose correspondant (V. l'alinéa précédeiil), il lnudrait 
dire « exislence ». U y a dans le tibétain sred (désii'); mais « existence » se disant sriil, il se peut fort 
bien qu'un de ces mots ait été mis pour l'autre. 

3 11 s'agit du fende la convoilise, de celui de la liaiue et de celui de l'égarement (les trois pecliés de 
l'esprit). Y. V AdUtaparyâya, p. Kil. 



FRAGMENTS TRADUITS UU KAND.IOL'R 32? 

cherche 1(3 c'ieiniu \k\v lequel il pourrait j arriver et ne réussit pas àratteiadre 
par ce cheniiu, la faute n'eu est pas au grand étang; semblablement, si Ton 
veut se laver des souillures delà corruption morale (kleça) et que, l'étang du 
grand Nirvana d'immortalité existant, on nesache pas y entrer, la faute n'en 
est pas au grand Nirvana d'immortalité. — ■ De même encore que si un 
individu entouré par les voleurs a une issue pour s'enfuir et ne s'enfuit pas 
promptementjlafauteen est non au chemin, mais à cet individu (seul); ainsi, 
quand il existe un chemin pour le Nirvana du repos', si l'homme saisi, 
entouré j^ar la corruption morale ne sait pas le prendre, la faute en est non 
auchemin, mais à l'homme. — ■ De même que si un individu, saisi par la 
maladie, quand il existe? un remède propre à guérir le mal, ne va pas chercher 
ce remède, la faute n'en est pas au remède; de même si l'homme saisi parle 
mal de la corruption morale, (sachant) qu'il existe un savant capable au plus 
haut degré d'apaiser cette corruption morale, ne va pas à la recherche de ce 
docteur, la faute n'en est pas à ce docteur capable de vaincre la corruption 
morale. — De là vient qu'il est dit : 

De même que, si un homme empêtré dans des immondices 

apercevant un étang plein (d'eau et de fleurs), 

ne va pas à la recherche de cet étang, 

la faute n'en est pas à l'étang ; 

ainsi, pour se laver des souillures du mal, 

quand il existe un étang de l'Amrta ', 

si l'homme n'entre pas dans cet étang, 

la faute n'en est pas à l'étang de l'Amrta ' ! 

Gomme, lorsqu'un homme cerné par les voleurs •', 

quoi qu'il existe un chemin pour fuir, 

ne prend pas la fuite, 

la faute n'en est pas au chemin ; 

ainsi, si l'homme entouré par le mal moral, 

quand il existe un chemin du calme', 

ne recherche pas ce chemin ; 

la faute n'en est pas au cliemiii du calme. 

' Un heureax chemin coniluisint au Nii'vàni (pâli), 

2 Amrta répond au mot « immnrialité >i de la par:ie en piMse. r,e pâli emploie cnnslammeni le même 
mol (Ami'la),- mais le tibétain employant deux mots diHërenls, nous avons dii l'aire comme lui. 
^ Les ennemis, dit le làli. 

Un chemin heureux, selon le pâli. 



328 ANNALES DD MUSEE GDIMET 

Comme, lorsqu'un homme malade, 

un remtde existant à sa portée, 

ne court pas à ce remède pour apaiser son mal, 

la faute n'en est pas au remède ; 

ainsi, la maladie de la corruption moi'ale 

vous dtreignant et vous faisant souffrir, 

si vous ne cherchez pas le docteur, 

la faute n'en est pas au docteur. 

11 fit encore ces réflexions : De même que s'il y a de la crasse ' au cou 
d'un homme chargé d'ornements et qu'il la fasse disparaître, il est à l'aise; 
ainsi il me convient de rejeter ce corps de pourriture pour arriver, parle 
dédain, à entrer dans la ville du Nirvana; — ou encore, de même que les 
hommes on les femmes, après avoir expulsé leurs excréments dans les lieux 
à ce destinés, se gardent bien de les recueillir dans un vase pour les emporter 
et s'éloignent avec dédain sans s'en occuper davantage; ainsi moi, rejetant 
avec mépris ce corps de pourriture, je juge convenable d'entrer dans la ville 
du Nirvana d'immortalité ; — ou encore, de même que des marins quittent 
une embarcation faisant eau, sans plus s'en préoccuper, ainsi moi, rejetant 
avec dédain ce corps ]:ercé de neuf ouvertures, je juge convenable d'entrer 
dans la ville de Nirvana ; — et encore, de même qu'un homme chargé de 
joyaux divers, se rencontrant avec des voleurs, craint pour la conservation 
de ses joyaux s'il chemine avec eux, et prend un chemin plus sur ; ainsi ce 
corps rempli d'ordures est comme un voleur qui convoite des bijoux. Si je 
m'y attache avec passion, la loi de vertu du chemin des Aryas sera perdue pour 
moi; aussi je veux rejeter ce corps semblable à un voleur pour entrer dans la 
cité du Nirvana. — C'est pour cela qu'il est dit : 

De même que si la mauvaise odeur d'un homme, 
vous prend à la gorge, on a des nausées • ; 

' Le mol |àli Kunapam, « ivirps en iiiiti-él\c ioii, » est .issez exîraonlinaire; il semble qu'il s'apisse 
cl ms le 1 à'i d'un liumme porl ml un rnrps mort attaché à son cou. Je ne ]iense pas que le tibétain doive 
s'entendre ainsi; néanmoins il y a ici unedifficul'é d'interprétation qu'on retrouvera d;,ns les vers. 

2 D'après le pâli, il faut trailuii'e : 

De même qu'un corps en putréfaction lié au cou d'iuj li.unnie lui ilniine du dégoût ; mais que b'd s'i n 
débarrasse, il marclie à l'aise, libre et indépendnii'. 

On pourrait arriver par le tibétain à un sens à jeu prés aiudogue : seulement le tibétain ne parle pas 
de corps en pourriture; il emiiloie un mot qui pourrait èlre traduit p.-.r <■ tache, saleté », mais qui se 
traduit tout naturellement par ii mauvaise odeur u. La traduction par o saleté, crasse » rapf rochcrait 
davantage les vers delà prose. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 32'J 

mais si l'on parvient à s'v sou!^traire, 

on n'a plus de nausées, et l'on se trouve à l'aise; 

ainsi le corps de pourriture, 

est un amas de saletés diverses. 

Je veux m'en aller en le rejetant, 

avec dédain, sans plus m'en occuper. 

De même que, après s'être, dans les latiines, 
débarrassés de leurs excréments, hommes et femmes 
s'en éloignent avec dégoût, 
indifférents et dédaigneux; 
ainsi en est- il de ce corps 
plein d'ordures de tout genre. 
Je m'en sépare et m'en éloigne ; 
je le compare à des latrines. 

De même que si une embarcation s'enlr'ouvre 
et fait eau, 

le patron de la barque la quitte 
sans plus s'en occuper ni la regarder; 
ainsi ce corps a neuf ouvertures, 

qui laissent constamment passer des écoulements (ou mouillures): 
je veux m'en détacher 
comme le patron de sa barque trouée. 

De même qu'un homme chargé de valeurs, 
cheminant avec des voleurs, 

comprend ce qu'il y a à craindre pour les biens qu'il porte, 
et, par crainte, fuit d'un autre côté ; 
ainsi ce corps étant semblable à un grand voleur, 
je veux le rejeter et m'en aller, 
par crainte de perdre la pratique de la vertu. 



3. Siimedha se fait ermite 

C'est ainsi que le savant Snmedha, rétléclussant, par ces diverses com- 
paraisons, sur l'utilité des mérites religieux, fit aux nécessiteux, comme on 
l'a dit plus haut, une grande distribution de l'amas de richesses qu'il avait dans 
sa demeure. Renonçant à l'amour de la richesse et à tous les désirs produits 
par la corruption morale, il sortit de la ville d'Abhayavalî et se retira seul 
dans l'Himavat, au mont appelé Mont de la loi (Dharmaka). Là, il trouva 
A.NN, G. — B 42 



330 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

un asile, s'y arrangea une hutte de feuillage et une promenade; et quoiqu'il 
n'eût pas renoncé aux cinq fautes, qu'il ne les eût jias rejetées, il dit: de cette 
façon j'ai mis mon esprit dans le calme au moyen de la science surnaturelle 
(Abhijnâ) qui possède les huit actes (exécutés) précédemment; il reçut la force 
(morale)*. Puis, après avoir, dans cette résidence, rejeté le vêtement aux 
neuf fautes et avoir revêtu le vêtement fait de morceaux d'écorce qui ren- 
ferme douze quahtés, il se fit initier par l'initiation des Rsis. Une fois initié 
de la sorie, il abandonna la demeure de feuillage qui a huit défauts pour 
adopter l'habitation au jiied d'un arbre, qui renferme dix qualités. Renonçant 
alors à tout luxe, il adopta les fruits des arbres comme la meilleure nourri- 
ture et se livra à la mortification qui consiste à se mouvoir sur place. Dans 
l'espace de sept jours, il entra dans les huit égalités d'esprit'- et acquit les cinq 
connaissances supérieures (Abhijnâ). C'est ainsi qu'il approcha du but et 
atteignit la force de la science supérieure. — De la vient qu'on a dit : 

Je fis la rétiexion suivante: 

J'ai des biens pour plusieurs milliards, 

je n'ai qu'à les distribuer à ceux qui ont des protecteurs 

et à ceux qui n'en ont pas 

pour me rendre ensuite à l'Himavat. 

Non loin de l'IIimavat. 
au mont appelé ÎMout de la loi (Dharraaka), 
je trouvai un excellent abri, 
je me construisis fort bien une hutte de feuillage ; 

Là, je fis ma promenade 
en renonçant aux cinq fiiutes ^, 
et je saisis la force de la science supérieure 
qui possède huit qualités. 

Là, j'abandonnai la condition (ou l'habit), 
qui est soumise à neuf fautes ; 
Je revêtis l'habit de morceaux d'écorce, 
qui renferme douze qualités ; 



• Cette phrase est bizarre et tourmentée; la version tibétaine, (rés obscure, n'est p..s en parfait accord 
avec le lexle pâli; il semble qu'il y ait quelques omissions de mots; on verra d'ailleurs que l'assertion 
rela'iveaux cinq fautes est con'reili'e dans les vers. 

' Il o'jlint les huit Samàpaltis. 

3 C'est le contraire de ce qui a été dit dans la prose; mais la prose doit élre faulive. (V. [lote 1.) 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 331 

j"abandonnai la liutto de feuillage, 
où il y a huit fautes ; 
je vins l'ésider a pied d'un arbre, 
rc^sidonce où il y a dix qualiti's. 

Tous les grains obtenus par le labourage et la culture, 
j'en fis un abandon complet et absolu ; 

je mangeai le fruit des arbres comme la meilleure des nourritures, 
la preniiore, celle dont les avantages sont inépuisables. 
Ainsi j'obtins dans l'espace de sept jours 
la force de la science supérieure '. 



4. Apparition du Dipnnkarj . In citât ion qui lui est faite 

L'ascète Suiuodha ayant acquis la science supérieure, résidait ainsi dans le 
bien-être du calme où il était entré, quand le maître appelé Dîpankara parut 
dans le monde. A l'époque où ce maitre entra dans le sein de sa mère, naquit, 
obtint la Bodlii, fit tourner la roue de la loi, tous les dix mille éléments du 
monde tremblèrent, tremblèrent fortement, furent fortement secoués; un 
grand bruit retentit; vingt-deux signes d'autrefois apparurent. L'ascète 
Sumedha, plongé dans le bien-être de l'égalité d'esprit (Samâpatti) où il 
était entré, n'entendit pas ce bruit, ne vit pas ces signes. —De là vient qu'il 
est dit : 

Je me reposais sur un seul enseignement, 
j'avais obtenu l'objet de mes recherches. 
Le Jina appelé Dîpankara, 
guide du monde, parut : 

il pénétra dans une matrice, il naquit, 
il devint Buddha, il enseigna la loi. 
Je ne vis point ces quatre signes ; 
j'avais le bien-être du Dhyàna qui m'absorbait. 

En ce temps-là, Dîpankara, entouré de quatre cent mille individus 
qui avaient détruit en eux les kleças (la corruption), se promenait pour le 
bien des êtres ; en allant de proche en proche, il atteignit la ville appelée 

' Je passe le très long commentaii'e auquel donri'iit lieu ces vers énigmaliques. Ce n'est pas qu'il ne 
mérile d'être conni; mais il occ.ipa cinj feuillets et demi dans le Kin.ljour et quilre piges d'un lex'e 
1res fin et 1res serré dans l'édition pâlie de Fausboll. 



332 



ANNALES DD MUSEE GUIMET 



Ramyaka *, et résida dans le grand vihàra appelé Sudarçana ^. Le sei- 
gneur des ascètes appelé Dîpankara qui habite à Ramyaka, disait- ou, a 
acquis la la Bodhi suprême au-dessus de laquelle il n'y a rien; il a fait 
tourner la roue de la loi excellente. En voyageant de proche en proche pour 
le bien des êtres, il a atteint la ville de Ramyalva et réside au grand Mhâra 
Sudarçana. — A Touie de cette nouvelle, les habitants du lieu chargés de 
beurre frais, de beurre clarifié, etc., de vêtements, de couvertures, etc., de 
parfums, de gu'rlandes, etc., manifestant leur soumission, leur joie, leur 
respect au Buddha, à la Loi, à la Confrérie, se rendirent en corps auprès du 
maitre. Ils le saluèrent, lui offrirent leur parfums et le reste, s'assirent à une 
petite distance, entendirent la loi. Après quoi, ils l'invitèrent avec insistance 
pour le lendemain ; puis, quittant leurs places, se retirèrent. 

Gela fait, ils préparèrent pour le lendemain de grands présents et ornèrent 
la ville. Ils ornèrent le chemin par où devait venir l'être aux dix forces, 
comblant, pour aplanir le sol, les crevasses des terrains ravinés par les eaux, 
répandant un sable semblable à l'argent par la couleur, distribuant partout 
des guirlandes et des vases de fleurs. Ils dressèrent des étendards et des 
bannières en déployant des étoffes de toutes sortes, ils placèrent des files de 
vases avec des plantes de bananier. 

5. Rencontre de Vipankara et de Sumedha 

En ce moment, l'ascète Sumedha, s'étant élevé hors de sa demeure, arrivait 
à travers les airs, et, voyant avec joie et satisfaction les gens du pays, il 
descendit des régions aériennes à terre, et, se tenant à une faible distance, il 
leur fit cette question : G'ns pleins de mérites, pourquoi ornez-vous ce 
chemin? — C'est pour cela qu'il est dit : 

Du pays et de la région extrême qu'il habitait 

Le Tathâgata avait été invité. 

Le chemin par lequel il devait arriver 

était balayé par des êtres travaillant avec joie comme un seul homme. 

Moi donc, à ce moment-là, 
je venais de ma résidence 

' 'ïiii.Dgah-y:a-can;^à.\'\ : Rammaka, agréable. 

2 Tib. "Blta-na sduj; pâli ; Suiassana (a^ré.ibleà voir ou belle vue). 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUU 333 

vètii d'ccorce d'arbro et porli' par le vent ; 

je m'avançais, à ce moment-là, à travers les airs. 

En voyant l'empressement, l'ardeur et l'entrain 
avec lesquels cette foule balayait le chemin, 
je descendis des régions aériennes, 
et, sans plus attendre, je questionnai ces hommes. 

Foule d'hommes savants et instruits, 
qui travaillez avec tant d'empressement, d'entrain et d'ardeur, 
qui est cause qu'on rend ce chemin uni? 
par quelle raison ce chemin est-il ainsi préparé ? 

Les hommes répondirent: Vénérable, ne le sais- tu donc pas? Dipankara 
aux dix forces a trouvé la Bodhi parfaite au-dessus de laquelle il n'y en a pas, 
il a fait tourner la roue de la loi. En faisant une tournée pour le bien des êtres, 
il est venu dans notre ville; il réside au vihàra Sudarçana, et nous l'avons 
invité. Voilà pourquoi nous ornons le chemin par lequel doit arriver le bien- 
heureux Buddha. 

L'ascète Sumedha fit cette réflexion : il est difficile de rencontrer dans le 
monde ce qu'on appelle un Buddha; puis donc qu'un Buddha doit venir ici, il 
est juste que je me joigne à ces hommes pour orner le chemin de celui qui 
a les dix forces. 11 dit donc à ces hommes : Si c'est à cause d'un Buddha que 
vous ornez ce chemin, donnez-moi à moi aussi une place (parmi vous), il faut 
que je me mêle à vous. — Très bien ! se dirent les hommes, et, comme ils 
savaient l'ascète Sumedha doué de la puissance surnaturelle, ils songèrent à 
l'endroit endommagé par les eaux et lui assignèrent son poste en lui disant : 
Mets-toi là. 

Sumedha se réjouissant (à la pensée de voirie) Buddha, se dit : je puis ici, 
parla puissance surnaturelle, mettre tout eu ordre; mais j'aurai beau avoir 
tout arrangé, mon cœur ne sera pas pour cela dans la joie : aujourd'hui je 
dois fatiguer mon corps. — Et, prenant de la terre, il se mit à combler les 
crevasses. 

11 n'avait pas encore fini de mettre ce lieu en état quand arriva Dipankara 
aux dix forces, le grand Muni, avec son escorte de quatre cent mille indi- 
vidus doués des six connaissances supérieures et débarrassés de la souillure 
morale qu'ils avaient anéantie. Les dieux lui offraient des parfums divins 
et des guirlandes de fleurs, etc., lui chantaient des chants divins; les 



334 ANNALES DU MUSliE GUIMET 

hommes lui offraient des guirlandes de fleurs humaines. Lui-même, avec les 
jeux infinis d'un Buddha, comme un lion rugissant sur le mont Mana:çila, 
s'avançait sur ce chemin préparé. L'ascète Sumedha regardait de ses (deux) 
yeux l'être aux dix forces qui s'avançait sur ce chemin orné, orné lui- 
même des trente-deux signes exellents du grand homme, brillant des 
quatre vingts belles proportions, entouré d'une auréole s'étendant à une 
brasse, semblable à un joyau, semblable aux clartés diverses qui brillent 
dans l'atmosphère, projetant des rayons bouddhiques aux six couleurs se 
manifestant en temps et hors de temps ' et groupés par paires (?), doué 
d'une beauté suprême. 

En contemplant cette nature (supérieure), il dit : aujourd'hui, il convient 
que je fasse à celui qui a les dix forces le sacrifice de ma vie. 11 ne faut pas 
que Bhagavat marche dans la boue ; je le prie, comme s'il posait le pied sur 
un pont dont le tabUer serait en pierreries, de passer sur mon dos, sans 
crainte de l'endommager, avec les quatre cent mille individus (de sa suite) 
qui ont détruit en eux la corruption. Ce sera pour moi, après un long temps, 
un avantage et un bien . 

L'îs cheveux flottants libres-, couvert de sa peau de tigre et de son vête • 
ment d'écorce, comme un pont dont le tablier serait en pierreries jeté sur 
la boue noire, il se coucha au-dessus de la boue. 

C'est pour cela qu'il est dit : 

A la question que je leur fis, ils répondirent: 
Un Buddha supérieur au monde, 
Dipankara le victorieux (ou le Jina Dipankara). 
guide du monde, est venu ici. 

Le chemin n'est pas bien uni ; nous l'arrangeons ; 
C'est son chemin que nous balayons. 
— A l'ouïe du nom de Buddha, 
la joie naquit en moi incontinent. 

Buddha ! Buddha ! ri'pctai-je, 
et j'étais plein de joie, transporté. 

* Cette expression n'offre pas un sens satisfaisant. Le mot pâli âvela de Tédition Favisboll s'interprète 
plus aisément par « couronne de guirlande » ; le traducteur tibétain aura lu veld, « heure, mesure 
du temps ». 

2 Les c-heveux fioltants de Sumedha couché rappellent le vœu de Me^ha du texte tihélain que le 
Buddha mette le pied sur sa chevelure. 



FRAGMENTS TRAHUITS liU KANDJOUR 335 

La satisfaclioii et la joio quo J'('proiivais 
me firent arrêter en ce lieu et réfléchir : 
Je puis jeter ici en terre un grain 
qui produira pour moi à l'insfant même. 
— Qu'on me donne une place non arrangée ! 
Et moi, oui (moi), je la balayerai ; 
j'aplanirai le passage qui n'est pas uni. 

Eu ce temps-là donc, je balayai le chemin. 
On m'avait dûnn(' un endroit non préparé : 
Buddha ! Buddha ! me disais-je, 
(c'est pour lui que) en ce moment, j'aplanis le chemin. 

Je n'avais pas achevé de préparer ce lieu, 
quand le grand Muni Dîpanliara, 
accompagné de quatre cent mille individus 
doués des six sciences supérieures, 
sans souillures, exempts de misères morales, 
arriva par le chemin du Jina. 

Ceux qui leur souhaitaient la bienvenue 
faisaient retentir des instruments de musique. 
Les dieux et les hommes pleins de joie 
témoignaient leur satisfaction en disant : C'est bien ! 

Les dieux regardaient les hommes, 
les hommes regardaient les dieux ; 
les uns et les autres faisant l'anjâli 
marchaient de concert avec le Tathàgafa. 

Les dieux avec des instruments divins, 
les hommes avec des instruments humains, 
faisant de la musique les uns comme les autres, 
marchaient de concert avec le Tathâgaia. 

Les fleurs divines Mandara, 
Padma, Paricchidaka, 

étaient les fleurs que jetaient dans l'intervalle (dégradé) 
les dieux domiciliés dans le ciel. 

Les Campakas, les Çâlahis, les Nipas 
les Nâgas, les Punnagas, les Ketakas 
étaient celles que jetaient dans l'espace vide intermédiaire 
les hommes qui marchent sur la terre. 



330 ANNALES nu MUSKE GUIMET 

Moi, alors, laissant flotter mes cheveux, 
avec mou manteau de religieux en écorce et ma peau de tigre, 
m'ctendant au-dessus de la boue, 

je me couchai la tête en bas (c'eît-à-dire sur le ventre); 
j'invitai les Buddhas ' avec leur suite de disciples 
à passer en me foulant (de leurs pieds), 
sans marcher dans la boue ; 
ce serait pour moi un avantage. 

Quaiul il so fut (Momlu sur cotte boue, regardant de nouveau de ses (deux) 
yeux et considérant la fi'licité du BuddhaDipankaraaux dix forces, il fit cette 
rét^cxion : Si je formais le désir de vaincre la corruption morale, de devenir 
un jeune membre de la Confrérie et d'entrer dans la -\ille de Ramyaka, j'aurais 
beau ti'iompher, sous un autre habit, de tous les Kleças, cela ne me servirait 
pas encore pour l'obtention du Nirvana. 11 faut que je fasse comme Dipan- 
kara aux dix forces, (savoir :) atteindre la Bôdhi excellente; puis, m'embar- 
quantavec une nombreuse troupe d'hommes sur l'Océan de la transmigration, 
nous sauver (tous) à l'autre bord; après quoi j'obtiendrai le Nirvana. Voilà 
ce qu'il me convient de faire. 

Réunissant alors les huit lois dans son esprit et contemplant dans sa 
pensée le vœu de l'aspiration à la dignité de Buddha, il resta couché dans la 
position qu'il avait prise. — C'est pour cela qu'on a dit : 

Pendant que j'étais étendu par terre, 
je fis la réflexion suivante : 
Il est un désir que j'ai depuis longtemps, 
celui de vaincre ma misère morale. 

En prenant un autre habit 
en faisant apparaître (pour moi) la loi, 
j'obtiendrais la toute-science, 
je deviendrais Buddha avec les dieux. 

Mais pourquoi me sauver tout seul? 
Moi, homme doué de force et voyant (la vérité), 
je traverserai avec les dieux; 

1 Lp pluiiel est singulier, je veux dire inaUendu. Il y a le singulier en ]iàli dans l'éUilion Fausbol , 
mais hi dilVêreii -e des deux genres en pâli tient à une letlre (o, ci); il tu est autrement eu tibétain, ou 
la méprise n'est pas aussi facile. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 337 

appuyé sur cette base trouvée par moi, 
doué de force et voyant la vérité, 
possesseur de la toute-science, 
je sauverai un grand nombre d'hommes. 

Après avoir interrompu le courant de la transmigration, 
supprimé les trois existences, 
et m être embarqué sur le navire de la loi, 
je traverserai avec les dieux et les hommes. 

Et en ce qui touche le trésor (qu'il faut posséder) pour atteindre (à l'état 
do) Buddha, on ajoute : 

La possession d'un corps d'homme et des signes de la vérité, 

la cause qui fait voir le maître, 

l'initiative et la possession des qualités, 

l'à-propos et l'intention ferme, 

l'assemblage des huit lois, 

le vœu : voilà les conditions qu'il faut réunir '. 



G. bipankura prédit la Bodhi à Snniidha 

L'ascète Suniedha, ayant donc i;asseniblc ces huit lois et fait son vœu pour 
l'état de Buddha restait couché. Le bienheureux Dîpankara arriva; au 
moment où il posa le pied près de la tète ^ de l'ascète Sumedha, comme s'il 
eut ouvert la porte de la cage d'un lion en joyaux \ il regarda avec des 
yeux où brillaient les cinq couleurs parfaitement pures, et vit l'ascète 
Sumedha couché par-dessus la boue : Cet ascète est couché ici, faisant un 
vœu pour obtenir l'état de Buddha; son efibrt pour ce but est-il i)rès de 
se réaliser ou non? — 11 dit et, se livrant à de profondes réflexions, analysant 
sa connaissance de l'avenir, il arriva à ce résultat : à dater d'aujourd'hui, 
dans quatre Asankhyeya-kalpas augmentés de cent mille Kalpas, il sera le 
Buddha appelé Gautama. 

' Je jiatse un commentaire assez étendu auquel les dernières stances donnent lieu. 

2 Voilà le déliul qui fait le joint de contact des veisions. pâlie et tibétaine. Encore ne dit-on pas que 
Dîpankara ait marché sur la chevelure de Sumedha ; mais on avait dit plus haut que cette chevelure 
e'ait flottante. Les deux versions comcidenl donc sur un point, mais un seul, et avec combien de peine! 

3 Le pah, traduit exactement par le tibétain, porte Mani-siha-panjaram, mais Sîha-panjaram 
(lUteralement « cage de lion » ) est donné comme ayant le sens de « fenêtre >.; il faudrait alors tra- 
duH'e <( fenêtre de joyau.-; » ou» fenêlre ouvrant sur un trésor de joyaux ». 

Anx. g. — B .o 



338 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

Ce raisonnement achevé, il fit, au milieu de son cortège, la déclaration 
suivante: Voyez-vous cet excellent ascète couché sur de la boue? — Oui, 
vénérable! nous le voyons, fut-il répondu. — C'est, reprit- il, par suite du 
dessein formel d'obtenir la Bôdhi qu'il est ainsi couché. — Est-il près de 
voir se réaliser le succès de ses efforts, demanda le cortège, ou ne i'est-il pas ? 
— A dater d'aujourd'hui reprit (le maître), après quatre Asankhyeya-kalpas 
écoulés, augmentés de cent mille Kalpas, il sera le Buddha appelé Gautama; 
il naîtra alors dans la ville de Kapilavastu. Mahâmâyâ sera sa mère, le roi 
Çuddhodana sera son père. Le premier de ses auditeurs sera le Sthavira 
Upatisya, le second de ses auditeurs sera le sthavira Kolita; l'assistant du 
Buddha sera Ananda. La première des auditrices sera la Sthavira Xemà, la 
seconde auditrice sera la Sthavira Utpalavarnâ. Après avoir atteint la matu- 
rité de la connaissance, exécuté la grande sortie, accompli les grandes 
mortifications, accepté une soupe au pied d'un Nyagrodha et l'avoir mangée 
sur le bord du cours d'eau Nairanjana, il se rendra à Bodhiraanda, à l'ombre 
d'un arbre Açvattha et y obtiendra la Bodhi parfaite. — C'est pour cela 
qu'il est dit : 

Dipankara qui connaît le monde, 
venu dans le monde pour le bien des êtres, 
voyant ses pieds près de ma tête, 
prononça une stance telle que celle-ci : 

Voyez cet ascète : 

il fait d'excellentes mortifications, il a les cheveux tressés. 

Quand bien des Kalpas seront écoulés. 

il deviendra dans le monde un Buddha. 

Il naîtra dans la ville de Kapilananda', 
et en sortira (pour apparaître comme) un Tathâgata. 
Il résidera dans un lieu de mortifications 
et s'y livrera à des mortifications très difficiles. 

Puis le Tathâgata, s'installant 
au pied d'un arbre Ajapâla, 
y recevra une soupe au miel. 
Etabli sur le bord de la Nairanjanû, 

1 Ou Kapilarainya (joie de Kajiila). Le tibétain est Ser-S/cya-df/a' 



FRAGMENTS TRADUITS DTl KANDJOUR 339 

(la) sur le bord de la Nairanjanâ, 

le Jina se régalera de la soupe au miel. 

Puis, pour suivre le chemin excellent, 
il se rendra au terrain de la Bodlii, 
à l'essence de la Bodlii qui n'a rien au-dessus d'elle ; 
puis, ayant tourné tout autour (rayant fait le pradaxina) 
près d'un arbre de l'espèce Açvattha, 
il deviendra un Buddha de grand renom. 

La mère de ce personnage 
aura le nom de Mâyâ ; 
son père s'appelera Çuddhodana; 
lui-même portera le nom de Gautama. 

(Deux hommes) ayant détruit la corruption naturelle, exempts de passions, 

arrivés au calme de l'esprit, à l'égalité d'âme, 

Kolita et Upatisya, 

Seront les premiers de ses auditeurs. 

L'assistant appelé Ananda 

Sera l'aide, assistant de ce Jina. 

Xemâ et Utpalavarnà 
seront ses premières auditrices 
délivrées de la corruption, exemptes de passion, 
arrivées au calme, à l'égalité d'âme. 
L'arbre de Bodhi de ce bienheureux 
Sera (de l'espèce) appelée Aevattha. 

7. Honneurs rendus à Sttmedha 

A l'ou'ie de ces paroles, l'ascète Sumedha éprouva de la joie parce que, 
se disait-il, j'ai atteint mon but. La foule, entendant la déclaration deDîpan- 
karaaux dix forces, eut de la joie et de la satisfaction de ce que la semence 
de Buddha de l'ascète Sumedha avait jeté sa première pousse. 

Il fit des réflexions telles que celle-ci : De même qu'un homme, ayant à 
traverser un cours d'eau, ne pouvant le franchir à cause de l'escarpement du 
bord, le franchit néanmoins là où le bord s'abaisse; ainsi moi, quoique je 
n'aie pu obtenir le fruit du chemin (actuellement, toutefois) dans le temps 
auquel il a fait allusion en me disant : Toi, tu seras dans l'avenir un Buddha et 
le fruit du cliemin se manifestera pour toi ; — eu ce temps-là je ferai appa- 
raître ce fruit. 



340 ANNALES DU MUSÉE GUIMET 

Le but étant atteint de la sorte, Dîpankara aux dix forces, après avoir 
ainsi prononcé l'éloge du Bodhisattva', jeta sur lui huit poignées de fleurs*, 
fit le pradaxina, et continua son chemin. Les quatre cent mille individus qui 
avaient détruit en eux-mêmes la corruption morale, présentèrent au Bodhi- 
sattva des oflTrandes de parfums et de fleurs, firent le pradaxina et continuèrent 
leur chemin. Les dieux et les hommes firent des oftVandes semblables, 
saluèrent liumblement, puis s'en allèrent. 

Quand ils furent tous partis, le Bodliisattva, se levant du lieu où il était 
couché s'assit, les jambes croisées sur un amas de fleurs, pour méditer sur les 
perfections (Pàramitàs). Quand le Bodhisattva fut installé de la sorte, les 
dieux du Gakravàla des dix mille régions du monde donnèi-ent leur approba- 
tion en œs, termes: c'est bien! Le noble ascète Sumedha, assis les jambes 
croisées à l'instar des Bodhisattvas passés, méditant les perfections dans la 
tenue de ceux d'autrefois, a vu les signes caractérisqucs de la douleur; et alors 
ces signes ont apparu aujourd'hui. Sans aucun doute, tu deviendras Buddha. 

Nous savons ces choses ; celui qui a vu ces signes deviendra certainement 
Buddha; comme tu as saisi l'héroïsme ferme et supérieur qui t'appartient en 
propre, (nous te décernons) l'éloge que nous avons adressé aux Bodhisattvas 
en diverses manières. — C'est pour cela qu'il est dit : 

Après avoir entendu ces paroles, 
le grand ascète incomparable 
a réjoui les dieux et les hommes. 

— C'est une semence de Buddha. 

— Ce cri fut lancé à haute voix 
avec un rire clair et sonore, ' 

avec anjali et salutations respectueuses 
de la part de dix mille dieux. 

S'il n'obtient pas maintenant le fruit dans cet enseignement, 
quand beaucoup de (siècles) à venir auront passé, 
il se retrouvera au premier rang. 

De même que l'on ne peut traverser un cours d'eau, 
si l'on se trouve sur un bord escarpé, 

• C'est le titre que Sumedha devait porter désormais dans toutes ses existences. 

2 Ainsi, tandis que, dans le tibétain, le Bodhisalt va (Megha) offre des fleurs au Buddha, ici c'est le 
Buddha, qui offre des fleurs au Bodhisattva (sumedha). 

3 Avec rire et claquement de doigts| (pâli). 



FRAGMENTS TRADUITS PU KANDJOUR 341 

mais que, en choisissant une place où le bord s'abaisse, 

on traverse un grand cours d'eau ; 

de même si le Jina 

n'est pas à nous de cette l'aeon (que nous espérions), 

dans l'avenir, après bien du temps écoulé, 

nous le reirouverons. 

Dipankara, le savant du monde, 
a déclaré qu'il en serait ainsi. 
J'ai éclairé (ou purifié) les chemins ; 
et, quand ils ont posé le pied droit (près de moi), 
tout ce qu'il y avait de fils du Jina ' 
m'a honoré en faisant le pradaxina. 

Hommes, Nâgas, Gandharvas, 
sont partis après m'avoir salué. 
Le guide du monde avec sa confrérie 
est parti (de même), je l'ai bien vu, 
plein de joie et l'esprit satisfait. 

Je me levais, à ce moment, de la position que j'avais prise ; 
j'étais dans le bien-être, je jouissais du bien-être ; 
j'étais dans la joie, je jouissais de ma joie ; 
je naissais, pour ainsi dire, à la joie. 

En ce temps-là, je m'assis les jambes croisées, 
et dans cette position assise, avec les jambes croisées, 
je me livrai aux réflexions suivantes : 
Je suis arrivé au terme de la science supérieure. 
Dans ce monde à mille divisions, 
il n'y a pas d'ascète comparable à moi, 
m'égalant pour la puissance surnaturelle, 
ayant obtenu un bien-être tel que le mien. 

Pendant que j'étais assis les jambes croisées, 
dans les demeures ultérieures au nombre de dix mille, 
un grand bruit retentit : 
certainement tu deviendras Buddha ! 

Les signes qu'on avait aperçus, 
lorsque les précédents Bodhisattvas 

étaient assis les jambes croisées, . • 

ces mêmes signes ont été vus aujourd'hui : 

• Ou bien : tout ce qu'il y avait de fils du Jina portant le pied à droite. 



342 ANNAI.ES DU MUSÉE GUIMET 

Le froid disparait, 

la chaleur perd son ardeur • 

tels sont les phénomènes qui se manifestent ; 

certainement tu deviendras Buddha. 

Les dix milles régions du monde 
sont absolument sans crainte : 

tels sont les phénomènes qui se manifestent aujourd'hui ; 
certainement tu deviendras Buddha. 

Le grand vent ne se soulève plus ; 
les cours d'eau remontent vers leur source : 
tels sont les phénomènes qui se manifestent aujourd'hui ; 
certainement tu deviendras Buddha. 

Les fleurs terrestres, les fleurs aquatiques, 
ces fleurs naissent par dizaines de millions : 
tels sont les phénomènes qui se manifestent aujourd'hui ; 
certainement tu deviendra Buddha. 

Les plantes rampantes, les arbres annuels 
portent fruit instantanément ; 
puisque tous ont cette fécondité, 
certainement tu deviendras Buddha. 

Dans l'atmosphère, sur le sol de la terre, 
ces joyaux répandent leur éclat ; 
puisqu'ils répandent aujourd'hui leur éclat, 
certainement tu deviendras Buddha. 

Les dieux et les hommes 
font retentir cette musique; 
puisqu'ils font aujourd'hui entendre ces sons, 
certainement tu deviendras Buddha. 

Des bouquets de fleurs de toutes sortes 
tombent soudainement en pluie ; 
puisque (ces fleurs) se répandent en pluie aujourd'hui, 
certainement tu deviendras Buddha. 

L'Océan est remué, 
le monde est ébranlé dans ses dix mille éléments: 
tels sont les phénomènes qui se manifestent aujourd'hui ; 
certainement tu deviendra Buddha. 

Les dix mille enfers 
sont subitement privés de flammes à l'heure qu'il est ; 



FRAGMENTS TRADUITS DU KA.ND.JOUR 3i3 

puisque ces (feux) se calment aujourd'hui, 
certainement tu deviendras Buddlia. 

Le soleil est sans taches', 
les étoiles sont toutes visibles : 
puisque ces phénomènes se manifestent aujourd'hui, 
certainement tu deviendras Buddiia. 

Sans que la pluie tombe, 
la tei-re se couvre d'une riche végétation; 
puisque ces phénomènes se produisent sur la terre, 
certainement tu deviendras Buddha. 

La troupe des Naxatras ^ brille avec éclat; 
dans les régions de l'atmosphère, les Naxatras 
sont comme les compagnons de la lune ; 
certainement, tu deviendras Buddha. 

Les êtres animés qui viventsurterre, dans des trous, dans le creux des 
rochers, 
poussés d'un même esprit, se montrent au dehors ; 
puisqu'ils sont ainsi ragaillardis en ce jour, 
certainement tu deviendras Buddha. 

Les êtres animés ne sont pas privés de joie, 
ils éprouvent une joie soudaine; 
puisque aujourd'hui ils sont dans la joie, 
certainement tu deviendras Buddha. 

En ce moment les maladies s'apaisent, 
les maladies morales (les désirs)^ disparaissent; 
puisque ces phénomènes se produisent aujourd'hui, 
certainement tu deviendra Buddha. 

En ce moment, les convoitises sont réfrénées, 
la haine ', l'égarement d'esprit se calment; 

' Il ne s'agit cei-laiiiemeut pas des lâches qu'on observe aiyoïu-a-luii avec taut de s„in Pf U. M- • . 
connue des savants européens depuis .oins de quatre s.écles ne pou;:;^t r^ ; d r^^^^^^^^^^ 

"ciis:;;:.;:;^^:^ ^'^""" "'"'""'' '-"- "- '-'- '^ -■«" ^-^ - «^orcerr^^:- S 

3 Le pâU dit i la faim. 

•« Le mot tibétain «ftyoM signifie « faute tranqo-,.posi„,, ,, . :| „„, ■ ■ i , , . 

duc.eur tibétain s'est trompé en croyant qu',1 représen.aU .:"','). ' ""■'' ^'"'"^ '' '" '^^^ 



341 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

puisque ces (trois) choses sont évitées, 
certainement tu deviendras Buddha. 

En ce moment, nul n'éprouve de la crainte; 
puisque ces phénomènes se manifestent, 
jugeant d'après ces indices, nous le savons avec certitude, 
certainement tu deviendras Buddha. 

En haut, en bas, la poussière suit une direction contraire à la direction 
habituelle ; 
puisque ces phénomènes se manifestent, 
jugeant d'après ces indices, nous le savons avec certitude, 
certainement tu deviendras Buddha. 

Les mauvaises odeurs s'en vont, 
les bonnes odeurs arrivent; 

puisque ces bonnes odeurs s'élèvent aujourd'hui, 
certainement tu deviendras Buddha. 

Tous les dieux se font voir 
abandonnant l'invisibilité; 
puisqu'il se font voir aujourd'hui, 
certainement, lu deviendras Buddha 

Les enfers, tout autant qu'il on existe, 
se montrent tous en ce moment ; 
puisqu'ils se font voir aujourd'hui; 
certainement, tu deviendras Buddha. 

Les petites portes, les fentes des rochers, les ouvertures 
ne sont plus imperceptibles ; 
elles sont aujourd'hui aussi visibles que le ciel ; 
certainement tu deviendras Buddha. 

Le séjour dans la matrice et la sortie (de la matrice) 
cessent pour un moment d'exister absolument ; 
puisque ces particularités se voient aujourd'hui, 
certainement tu deviendras Buddha. 

Tu as déployé de l'héroïsme avec fermeté ; 
il ne faut pas aller à rencontre d'une telle manifestation. 
Ce sont là des choses que nous connaissons bien ; 
certainement tu deviendras Buddha. 

S. SumccUdi se rcjonit d'ctrc îiii Bodh isatt va 

Lo Bodliisattva, api^ès avoir eiitc-iulu l'oracle do Dîpaiikaraaux dix forces et 
des dieux du Cakravàla des dix luillc (rogious), eu éprouva une graudejoie. 



FRAGMENTS TRAMUITS DU KANDJOUR 345 

Sa personnalité s'élargit et il fit ces réflexions : Les déclarations des Buddhas 
sont vraies et effectives. En vertu de ce principe, il n'arrivera pas autre 
chose que ce que les Buddhas ont déclaré. Do môme qu'une pierre lancée en 
l'air retombe; qu'après être né on meurt; qu'après que l'aube s'est montrée le 
soleil se lève ; que lorsque le lion s'est levé de son gîte, il pousse son rucfisse- 
mcnt, plus si_' met en marche; qu'une femme dont le fruit est mûr ne manque 
pas d'accoucher : ainsi en est -il do la parole d'un Buddha ; elle est certaine et 
infaillible. Certainement, je serai Buddha. — De là vient qu'on dit : 

Après avoir entendu la parole du Buddha 
et aussi celle (des dieux) dts dix mille régions, 
satisfait, content, débordant de joie, 
je me mis alors à rc'fléchir ainsi : 

Les Buddhas n'ont pas une parole double ; 
les Jinas ne font que des déclarations vraies ; 
les Buddhas ne disent pas autre chose que ce qui est ; 
certainement, je deviendrai Buddha. 

De même qu'une pierre lancée en l'air 
retombe à terre infailliblement ; 
ainsi en est-il de la parole des Buddhas; 
elle s'accomplira infailliblement. 

De même que tous les êtres 
doivent inévitablement mourir ; 
ainsi en est-il de la parole des B^iddhas; 
elle s'accomplira infailliblement. 

De même que la nuit étant achevée, 
le soleil ne peut manquer de se lever; 
ainsi en est-il de la parole du Buddha ; 
elle s'accomplira infailliblement. 

De même que, dans le gite du lion, 
(on entend) véritablement la voix du lion ; 
ainsi en est-il de la parole du Buddha ; 
elle s'accomplit infailliblement. 

De même que le fruit étant devenu mûr, 
le fœtus sort de la matrice et la naissance se produit ; 
ainsi la parole du Buddha 
s'accomplira infailliblemeut. 
Ann. g. — B 41 



346 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

9. Sumrdha s'applique aux dix Paramilas. 

« C'est bieu ! » (dit-il), je deviendrai Baddlia. Ce point bien déterminé, 
il se mit à chercher les conditions nécessaires pour devenir Buddha : 
Quelles sont les conditions par lesquelles on devient Buddha? Sont-elles 
élevées, ou basses, ou dans une région moyenne ? Quoi ? 

Première perfccti'in (dâna, don ou sacrifice ) 

En rassemblant les uns après les autres tous les éléments de la loi, il vit 
que la première chose à laquelle les Bodhisattvas antérieurs s'étaient 
attachés, sur laquelle ils s'étaient fortement appuyés, était la perfection du 
DON (ou du sacrifice) * . Il s'adressa donc à lui-même cette exhortation : Savant 
Sumedha, il faut que désormais tu t'appliques soigneusement à la perfection du 
don. De même que, si l'on retourne un vase (plein) d'eau, l'eau ne restera 
pas dans le vase, mais s'écoulera à terre en sorte qu'il n'y en aura plus dans 
le vase; ainsi, sans avoir égard à mes richesses, à ma gloire, à ma femme et 
à mes enfants, je donnerai, sans rien garder pour moi, pour le bien de ceux 
qui se présenteront, tout ce que l'on désirera : par là, je prendrai place au 
pied de l'arbre de la Bodhi, et je deviendrai Buddha. La perfection du don 
est donc la première à laquelle il faut que je sois fermement attaché. De 
là vient qu'on dit : 

Je cherchai de côté et d'autre 
les conditions qui font les Buddhas ; 
en haut, en bas, dans les dix régions, 
dans l'étendue des éléments de la loi. 

Kn ce temps là, en cherchant bien, je vis 
que la première perfection, (celle) du don, 
avait été pour les grands êtres du temps passé, 
le chemin qu'ils suivaient pour atteindre la perfection : 
Entre (donc) à l'instant dans ce chemin 
et restes-y ferme sans l'abandonner ! 

I L'énuméralion des perfections {pâramità) nécessaires à Tacquisilion de la Bodhi, qui commence ici, 
se retrouvera plus loin (dansie Xemavalî-vjàkarana), mais sous une forme un i)eu différente de celle-ci. 
Nous avons ici l'énuméralion des bouddhistes du Sud. 



FRAGMRNTS TRADUITS DU KANDJOUR ' 347 

si tu (k'sires obtenir la Bodlii, 
pratique la perfection du don ! 

De même, que si, un vase étant plein, 
tout plein qu'il est, on le renverse la tête en bas, 
l'eau s'échappe sans qu'il reste rien, 
et il ne s'en trouve plus dans le vase ; 

De même, si l'on voit un mendiant, 
le meilleur, le pire, l'entre-deux, tout ce qu'un a, 
il faut le lui donner sans qu'il reste rien, 
comme dans le cas du vase renversé la tète en bas. 



Deuxième pi-r fection (sila^ moralité) 

Il y a plus, il faut considérer que cette conditiùii pour devenir Buddha 
n'est pas la seule. En poussant plus loin l'examen, il vit que la seconde 
perfection était la moralité, et il fit une réflexion telle que celle-ci : Savant 
ascète Suniedha, il faut désormais que tu accomplisses la pei'fection de la 
moralité. Selon un autre exemple, de même qu'un yak sauvage s'attache, au 
péril de la vie, à protéger la queue dont il est fier, ainsi, toi, désormais au 
péril de ta vie, observe la moralité et alors tu obtiendras la Bodlii. Il faut 
donc rester fermement attaché à la seconde perfection, la moralité. De la 
vient qu'il est dit : 

Cette condition n'est pas la seule, 
la seule condition qui fasse un Buddha ; 
il faut chercher pour en trouver une autre, 
(une autre) condition propre à faire un Buddha. 

En ce temps-là, comme je cherchais, je vis 
que la deuxième perfection, la moralité, 
fut pour les grands hommes du temps pass(', 
ce à quoi ils s'attachèrent, ce sur quoi ils s'appuyèrent. 

Désormais c'est la seconde chose 
qu'il faut saisir avec fermeté : 
si tu désires obtenir la Bodhi, 
pratique la perfection de la moralité. 

Comme un yak sauvage (menacé d'être) sans queue, 
de quelque manière qu'il soit pris, 



348 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

expose sa vie sans y regarder, 

et n'est joyeux, exempt d'angoisse que s'il a sa queue ; 

Ainsi, sur les quatre terres, 
accomplissant parfaitement (les lois de) la moralité, 
je garderai constamment les moralités, 
comme le yak sauvage garde sa queue . 



Troisième perfection [niskrama, sortie) 

Il y a plus: il fout considérer que ce ne sont pas là les seules conditions qui 
font les Buddlias. En poussant plus loin l'examen, il vit une troisième 
perfection, la sortie, et lit une réflexion telle que celle-ci : Savant ascète 
Sumedha, il fout que tu pratiques aussi la perfection de la sortie. Gomme, 
après un long- séjour dans la prison où il est enchaîné, un homme n'a pas le 
désir d'y rester ; bien au contraire, les souffrances morales qu'il endure lui 
ôtentle désir de demeurer dans cette situation: de même aussi, toi, assimilant 
tous les êtres à des prisonniers, poussé par le désir de délivrer tous les êtres 
de leurs souffrances, sors eu te montrant au grand jour. Par cette façon 
d'agir, tu obtiendras de devenir Buddlia. Il faut s'attacher fermement à la 
perfection (appelée) sortie. De là vient qu'il est dit: 

Ces conditions ne sont pas les seules, 
les seules conditions qui font obtenir la Bodhi ; 
il faut en chercher encore d'autres, 
d'autres conditions propres à la faire obtenir. 

En ce temps-là, comme je cherchais, je vis 
qu'une troisième perfection, la sortie, 
avait été, par les grands êtres du temps passé, 
une chose à laquelle ils s'étaient attachés, sur laquelle ils s'étaient reposés. 

Désormais, c'est la troisième chose 
qu'il faut saisir et tenir avec fermeté : 
si tu désires obtenir la Bodhi, 
pratique la perfection de la sortie. 

De même qu'un homme enfermé dans une prison 
souffre du long séjour qu'il y a fait, 
et, ne se réjouissant nullement d'3- rester, 
n'aspire qu'à une prompte délivrance; 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.TOUR 349 

Ainsi toi, considère tous les êtres 
comme autant de prisonniers. 
Dirige tes regards vers la sortie ; 
tu seras délivré de la naissance. 

Quatricme perfection {prajnâ. la connaissance) 

Il y a plus: ces conditions ne sont pas les seules qui fassent les Buddhas. 
En poussant l'examen toujours plus loin, il découvrit la quatrième perfection, 
la CONNAISSANCE et fit une réflexion telle que celle-ci : Savant ascète Sumedha, 
il f-Uit que tu réalises désormais la perfection de la connaissance, et que, pour 
les choses petites, moyennes et grandes, sans t'abstenir de fréquenter ceux 
qui ne sont pas très intelligents, tu ailles trouver ceux qui s'y connaissent 
et questionnes les savants. De même qu'un Bhixu en quête d'aumônes 
s'adressant d'abord à des maisons de petites gens, ne méprise pourtant pas 
les familles de (second) ordre, monte jusqu'aux plus élevées, et, mendiant 
ainsi, arrive prompteraent à obtenir sa suffisance; ainsi, toi, si tu te rends 
auprès de tous les savants pour les questionner, tu obtiendras la Bodhi. Sou- 
viens-toi qu'il te fout t'appuyer, en quatrième lieu, sur la perfection de la 
connaissance. — C'est pour cela qu'il est dit : 

Ce ne sont pas là les seules conditions 
nécessaires pour qu'on devienne Buddha ; 
il faut chercher encore autre chose, 
une condition qui fasse obtenir la Bodhi. 

En ce temps-là, en cherchant bien, je vis 
qu'une quatrième perfection, la connaissance, 
avait été pour les grands êtres d'autrefois, 
une chose à laquelle ils s'étaient attachés, sur laquelle ils s'étaient appuyés. 

Désormais cette quatrième perfection, 
il faut l'embrasser pour la tenir avec fermeté ; 
si tu veux obtenir la Bodhi, 
pratique la perfection de la connaissance. 

De même qu'un Bhixu en quête d'aumônes, 
s'adresse aux petits, aux moyens, aux grands, 
sans négliger aucune famille 
et obtient ainsi sa pitance; 



350 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

toi de même, en tout temps, ne manque jamais 
d'interroger à fond les savants. 
En arrivant à la perfection de la connaissance, 
tu obtiendras la Bodhi. 



C inquiéme per fec iion (viri/a, héroïsme) 

Il va plus : il faut considérer que ces conditions ne sont pas les seules qui 
fassent les Buddhas : en poussant plus loin l'examen, il atteignit une cin- 
quième perfection, celle de I'hicroïsme. Ce qui lui titfaire la réflexion suivante : 
Savant ascète Sumedlia, il te faut saisir la perfection de l'héroïsme et la 
réaliser parfaitement. De même que le roi des animaux sauvages, le lion 
garde en tout temps un héroïsme solide, toi aussi, pendant toutes tes 
naissances, tu dois pratiquer fermement l'héroïsme: en pratiquant l'héroïsme 
sans crainte (ni faiblesse), tu obtiendras de devenir Buddha. Vis donc en 
accomplissant avec fermeté les devoirs de la cinquième perfection, l'héroïsme. 
— C'est pour cela qu'il est dit : 

Ces conditions ne sont pas les seules 
qui fassent arriver à la Bodhi ; 
il faut encore en chercher d'autres, 
d'antres conditions qui fassent atteindre la Bodhi 

En ce temps là, comme je cherchais, j'en vis 
une cinquième, la perfection de l'héroïsme 
que les grands hommes du temps passé 
avaient embrassée, à laquelle ils s'étaient appliqués. 

(Remplis) désormais cette cinquième (condition) 
si tu désires la Bodhi excellente; 
(pratique) la perfection de l'héroïsme, 
pratique-la avec fermeté, en la saisissant bien. 

Gomme le roi des animaux sauvages, 
dans les lieux où il gite, et dans ceux qu'il parcourt, 
affermit constamment son cœur, 
par un héroïsme sans crainte. 

Ainsi toi, dans tous les temps, 
saisis l'héroïsme et le pratique avec fermeté ; 
c'est en devenant la perfection de l'héroïsme (personnifiée) 
que tu obtiendras la Bodhi. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 351 

Sixième perfection (xâitti, patience) 

Il y a plus: il fout considérer qu'il y a d'autres conditions qui font les 
Buddhas. Eu j^oussant plus loin l'examen, il en vit une sixième, la perfection 
de la PATIENCE. Ce qui lui fit faire les rétlexions suivantes : Savant ascète 
Sumedha, il faut que tu embrasses désormais la perfection de la patience pour 
la réaliser aussi. 

De même que la terre, quand on couvre son sol de choses propres et sales 
qn'on y jette, ne fait pas mine de s'en fâcher, prend patience, supporte, 
endure; ainsi toi, dans le malheur comme dans le bonheur, tu dois pratiquer 
la patience avec fermeté ; moyennant quoi, tu obtiendras de devenir Buddha. 
Persiste donc à pratiquer fermement la sixième perfection, la patience. — 
C'est pour cela qu'il est dit : 

Ces conditions ne sont pas les seules 
qui fassent arriver à la Bodhi désirée ; 
il faut cherclier encore autre chose, 
une condition propre à la faire obtenir. 

Dans ce temps-là, en cherchant bien, j'en vis 
une sixième, la perfection de la patience 
que les grands hommes du temps passé 
avaient embrassée, sur laquelle ils s'étaient appuyés. 

Désormais, cette sixième (perfection), 
il faut la saisir et la pratiquer fermement. 
En ne te laissant pas aller à la haine ', 
tu obtiendras la Bodhi parfaite. 

Gomme la terre, dont le sol 
se couvre de liquides purs et impurs, 
laisse patiemment s'écouler le tout 
sans manifester aucun dégoût; 

Semblablement (en toutes circonstances), 
que tu éprouves des avantages ou du dommage, 
si tu deviens la perfection de la patience (incarnée), 
tu obtiendras la Bohdi parfaite. 

* Le pâli (édit. FausboU) porte : advejjhamdnaso, « en le gardant de la duplicité. » La traduction 
tibétaine parait préférable : le mot qu'elle emp\oie je-sdamj traduit souvent le sanskrit dvesa, « haine ; » 
il est probable que Us rédacteurs ou les coyistts du teste pâli aurunt l'ait une confusion entre dvcsa, 
« haine » (dosa en pâli), el dcedhya {pà\i dvejjha), « duplicité, » 



352 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

Se ptiémc per fcctioii (sali/ a m, vcriti') 

11 y a plus : il faut cuusidérer qu'il y a trauti'os conditions qui tout les 
Buddhas : En poussant plus loin l'examen, il en vit une septième, la perfec- 
tion de la VÉRITÉ. Ce qui lui fit faire la réflexion suivante : Savant ascète 
Sumedlia, réalise aussi désormais la perfection de la vérité. Quand bien 
même la foudre devrait tomber sur ta tète, qui? jamais le désir d'obtenir 
des richesses ou tout autre n'ait le pouvoir de te faire dire sciemment un 
mensonge ! De même que l'astre Vénus \ en tout temps, abandonnant le 
chemin qui lui est propre, ne va pas jusqu'à prendre le chemin d'un antre 
et suit on somme son propre chemin ; de môme aussi, toi, attache-toi à la 
vérité et ne dis jamais un mensonge; tu obtiendras ainsi de devenir Buddha. 
Persévère donc dans le ferme accomplissement de la septième perfection, la 
vérité. — C'est pour cela qu'il est dit : 

Ces (nonditions) ne sont pas les seules conditions 
à remplir pour qui désire obtenir laBodhi. 
11 faut en chercher encore d'autres, 
des conditions qui la fassent obtenir. 

En ce temps-là, en cherchant bien, j'en vis 
une septième, la perfection de la vérité 
que les grands hommes d'autrefois 
avaient adoptée, sur laquelle ils s'étaient appuyés. 

Désormais il faut remplir cette septième condition, 
la remplir avec fermeté, avec persévérance. 
En ne disant par elle aucune parole de mensonge, 
prépare-toi ainsi à obtenir la Bodhi parfaite. 

Gomme l'astre appelé Vénus 
se partageant entre les dieux et les hommes*, 
dans le temps d'une année de temps, 
ne suit pas un autre chemin (que le vrai); 

toi de même, si tu embrasses la vérité, 
si tu no te détournes pas de la vérité, 
si tu deviens la perfection de la vérité (incarnée), 
tu obtiendras la Bodhi parfaite. 

f Jih tha-skar ; (làli: osadlii. D'après Childei-sCDict. iiâli), osadhi désiguerait réloile du malin, Vénus. 
Ce que ron eu dil ici semble, en effet, mieux s'appliquer à cet asire qu'à tout autre. 

2 Passage obscui- : le pâli dit î se comporlaut comme une balance ; — il ne parle pas des hommes. 



FRAGMENTS TRADUITS DD KANDJODR 353 



Huitième perfecii on (adhisthàna, largeur de base. Solidité) 

Il j a plus : il faut considérer que ces conditions qui font les Buddhas ne 
sont pas les seules. En poussant plus loin l'examen, il en vit une huitième, la 
perfection de la largeur ue base. Ce qui lui tit faire la réflexion suivante : 
Savant ascète Suniedha, à partir d'aujourd'hui, il te faut réahser la perfection 
de la lari^'eur de base. Quiconque se fait une base plus large, grâce à cette 
résidence plus large, sera inébranlable. De même qu'une montagne sur 
laquelle les vents soufflent de toutes les directions pour l'ébranler n'est pas 
ébranlée, n'est pas secouée et demeure fixe sur sa base ; ainsi, toi, de la même 
façon, eu demeurant inébranlable sur la base plus large que tu te seras faite 
toi-même, tu obtiendi'as de devenir Buddha. Persévère donc avec fermeté 
dans la huitième perfection, celle d'une plus large base. — C'est pour cela 
qu'il est dit : 

Ces (conditions) ne sont pas les seules (conditions) 
qui font arriver à la Bôdhi celui qui la désire ; 
il faut en cliercher encore d'autres, 
des conditions qui fassent arriver à la Bùdlii. 

En ce teiups-là, comme je cherchais, j'en vis 
une huitième, la perfection de la hase plus largo 
que les grands hommes d'autrefois 
avaient embrassée, sur laquelle ils s'appuyaient. 

Cette condition, il faut dès à présent (la réaliser), 
en s'appuyant sur cette perfection et y persévérant. 
Si tu y demeures sans être ébranlé, 
tu obtiendras la Bôdlii parfaite. 

Comme le grand roc d'une montagne 
inébranlable et bien assise 
a beau être battu par un grand vent, 
il reste toujours sur sa base ; 

toi de même si, par une base plus largo, 
demeurant inébranlable en toutes circonstances, 
tu pratiques la perfection d'une base plus étendue, 
tu obtiendras la Bôdhi parfaite. 
A.NN. G. - B , •«ô 



354 ANNALES UU MUSEE GUIMET 



y cuvième perfection (metta, l'amunr desrtre^) 

Il y a plus : il faut considérer que c ^s conditions ne sont pas les seules qui 
font obtenir la Bodhi. En poussant l'examen plus loin, il en vit une neuvième, 
la perfection de I'amour. Ce qui lui fit faire les réflexions suivantes : Savant 
ascète Suniedha, à partir d'aujourd'hui, il faut que tu accomplisses la 
perfection de l'auiour ; qu'il y ait à cela avantage ou désavantage, tu dois 
toujours éprouver un même sentiment. De même que l'eau touchée par des 
hommes vicieux ou des hommes vertueux est toujours fraîche et semblable 
à elle-même; ainsi n'ayant pour tous les êtres qu'un même sentiment 
d'amour, tu obtiendras de devenir Buddha. Persévère donc dans le ferme 
accomplissement de la neuvième perfection, l'amour. C'est pour cela qu'il est 
dit: 

Ces conditions ne sont pas les seules 
qui font obtenir la Bodhi désirée ; 
il faut en chercher encore d'autres, 
des conditions qui la fassent obtenir. 

En ce temps là, en cherchant bien, j'en vis 
une neuvième, la perfection de Y amour 
que les grands liomnies d'autrefois 
avaient embrassée, sur laquelle ils s'étaient appuyés. 

Il faut désormais réaliser cette neuvième condition 
en pratiquant l'amour avec fermeté. 
Si tu désires obtenir la Bôdhi, 
sois toujours sans pareil pour l'amour '. 

De même que l'eau, ce qu'on appelle (l'eau), 
mise en contact avec les bons et les méchants, 
est également fraîche pour les uns et les autres 
et enlève leur crasse sans distinguer entre eux ; 

toi de même, dans le mallieur cuinnie dans le bonheur, 
pratique l'amour d'une manière égale ; 
situ deviens la perfection de l'amour (personnifiée), 
tu obtiendras la Bùdhi parfaite. 

' J aurais souhaité pouvoir li-ailuire: sois toujours le même (égal à loi-méme) par l'amour; — oe qui 
me parait plus conforme à la pensée générale de ce morcaau; mais le texte s'y oppose. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 355 



Dixième perfection (Upi'xa, i ndi fj'creiice) 

Il y a i)Ius : il faut coiisidéfer que ce ne sont pas là les seules conditions 
pour arriver à la Bodlii. En poussant }>lus loin l'examen, il en vit \\\\e 
dixième, la perfection de l'indifférence. Ce qui lui fit faire les réflexions 
suivantes : Savant ascète Suinedha, il faut que tu t'attaches fortement à la 
perfection de I'indifférence pour la réaliser. Il faut que, dans le bien-être 
comme dans la douleur, tu gardes un milieu. De même que la surface de la 
terre, quand on y jette des choses propres ou des ordures, reste neutre;* 
de même toi, dans le bien-être ou dans la douleur, reste neutre ; et tu obtien- 
dras de devenir Buddha ^. Persévère dans le ferme accomplissement de la 
perfection qui est rindifFérence! C'est pour cela qu'il est dit: 

Ces condilions ne sont pas les seules 
qui font atteindre la Bôdhi désirée; 
il faut en chercher encore d'autres 
qui soient propres à la faire obtenir. 

En ce temps-là, en cherchant, j'en vis 
une dixième, la perfection de l'indifférence, 
que les grands êtres d'autrefois 
avaient embrassée, sur lesquelles ils s'étaient appuyés. 

Remplis désormais cette condition 
en accomplissant cette perfection avec fermeté ; 
sois comme une balance (en équilibre), sois ferme, 
et tu obtiendras la Bôdhi. 

De même que ce qu'on appelle la terre, 
si l'on jette à sa surface des choses propres et des ordures, 
n'y fait pas attention et demeure indiflërente. 
n'éprouvant ni colère ni préférence; 

ainsi toi, dans le bien-être comme dans la douleur, 
sois en tout temps tel qu'une balance (en équilibre). 
Si tu deviens la perfection de l'indifférence (en personne), 
tu obtiendras la Bôdhi parfaite. 



* Littéralement : entre deux, 

- D'après l'exemple, il n'y a pas de différence enire la patience (6" perfection) et l'indifférence (lû'pei- 
feclion); les vers qui suivent appuient sur cette identificalion. Il n'y a, en effet, ici qu'une nuance. 



356 ANNALES PD MUSEE GDIMET 

iO. Di'couverte du siri/e des dij- per fcction s. Prodiges 

Ensuite il fit cette réflexion : Ce sont là les conditions qui, dans li- monde, 
font devenir Buddha, qui font réaliser, par un Bodhisattva.la Bodlii parfaite. 
Ces dix perfections ne sont pas en liant dans l'atmosphère, elles ne sont pas 
en bas à la surface de la terre; elles ne sont jias à l'Orient ni à aucun des 
autres points cardinaux; elles sont en moi, dans la chair de mon cœur. 
Voyant qu'elles séjournent ainsi respectivement dans le cœur, il faut 
persévérer dans le ferme accomplissement de chacune d'elles; il faut rappeler 
tous ses souvenirs l'un après l'autre et accomplir avec fermeté les perfections 
tant en remontant qu'en descendant. Il faut, en prenant parla fin, aller par la 
méditation jusqu'au commencement; en prenant par le commencement aller 
jusqu'à la fin, en prenant par le commencement et la fin voir l'intervalle 
jusqu'au milieu. L'abandon complet du corps' est appelé perfection (simple, 
l^âramî), l'abandon complet des richesses extérieures est appelé sous-per- 
fection (ou perfection du second à(^gVQ : upa-pârarin); l'abandon complet 
de la vie est appelé perfection du bon but (ou du but ç-s.ce\\e\\i,param('u-tlia- 
pârami). Il y a ainsi dix perfections (simples), dix sous-perfections, dix 
perfections du but excellent. — Et, ce disant, sa mémoire était agitée comme 
l'huile qu'on fait bouillir sur le feu, comme l'océan remué par le Mèru dans 
l'enceinte du Galiravâla. 

Quand il se fut remémoré les dix perfections, cette grande terre, avec ses 
deu;^ cent quarante mille éléments, fut, par la splendeur de la loi, comme le 
roseau brisé, foulé aux pieds par l'éléphant marchant dans les broussailles. 
Pressée comme par la machine à presser la canne à sucre, elle fit entendre 
un bruit retentissant, et trembla, trembla fortement; elle fut tout ébranlée 
comme la roue d'un potier; elle fut animée d'un mouvement giratoire comme 
la roue du pressoir pour foire l'huile. C'est pour cela qu'il est dit : 

Les lois qui, clans ces mondes-ci, 

président à l'acquisition de la Bôdhi, 

ces lois ne sont ni en haut ni ailleurs. 

Il faut les pratiquer avec fermeté ; elles sont dans l'esprit. 

' LepAli (lit : d'iin membre mi îles membres ; ce qui semble préférable. 



FRAGMENTS TRADUrTS DU KANDJOUR 357 

Il faut, par sa propre nature, sans se laisser ébranler, 
se rappeler ces lois à l'aide de la mémoire. 
Par la base de la loi, la base de la terre, 
les mille éléments du monde ont été parfaitement ébranlés. 

La base de la terre dépourvue d'intelligence ' 
a été comprimée comme la roue delà machine à presser la canne à sucre ■ 
comme tourne la roue de la machine à faire l'huile, ' 

ainsi la terre en a été ébranlée. 

a ■ Dipankara c.vplhjuc le- prodifics 

Quand cette grande terre trembla, les Iiabitanfs de la ville de Ramyaka „e 
pouvant se lever, tombèret.t sans force et sans énergie comme un 4^nA 
arbre delà terre seconé par le vent de la fin du Kalpa. Les Hacons, les v.ses 
les meubles s'entrechoquèrent avec bruit, furent mis en pièces, réduits en 
poussière. Le peuple épouvanté se rendit auprès du maître: Bha^avat qu'y 
a-t-d? Est-ce un combat de Nâgas ? Ou sont-ce les Bhûtas, lesVaxaVles 
Devas, ou d'autres qui se battent? Nous ne pouvons le démêler II y a pius • 
tous les personnages importants que voici ont subi des dommages Quelle 
en est la cause ? Vient-elle du péché du monde ? ou, au contraire, de I 
vertu ? Nous te pnons de nous faire connaître les choses dont ces phénomènes 
sont les signes. Telle fut leur demande. 

Le maître, avant entendu leurs discours, répondit: Ne craignez rien- 
^ ayez pas la plus petite préoccupation! Ces signes ne doivent être pour vous 
aucun sujet de crainte. Au moment où j'ai fait aujourd'hui cette prédiction 
Le savant ascète Sumedha sera dans l'avenir le Baddha Gautama - il s'eli 
mis à l'instant même à se remémorer et à analyser les perfections' /. 
splendeur de cette loi esttelle que tous les éléments du monla^: .in 

Sr "^cï"'^ ^" T "n '^' ''-' '--' '-'■ '^^'^' ^- - 

explication. — G est pour cela qu'il est dit : 

Tous les groupes d'hommes, autant qu'il y en a, 
qui étaient à proximité du Buddha, 

' Je ne vois pas le moyen de Iraduire autrement sems m.^ f ■., • 
a>a,u elé présentée tout à l'heure oo.nme un mode eTpaSe eî'd '<r"' ""'' """™''"^' '^ '-- 
.1 aon„e au mot terre les épiihéles de ., ébranlée, retentissante ,. ^ ""^"^^'">'='^- ^e pâli ici diffère : 



358 ANNALES DU MUSEE GUIMEÏ 

souffrant à ce moment dans leurs esprits, 

perdirent connaissance et restèrent étendus sur le sol. 

Plusieurs milliers de flacons, 
beaucoup de centaines de vases, 
y furent réduits en poudre fine; 
ils s'étaient brisés en s'entrechoquant. 

Eperdus, effrayés, tremblants, 
se tenant à peine, tant leurs esprits étaient troublés et affectés ! 
tous les gens du pays se rassemblèrent 
et se rendirent auprès de Dipankara : 

Pourquoi les habitants du monde sont-ils dans cet état? 
Est-ce à cause de la vertu ou à cause du vice ? 
Le monde entier est dans la détresse ; 
toi qui as l'œil (pour voir ces choses), nous te prions de nous l'expliquer. 

Leur enseignant la loi à tous, 
le grand ascète Dipankaia (de leur dire :) 
Ne craignez rien ; respirez librement ! 
Si cette terre a tremblé sur sa base, 
c'est que celui à qui j'ai prédit aujourd'hui même 
qu'il deviendrait le Buddha des mondes, 
celui-là s'est remémoré la loi 
et s'est rapproché ainsi dos Jinas du temps passé ' ! 

En se remémorant ces lois, 
il n'a omis aucune teri"e du Buddha. 
C'est à cause de cela qu'il a ébranlé la terre, 
les dix mille régions de la terre avec les dieux. 



l'3. Vernicrt's félicitations adressées à Sumedh n Son départ 

Les grands personnages, après avoir entendu la déclaration du Tathâgata, 
furent joj'cux et satisfaits. Ils prirent des tieursj dos parfums, des onguents 
et, sortant de la ville de Ramyaka, se rendirent auprès du Bodhisattva, lui 
offrirent des fleurs, etc., s'inclinèrent devant lui, célébrèrent ses louanges, 
puis entrèrent dans la ville de Ramyaka pour y résider. Quant au Bodhisattva, 
après s'être remémoré les di.^ perfections, avoir pratiqué l'héroïsme avec 

' D'après 11' pâli, la loi ancienne respectée par les Jinas. Le tibétain se prêterait à celte traduction. 



FnAGJlENTS TRADUITS DU KAMt.lOUR 359 

fermeté et s'être fait une base plus lar^;e. il se leva do dessus sou tapis. — 
C'est pour cela qu'il est dit: 

Après avoir entendu la déclaration du Buddha, 
ils furent immédiatement sans crainte. 
Tous se rendirent auprès de moi, 
et recommencèrent à faire des salutations. 

Après avoir bien considéré les qualités d'un Buddha, 
et bien affermi mon esprit, 
je me levai de mon tapis en ce temps-là, 
et je fis mes salutations à Dipaiikara. 

Ensuite quand le Bodliisattva se fut levé de dessus son tapis, les dieux des 
dix mille (régions) se rassemblèrent et lui firent des offrandes de fleurs 
divines et de parfums : Noble ascète Suniedha, en venant aujourd'hui aux 
pieds de Dîpankara aux dix forces, pour t'approcher du grand but, tu 
t'es approché de ce but ; tu l'atteindras sans obstacle d'aucun genre. N'aie 
point de crainte, ne faiblis pas! qu'aucune maladie n'atteigne ton corps! 
Après avoir accompli promptement les perfections, réalise l'acquisition de la 
Bodhi ! De même que sur un arbre à fleurs, un arbre à fruits, les fleurs se 
développent, les fi'uits mûrissent en leur temps; de même aussi toi, en ce 
temps -là, te fliisant une base plus large, réalise promptement la supé- 
riorité excellente, etc. Tels furent les éloges et les bénédictions qu'ils 
lui adressèrent. Après l'avoir loué de cette façon, les dieux retournèrent 
chez eux. 

Après avoir entendu les éloges des dieux et des autres (visiteurs), le 
Bodhisattva dit : Après avoir accompli les perfections dans leur entier, au bout 
de quatre Asankhyeya-kalpas et de cent mille Kalpas en plus, j'obtiendrai 
de devenir Buddha. Développant donc sa fermeté dans l'héroïsme et s'élevant 
dans l'atmosphère, il retourna dans sa demeure de l'Himavat. C'est pour cela 
qu'il est dit : 



Les fleurs divines et humaines 
apportées simultanément par les dieux et les hommes 
me furent offertes en masse 
quand je me fus levé de dessus mon tapis. 



360 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

Les dieux et les hommes conjointement 
me louèrent tous en me souhaitant le calme : 
tu t'es approché du grand but ; 
atteins-le selon que tu le désires ! 
ne sois pas frappé de mort prématurée ! 
sois à l'abri de toutes les maladies ! 
que nul obstacle ne vienne à rencontre ! 
obtiens piomptemcnt la Bodhi excellente ! 

De même que, le temps étant venu, 
les arbres à fleurs fleurissent ; 
ainsi toi, grand héros, 
fleuris par la science d'un Buddha ! 

De même que tout Biukllia parfait 
accomplit intérieurement les dix perfections ; 
ainsi toi, grand héros, 
accomplis entièrement les dis perfections. 

De même que tout Buddha parfait 
atteint son achèvement à Bodhimanda, 
ainsi, toi, grand héros, 
obtiens (de la même manière) la Bodlii des Jinas ! 

De même que tout Buddha paifait. 
fait tourner la loue de la loi, 
ainsi toi, grand héros, 
fais tourner la roue de la loi 1 

De même que la lune, quand elle est pleine, 
répand un éclat parfaitement pur, 
ainsi toi, perfectionnant ta pensée, 
produis ta lumière pour les dix mille régions ! 

Le soleil délivré des étreintes de R;din 
répand abondamment sa chaleur et sa lumière ; 
ainsi toi, délivrant le monde, 
répands- V ta clarté propice ! 

De même que tout lleuvc ? uit la ponte 
qui le conduit à l'Océan ; 

qu'ainsi les dieux et les hommes rassemblés du monde entier 
afffuent en foule auprès de toi ! 
qu'ils t'oll'rent leurs louanges et leurs hymnes. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUU 3(J [ 

Après m'étre ainsi établi dans les dix lois, 
accomplissant soigneusement ces lois, 
je me rendis, on ce temps-là. dans la grande furél'. 

;iv flaiiCf doil, u'.ijji-es K- |,ali, ^o Iraduin- ;.iusi ; 

Cliai-gé d'éloges jiai- eux. 

ayant adopté les dix lois, 

et accomplissant jiarlaitement ces lois. 

j'en'rai (alors) dans la pureté. 



A},.>. G.'— Ij 



III 



MAHALLIKA PARIPRCCHA 



Le Mahallika 'pariprccha est un véritable Vjâkarana, quoique ce titre 
ne le fasse pas prévoir ; il renferme une prédiction actuelle. Mais, en 
même temps, le passé de la personne qui fait l'objet de cette prédiction y 
est rappelé ; de sorte que, par cette partie, le Mahallika-pariprccha est 
un véritable Avadâua. Avadâna et Vvàkarana tout à la fois, c'est un de ces 
textes qu'on peut apjieler non pas rares, ruais peu nombreux, où l'annonce 
de ce qui sera s'ajoute à l'explication de ce qui a été. 

Néanmoins, les deux éléments importants que nous venons de signaler 
comme caractérisant notre texte ne le constituent pas à eux seuls ; il en existe 
un troisièuie, nu développement métapbysique sur les questions les plus 
abstraites du bouddhisme, et c'o^sf précisément à cette portion que le titre 
donné à ce sùtra : « Questions di' la vieille, » l'ait allusion. Le développement 
métaphysique dont nuus parlons n'est que la réponse aux demandes de 
h vieille. 

Gela nous montre que ce dév(d()i)[)ement métaphysique est considéré par 
les compilateurs indigènes comme la partie importante de notre texte ; ce 
qui n'est pas étonnant. Mais nous, nous en avions jugé autrement, parce 
que ce dijvcdoppement n'est pas spécial à c.3 texte, qu'il pourrait se trouver 
aussi bien dans tout autre ; et il est fort possible qu'on le retrouve mot pour 
mot dans un sûda m'i ne figurera aucune vi'ille femme et uù il ne sera fait 
auciuii' |ircilicli(.ii. Aussi avions-nous eu d'almid hi [)(Mis?e de le retrancher 



FRAGMENTS TRAOUITS DU KANDJOUR 363 

comme n'étant pas essentiel au sujet, mi peu aussi, il Ihuf bien le dire, parce 
qu'il est d'une interprétation difficile; mais nous nous sommes ravisé et nous 
avons cru que nous devions donner le texte dans son entier. Pour rendre les 
choses plus claires, nous découpons, suivant notre usa.ue, lo texte en para- 
graphes. 

Voici notre traduction : 



QUESTIONS DE LA YIKILLE 
- M.lu Xîn 11-, fulios r.il3.51l - 



En langue de l'Inde : Arya-Maludlikd pariprccha nàma Mahà-yàna- 
Sûtra. — En langue do Bod : UpJiags-pa hgres mos 'jiis~pa'jes-h)ja-va 
iheg pa clien-poi-indo. — (En français) : Sublime Sûtra du Grand Véhicule 
intitulé : « Questions de la vieille. » 

Voici ce que j'ai entendu une fois : 

Bhagavat, allant de lieu en lieu dans le pays de Vrji, avec une grande 
assemblée de Bhixus, composée de mille deux cent cinquante Bhixus, et 
beaucoup de Bôdhisattvas Mahàsattvas, arriva au lieu où est la grande ville 
de Vaiçâli. 

Rencontre 

En ce temps-là, il rencontra une vieille femme, décrépite, hors d'âge, 
qui avait dépassé cent vingt ans ; elle recueillait des racines dans les endroits 
retirés. Cette femme aperçut de loin Bhagavat beau, etc.. A sa vue, son 
esprit se purifia, et, poussée par un esprit de foi, elle se rendit au lieu où était 
Bhagavat, et adora avec la tête les pieds de Bhagavat. Après avoir tourné 
trois fois autour de Bhagavat, elle s'assit à une petite distance. — Puis cette 
femme, faisant l'anjali du côUi où était Bhagavat, adressa ces paroles à 
Bhagavat : 

Questions 

Bhagavat, d'où vient la naissance? D'où vient la vieillesse? Où vont- 
elles? Bhagavat, d'où vient la maladie? D'où vient la mort? Où vont-elles? 
Bhagavat, d'où (vient) la forme, la sensation, la conscience, les Sanskàra?, 
la discrimination ? (D'où) viennent-ils ? Où vont-ils? 



364 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

Bhagavat, (d'où vient) l'élément de la terre, l'élément de l'eau, l'élé- 
meuf du feu, l'élément du vent, l'élément de l'atmosphère, l'élément de la 
discrimination? D'où viennent-ils ? Où vont-ils? 

Bhagavat, (d'où vient) l'œil, l'oreille, le nez, la langue, le corps, le cœur? 
D'où viennent-ils? Où vont -ils? 

Réponse du Buddha 
I 

Bhagavat répondit : Ma sœur, d'où la naissance ne vient-elle pas ? D'où 
la vieillesse ne vient-elle pas ? Où ne vont-elles pas ? 

Ma sœur, d'où la maladie ne vient-elle pas ? D'où la mort ne vient-elle pas ? 
Où no vont-elles pas ? 

Ma sœur, d'où la forme ne vient-elle pas? La sensation, la conscience, les 
Sanskâras, la discrimination, d'où ne viennent ils pas ? Où ne vont -ils pas? 

Ma sœur, (d'où ne vient pas) l'élément de la terre, l'élément do l'eau, 
l'élément du feu, l'élément du vent, l'élément do l'atmosphère, l'élément de 
la discrimination? D'où ne viennent-ils joas? Où no vont-ils pas? 

Ma sœur, (d'où ne vient pas) l'œil, l'oreille, le nez, la langue, le corps, 
le cœur? — D'où ne viennent-ils pas? Où ne vont-ils pas .' ? 

II 

Ma sœur, voici ce qui en est : par exemple, on frotte du bois, on (le) frotte 
(contre une autre) matière; des efforts de l'homme qui se livre à cette action, 
il nait du feu; mais ce feu, quand il a consume des racines et du bois, il n'a 
plus de cause, il meurt. Ma sœur, comment entends- tu cela? Ce feu, d'où 
est-il venu ? Où est-il allé ? 

Elle répondit : Bhagavat, ce fou a été produit par l'assemblage. Quand 
l'assemblage n'existe plus, il y a arrêt; il meurt. 

Bhagavat reprit : Ma sœur, il en est do même de toutes les lois; elles 
naissent par la jniissance de l'assemblage, et, si l'assemblage prend fin, elles 
cessent; on ne peut pas iliro d'où vient telle ou toile loi ni où elle va. 

' Jusqu'ici le Buddlia n'a fait que répéter les questions qui lui ont élé adressées, en leur donnant une 
forme négative : ce qui est une espèce de lin de non-recevoir. Il va faire maintenant une réponse 
détaillée qui aboutira au même résultat, c'esl-à dire qui sera négative par l'affirmatioii i!u vide. 



FRAGMKNTS TRADUITS 01' KANDJOl'R 365 

III 

Ma sœur, voici co qui en est : Eu ce qui touche l'œil et la forme, la 
connaissance distincte de l'œil a beau se produire, il n'y a ni celui qui la 
produit, ni celui ([ui y met arrêt. Où est celui qui a fait l'assemblage ? Nulle 
part. D'où vient l'agrégat? Où va-t-il? On ne saurait le dire; quand par 
suite de la cause (seconde) de la connaissance distincte [de l'œil], les actes 
ont été accumulés de manière à produire trois espèces de fruit dans les trois 
régions, ce fruit (lui-même) n'est que le vide. 11 n"a ni point de départ, ni 
point d'arrivée ; nul ne l'a fait naître, nul ne l'a arrêté. (C'est que), ma sœur, 
toutes les lois ont leur arrêt (en elles-mêmes) par leur propre nature. 

Il en est de même en ce qui touche l'oreille (et) la voix, le nez (et) l'odeur, 
la langue (et) le goût, le corps (et) le contact, le cœur et les lois^ La 
connaissance distincte du cœur a beau se produire, il n'y a, pour cette 
connaissance distincte du cœur, ni celui qui la lait naitre, ni celui qui y met 
arrêt, ni celui qui a fait l'assemblage, ni agrégat d'où elle proviendrait et où 
elle irait s'absorber ; mais les actes qui se sont accumulés par suite de la 
cause (seconde) de la connaissance distincte du cœur ayant produit un fruit 
qui se manifeste par trois espèces di^ fruit dans les trois régions, ce fruit 
lui-même n'est que le vide; il n'a ni point de départ, ni point d'arrivée; nul 
ne l'a fait naitre, nul ne l'a arrêté. (C'est que), ma sœur, toutes les lois ont, 
par leur propre nature, leur arrêt (en elles-mêmes). 

IV 

Ma sœur, voici ce qui en est ; par exemple : avec du bois, une peau, dos 
baguettes, grâce aux efforts d'un honnne qui sache les mettre en action, il 
nait un son de tambour. Ce sou do tambour ne montre pas le passé, il ne 
montre pas l'avenir, il ne montre que le présent, l'actuel. Or, ce son ne 
réside pas dans le bois, il ne réside pas dans la peau, il ne réside pas dans 



' L; développement qui pré.'ède devrait être répété pour l'oreille, le nez, la langue, le corps ; on le 
répét3 seulement pour le dernier terme, le cœur. On a déjà vu lapplication de ce système qui consiste à 
donner ui\ développement pour le premier et dernier terme d'une énumération, en cilant seulement les 
terni-'s intermédiaires. Il est constamment en usage dans les textes palis. 



3(56 ANNALES DU MtSÉK GUIMET 

les baguettes, il no réside pas dans la main derhoiume. Néaniaoius, tout cela 
étant donné, il existe un son; eh bien, le suu ainsi produit est vide; il n'a 
pas de point de départ, ni de point d'arrivée; nul ne l'a fait naître, nul n'y a 
mis arrêt. (C'est) que, ma sœur, toutes les lois ont leur arrêt eu elles-raênies 
par leur propre nature. 

Ma sœur, c'est ainsi que toutes les lois venant à se formuler, telles que 
sont l'ignorance, le désir, l'acte, la connaissance distincte, quand ces lois 
existent, la transmigration et la naissance s'y attachent ; mais la trans- 
migration, aussi bien que la naissance, n'est que le vide; elles n'ont ni point 
de départ, ni point d'arrivée : nul ne les a fait naitre, nul n'y a mis arrêt. 
(C'est que), ma sœur, toutes les lois ont (en elles-mêmes) leur arrêt par leur 
propre nature. 

Ainsi, ma sœur, celui qui connaît bien la doctrine du son du tambour, 
celui-là connaît bien la vacuité; celui qui connaît bien la vacuité connaît bien 
le Nirvana. Celui qui connaît bien lo Nirvana, celui-là a beau employer toutes 
sortes d'appellations pour donner des noms (aux choses), ces noms ne 
s'appliquent à aucune réalité. Toutes ces expressions : Mien, moi, être animé, 
vie, nouri iturc, homme ' , individu ^, produit de la force, fils de la force, 
activité, initiative, passivité, renoncement; tous ces termes sont sans 
application; telle est la loi à enseigner. Si l'on enseigne bien cette loi, on 
l'usoigne la fin parfaile, un enseigne bien la fin parfaite. 



Ma sœur, voici ce qui en est : par exemple, nu peintre promène son i)inceau 
sur une toile, ou sur une planche, ou sur le mur d'un édifice; il a distribué 
ses diverses couleurs de manière à obtenir la forme de tel ou tel objet 
qu'il désirait (représenter): C'est ou la figure d'un homme, ou celle d'une 
femme, ou celle d'un éléphant, ou celle d'un cheval, ou celle d'une abeille. 
Membres principaux, membres secondaires, sens, rien n'y est au complet ; 
ce n'est que par petites portions que (cette figure) est au comph't, en 
apparence (?) ; (eu réalité; elle) n'est pas au complet. ()r. ipicUe est la loi 

' Purusa. 
2 Pudgalu. 



I 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDIOUR 367 

de SOU (existence)? Est-ce de la main ou de la pensée du peintre que 
(l'existence) a passé dans la figure? Non, certes; et cependant c'est lui qui a 
été la cause (occasionnelle) de l'adaptation de la forme. Mais cette forme qui 
a été ainsi appliquée n'est que le vide; elle n'a ni point de départ ni point 
d'arrivée; nulle ne l'a produite, nul n'y a mis arrêt. (G'est que), ma sœur, 
toutes les lois ont en elles -mêmes leur arrêt par leur propre nature. 

De même, ma sœur, s'il y a des accumulations d'actes tendant aux mérites 
religieux, c'est parmi les dieux et les hommes que le corps tendant aux 
mérites religieux se réalise * ; le passage de ce monde dans l'autre ne vaut 
pas un atome ; néanmoins l'accumulation (des actes) étant une cause (seconde) 
qui produit plusieurs sortes de naissances, c'est dans le corps pourvu des six 
Ayatanas que les idées se forment. 

Semblablemeut, s'il y a des accumulations (d'actes) qui tendent à l'absence 
de mérites religieux, c'est dans les Narakas, dans le lieu de naissance des 
animaux, dans le monde du seigneur des morts (Yama), parmi les Asuras 
que se réalise le corps tendant à l'absence de mérites religieux-; le passage 
de ce monde dans l'autre ne vaut pas un atome; néanmoins l'accumulation 
des actes produisant diverses naissances, c'est dans le corps pourvu des 
Ayatanas que les idées se forment. ^ 

Ma sœur, il en est de même que lorsque, par leur puissance de Nâga, des 
Nâgas forment un grand amas de nuages, qu'un réseau de nuages couvre la 
terre, qu'une pluie abondante tombe sur une vaste étendue ; et que, par cette 
chute de pluie, il se forme dans le sol des bas-fonds et des élévations en 
abondance. Ces inégalités de haut et de bas s'étant produites peuvent revenir 
(à l'état primitif, c'est-à-dire se niveler ?) : ce n'est pas certainement 
ni par le corps, ni par l'esprit du Nàga qu'elles ont été produites; seulement 
les Nâgas, par leur puissance de Nàga, ont produit sur une vaste étendue 
cet amas de nuages. 

De la même manière, ma sœur, quanil il y a des accumulations (d'actes) 
tendant aux mérites religieux, c'est parmi les dieux et les hommes que se 
réalisent les corps (de ceux) qui tendent aux mérites religieux; de même s'il 

' Ou bien : cjue se consomme ce qu'il reste de mérites religieux (.à uccomplir). 

• Ou, cimme ci-dessus : que se consomme le reste des effets de l'absence de mérites religieux. 

■* Cet alinéa reproduit le précédent, sauf la supposition du cas contraire. 



3G8 ANNALES liU M U S K IC GllMKT 

y a des accumulations d'actes qui tendent à l'absence de mérites religieux, 
c'est dans les Narakas, ou dans le lieu de naissance des animaux, ou dans 
le monde du roi des morts, ou chez les Asuras que se forme le corps (de 
celui) qui tend à l'absence de mérites religieux : même dans ces cas, et 
l'accumulation à faire est vide, et celui qui fait raccuraulation est vide, et le 
fruit de l'accumulation est vide. 



VI 

Ma sœur, s'il y a des accumulations d'actes qui tendent à l'inébranla- 
-bilité, c'est dans les (répions) sans forme que la discrimination fait combler 
l'intervalle'; mais ce par quoi la discrimination fait combler l'intervalle, 
dans ces choses sans forme, c'est le vide; la discrimination qui fait combler 
l'intervalle dans les choses sans forme est elle-même le vide. 

Pourquoi cela? — C'est que, ma sœur, toutes les lois étant vides par leur 
propre nature, on a néanmoins (la prétention de) les déterminer; mais les 
savants n'ont aucune ardeur pour cela ; n'ayant pas d'ardeur, ils n'ont pas de 
querelles. L'absiMice de querelle est riwcellence de la loi du (jramana. 

Conversion de In Vieille 

Elle répondit : 

Ainsi, grâce aux discmirs de Bhagavat sur la loi profunde. moi aussi, 
Bhagavat, j'applique à ces lois l'œil de la connaissance supérieure; mon cœur 
n'est plus partagé; je n'ai plus de doutes. Bhagavat, ces lois que je n'avais 
pas encore entendu exposer au^iaravant ont dissipé mes doutes. Voici, je suis 
vieillie, je suis cassée, je suis souffrante, je suis pauvre, je suis sans pro- 
tecteur; je ne vis plus, je suis déjà morte ; mais après avoir entendu la loi 
de la bouche de Bhagavat, il n'y a plus ici ni vieillesse, ni pauvreté, ni bien- 
être, ni santé, ni maladies, ni richesse, ni indigence ; il y a ceci que je suis 
aflVanchie des Samskàras. 



' C'est-à-tlire : l'aire lenaitie le sujel. En il'aulres termes: Celui qui est parvenu à se rendre iné- 
branlable (à se mettre liors des atteintes du monde) renaît dans la région sans forme. 



FRAGMENTS TRADUITS nO KANDJOUR 369 

Explication sur le pasur de la vieille cl iirédicti on 
âc son a venir 

Alurs l'Avusinat Auanda parla ainsi à Bliogavat : Pourquo cotte feaimc 
ait fourni à Bliagavat l'ucrasion ch faire on un si profond langage un tel 
exposé de la loi, il faut qu'elle possède des mérites, qu'elle soit savante, 
qu'elle ait la vraie notion delà science supérieure; voilà ce que je me dis. — 
Bhagavat répondit : Anaada, cela est ainsi ; Ananda, c'est comme tu l'as dit. 
Cette femme a des mérites, elle est savante, elle a la vraie notion de la 
science supérieure. Ananda, cette femme a été ma mère pendant cinq cents 
existences. Ananda, pendant toutes ces naissances, j'ai produit (chez cette 
femme) des racines de vertu pour la Bôdhi parfaite et accomplie, au-dessus 
de laquelle il n'y a rien. Ananda, cette femme s'humilia jusqu'à l'abandon 
complet et à la foi ; elle se disait : Voici mon tils : toutes les pratiques (ver- 
tueuses) auxquelles il se livre, il faut que je m'y livre aussi ; il faut réaliser 
le char du bien-être, la Bôdhi parfaite et accomplie au-dessus de laquelle il 
n'y a rien. 

Ananda reprit: Bhagavat, pourquoi est- elle pauvre comme (nous la 
voyons) ? — Bhagavat répondit : Ananda, à l'époque où je menais la vie d'un 
Bôdhisatlva, quand je voulus me faire initier à l'école du bienheureux 
i'athàgata, Arhat, parfait et accompli Buddha Krakucchanda, cette femme-là, 
Ananda, était ma mère; elle n'y consentait pas. A cause de cela, je ne 
prenais qu'un seul repas (par jour) . C'est par suite de cette faute, parce qu'elle 
avait remmcé à hnmoler les désirs (mondain:-), que, par la maturité de cet acte, 
elle est pauvre comme tu le vois, Ananda. Mais le terme de sa pauvreté est 
anivé. Cette femme, au sortir d'ici, Ananda, aprè< sa mort, grâce au bien- 
heureux p)arfait et aicompli Buddha Amitâbha, sera la reine des femmes dans 
Sukhavatî, la région du monde qui est le champ de (c) Buddha; afïranchie d^ 
tiiutes passions, elL' sera la reiiK' des créatures. Née (de nouveau) dans cett»? 
région, elle fera des Caityas à des P>uddhas sans nombre et incompréhensibles, 
elle préparera la Bodhi pour des êtres sans nombre et incompréhensibles, 
elle ('taljlira dans la Bôdhi des êtres sans nombre et incompréhensibles. 
Après avoii- établi dans la Bôdhi des êtres sans nombre et incompréhen 
sibles, après soixante -huit fois cent mille Kalpas, elle b.-ra, dans cette même 

An.n. g. — B 47 



370 A.NNALES \>V MUSEE GUIMET 

région du grand millier de trois mille mondes, le Tathàgata. Arhat. parfait 
etacL-ompli Buddlia BodhvanctApuspakara*. Ananda, telles que sont les 
magnificences et les jouissances des dieux Traystrimçat, telles sont les 
magnificences et les jouissances des êtres de ce champ de Buddha; les unes 
ressemblent aux autres. 

Quand Bhagavat eut prononcé ce discours, que le Sugata eut fait entendre 
ce discours, il prononça cet autre discours : 

Regarde, toi, Auanda, cette vieille 

qui fait l'anjali à cause de moi. 

Sortie d'ici, elle sera un homme d'une bonté inexprimable, un Buddha. 

appelé Bôdhyangapu spakàra. 

Elle abandonnera cette nature féminine 
pour aller dans la région du monde Sukhavati. 
Après avoir honoré le Buddha Aniitâyus -, 
elle sera un Buddha, incumparablo .Tina des trois régions. 

Dans toutes les autres régions du monde où résident 
des Çramanas faisant le bien du monde, 
elle rendra hommage à ces guides : 
elle sera, au sortir d'ici, un homme excellent, incomparable, un Buddha. 

Après avoir entendu de tous ceux-là la loi, 
elle réussira comme eux par une inclination pure. 
Résidant dans l'esprit de Bodhi excellent, inébranlable, 
elle fera pratiquer la loi à des êtres sans nombre. 

Quant aux êtres inférieurs de toute sorte. 
au corps et au teint repoussant, 
sans vigueur, boiteux, aveugles, 
mutilés, lépreux, ils auront disparu en ce temps-là. 

Le soleil, la lune, les éclairs, les brillants, 
auront aussi tons disparu ; 
le guide I^ôdhyangapuspakâra, 
le .Muni ('clairora tout de sa pénétrante clarté. 

* Uesliluliôi, iiecessiilreniplll conjeclurale, du mol iihoi ain ni/uiig chub-hyi-ijan-la'j-gi nic-thog- 
ly::il-pa (qui fait les fleurs des memblvs de la Bodhi). 

- Aniitàijus (o qui a uue durée de vie illimitée ») est un autr.- nom i'Amitubho i« nui a uu ëclal 
illimité »). 



i 



FRAGMENTS TRADUITS PU KANDJOUR 371 

Tels que sont les excellenls dieux Tj'ay;istrimeat, 
par l'eau, le bruit (?), les couleurs, 
tels seront de leur nature les hommes 
qui, en ceteiaps-là, seront au eomiilcl, sans lacunes. 

Là, point de Màra, ni de famille issue de Mâra ; 
Mâra n'écoutera pas les ordres de Mâra femelle. 
Là, quand le Sugata enseignera ensuite la loi, 
le nom des Tirthikas ne sera pas célébré. 

Quand le Tathàgata enseignera la loi, 
le nom du lieu de naissance des Prêtas, des animaux, 
de la mauvaise voie infernale ne sera pas célébré; 
le nom de femme ne sera pas célébré. 

Dans ce temps-là, il n'y aura pas de véhicule, 
comme il y a ici le véhicule des Çrâvakas. 
Tous posséderont l'esprit de Bhûdi parfait, 
ils résideront dans l'amour et seront compatissants. 

Dans ce champ, les hommes seront constamment, 
grâce à des naissances merveilleuses, affranchis de la matrice. 
Ils se rappelleront leurs naissances, auront un excellent jugement, seront savants, 
entendront d'excellents discours et retiendront ce qu'ils auront entendu. 

Quant au système d'arrangement de ce champ, 
ans qualités (qui s'y manifesteront), il faudrait tout un Kalpa pour les dire; 
et cependant on n'en dirait pas l'équivalent 
d'une goutte d'eau comparée à l'Océan. 

Quand Bhagavat eut prononcé ce discours, l'àvusmat Ananda et cette vieillo 
et ces Bodliisattvas et ces Blii.xus et tout C(^ monde avec ses dieux, hommes, 
Asuras, Gandharvas, se réjouirent ot louèrent hautement le discours de 
Bhagavat . 

Fin du Sùtra de grand véhicule intitulé : Questions de la vieille. 



IV KT V 
BRAHMA-ÇRI ET XEMAVATI VYAKARANA 

La traduction de ces deux Vynkaraiias du Kaiuljour a déjà paru dans la 
Revue u)-i('niale cl aniéiicaine (année 1860). Je ne ferai pas de longues 
remarques : je signalerai seulement les prodiges qui sont récités ou énoncés 
dans le premier, le Bralimaçrî, — Tabsence de prodiges : mais, par contre, 
l'abondance des termes bouddhiques qui distingue le second, le Xemavati. 
— La prédiction du Buddlia dans le Brahmacrî est annoncée par le rire, elle 
ne l'est pas dans le Xemavatî. ^'uici les deux traductions: 

1 \' . P E i: L) 1 G TI O N SLR B K A II M A Ç R I 
-MJ.. XV 11», fuli.jj 321-1 - 

En langue de l'Inde : Ari/a- Brahmaçri-Vi/âkarana-ndma-Mahâijâna - 
Sùlra. — En langue de Bod : Hphags-pa Tsangs-pa-i àpal lung-bstan-pa- 
"j es-bya-va-lltêg-pa chen-po-i ALid. En français : sublime Sùtra de Grand 
Véhicule (iVIahâyàna), intitulé « Prédication sur Brahmacrî ;). 

Adoration à tous les lUiddhas et Bodhisattvas. — \'oici le discours que 
j'ai entendu une fois: Bhagavat résidait à Çrâvasti, à Jètavana, dans le 
jardin d'Anâthapindada, en compagnie d'une nombreuse assemblée de Bhixus. 

Or donc, un matin, Bhagavat ayant demandé sa tunique et son manteau 
de religieux, s'étant muni de son vase à aumônes, partit pour mendier dans 
la ville de (Iràvasti. En ce même temps, à l'autre extiémité de la ville de 



I 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR ST.i 

Çi-àvastî, il y avait une nombreuse troupe d'enfants installée à jouer avec 
(les maisons en terre, des janlins eu terre, des maisons à étages en terre. 
Ces enfants virent à une grande distance Bhagavat qui arrivait, et, en le 
voyant, ils n'eu furent que plus réjouis; ils se réjouirent vivement, et, le 
cœur content, ils s'installèrent à jouer gaiement. 

Ensuite, Hhagavat, par affection pour ces enfants, se dirigea du coté 
où ces enflmts étaient installés jouant. Alors, du milieu de cette troupe 
d'enfents, le jeune garçon appelé Brahmaçrî, ayant adoré avec la tète les 
pieds de Bhagavat, se tint en présence de Bhagavat; puis Bhagavat, en 
savant qu'il était, adressa cette parole à ces enfants: « Enfants, que faites - 
vous ici? » Telle fut sa question; et ces enfants tirent à Bhagavat cette 
réponse : lihagavat, nous sommes ici à .jouer- avec d(^s maisons en terre, 
des jardins en terre, des maisons à étages en terre. 

Puis le jeune Brahmaçrî adressa cette demande à Bhagavat : Je demande 
avec prière que Bhagavat, par affection pour nous, reçoive cette maison à 
étages faite de terre. —Et Bhagavat, étant entré dans la pensée élevée et 
dans les sentiments joyeux du jeune Brahmaçrî. prit par affection cette mai- 
son de terre à étages. 

Alors, par la puissance du Buddha, en un instant, en un clin d'œil, cette 
maison à étages en terre devint une maison à étages munie des sept (espèces 
de) pierres précieuses, et se tint [ûxe) en présence de Bhagavat. Sur la 
façade du côté du midi, il y avait 84.000 colonnes de lapis lazuli, sur la façade 
du côté du nord, il y avait 84.000 colonnes de cristal. 

Alors, en ce temps-là, le jeune Brahmaçrî, voyant h' prestige de ces trans- 
formations, se réjouit plus vivement, très vivement; une joie éminemment 
grande se développa en lui. — Puis lejeune Brahmaçrî adressa cette demande 
en vers (gàthà) à Bhagavat : 

Oh! le protecteur du monde a fait apparaître 
une transfonuatiou vaste et grande; 
et c'est par affection pour moi-même 
que le Buddha a fait apparaître cette transformation ! 

(Jette maison en terre 
que j'ai offerte au grand Çramana 
est devenue une maison gai'nie de pierres précieuses: 
pc'iiptration de Tesprit du Hiiddhal 



374 ANNAIKS ni- MISÉK GIIMKT 

nature (admirable) de sa province; 
La province du Buddlia est sans supérieure; 
l'œil est sans œil, il est impuissant pour (la voir) ; 
une intellip-ence médiocre ne peut la comprendre. 

Je fais un vœu (formel) pnur que, 
en atteignant ce champ où l'on marche droit des deux pieds, 
en obtenant le calme parfait et précieux, 
j'arrive à la Rôdhi. 

Je souhaite, conduit par toi, 
d'être instruit dans les qualités ; 
ayant atteint la Bôdhi sans supérieure, 
je ferai des transformations comme celle-ci. 

Alors Bhagavat ayant en ce iiioment-làtaitle sourire, des rayons de toutes 
sortes de couleur sortirent de la bouche de Bhagavat. 11 en sortit des bleus, 
des jaunes, des rouges, des blancs, des rayons cramoisis, des rayons cou 
leur de cristal, des rayons couleur d'argent. — Ces rayons, étant apparus, 
jaillirent jusque dans le milieu du monde de Brahma, puis étant revenus, 
tournèrent trois fois autour de Bhagavat, ol allèrent s'éteindre dans le sommet 
de la tète de Bhagavat ^ 

Puis l'âyusmat Ananda adressa cette demande en vers (giitbâ) à Bha- 
gavat : 

Les Jinas, les guides excellents, les seigneur?: des créatures, 
ne font pas voir le sourire sans raison. 
toi qui es miséricordieux, explique ici 
maintenant, pour la guérison du monde, 
par quel motif tu as lait voir le sourir<'. 

Telle fut sa demande; et Bhagavat parla ainsi à l'âynshmat Ananda. — 
« Ananda, as-tu vu ce jeune Brahmaçrî? » — • « Bhagavat, je l'ai vu », 
répondit Ananda. Bhagavat reprit: « Ananda, ce jeune garçon, à cause de 
ces racines de vertu qu'il a en lui, et du désir de son cœur, sera exempt 
pendant 3.200 kalpas, d'entrer jamais dans l'enfer; il obtiendra la Bôdlii, 

' Cûiilraiivment à l'usage, leriiv du Buddlia esl rapporlè ici, en abrégé, par une sifnpie phrase. Le 
développement que nous avons donné ci-dessus (p. 300-1) et qui, d'ordinaire, est reproduit intégrale- 
ment, chaque foisqu'ilest question du rire du Buddha. esl supprimé: ce qu'il esl permis déconsidérer 
comme une exception. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJODR 375 

et sera un Tathagàta, un Arhat, uu Buddlia parfailement accompli, nommé 
LoKÀBHYADiiiKA. » Telle fut rexplication. PuisBhagavat prononça ces Gâthâs 

(stances) : 

Celui qui croit en Buddlia 
acquiert des mérites religieux qui ne sont pas petits. 
Il en est de même de celui qui écoute la loi excellente, 
et qui témoigne du respect à la confrérie. 

Pour celui qui croit en Buddlia, 
il n'est pas difficile d'obtenir la BOdlii ; 
aussi quiconque aspire à la BOdhi 
doit ici faire des offrandes au guide du monde. 

Ananda, cet enfant, 
qui est le meilleur des bipèdes, 
sera le fortuné Abhyadhika (supérieur au monde), 
et sous ce nom sera le guide du monde. 

Ainsi le Buddha est incompréhensible ; 
il en est de même de la loi du Buddlia, 

celui qui croit à l'incompréhensibli', devient incompréliensible comme lui, 
après être arrivé à maturité. 

Tel fut le discours do Bhagavat. - L'Ayu^mat x4nanda et le jeune 
Brahmaçri se réjouirent de l'enseignemnt de Bhagavat et le louèrent haute- 
ment. — Fin du Sùtra de grand véhicuh' intitulé : Prédiction sur Brah- 
maçri. 

\'. l' K j'';ijic rioN SUR Xemavati 

M'Io XV J" : foli.is 303-T. 

En langue de Tlnde (s;inskrit) : À>\i/a X'hnavalî Vijdkarana nâma. 
Mah(hjânn Sùtra. — ■ Kn langue de Bod : (tibétain) : YLphaga-pa hde-ldan- 
malum/hs/un-pa'ji's hya va thcg-pa c]ien-poiM.dô. — En français: Su- 
blime sùtra de ( Irand 'S'éhicule intitulé : « Prédiction sur Xêmavatî. » 

Adoration à tous les Buddhas et Bùdhisattvas. — Voici le discours que j'ai 
entendu une fois; — Bhagavat résidait .à Ilàjagrha, sur le Grdhrakùta- 
parvataavec une grande assemblée de Bhixus, comptant vingt mille Bhixus, 
et Maîtrcya et Manjuçri, et beaucoup d'autres Bùdhisattvas Malu'isattvas en 
très grand nonilire, 



376 ANNALES DU MLSÉE GUIMKT 

Ensiiilo, au temps du matin. Bhagavat, avant demandé son vêtement de 
religieux et sa tuuique, avant pris dans sa main son vase à aumùnes, se 
rendit dans la grande ville de Ràjagrha pour mendier. — Puis Bhagavat, 
allant de lien en lieu, arriva à l'endroit où était le palais du roi Bimbisàra. 
Alors l'honorable (épouse) du roi Bimbisara, appelée Xèmavatî, étant assise 
sur la terrasse de la bonne et excellente demeure, aperçut de très loin 
Bhagavat qui arrivait. A ci'tte vue, elle éprouva une grando Joie dans son 
esprit, et, étant descendue de la terrasse du palais, elle installa uu siège 
bien préparé pour Bhagavat et le Bodhisattva Mahàsattva Maitrèya. Ensuite, 
Bhagavat et le Bodhisattva Alahâsattva Maitrèya s'assirent sur los sièges 
préparés pour eux. Puis la respectabb^ (épouse) du roi, Xèmavati, le corps 
paré de tous ses ornements, adora iwcc la tète les pieds do Bhaga\at et du 
Bodhisattva Mahàsattva Maitrèya, et s'assit a\ ce \ énéralion et a\ ec respect 
en présence de Bhaga\al pour entendre la loi. 

Alors Bhagavat, tournant ses regards vers Tliouorable (épouse) du roi, 
Xèmavatî, revêtue do tous ses ornements extérieurs, parla ainsi selon sa 
science, et pour le bien de tous les êtres à Xèmavati, l'honorable (épouse) 
du roi : « Xènnn atî, quels sont les fruits ({ue tu portes sur ta personne ? 
quel est le nom de ci't arbre qui s'étale sur toi avec (ant de magnificence, do 
majesté et d'éclat' ? 

Telle l'ut la [larole de lîhagavat. Xèmavati (l'épouse) houoiable du roi. 
répondit par ces .stances (Gâthàs) : 

Quels fiuits as-tu rerus? 
Quel est le nom de cet aibie? 
Voilà ce qu'a dit, selon la science, 
le grand héros, l'homme excellent. 

Cet arbre est nr des m('rites religieux 
que j'ai produits autrefois; voilà ce que je réponds. 
,Te Jouis de (la vue de) celui qui est le guide (suprême ou par excellence): 
voilà quels en sont les fruits. 

Cet cnseigiiemenl de l'arbre verdoyant 
s'applique aussi aux auditeurs du Biiddha; 

' CeUe plirase inli'oduil d'une m.in'ère assez eniberrassée el quelque peu obscure l'allégorie, qui 
legne dans tout ce sùlra et hiidoune, du reste, uu caractère assez orijjinal de l'arbre figurant la doctrine 
du Buddha, arbre qu'il a fallu planter, arroser, cultiver, ol qui porte des Heurs et des fruits. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 377 

ceux qui désirent la science du Buddha 
séjournent là (sous cet arbre) eu vue de la BOdhi. 

Quand existe l'eau du ljon ol de la mokai.ité, 
cet arbre verdoyant est soigneusement enli'o'enu, 
et, s'il est arrosé avec attention, 
il eu provient de bons fruits. 

A force de patience et d'appi-ication persévérante, 
j'ai bien entretenu l'arbre verdoyant : 
comme je l'ai arrosé avec soin, 
il produira des fruits sans tache. 

Comme il est doux do voir cet arbre ! 
le DHYANA et la science sont les fleurs larges 
que J'ai cueillies, et voilà les fruits que je gotîte '. 

Gomme des arbres appuyés à la montagne 
et dont les branches, formant berceau, 
s'étendent horizontalement de manière à faire un toit, 
et, après s'être développées, ne peuvent être ébranlées : 

Ainsi en est-il de ce grand et excellent arbre verdoyant, 
à savoir la loi du Buddha; quand ou la désire, 
elle est d'abord bien enseignée 
pour l;i prospérité de tous les êtres. 

J'ai cueilli s\u' cet arbre verdoyant les mérites religieux, 
et quoiqu'il y ait encore d'autres fruits, 
c'est de celui-ci que je jouis ; 
et combien de fleurs cet arbre ne porte-t-il pas ! 

La Bôdhi en est le fruit le [ilus excellent ; 
la BOdhi d'un Buddha n'a rien qui soit au-dessus d'elle; 
puissé-je l'obtenir un jour, 
quand j'aurai quitté cette condition inférieure (la condition) de femme M 

Je renaîtrai un jour en personne 
comme le meilleur et le plus excellent des êtres, 



' Nous Voyons ici l'accjuiailiou des iierlejlioas ou paraniitas re^ili.séjs |iai' Xéuuivali cuiuuic pal' 
: Umedha ; seulement: l'éauméralion n'est i)asla même. Nous n'avons ici que six paramitas et les terme s 
ne corresi)Oudent pas tout à fait à ceux que l'on a vus dans le récit de Sumedha. La présente énuuiération 
est confoi'me à celle que Csoma a donnée dans son analyse du Kantljour (section Cher-Ghin). 

- Pour être Buddlia, il faut lliumanité ou la condition d'homme, et la virilité ou la masculinité. La 
transmigration donne un moyen facile d'arriver à réaliser ces deux conditions, lorsque, à force d'ac- 
quérir des mérites religieux, on en est devenu digne. 

A.NN. G. — B 48 



378 ANNALES 1>U MDSEE GUIMET 

arrive à la perfection de toutes les lois 
sachant tout, vovant tout. 

Avant vu de près les souflVanccs de tous, 
je sauverai tous les êtres, 
et par suite de ma compassion pour les mondes, 
ils prendront leur refuge en moi. 



G'ost ;iiasi qu'elle parla, (.'t Bhaya\at ré|)nii(lit à Xéaiavali. l'épouso 
honorée du roi: « Xèinavatî, si tu es entrée (dans celle voie) pourrutilité 
d'im grand nombre de créatures, pour le bien irnu grand nombre d'_^ 
créatures, par compassion envers 1<' monde, pour Tavantagi^ des troupes 
de la grande assemblée des êtres, [lour rutiliti'' et le bien des dieux et des 
hommes, c'est bien ! c'est bien ! 

Tel fut son discours, etXèmavati, l'henorable épouse du roi, parla ainsi : 
« Bhagavat, les trente- deux signes du grand liuinme (qui sont) sur le corps 
de Bhagavat, les quatie-vingts belles proportions (ou signes secondaires), les 
dix forces du Tathàgata, ses quatre intrépidités, les quatre sciences disiiuct^s 
et pures, les dix-huit lois sans mélange du Buddha, sou grand annur, sa 
grande compassion, sa grande joi(^, sa grand • égalité d'esprit, de quoi tnutes 
ces choses sont-elles formées ? et même ces antres lois du Buddha, incom 
meiisurables, incompréhensibles, infinies, inexprimables, qui dépassent tout 
calcul, de quoi sont-elles composées ? » Telle fut sa di-mando, et Bhagavat 
répondit ainsi en vers (Gâtliâ) à l'honorable épouse du roi : 

G'esi en aspirant à la science du Buddlia que. 
pour le salut de tous les êtres, 

j'ai, de cette façon, fait naître antérieurement en moi-même 
le bien et cet arbre verdoyant. 

J'ai accumule le don, la moralité, la patience, 
et aussi l'application et la méditation (Dhyâna). 
Ce (n') est (qu') après un long espace de temps que l'on possède bien 
la méditation (Dhyâna) et la science. 

Les êtres manquent d'rgalité d'esprit, 
ils ne savent pas penser et approfondir sérieusement. 
Quand l'esprit est devenu constamment calme, 
alors on es; arrivé à l'état de Buddha. 



FRAGMENTS TU A Ht" IT S lli: KANn.IOi:R 379 

Mon esprit, par l'effet du calme, 
en est venu à considérer coraoae égaux le plaisir et le déplaisir, 
l'amitié et l'inimitié ; 
ainsi est né pour moi l'arbre des mérites religieux. 

Voilà comment existe ce grand arbre verdoyant 
devenu une multitude de qualités : 

c'est par le cercle (de la transmigration) que J'ai obtenu ces changements, 
que je suis arrivé :'i la qualité d'Indra. 

et à celle du grand Içavara (Giva), 
que j'ai même obtenu celle de Bralima. 
La loi du Buddha est impénétrable à l'esprit, 
et j'ai compris les lois et les principes (du Buddlia). 



Alors rhotioi^able (épouse) du roi, Xèmavatî, ayant entendu (exposer) .les 
qualités de Bhagavat, loua ouvertement les qualités de Bhagavat. et s'étant 
réjouie, elle adressa ces stances ((TÙthà) à lîhagavat : 

De môme que l'hommo bon et excellent, 
océan intini de qualités, 
a ap[iiis auiiaravant la (bonne) pratique, 
de même, moi aussi, je l'ai apprise posIéTieui-emenl. 

Tu es arrivé au terme des qualités, 
et moi, je me suis instruite dans les qualités ; 
j'ai appris dans le monde la souffrance, 
je deviendrai donc semblable à toi. 

Si dans d'autres existences, 
j'ai donné (tout ce que j'avais) sans rien garder, 
c'est pour obtenir la science sans égale 
que j'ai accompli avec bém'diction toutes ces choses. 

Si j'ai gardé la patience, l'application, la méditation (le Dhyâna), 
la science, la vertu, 

c'est pour (pouvoir comprendre) le sens de la loi du Buddha 
que j'ai accompli avec liénédiotion toutes ces choses. 

Si j'ai exécuté des actes de vertu 
par le corps, la parole et la pensée, 
c'est en vue des qualités de la science du Buddha, 
à cause delà Bôdlii que j'ai accompli avec bénédiction toutes ces choses. 



380 ANNALES Dr MUSÉE GI'IMET 

Après avoir abandonné ce corps de femme, 
puissé-Je devenir un homme excellent! 
ayant ainsi obtenu le corps d'un homme, 
puissé-je devenir le meilleur des gens de bien ! 

Ainsi changé, je tournerai 
la roue sans supérieure d'un Sugata; 
je délivrerai dix millions d'êtres, 
enfermés dans la prison du cercle de la transmigration. 

Easuito, Bhagavat dunna roiicoiiragement « c'est bion » ! à Xêmavatî, 
riionorable (épouse) du rui, par cette stance (Gâthà) : 

Cette parole (que tu as) exprimée est bonne ; 
ton esprit a été bien béni ; 
tu as bien surmonté le démon ; 
tn deviendras un Buddha parfait. 

Ensuite Xêmavatî, (riioudral^lo l'pduso) du roi, joyeuse, heureuse et con- 
tente, satisfaite et le cœur à l'aise, l'éjouit Bhagavat et Maitrèya par toutes 
sortes de mets et de breuvages ; puis Bhagavat, après avoir nettoyé son vase 
de ses proitri^s mains, adressa à Xêmavatî, (l'honorable épouse) du roi, un 
discours étendu et parfait sur la loi. Il plaça (donc cet enseignement) dans 
(le cœur d')une personne qui le retenait fort bion, loua la perfection avec la- 
({uoUi^ elle lo gardait, et la réjouit vi\ ement par cette prédiction : 

Toi. Xêmavatî, dans un grand nombre de Kalpas du temps à venir, tu 
seras le Tatliâgata, Arhat, I îuddha [)arfaitemont accompli , instruisant les dieux 
l'I les liummi's, le bienheureux Buddha, Gunaratnaçrî*. Par toi aussi, le 
cliamp de Buddha dijviendra r-minemment et parfaitement pur : la résidence 
des Bodliisattvas seraparfaiteiiicuti't excellemment pure, conforme aux désirs 
du cœur, allant au ereur, affrancliii' des diiuleurs (partage) de ceux qui 
tombent dans la mauvaise voie, dans le mauvais chemin des pervertis. Telle 
sera ta province de Buddha. p 

Par cctto (\xplicatinn suivie di^ la lui, phisicui-s millions dTpàsakas 



1 I,e nom tibétain esl yoii-tan-rin-pcj-clw-iipul. L;i coït, spondimce des levmes s.-inskrils par les- 
quels je le remplace esl cerlaiae ; il est difticile île croire que irautres mois sanskrits puissent être 
substitués à ceux-ci. — Le sens est « félicité ou gloire du jovau des qualités » 



FRAGMENTS THADUtTS DD KANDJOliR 381 

tournèrent leur esprit vers la Bùdhi parfaite et sans supérieure, beaucoup de 
millions d'êtres vivants, de créatures divines et humaines, obtinrent la lu- 
mière de la loi. 

Quand Bliagavat eut prononcé ce discours, Xèmavatî, l'honorable (épouse) 
du roi, et ces assemblées (diverses), le monde avec les dieux, les hommes, 
les Asuras, les (landhaivas, se réjouirent, et louèrent ouvertement l'exposé 
fait par Bhagavat. 

Fin du Sùtra de Mahàvàna intitulé : Pr.kliction sur Xèinavati. 



VI 

HUITIÈME CHAPITRE DU KARMA ÇATAKA 

Le liuitiéroe chapitre du Karma-Çataka peut être considéré coiuirie un 
recueil de Vvàkaranas.Dans chacun des onze récits qui le composent, le 
Buddha promet au héros de ce rérit qu'il deviendra un jour lui-même un 
Buddha. Cinq de ces textes se retrouvent dans l'Avadâna Çataka; mais la 
rédaction est autre. Une des différences les plus notables qui existent entre 
les textes semblables et même entre les textes analogues de l'un et l'autre 
recueil, c'est que. dans l'Avadâna -Çataka, tout's les prédictions sont coni- 
meucées par le sourire; dans le Karraa-Çataka (au moins pour la })rédiction 
de la Bodhi), il n'est jamais question de sourire. J'ai tléjà signalé cette 
particularité. 

Voici le chapitre VI II du Karma-Çataka. 

KARMA-i; ATAltA, CHAPITRE VIII 
- Vol umo XXVIII, folios 30-75 - 

Pi', -an 

C'est à Rajagrha que résidait (Bhagavat). En ce temps-là, dans les 
régions montagneuses de la contrée ni.'ridionale, dans un village de la 
montagne, demeurait un brahmane... (opulcul et vertueux)... nommé 
Pùrna... 11 lassemblait les gens domiciliés, les gens errants, les mendiants, 
pour leur faire des présents, et, de temps en temps, il préparait l'aire du 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.IOUR 383 

sacriiicc et célébrait le sacrifice. Or, quand le momeiit ét;ut venu di; faire le 
sacrifice, il méditait sur le texte de tuus les livres faisant autorité, 
recherchait ce qui était conforme aux vues de tel ou tel; puis, après s'être 
pénétré dos textes, il méditait, calculait, appréciait les choses à fond. 

Un jour, ce brahmane entreprit de faire un sacrifice. A l'occasion de cette 
cérémonie, il rassembla tous les livres : quand le brahmane se fut pénétré de 
tous les textes, que tous lui furent bien entrés dans l'esprit, il ne fut satisfait 
d'aucune des espèces de vues (fournies par eux). 

Or, un jour, des Upâsakas de Ràjagrha tirent devant ce brahmane l'éloizo 
du Buddha. Lo brahmane no les eut pas plus tôt entendus, qu'il éprouva le 
désir de (voir) Bhagavat. Un jour donc, cette idée lui vint à l'esprit : 
plusieurs milliers de Gramanas et de Brahmanes sont venus à in(jn sacrifice 
et y ont participé. Ce bienheureux Gautamana n'y est jamais venu. Ne 
serait-il pas convenable que lui au^>si vint à mon sacrifice et v partiri])àt ? — 
Telle fut sa réflexion. 

Cependant Bhagavat, par son affection, connut la pensée de ce Brahmane 
et fît la réflexion suivante : Ce Brahmane aura une pensée qui ne se 
détournera plus de la Bôdhi suprême au-dessus de laquelle il n'y a rien. Il 
faut que je m'appuie sur cela pour assurer le bien d'un grand nombre 
d'êtres. — Tel fut son plan. 

Ce plan formé, il se composa uuo suite d'un grand nombre do Bhixus et. 
marchant en têt(3 de la confrérie des Bhixus, il se rendit, par compassion 
pour le Bi'ahmane, dans le village de la montagne. Quand Bhagavat y fut 
arrivé, il pensa en lui-même : Eh bien ! certainement, je donnerai ma 
bénédiction dans cette aire du sacrifice, de telle sorte que le maitre du 
sacrifice et tous les autres n'aperçoivent que moi seul, que personne ne voie 
les Bhixus de la confiérie'. — Cette réflexion faite, il donna sa bénédiction 
dans ce sens et se rendit dans l'aire du sacrifice'. 

Le Brahmane aperçut de loin Bhagavat . Eu l'apercevant , il dit : 
Bhagavat, tu es le bienvenu ! Bhagavat, viens ici ! Je prie Bhagavat de 
participer aux offrandes dans l'aire de mon saci'itice. — Bhagavat répondit : 
Pùrna, tant que tu n'auras pas rempli d'aliments et de breuvages mon 
vase que voici, je n'y participerai pas. — Le Brahmane reprit : Bien- 
heureux Gaulama, je ferai comme tu pensoi (qu'il faut faire). 



38i ANNALES nu Ml'SÉE GUIMET 

A ces mots, (clans le lien mémo) où il célébrait le saci-ifice, le brahmane 
prépara des aliments et breuvages excellents et alwndants, puis se mit en 
devoir de remplir le vase de Bliagavat, mais il n'v réussit pas. — Aussi 
n'en fut-il pas lier : il ne m'a pas été donné de remplir ce vase, pcnsa-t-il ; 
et, avec la troupe de ses serviteurs, il fit (de nouveaux) efforts pour remplir 
le vase de Bhagavat d'aliments et de breuvages. 

Alors Bhagavat se dit en lui- même: Maintenant, ces aliments suffisent 
pour la nourriture d'un Bhixu ; — et il montra le vase plein. Alors le 
Brahmane voyant (|ue le vase était plein, fut dans une grande joie et dit : 
Puisque c'est Bhagavat (pii a rempli le vase, que le bienheureux (lautama 
mange de bon appétit ! 

Ensuiti', par compassion pour ce brahmane, mille Bhixus apparurent 
d'une façon magique, et, leurs vases étant pleins, ils se placèrent à la file, 
ayant Bhagavat à leur tête; les autres Bhixus aussi (se placèrent) par rang 
d'âge. Quand la confrérie des Bhixus fut bien installée, ceux dont c'était 
l'office distribuèrent les portions. 

Alors ce brahmane, ayant vu ces Bhixus, ne les eut pas plus tôt aperçus, 
(pi'il éprouva une foi intense en Bhagavat : Ce Gramana Gautama, pensa - 
l-il, a une grande magie et une grande puissance. 

Par l'effet do cette fui, il adora avec la tète les pieds de Bhagavat et dit : 
Je désire offrir pendant trois mois à Bhagavat et à la confrérie des Bhixus 
aliments, vêtements, lits, sièges, remèdes et médicaments, je [irie Bhagavat 
d'acquii'scer à ma d(3mande. — Bhagavat témoigna par son silence qu'il 
acquiesçait. Ge brahmane, comprenant que Bhagavat acquiesçait par son 
silence, prépara dans Jetavana ' tout ce qui était nécessaire, et, pendant trois 
mois, honora le liiuldha avec la confrérie de ses Bhixus en leur offrant tout 
ce qui était nécessaire 

Le di'rnier jiuu-, il nuurrit Bhagavat et la confrérie des Bhixus avec des 
aliments à cent saveurs et offrit à Bhagavat un vêtement valant cent mille 
(pièces de munnaii). A chacun des autres Bhixus (il offrit) un vêtement de 



1 Pourquoi .îolUvaiia î la scéile se passe dans le Dekkhaii ; et il n'est pas dit cju'u» le quille pour se 
reudre à .letavana. D'ailleurs Bhagavat venait de Veluvaiia et non de Jetavana. Il semble qu'il y ait 
une double inadvorlauce. Il y a dans le reste dn récit certahies petites difricullés sur lesquelles jiou^ 
n'insisibns, pas de peur d'enlrer dans des exiiliialiuiis sans Hii et dans des discussions de lexle. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 385 

coton. Après quoi, il fit un vœu fpranidhâna)])0\iv\aBbdh.i parfaite au-dessus 
de laquelle il n'y a rien : Oh ! (dit-il), par cette racine de vertu, puissé-je 
devenir dans ce monde aveugle, sans guide et sans maître, un Tathâgata, 
Arhat, parfait et accompli Buddha, doué de science et de conduite, bienvenu, 
connaissant le monde, bon cocher pour refréner les êtres, sans supérieur, 
docteur des dieux et des hommes, (en un mot) un bienheureux Buddha ! 

Bhagavat répondit au Brahmane: C'est bien, Brahmane! c'est bien! 
Dans le temps à venir, tu seras, dans ce monde aveugle, sans guide et sans 
maître, un Tathâgata... le bienheureux Buddha Purna^ 

Après avoir prédit la Bôdhi parfaite au-dessus de laquelle il n'y a rien, 
Bhagavat disparut de l'aire du sacrifice et résida (de nouveau) à Venuvana. 

s. L'Offrande 

La scène est à Çràvastî. En ce temps-là, un brahmane qui demeurait à 
Çrâvastî prit une femme... (naissance d'un fils, imposition de nom, 
éducation.)... 

Quand ce (fils) fut devenu grand, il apprit l'écriture, le genre de vie des 
Brahmanes, les bonnes manières, la formule Om, la formule Bho, la pureté 
religieuse, les rites, la prise des cendres, l'art de prendre le vase (?), la science 
de la parole vraie, la science de l'offrande, la science des paroles agréables, 
la science du gouvernement, les offrandes à présenter, l'attitude convenable 
pour faire l'offrande, le don, l'acceptation, les cas où il faut prononcera haute 
^•oix, les moyens de se mettre à l'étude de la prononciation à haute voix, en 
sorte qu'il devint un Brahmane habile dans les six espèces d'actes. A la 
fin, il devint accompli dans les dix-huit parties de la science, apprit à fond 
tous les Castras et analysa soigneusement les textes sans rien laisser passer -. 

Un jour, son père et sa mère moururent. Il fit alors cette réflexion: je n'ai 
ni perfection extérieure, ni renommée, ni ami; à quelle élévation puis-je 
aspirer ? 



' Tous les vécils se terminent par ce vœu, et l'éuumération des qualiriealluiis qui précédent se Irouvi? 
reproduite dons les mêmes termes dans la plupart d'entre eux. Aussi nous dispenserons-nous de répéter 
ces phrases stéréotypées. 

- Ce paragraphe contient une énumératiou très intéressante, dont plusieurs termes sont fort connus, 
mais dont quelques-uns le sout fort peu, ou sont obscurs et réclament l'explication d'un commentaire. 

Ann. g. — B 49 



386 annai.es du mdsee guimet 

Autrefois, de temps eu temps, sou père avait fait des offrandes. Les brah 
mânes lui dirent : Enfant, puisque ton père faisait une offrande de temps eu 
temps, agis suivant les habitudes de ton père. — L'enfant (se) dit: je n'ai ni 
perfection extérieure, ni renommée, ni amis. A quoi bon donner pour distri- 
buer des offrandes à ceux- ci ? 

Depuis qu'il les avait entendus (parler ainsi), il cessa de se plaire avec 
eux, et eux désormais ne se conduisirent pas de manière à le convertir à eux. 
Ne se plaisant donc plus avec eux, il dit : Qu"ai-je besoin d'être avec des gens 
de cette sorte ? 

Cependant Bhagavat fit la rétlexiuu suivante: Ce fils de brahmane aura une 
pensée qui ne se détournera plus de la Bodhi parfaite au-dessus de laquelle il 
n'y a rien. Cette réflexion faite, Bhagavat disparut de Jetavana; le sol 
trembla dans la maison du fils de Brahmane, il monta sur le toit. Bhagavat 
fit luire une grande clarté en sorte que la maison brilla dans toutes ses parties 
comme si elle avait la couleur de l'or fondu. 

Ce fils de brahmane n'eut pas plus tôt vu ce phénomène qu'il eut une grande 
foi en Bhagavat. Ayant donc foi en lui, il prépara un siège pour Bhagavat et 
lui parla ainsi : Bhagavat, je te prie de te placer sur ce siège préparé (pour 
toi). Bhagavat s'assit donc sur ce siège préparé. Une fois assis, Bhagavat 
enseigna à ce fils de brahmane la loi dans ses rajiports avec le don, de 
telle sorte que le désir de donner naquit chez ce fils de brahmane. Sous 
l'empire de ce désir de donner, il parla ainsi à Bhagavat: Vénérable, je suis 
tout prêt à faire des dons et à m'acquérir des mérites; mais je n'ai pas, 
pour cela, des richesses suffisantes. — Alors Bhagavat lui fit voir un trésor 
caché. 

Lo fils de brahmane ne l'eut pas plus tôt vu qu'il eut encore plus de foi en 
Bhagavat. Sous l'impulsion de cette foi, il fit Taujali aux pieds de Bhagavat et 
dit : Je veux fournir pendant ti'ois mois à Bhagavat accompagné de sa confrérie 
de Bhixus, vêtements, mets, lits, sièges, remèdes, médicaments; je prit; 
Bhagavat d'acquiescer. — Bhagavat acquiesça par son silence à la demande 
du fils de brahmane. 

Comprenant que Bhagavat avait acquiescé par son silence, le fils de brah- 
mane fit les préparatifs do son offrande à Çràvastî et dans l'enceinte de Jeta- 
vana; puis il fit proclamera sua de cloche: Je vais faire une oflrande en foutes 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 387 

sortes de façons merveilleuses ; que ceux qui ont du goût pour la manifesta- 
tion et les qualités de cette ofFfande soient avertis et viennent en profiter. 

Les bralimanes dirent : Nous avons ce brahmane en horreur ; nous ne 
profiterons pas de son offrande. — Le fils de brahmane dit à son tour : Si 
vous ne voulez pas eu profiter, j'offrirai au Gramana Gautama et à son entou- 
rage tous les biens calculés et mesurés à cause de vous; il faut pratiquer le 
brahmacarya (célibat et chasteté) selon son enseignement. — ■ Les brahmanes 
se dirent alors: Si ce brahmane fait comme il a dit (et il est très possible qu'il 
agisse dans ce sens), nous serons misérablement battus. — Cette réflexion 
faite, ils revinrent sur la résolution prise à son égard, se rendirent au lieu de 
l'offrande et en profitèrent. 

Alors ce fils de brahmane offrit pendant trois mois des mets et des breu- 
vages purs et excellents, d'origine merveilleuse ; il offrit à tous toutes sortes 
de présents. Le dernier jour, il rassasia le Buddha et la Confrérie des 
Bhixus des mets à cent saveurs et offrit à Bhagavat un vêtement valant cent 
mille (pièces de monnaie); à chacun des autres Bhixus, il donna un vêtement 
de coton. 

Ensuite, voyant le corps de Bhagavat orné de signes semblables à la cou- 
leur de l'or, il fit un vœu (pranidhâna) Tu seras le bienheureux 

Buddha Arthadarçi '. 

Après cette déclaration, Bh-igavat retourna à son vihâra. 

.5. Le Paresseux 

La scène est à Gravastî. En ce temps-là, il y avait à Çravastî un maître de 
maison riche, etc.. (mariage, naissance cVun fils, imposition de nom, 
éducation.)... 

Cet enfant était paresseux, d'une grande et excessive paresse. Une fois 
assis, il ne savait point se lever de son siège. Quand son père et sa mère lui 
demandaient: mon fils, souffres-tu dans ton corps? ton esprit a-t-il quelque 
chagrin ou préoccupation ? la paresse qui le dominait l'empêchait de leur 
répondre un mot. Quand ses parents firent venir un médecin, le médecin dit : 

' Je restitue ainsi le tibétain don-gzigs. ■ 



388 ANNAI.ES DU MfSÉE GUIMET 

il n'aaucune maladie corporelle, il n'a aucune aftiiction ou peine d'esprit : c'est 
tout simplement par paresse qu'il n'est pas capable de se lever de sou siège. 

A partir de là, ses parents lui dirent maintes fois : n'agis point ainsi : si 
tu restes assis de cette façon, tu ue pourras obtenir le bien-être; pour les 
hommes, la vie n'est que la récompense de l'activité et de l'entrain. — Ils 
avaient beau l'exhorter de cette manière, ils ne pouvaient le faire lever. 

Un jour, les parents se dirent: Si l'on demande aux (grands docteurs) 
comblés de dons de venir dîner, en les voyant, il saura bien se lever pour 
leur témoigner du respect ; ils firent donc venir les six docteurs et leur oflfri- 
rent à manger. L'enfant, en les voyant, ne se leva point. 

Le maître de maison fit alors cette réflexion : Le Çramana Gautama a des 
mérites qui lui ont valu une grande célébrité. Sans même qu'il lui adresse 
une parole, cet enfant lui témoignera du respect et se lèvera (devant lui) sans 
aucun doute. — Cette réflexion faite, le lendemain, il invita le Buddha avec 
la confrérie des Bhixus à venir chez lui. Le soir même, ils préparèrent des 
mets et des breuvages excellents; ils se levèrent de matin, dès l'aurore, pla- 
cèrent des sièges, envoyèrent des courriers, et firent annoncer le repas à 
Bhagavat, le repas de midi : Vénérable (dirent-ils), il est midi ; c'est l'heure 
du repas, le moment de manger. Bhagavat est prié de venir au repas, l'heure 
est arrivée. 

Bhagavat donc, ayant pris de bon matin sa tunique et son manteau, muni 
de son vase à aumônes, entouré d'un grand nombre de Bhixus, suivi de la 
confrérie des Bhixus, se dirigea vers la demeure du maître de maison. Quand 
il y fut arrivé, il s'assit au milieu de la confrérie des Bhixus sur un siège 
préparé. 

Cependant l'enfant aperçut de loin le bienheureux Buddha orné des trente- 
deux signes du grand homme, etc. . . En le voyant, il se leva à l'instant même 
avec la rapidité d'un homme qui se hâte, se dirigea vers Bhagavat et adora 
avec la tète les pieds de Bhagavat. Ensuite lorsque son père et sa mère furent 
bien installés avec le Buddha et la Confrérie des Bhixus, il les rassasia de mets 
et de breuvages excellents servis de sa propre main, et leur offrit tout ce 
qui leur était agréable. Quand Bhagavat eut nettoyé son vase et lavé ses 
mains, l'enfant se plaça sur un grand tapis dans une humble posture, et 
s'assit en face de Bhagavat pour entendre la loi. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJoUR 389 

Alors Bhagavat, après avoir fait entendre à cet eufant l'éloge de l'activité, 
dit : mou fils, c'est par l'activité qu'on obtient la Bôdhi au-dessus de la - 
fiuelle il n'y a rien. L'enfant fit alors cette réfioxion: Bhagavat a parlé; 
c'est bien ! Mais ce n'est pas par une activité médiocre qu'on peut acquérir 
la distinction suprême. Eh bien ! il faut que je réussisseà faire un voyage pour 
lionorerle Buddha, la Loi et la Confrérie. — Emportant donc des marchan- 
dises pour aller sur l'Océan, il entra dans l'Océan, réussit à atteindre l'ile 
des Joyaux; puis, après avoir heureusement effectué son voyage maritime, il 
revint à Çràvastî. 

Alors, il invita pour trois mois le Buddha avec sa confrérie et prépara tout 
ce qui était nécessaire. Pendant trois mois, il offrit au Buddha et à la Confrérie 
tout ce dont ils avaient besoin pour les honorer; le dernier jour... (offrandes 
vœu et prédiction comme ci-dessus...) tu seras le bienheureux Buddha 
Bala -vÎRYA-PARÀKRAMA^ — Telle fut la déclaration de Bhagavat. 

■i. Anàthapindada 

La scène est à Grâvastî. — Il y avait à Çrâvasti dans ce temps-là un 
brahmane pauvre qui avait de la peine à vivre; il avait en même temps un 
bon appétit et un nombreux cercle de serviteurs (?). Il se prit à penser: 
il faut que je m'attache à quelque homme riche pour obtenir ma nour- 
riture. — Après cette réflexion, il lui en vint une autre: Le maitre de 
maison Anàthapindada est compatissant; il a du penchant à donner; il 
est capable de m' assister dans mes besoins. Cette réflexion faite, il le suivit 
sans s'en détacher, comme son ombre. — Le maître de maison s'en émut et 
lui dit : Brahmane, pourquoi t'attaches-tu à moi ? — Pourquoi je m'attache à 
toi? répondit le brahmane ; je désire, en m'appuyant sur toi, obtenir ma 
nourriture. — Le maître de maison Anàthapindada n'eût pas plus tôt entendu 
ces paroles, qu'il lui fournit tout ce qui lui était nécessaire. 

Unjour lemaître de maison Anàthapindada l'emmenaavec lui à Jetavana. Le 
maître de maisonavait coutumed'aller un certain jour aveccinq cents serviteurs 



' dette resUlulion du libélaia hvtson-t/rus-kyi-i-tsal-dang-ldan-pa estcerlaiae\ elle est fournie par 
l'.\vadàna-çataka dout le troisième récit est semblable, mais non identique à celui-ci. 



390 ANNALES DD MUSEE GDIMET 

balayer le parc de Jetavana. Mais im jour, il lui survint une affaire, et il 
envoya le brahmane (à sa place) : — Va, lui dit-il, et balaie Jetavana. — Le 
maître de maison partit (pour ses affaires) ; et le brahmane s'installa pour 
balayer Jetavana. 

Alors Bhagavat fit une réflexion : Ce brahmane aura une pensée qui ne se 
détournera plusd(3 laBôdhi parfaite et suprême. — Voilà connaent Bhagavat 
Ta comblé de bénédictions de cette façon peu apparente en lui faisant faire 
un petit balayage. Le soleil, après avoir accompli son ti-ajetse coucha joyeu- 
sement; et le brahmane se dit : je ne retournerai [-as à Gràvastî. Il se prépara 
donc un lit pour la méditation dans Jetavana. 

Alors Bhagavat dit à l'àyusmat Ananda: Va, Ananda, le lit de cebrahmane 
est établi dans Jetavana. Toi donc , tiens-toi près de lui et réponds à toutes 
les questions qu'il te posera. 11 y a plus; je fais (d'ordinaire) aux Bhixus cette 
recommandation : Bhixus, appliquez-vous à cacher vos vertus et à confesser 
vos vices*: c'est là mon enseignement. Néanmoins, par compassion pour ce 
brahmane, dis-leur de ma part: que chacun de vous montre les actes de la 
puissance surnaturelle qu'il lui a été donné d'obtenir. — L'àyusmat Ananda 
répondit: Bhagavat, il en sera ainsi. 

Alors l'âvusmat Ananda donna cet ordre aux Bliixiis: Un brahmane réside; 
rassemblez-vous près du ht où il repose. Alors, pendant qu'il était là assis, 
les Bhixus se mirent à lui faire les uns certains actes de la puissance surna- 
turelle, d'autres des actes différents. A cette vue, le brahmane questionna 
l'âvusmat Ananda : Vénérable Ananda, qui sont ceux-ci dont la puissance 
surnaturelle est si grande, et qui font do si grands actes de la puissance 
surnaturelle ? — Gesont des auditeurs de Bhagavat, répondit ràyusmat Ananda. 

Alors ce brahmane fit cette réflexion : Si les disciples ont de telles perfec- 
tions, que serait-ce si je voyais le Gramana Gautama? à quoi ressemble-t-il? 

Alors Bhagavat produisit une pensée du monde : - Oh ! (dit-il) il serait bon 
que les quatre grands rois vinssent au commencement de la nuit pour me 
voir; il serait bon que le roi des dieux Çatakratu vînt à minuit pour me voir; 



' Phrase célèbre, signalée pai- Buruouf et souvent oilée d'après lui. Elle doit être répétée fréquemment; 
notre passage lui-même le donne à entendre. C'est cependant la seule fois que je l'aie rencontrée dans 
un texte. 

' Voir ci-dessus, p. 57, te\le et note. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR SQi 

il serait bon que Bralima, le roi suprême et indépendant, vînt à l'aurore pour 
me voir. — Donc, en vertu de ce mouvement du cœur produit par Bhagavat, 
les quatre grands rois, Çatakratu le roi des dieux, Brahmâ le roi suprême et 
indépendant vinrent successivement voir Bhagavat. Le brahmane les avant 
vus, questionna Tâjusmat Ananda : Vénérable Ananda, qui sont ceux-ci qui 
ont un tel air?- KâvusmatAnanda répondit: Ce sont les quatre grands 
rois, le roi des dieux Çatakratu, le roi suprême et indépendant Brahmâ, tous 
venus pour voir Bhagavat. 

Le brahmane n'eut pas j.lus tôt entendu ces paroles qu'il eut une grande 
joie au sujet de Bhagavat. L'obtention d'une condition pareille même en 
songe est déjà une vue (réelle). Oh! dit-il, puissé^e apparaître dans le 
monde en qualité de Buddha ! - Il fit alors cette réflexion: ce n'est pas par 
un simple désir du cœur qu'on peut arriver à une condition pareille C'est 
seulement après avoir fl.it des dons et acquis des mérites que je ferai un vœu 
pour la Bodh. parfaite et suprême. Cette réflexion faite, dès le matin, il reprit 
le chemin de Çrâvastî après avoir adoré avec la tête les pieds de Bha-avat 
(En même temps) le maître de maison Anàthapindada avec une suite de 
c.nqcentsserviteurs serendaità Jetavana; il aperçut deloin le brahmane Dès 
qu'il le vit, il lui dit: Brahmane, as-tu vu à Jetavana quelque chose des 
lois qui se manifestent par d'étranges merveilles? - Alors le brahmane 
raconta tout au maître de maison Anàthapindada. 

Le maître de maison Anàthapindada dit ensuite au brahman,.; Brahmane 
puisque tu as vu de telles manifestations merveilleuses et étranges que 
désires-tu faire? Le brahmane répondit; J'aspire à la Bôdhi parfaite et 
suprême, mais il ne suffit pas d'un mouvement du cœur pour arriver-à une 
telle condition. Je désire, en accordant des aumônes, foire des dons et 
acquérir des mérites. 

Le maître de maison Anàthainndada n'eut pas plus tôt entendu ces paroles 
qu'il lui donna une grande masse de richesses. 

Ce brahmane invita donc le Buddha et la Confrérie des bhixus pour trois 

™°'^ ('grande, vœu, prédiction comme ci-dessus). Tu seras le 

bienheureux Buddha Acok.^». Telle fut sa déclaration. 

i II ne peut y avoir de doute sur cette restitution du nom tibélaia Mya-ngan-med. 



392 ANNALES nu MUSÉE GUIMET 



5. Le faible 



La scène est à Çràvasti. — Le maître de maison Auàthiiiiiiulada avait eu 

sept fils en tout : il leur avait donné des noms conformes à sa famille, etc 

(Educalinn.)... 

Un jour le maitre de maison Auàthapindada tit cette rétli'xion : 11 faut que 
je fasse entrer ces enfants dans une société d'Amis ; mais il faut les faire entrer 
parmi ceux qui ont la foi, et non parmi ceux qui n'ont pas la foi. Car si on 
les introduit parmi ceux qui n'ont pas la foi, ceux ci s'empareront d'eux, et 
ils n'auront plus de vues conformes à la doctrine du Buddha. Ces réliexions 
faites, il les introduisit dans la société des Amis du Buddlia. 

Ceux qui formaient la société des Amis non croyants n'avaient de goût 
que pour les danses, les promenades en ville, les actions blâmables. Les fils 
du maître de maison Anàthapindada étaient de la société des Amis des gens 
vertueux, ils s'attachaient toujours davantage au Buddha, à la Loi, à la Con- 
frérie, ils n'avaient de goût que pour la retraite et l'audition delà loi. 

Or, dans cette (ville) de Çrâvastî, il _v avait un fils de brahmane pauvre, de 
peu de ressources pour vivre. 11 se prit à penser: Si je m'affiliais à une 
société d'Amis, je serais soutenu par eux, et je pourrais ainsi trouver ma 
vie: il faut essayer. — ■ Cette réflexion faite, comme il désirait entrer dans la 
société des Amis des gens vertueux, il fit cette question : Que faut-il verser 
pour avoir le droit d'entrer parmi vous? — Cinq cents kàrsàpauas, répon- 
dirent-ils, tel est le droit d'entrée exigé pour qu'on soit des nôtres. — Où 
trouverai-je cinq cents kàrsàpanas? reprit le fils de brahmane. — Si tu es 
1 iche et que tu aies assez et même davantage, il n'y a qu'à avoir la bonne 
volonté de donner. — Je suis pauvre et j'ai de la peine à vivre, en sorte que 
je ne puis donner cette somme. 

Alors les fils du maitre de maison Anàthapindada dirent : Si tu as foi dans 
l'enseignement de Bhagavot, nous te donnerons cinq cents kàrsàpanas. Le 
fils de brahmane répondit : mais je ne connais pas les qualités de ce Grâmana- 
Cîautama; quelles sont les qualités de ce Grâmana (xautama ? — Alors les 
fils du maître de maison Anàthapindada firent à ce fils de brahmane l'éloge 
du Buddha. 

Aussitôt qu'il l'eut entendu, le fils de brahmane éprouva une grande joie 



FRAGMENTS TRAT)UITS DU KANDJOtIR 393 

au sujet du Buddha. Sous l'impulsion de cette joie, il dit: j'entrerai dans 
votre société, je vais en refuge dans le buddha, la Loi et la Confrérie. Les fils 
d'Anàthapindada entendirent le fils de brahmane tenir un semblable discours, 
et, l'ayant entendu, ils lui donnèrent plusieurs fois cinq cents kârsâpanas. Le 
fils de brahmane entra donc dans leur société. 

Un jour, ceux qui formaient la société des Amis eurent une idée: Invitons 
dirent-ils, le Buddha avec sa Confrérie de bhixus pendant trois mois, et 
honorons-les en leur fournissant toutes les choses nécessaires. Là-dessus 
quelques-uns dirent : nous ne pouvons pas faire cela tous ensemble pendant 
les trois mois complets, à moins de nous partager la tâche. Il faut donc que 
nous ofl'rions le repas successivement à tour de rôle. — Le fils de brahraani'' 
dit : Quant à moi, je suis pauvre, j'ai de la peine à vivre, je ne puis prendre 
part à ce roulement. — Quelques-uns dirent : Celui-ci ne peut offrir le l'epas 
au Buddha et à sa Confrérie ; il faut l'expulser du milieu de nous. Le fils 
de brahmane fit cette réflexion: Parmi ceux-ci, il y a telle chose à laquelle 
je ne puis participer, telle chose à laquelle je puis participer : ce n'est donc 
pas mon lot de sortir du milieu d'eux. Cette réflexion faite, il dit : je 
prendrai mon tour le dernier; mais tous les restes que vous laisserez, 
donnez-les-moi. Les amis (|ui formaient la société lui diront : Quel plaisir 
auras-tu à cela ? 

Cependant ils invitèrent le Buddha et sa Confrérie de bhixus pour trois 
mois; et, à tour de rôle, ils offrirent au Buddha et à la Confrérie des bhixus 
tout ce qui leur était nécessaire, trois mois durant ; et tous les restes qu'ils 
laissèrent, ils les donnèrent au fils de brahmane. Le fils de brahmane 
rassembla tous ces restes; d'autres lui donnèrent des kàrsàpanas, d'autres 
donnèrent chacun une chose en oflrande. 

Le dernier jour arrivé, il invita dans sa maison le Buddha avec la confrérie 
des Bhixus, il convoqua aussi le roi Prasenajit, le maître de maison Auà- 
thapindada. Cette même nuit, il orna le cliemin, il orna la ville; cette mémo 
nuit, il prépara en abondance des aliments et des breuvages purs et bons. Le 
matin, de bonne heure, il se leva, prépara des sièges, prit un bain, et fit 
annoncer à Bhagavat qu'il était (midi), l'heure du repas : Vénérable, l'heure 
du midi est arrivée, c'est le repas. Bhagavat est prié de songer que c'est 
maintenant (l'heure) et de venir. — Telle fut sa convocation. 

Ann. g. — B 50 



394 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

Cependant Bhagavat, au matin, revêtit sa tunique et son manteau, prit en 
main son vase à aumônes, et, suivi d'une escorte nombreuse de Bhixus, suivi 
de la Confrérie, il se dirigea vers la demeure du fils de brahmane. Quand il 
y fut arrivé, il s'assit sur un si(''g(> préparé au milieu de la Confrérie des 
bhixus. 

Alors le lUs de brahmane, cuniprenant que le Buddha et la Cconfrérie des 
bhixus étaient installés, les rassasia avec des aliments et des breuvages 
purs, excellents et abondants, servis de sa propre main. Après avoir donné 
ce qui leur plaisait, il offrit à Bhagavat des vêtements de grand prix, et à 
chacun des Bhixus un vêtement de coton.. Après quoi, il fit un vœu pour la 
Bôdhi parfaite et suprême... (ro:H et -prédiction)... 

Tu seras le bienheureux Buddha Sancayakar.s. ^ (qui rassemble). Telle fut 
sa déclaration. 

(S. Lot ns (I) 2 

C'était à Çravasti, sous le règne de Prasenajit. Un jour, il vint pour voir 
Bhagavat, et, après lui avoir offert des parasols, des poudres, des parfums, 
des fieurs, il s'assit en face de lui pour entendre la loi. 

Dans ce temps-là, un lotus naquit hors de saison dans l'étang de lotus d'un 
terrain placé sous la surveillance d'un jardinier qui fit cette réflexion : Un 
jour, le roi Prasenajit a, par trois fois, offert au Gramana- Gautama des 
parasols, des poudres, des parfums, des fleurs pour l'honorer. Il faut que moi, 
je lui offre ce lotus. — Cette réflexion faite, il prit ce lotus et se dirigea vers 
Çràvastî. 

A ce moment, un fidèle de Nàrayana était occupé à fliirc des offrandes à 
tous les (êtres) merveilleux. Il vit venir cet homme portant un si beau lotus 
né hors de saison et lui dit : Eh! homme, donne -moi ce lotus! 11 faut que 
je l'offre au bon Nàràjana; je t'en donne cinq cents kàrsùpanas. 

En même temps, passait le maître de maison Anàthapindada allant avec 
une troupe de cinq cents serviteurs pourvoir Bhagavat. Le maître de maison 
entendit le bruit des paroles de cet homme : ce qui lui fit faire la réflexion 



' Restilulioii ires doilieuse du nom Sauskril d'iipi'és le libétaia hthun-mdiad. 
' Il y a deux récils portant le même intitulé ; Padma (lotus). 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.IOUR 395 

suivante : Voilà un homme qui suit un faux enseignement, et il ofîVo un tc-l 
prix en vue d'une offrande à Nàràyana! Pourquoi n'offrirais-je pas un prix 
assez élevé pour acheter cet objet et l'offrir à Bhagavat? — Il dit donc au 
jardinier: Je te donne mille kârsâpanas, livre-moi le lotus. 

Ces paroles excitèrent l'amour- propre de l'adhérent de Nàràyana qui 
promit d'en donner deux mille ; et ainsi cjs deux hommes, enchérissant l'un 
sur l'autre, montèrent jusqu'à la somme de cent mille kârsâpanas. 

Alors le jardinier dit : Un maître de maison tel que Anàthapindada en est 
venu pour un seal homme à cent mille kârsâpanas ! Il faut que ce Lhixu 
Gautama soit un grand personnage, certes ! Pourquoi n'irais-je pas moi- 
même offrir (ce lotus) à Bhagavat ? Ces réflexions faites, le jardinier dit au 
maître de maison Anàthapindada: Maître de maison, je n'ai que faire de tant 
de richesses: je vais moi-même faire l'offrande à ce Bhagavat. — Et prenant 
le lotus, il se rendità Jètavana. 

Le jardinier aperçut d ^ loin le bienheureux Buddha ; cette vue lui causa 
une joie extrême. Plein de joie, il se rendit au lieu où était Bhagavat, adora 
avec la tête les pieds de Bhagavat et jeta (le lotus) au-dessus de lui pour le 
lui offrir. Par la puissance de Bhagavat, ce lotus se transforma en roue de 
char qui marchait quand Bhagavat marchait, s'arrêtait quand il s'arrêtait. 

Alors le jardinier, voyant ce prodige, eut en Bhagavat une foi encore 
plus grande, et fit un vœu en vue de la Bôdhi parfaite et suprême... (Vœu et 
prédiclion.)... Tu sera le bienheureux Buddha Padmo tama '. Telle fut la 
déclaration . 



C'était à Çrâvasti. En ce temps-là, il y avait à Çrâvastî uu jardinier dans 
l'étang duquel un lotus naquit hors de saison. — Il se dit: Il faut que j'offre 
ce lotus au roi Prasenajit, il sera pour moi une source abondante de 
richesses. Il l'emporta donc et se dirigea vers le palais du roi. 

Le bienheureux Buddha... (Toiile -puismnce et Miséricorde des 
Biiddhas.)'.. . l'aperçut. 

' Restilulion facile du tibétain Padma-i hla-ma, et d'ailleurs rendue certaine par le texie sanskrit 
de l'Avadàna-çalaka, dont le septième récit est semblable, mais non identique à celui-ci. 

* n y a ici un développement très long (jue je passe parce qu'il est répété fort souveat et n'est pas 
spécial à ce récit. 



396 ANNALES DU MDSÉE GDIMET 

Alors lo biouln'iiroux Biuldha fit ciHto réflexion: Mainteuaiit ce jardinier 
a conçu une pensée qui ne se détournera plus de la Bôdlii parfaite au-dessus 
de laquelle il n'y a rien. — Cette réflexion faite, dès le matin, il mit sa 
tunique et son manteau, se munit de son vase à aumônes et entra dans 
Çràvastî pour y mendier. 

Alors ce jardinier aperçut de loin le bi-'ulieureux Baddlia, etc. ; en le 
voyant, il éprouva une joie très vive à propos de Bha.ïavat. Pénétré de cette 
joie, il se dit: Si j'abandonnais le roi Prasniajit pour faire une offrande 
à Bhagavat ! — Il jeta son lotus en l'air au-dessus de Bhajavat; aussitôt, 
par la puisssance de Bhagavat, ce lotus se transforma eu roue de char qui 
s'avançait quand Bhagavat marchait, restait fixe quand il s'arrêtait. 

A la vue de ce prodige, le jardinier éprouva une joie encore plus forte à 
propos de Bhagavat, et il fit un vœu pour la Bôdhi parfaite et suprême... 
(Vœu et prédiction.)... — Tu S"ras le bienheureux Buddha Uttama ^ — 
Telle fut sa prédiction. 



C'était à Çràvasti. — 11 y eu avait en ce temps-là à Çràvasti un maître de 
maison riche, etc.. Le maître de maison était d'un naturel charitable, 
compatissant, doux et bon pour tous les êtres, enclin à donner, également 
empressé à voir tous ceux en qui il y avait quelque chose de merveilleux, et 
ayant pour le don des dispositions d'esprit toujours les mêmes. 

Au temps (voulu), il faisait une grande oflVaude. Gomme il préparaît la fête 
et examinait tout avec le plus grand soin, chacun se disait : Après avoir bien 
regardé, c'est moi qu'il approuve ; quant aux autres, il les blâme. — Et nul 
ne pénétrait la pensée du maître de maison. 

Ensuite, ce maître de maison entendit un jour l'éloge de Bhagavat. Cette 
pensée lui vint alors à l'esprit : Celui-ci a compris toutes les lois, ce Bha- 
gavat est certainement arrivé à l'omniscienc^. — Telle fut sa réflexion. — 
Aussitôt qu'il eut entendu l'éloge de Bhagavat, celte idée se forma en lui : Eh 
mais ! n^ serait-il pas à propos de faire venir Bhagavat dans le lieu où je fais 
mon oflîVande? 

s* Restitution i peu près cei'taine Ju tibitain Hla-ma, Toutefois ce poui'rait éti-e aussi Uttai'a. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 397 

En même temps, Bhagavat pensa: Il faut que je fasse naître des racines 
de vertu chez ce maître de maison; c'est absolument nécessaire. Ce sera le 
point d'appui pour sa conversion qu'il faut accomplir en présence d'une grande 
assemblée. — Ces réflexions faites, il disparut de Jetavana et apparut dans le 
lieu où le maître de maison faisait ses offrandes. 

Alors ce maître de maison aperçut de loin le bienheureux Bucklha. Cette 
vue lui inspira une vive joie; par l'effet de cette joie, il se rendit près de 
Bhagavat, adora avec sa tète les pieds de Bhagavat et parla ainsi à Bha- 
gavat : Oh! puisque Bhagavat est venu dans le lieu où je fais mon offrande, 
je demande à l'en faire protiter. Bhagavat accepta par son silence. 

Quand le maître de maison vit que le Buddha était bien installé avec 
la Confrérie de ses bhixus, il réunit de sa propre main en abondance des 
aliments et des breuvages purs et bons, leur en donna autant qu'ils en 
voulurent, puis s'assit devant le Buddha pour entendre la loi. 

Alors Bhagavat provoqua une aspiration à laBodhi parfaite et suprême. Le 
maître de maison éprouva donc un désir pour la Bodhi parfaite et suprême, et 
invita le Buddha avec la confrérie de ses Bhixus pour trois mois. Il pourvut 
Jetavana de tout l'appareil nécessaire et honora le Buddha et toute la 
compagnie des Bhixus, en mettant à leur disposition tout ce qui leur était 
nécessaire ; le dernier jour, après avoir nourri le Buddha et la confrérie des 
Bhixus de mets à cent saveurs, il offrit à Bhagavat un vêtement valant cent 
mille pièces de monnaie et à chacun des autres Bhixus une paire de vêtements 
de coton. Après quoi, il fît un vœu pour la Bodlii... (Vœu et prédiction.)... 
tu seras le Buddha Sudarçana' (qui voit bien)... Telle fut sa déclaration. 

9 . Le Joyau 

C'était à Çràvastî.En ce temps-là, un capitaine de navire partit de Çrâvastî 
avec un chargement et se rendit sur l'Océan. Ce capitaine avait été choisi 
pour chef à des signes certains (?), et il emportait avec lui des marchan- 
dises, des chamelles, des ânes, etc. 

Quand il fut à la grande porte extérieure de Çrâvastî, qu'il se trouva sur le 
grand chemin, cette pensée lui vint alors à l'esprit: Si je reviens de l'Océan 

* Ti-aJuctiun probabile. mais hypothélique, du tibétain letjsmlkony. 



398 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

sans encombre, à bon port, et que je rentre après avoir réalisé le dessein de 
ce voyage sur l'Oeéan, je célébrerai à cette porte la fètt^ de la Porte, je celé 
brerai sur le chemin la fête du Chemin. — C'est ainsi qu'il parla; il s'avança 
ensuite sur l'Océan. 

Il réussit à atteindre l'île des Joyaux. En débarquant et en sortant du grand 
Océan, (quand il fut) sur le bord, il se prit à penser : Moi, mon navire, tout ce 
que j'ai, nous avons pu tenir sur l'Océan ; il faut donc que, après que j'aurai 
amassé de grandes richesses, j'honore sur ce rivage de l'Océan les dieux de 
l'Océan et les dieux qui résident dans le bateau. En conséquence, il rendit 
sur le bord de l'Océan de grands honneurs aux dieux et reprit (ensuite) le 
chemin de Çrâvastî. 

En avançant de proche en proche et marchant toujours, il atteignit Çrâvasti 
et se mit à faire de grandes offrandes à cette porte extérieure et sur ce 
chemin (où il avait fait un vœu) ; il demeura donc là, faisant des dons et 
acquérant des mérites. Réunissant un grand amas de joyaux, il passa le temps 
à faire des libéralités aux Çiamai as, aux Brahmanes, aux voyageurs, aux 
parivrajakas, aux ascètes, et aux misérables. 

Le bienheureux Buddha... (Tou/e science el misèficorde desBiidd/iasJ... 
l'aperçut. 

Bhagavat pensa : le capitaine aura une pensée qui ne se détournera plus de 
la Bodhi suprême. — Cette réflexion faite, avant midi, il se revêtit de sa 
tunique et de son manteau, prit en main son vase à aumônes, accompagné 
d'une suite nombreuse de Bhixus, suivi de la Confrérie des bhixus et entra 
dans Çrâvastî par cette même porte. 

Le capitaine vit de loin le bienheureux Buddha orné de trente-deux 

signes,, etc Cette vue fît naître en lui une grande joie. En conséquence de 

cette joie, il jeta les joyaux à pleines mains pour les offrir à Bhagavat. Par 
la puissance du Buddha, ces joyaux se groupèrent au-dessus de Bhagavat 
sous la forme d'une inaison volante, qui s'avançait quand Bhagavat marchait, 
restait fixe quand il s'arrêtait. 

A la vue de ce prodige, le capitaine eut une joie encore plus grande. Par 
suite de cette augmentation de joie, il adora les pieds de Bhagavat et dit: Je 
désire offrir pendant trois mois à Bhagavat et à la confrérie des Bhixus des 
vêtements, des mets, des lits, des sièges, des remèdes, des médicaments. Je 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 399 

prie Bhagavat d'y consentir. —Bhagavat acquiesça par son silence à la 
demande du capitaine. 

Alors le capitaine, comprenant (pioBijagavat avait acquiosco par son silence, 
fit tous les préparatifs nécessaire dans Jetavana, et, pondant trois mois, il 
honora le Buddlia et la Confrérie des bhixus en leur donnant tout le néces- 
saire. Le dernier j(jur, il nourrit le Buddha et toute la Confrérie des bhixus 
avec des mets à cent saveurs; il offrit à Bhagavat un vêtement valant cent 
mille (pièces de monnaie) et à chacun des autres bhixus une paire d'étoffes de 
coton. 11 lit alors un vœu pour la Bodhi parfait.- et suprême... (vœu et pré- 
diction J...T\i seras le bienheureux Buddha Ratnosnisavat * (qui a un joyau 
pour iisnisa ou protubérance du sonnnet de la tête). — Telle fut sa déclaration. 



iO. La richesse 



C'était à Çrâvasti. En ce temps-là, il y avait À Çrâvastî un maître de 
maison qui prit une femme de même caste que lui... (mariaf/e, naissance 
(TuH fih, imposition de nom, j'^i'emière éducation)... 

Quand l'enfant devenu grand, il apprit la lecture (et l'écriture) le calcul 
mental la numération parlée et écrite (?). le calcul sur les doigts, l'art d'exph - 
quer. de dissimuler, de développer, l'estimation des habits, des joyaux, des 
pierreries, des parfums, des remèdes, des éléphants, des chevaux, des armes. 
Possédant bien l'ali)habet, versé dans les livres, il était instruit, éclairé, 
réfléchi, accompli dans les huit espèces de recherche ou (d'estimation) 2, 

Un jour, il emporta des marchandises pour se rendre sur l'Océan, et revint 
après avoir atteint le but de son grand voyage sur l'Océan. 

(Pendant son absence), le maitre de maison s'étant attaciié au maitre de 
maison Anâthapindada, en vint à croire à l'enseignement de Bhagavat. 
accepta le (triple) refuge et le^ bases de la doctrine. 

Un jour donc, le maître de maison invita le Buddha avec la confrérie 
des Bhixus à venir dans sa demeure. Après les avoir rassasiés, en les 
servant lui-même, de mets et de breuvages purs, exquis, abondants, et leur 

' Reslilution hypothétique du libélain Rin-chen-i^tsug-tor-can. 

2 Ces huit espèces cTestimalion semblent désigner les huit choses qui viennent d'élre ènumérées- le 
inot que je rends par ., estimation ,> (hvtag) doit peut-être se prendre dans un sens plus lar-e'- il 
s appliquerait a la connaissance raisomiée de tout ce qui se rapporte auxdils objels ° ' 



400 ANNALES DD MDSÉE GUIMET 

avoir offert ci:- qu'ils désiraient, il s'assit devant le Buddha pour entendre 
la loi. 

Bhagavat, connaissant à fond les dispositions de ce maitre de maison, son 
état mental, son tempérament, sa connaissance, sa nature, lui adressa une 
instruction sur la loi en rapport avec ses tendances, en sorte que ce maitre 
de maison, avec son entourage, sur le tapis même où il était assis, ayant 
brisé avec la foudre de la connaissance supérieure les vingt sommets de la 
montagne qui fait considérer le groupe de ruines* comme une demeure 
(assurée), atteignit le fruit de Çrota-àpatti. 

Avant donc vu la vérité, il venait fréqueia:nent à Jetavana pour entendre 
la loi de la bouche de Bhagavat. Chaque fois il songeait à son fils et se disait : 
Oh ! s'il venait ici et obtenait la foi dans l'enseignement de Bhapavat, ne lui 
siérait-il pas d'acquérir aussi de telles lois ? 

Or, un jour, le fils du maître de maison, ayant réussi dans son voyage 
sur l'Océan, revint et déposa ses richesses dans un magasin, puis se rendit 
en toute hâte à la maison pour voir son père et sa mère. Le père et la mère 
étaient partis pour Jetavana, afin d'entendre la loi. — A cette nouvelle, il 
se rendit lui-même à Jetavana. Quand il y fut arrivé, il se dit : Il faut que 
je voie mon père et ma mère ; en même temps, il voit son père et sa mère 
assis devant Bhagavat pour entendre la loi. Dès qu'il les eut vus (dans cette 
attitude), il se dirigea du côté où était Bhagavat, adora avec la tète les pieds 
de Bhagavat; puis, avoir embrassé son père et sa mère, il s'assit devant 
Bhagavat pour entendre la loi. 

Alors Bhagavat prononça devant c't enfant un discours propre à faire 
naître le désir de la Bôdhi parfaite, accomplie et suprême. Aussitôt que 
l'enfant l'eut entendu, le désir de la Bôdhi parfaite et suprême naquit en lui. 
Après avoir entendu la lui de la bouche di' Bhagavat, le maître de maison 
s'en retourna chez lui avec son fils. 

Une fois rentrés, les deux (parents) dirent à leur fils : Mon lils, que nous 
as-tu rapiiorti' de l'Océan ? — Desjnyauxde grand prix, répondit l'enfant. — 
Le père et la mère reprirent : Toi, mon flls. quand tu étais sur la mer, tu 

' Ce gi'oupe de ruines est le niOEide ou (ilutùt le corps ; car c'est ordinairement le corps qui est cité 
dans celle phrase très souvent repreduite. Le mot du texte libélaiii est hjig^', qui signifie « terreur » ; 
mais je lis hjiy, « ruines, « qui offre un sens plus satisfaisant. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 401 

as savouré des milliers de doideurs à satiété; nous, en restant ici, nous avons, 
avec peu de peine, obtenu des jovaux d'un prix immense. — Eh bien ! que's 
sont les joyaux de grand prix qu'on peut obtenir avec peu de peine ? reprit 1 ? 
flls. — Alors le père et la mère lui expliquèrent les qualités (dont ils étaient 
investis) l'un et l'autre. 

L'enfant ne les eut pas plus tôt entendus que la joie qu'il éprouvait à cause 
deBhagavat devint plus forte (que jamais). Sou'^ l'impulsion de cette joie, il se 
rendit au lieu où était Bhagavat, adora avec sa tête les pieds de Bhagavat, 
puis s'assit pour entendre la loi. 

Alors Bhagavat lui enseigna la loi d'une manière conforme à sa situation ; 
puis le fils du maître de maison, comprenant parfaitement l'à-propos du 
discours de Bhagavat, se leva de dessus son tapis, rejeta son vêtement de 
dessus son épaule et, faisant l'anjali du coté où était Bhagavat, parla ainsi 
à Bhagavat : Je désire offrir pendant trois mois à Bhagavat et à la confrérie 
des Bhixus des vêtements, des mets, des lits, des sièges, des remèdes, des 
médicaments; je prie Bhagavat de me manifester son acquiescement. 
Bhagavat manifesta son acquiescement par son silence. 

Comprenant alors que Bhagavat avait acquiescé en gardant le silence, il 

fit dans Jetavana tous les préparatifs nécessaires (Dons, — vœu — - 

prédiction)... Tu seras le bienheureux BuddhaUDAKAt'GHA' (((Flot d'eau »). 
Telle fut sa déclaration. 

11. P )■ Is de fo rce , 

C'était à Çràvasti que (Bhagavat) résidait. En ce temps-là, le roi du 
Pancâla septentrional et le roi du Pancàla méridional étaient tous les deux 
en grand désaccord, et de temps en temps, ils faisaient périr (dans la bataille) 
de grandes multitudes d'hommes. Le roi Prasenajit était leur ami commun, 
un allié, un compagnon . Le roi Prasenajit se disait donc : Parquelmoyen vien • 
drai-je à (bout de) les réconcilier ? — Cette réflexion lui vint alors à l'esprit : 
Bhagavat dompte les indomptables. Eh bien! je ferai une prière à Bhagavat. 

Il se rendit donc auprès de Bhagavat, adora avec la tète les pieds de 
Bhagavat et s'assit près de lui. Le roi Prasenajit parla ainsi à Bhagavat: 

' Reslitulion très problemaliqiie ihi nom sanskril d'après le libelain Chu-rlabs. 

Ann. g. - B tl 



^02 ANNALES DU MUSKE GUIMET 

Vénérable, le roi du Pancàla septentrional et le roi du Pancâla méridional 
sont en désaccord; à eux deux, ils font périr de temps en temps de grandes 
quantités d'hommes. Bhagavatdompteles indomptables; je prie Bhagavat. en 
raison de sa miséricordieuse compassion, de faire une tentative pour apaiser 
cette haine. Bhagavat acquiesça par le silence à la demande du roi Prase- 
najit. Le roi Prasenajit, comprenant que Bhagavat avait acquiescé, le loua 
hautement, et, rempli de joie, quitta Bhagavat après avoir adoré avec la tète 
les pieds de Bhagavat. 

Alors Bhagavat disiiarut de Jotavana et vint sur la frontière commune du 
Pàncala septentrional et du Pancàla méridional. Quand il y fut installé, il 
donna sa bénédiction à la (région) pour laquelle les rois étaient animés 
d'un esprit d'hostilité. 

Cependant le roi du Pancàla septentrional et le roi du Pancàla méridional 
mirent chacun en mouvement une armée composée de quatre corps, et s'avan- 
cèrent chacun de son côté pour combattre. Quand ils eurent engagé l'action, 
par la puissance du Buddha, ils se battirent mutuellement sans pouvoir 
réussir (à remporter une victoire complète) et, voyant que la force était à 
l'adversaire, ils montèrent chacun de son côté sur son char et se rendirent 
auprès de Bhagavat. Là, ils adorèrent avec la tète les pieds de Bhagavat et 
s'assirent près de lui. 

Bhagavat les bénit de manière à ce qu'ils ne se vissent pas l'un l'autre; 
puis il fit cette rétiexion : de ces doux (rois), l'un, après s"ètrc fait initier 
ù mon enseignement, verra l'état d'Arhat se manifester pour lui; l'autre 
aura une pensée qui ne se détournera plus de la Bôdhi parfaite et suprême. 

Cette réflexion faite, il adressa à Tun un discours sur les quatre vérités, à 
l'autre im discours de nature à provoquer le désir de la Bôdhi parfaite et 
suprême. 

Ensuite le roi du Pancàla méridional, s'étant levé de son siège, ayant 
Rejeté son manteau sur une épaule, et faisant l'anjali dans la direction de 
Ëhagavat, parla ainsi à Bhagavat: Vénérable, s"il est possible d'obtenir 
rinitiation à la loi et à la discipline bien enseignées, d'être reçu solennellement 
et revêtu du caractère de Bhixu, je demande à pratiquer le Brahmacarya 
en présence de Bhagavat. Alors Bhagavat dit: Bhixu, viens! — C'est en 
ces termes qu'il fut initié; il fut ensuite solennellement reçu, et l'instruction 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.JOUR 403 

ayant produit tout son eifet, à force d'énergie, d'activité, de zèle, il se 
débarrassa des Kleças, et l'état d'Arhat se manifesta pour lui. 

Le roi du Paucâla du Nord, s'étant levé de dessus son tapis, ayant rejeté 
son manteau sur une épaule, fit l'aujali en s'inclinant du côté où était 
Bhagavat, et parla ainsi à Bhagavat : Je désire fournir pour trois mois à 
Bhagavat et à sa confrérie de Bhixus des habits, des aliments, des lits, des 
sièges, des remèdes, des médicaments. Bhagavat acquiesça, par son silence, 
à la demande du roi du Pancâla du Nord. 

Voyant que Bhagavat avait acquiescé en gardant le silence, le roi du 
Pancâla du Nord invita Bhagavat avec sa confrérie de Bhixus à venir dans 
son pays, et, pendant trois mois, il offrit à Bhagavat et aux Bhixus de la 
confrérie tout ce qui leur était nécessaire. Quand il les eut honorés en leur 
fournissant tout le nécessaire, le dernier jour, il offrit à Bhagavat et à la 
confrérie des Bhixus des mets à cent saveurs; il offrit à Bhagavat un vêtement 
valant cent mille (pièces de monnaie) et àchaqueBhixu un double vêtement 
de coton. Après quoi il fît un vœu pour la Bôdhi parfaite et suprême. . . (Vœu 
et prédiction)... Tu seras le bienheureux Buddha Vijaya*. Telle fut sa 
déclaration^. 

Nota. — Sur ces onze récits, il y en a quatre qui ont leur équivalent dans le premier 
chapitre de l'Avadàna-Gataka. Ce sont: l°Pûrna, — 3° le Paresseux, — 6° le Lotus, — 
11" Pris de force. — La rédaction de l'Avadâna-Çataka difiére notablement de celle du 
Karma-Çataka. — Le Lotus (Padma) 7° récit de l'Avadana-Çataka (répondant au 6" 
du Karma-Çataka) a été traduit par Burnouf dans l'Introduction à l'histoire du 
Buddhisme indien, p. 178-182 de la réimpression. 



1 Restitution certaine du Tibétain vnam-par rgyal-va fournie directement par l'Avadàna-Çataka 
où se trouve une autre version de ce thème. 

2 II est à remarquer que cet épisode de la réconciliation des deux rois de Pancâla est cité par Csoma 
de Kôrcis dans son article intitulé : « Notes sur la vie de Çàkya extraites des documents tibétains » 
(voit Asiatic Researches, tome XX, p. 295). Csoma intervertit les conditions nouvelles respectivement 
faites aux deux rois. Est-ce inadvertance ? Ou s'est-il appuyé sur une autre rédaction î II ne dit pas ou 
il a puisé ses renseignements. 



vil 



LES OUATRE CHARS 



Les textes qu'on vient de lire contiennent des prédictions de laBodhi. En 
voici quelques-uns. en moins grand nombre, qui contiennent la prédiction de 
la Pratyekabodhi qu'on peut appeler la seconde Bodhi ou la Bodhi du second 
degré; ils sont empruntés au même recueil, le Karma-Çataka. Ils se distin- 
guent des précédents à la fois par une simplicité et par une complication plus 
grandes. La simplicité consiste dans l'acte de dévotion (pii vaut nu liéros du 
récit la récompense promise; cet acte est desplus insignifiants et est raconté en 
peu de mots. La complication consiste dans l'intervention du rire duBuddha; 
car, dans les récits qu'on va lire, le Buddba rit chaque fois qu'il prédit la 
Pi'atyekabodhi, tandis qu'on ne l'a vu rire dans aucun de ceux où il prédit 
la Bodhi. Cette différence entre les deux espèces de prédiction n'existe que 
dans le Karma-Çataka. L'Avadàna-Çataka fait rire le Buddlia dans un cas 
comme dans l'autre. 

Voici maintenant la traduction de nos textes; ils sont au uuiubrede quatre, 
et forment le début du chapitre II du Karma-Çataka. Ils ont tous un même 
intitulé « char » (sk. ratha, tibétain çing-vfa) qu'il est inutile d'expliquer; 
la lecture des récits le fera comprendre. 

— Mdo XXVII, 3. (folio 77-80). — 
1. Char premier 

Résidence à Çrâvasti, etc. En ce temps-là, un Brahmane désireux défaire 
une offrande monta sur un char et entra dans Cràvasti. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDIOUR 405 

Bhagavat aussi, de grand matin, ayant demandé sa tunique et son manteau 
religieux, muni de son vase à aumônes, entra dans Çrâvasti pour mendier. 

La joie naquit dans le (cœur du) Brahmane qui s'en alla après avoir fait 
le pradaxina à Bhagavat. 

En ce moment, Bhagavat fit un sourire : Or, c'est la règle, quand les Bud- 
dhas rient... (Dfsav'j^tion du rire des Biiddhas. — Demande d'Ananda* .) 

Bhagavat dit : Ananda, as-tu vu ce Brahmam^ qui s'en est allé après avoir 
fait le pradaxina au Tathâgata ? — Vénérable, je l'ai vu. — Ananda, ce Brah- 
mane, à cause de cette racine de vertu, sera pendant treize kalpas exempt de 
tomber dans la mauvaise voie; durant treize kalpas, il ne reprendra vie que 
parmi les dieux et les hommes. Après avoir parcouru la cercle (de la transmi- 
gration), arrivé à sa dernière existence, à sa dernière résidence, sous la forme 
humaine, il se fera initier, et sans docteur, sans instruction, il fera apparaître 
les trentre-sept lois inséparables de la région de Bodhi; la Bodhi des Pra- 
tyekabuddhas se manifestera pour lui : il sera le Pratyekabuddha pradaxina- 
KARA 2 . Telle est la loi du dmi di' ce (Brahmane). 

2. Char de iixicme 

Séjour à Çrâvasti, etc. En ce temps-là, un fils de Brahmane ayant fait une 
offrande était monté sur un char; et en faisant tourner les roues, il rentra 
dans -Çrâvasti. Bhagavat, de ?on côté, se trouvait à Çrâvasti; il y avait 
recueilli des aumônes et sortait de Çrâvasti pour rentrer (au ^'ihàra). La joie 
naquit (dans le cœur) de ce (jeune Brahmane) et il regarda Bhagavat. 

En ce moment, Bhagavat fit voir un sourire. Or, c'est la règle quand les 
bienheureux Buddas font voir le sourire. .. (Description du rire des Buddhas. 

— Demande d' Ananda)... Ananda, as-tu vu ce Brahmane en qui la présence 
du Tathâgata a fait naître la joie, et qui l'a regardé ? — Vénérable, je l'ai vu. 

— Ananda, ce Brahmane, à cause de cette racine de vertu, sera, pendant 
treize kalpas, exempt de tomber dans la mauvaise voie... (comme ci-dessus) . 
Il sera le Pratyekabuddlia nanda^. Telle est la loi du don de ce Brahmane. 

' C'est la description qu'on a vue plus haul(p. 300-U el qui est repétée toujours dans les mêmes termes. 
Je passe aussi la longue demande faite par Ananda pour avoir l'explication du rire, développement qui 
est en quelque sorte l'appendice de la description da ce rire. 

- « Qui fait le pradaxina. » Je restitue le mot sanskrit d'après le tibétain skor-byed. 

3 Joie ; » restitution d'après le tibétain dfiah-va. 



40(i ANNAI.es du MUSEE GUIMET 



3. Char t roisième 



Séjoui" à Çràxasti, etc. De bon matin, Bliagavat, ayant demandé sa 
tunique et son mantiau de religieux, muni de sou vase à aumônes, vint à 
Çràvasti pour mendier. 

Un Brahmane, de son coté, monté sur un char, parcourait le pays, et v 
arriva aussi. 11 aperçut Bliagavat: Malédiction! pensa-t-il, et il se mit à 
fuir de ci et de là (pour l'éviter) ; et Bliagavat, par compassion pour lui, de 
le suivre partout où il était. Enfin, comme Bliagavat se trouva devant lui eu 
un clin d'œil aux quatre portes de la ville, il fit cette réflexion : ce Gra- 
mana Gautama a un grand pouvoir surnaturel, une grande puissance. — 
Quand il eut fait cette réflexion, la joie à cause de Bhagavat naquit en lui : 
cette joie étant née en lui, il jeta au-dessus de Bliagavat une poignée de 
fleurs. 

A cette occasion, Bhagavat fit voir* un sourire... (Rire des Buddhas et 
question d'Ananda.) 

Ananda, as-tu vu ce Brahmane qui a offert des fleurs au Tathâgata — 
Vénérable, je l'ai vu. — Ananda, ce Brahmane, par cette racine de vertu 
sera pendant treize kalpas exempt de tomber dans la mauvaise voie... 
(comme ci-dessus) Il sera le Pratyekabuddha Puspottara'. — Telle 
est la loi du don de ce personnage. 

4. Char fjua Irième 

Séjour à Çràvasti, etc. — En ce temps-là, Bhagavat allait de Çràvasti à 
Râjagrha. Un Brahmane, monté sur un char, le rencontra sur la route. Ce 
brahmane, à la vue de Bhagavat, descendit de son char et le céda à 
Bhagavat. Bhagavat de son coté, par compassion pour ce même individu, 
s'éleva dans l'atmosphère au-dessus du char. Alors, par ce motif, une 
grande joie naquit chez ce Brahmane, et c'est en ressentant cette grande 
joie qu'il se sépara de Bhagavat. 

A cette occasion, Bhagavat fit voir un sourire... (Le rire des Buddhas 
— Question d'AnandaJ... 

i « Supérieur par les fleurs; » restitué d'après le tibétain me-tog-hUi-ma. On pourrait aussi dire 
Puspottama, 



FRAGMENTS TRADUITS DD KANDJOUR 407 

Anancla, as-tu vu ce brahmane qui a cédé son cliarau Tathàgata ? Véné- 
rable, je l'ai vu — Ananda, ce Brahmane, par cette racine de vertu,] sera, 
pendant treize kalpas, exempt de tomber dans la mauvaise voie... (comme 
ci-dessus)... il sera le Pratjekabuddha Ratiiada. —Telle est la loi du 
don de ce personnage. 

' « Donneur de char; » restitué d'après le tibélain: Çing-Tta-sb>/iii. 



PRODIGES 



Les prodiges ne manquent pas dans la littérature bouddhique, et les tra- 
ductions que nous avons données sous d'autres rubriques en renferment assez 
pour nous dispenser d'employer celle-ci. Toutefois nous avons cru bien 
faire d'y recourir pour deux textes où le prodige nous semble dominer d'une 
manière exclusive : ce sont les Candra et Sùrya-sûtra et le Nandopa- 
nanda-damaua, relatant des victoires remportées par le Buddlia ou ses 
disfiplt'S sur des monstres terribles. 

Le Candra et le Sûrya-sùtra du (Mdo XXX 23°-24°) identi(|ues et ne 
difiërant l'undt^ l'autre que par une stance ont été traduits du pâli ; mais ils 
ont leur équivalent tibétain et nous donnons les deux versions parallèlement. 

Le NandojJananda-damaiia ÇShh) XXX 21°) est aussi une traduction du 
pâli ; mais la version tibétaine correspondante n'a pas été découverte. Un ne 
peut donc donner qu'une seule traduction. 



A.NN. G. - B 



SUTRAS DE LA LUNE ET DU SOLEIL 

Le texte 28" du volume XXVI du Mdo est intitulé Candra-sûfra ('<. sùtra 
de la lune »). Le texte 24° du volume XXX du Mdo porte le même titre, 
ressemble beaucoup à l'autre et n'en diffère que par certains détails. Ce second 
sùtra est traduit du p;\li, et le texte original est connu. Le premier sùtra est 
donc la version septentrionale du texte dont le second représente la version 
méridionale. 

Le Gandra-sùtra du vohune XXX du Mdo est suivi d'un Sùr^a-sùtra 
(« sùtra du soleil ») également traduit du pâli, mais identique au Gaadra 
sùtra; il n'en difP're que par l'existence d'une stance qu'il a en plus. 

Puisque le Gandra sùtra pâli est accompagné d'un Sùrya-sùtra, il devrait y 
avoir aussi (dans le volume XXVI du Mdo) un Sùrva-sùtra tibétain. Ge sùtra 
manque; il est sans doute perdu ou égaré dans quelque grand recueil; — 
mais il est à remarquer que la stance supplémentaire du Sùrya-sùtra pâli 
est représentée dans le Gandra-sùtra tibétain, comme si l'on avait voulu 
réunir les deux textes eu un seul [)0ur éviter une répétition. Les répétitions 
ne coûtent pourtant rien aux écrivains bouddhistes. 

Le sujet de ces deux textes est la délivrance des deux astres lumineu.K 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 



ill 



saisis par R;ihu (ou d'autres termes, éclipsés) et qu'une parole du Buddlia 
tire d'embarras. 

J'ai traduit ces textes et lait uu travail sur ce sujet dans la Revue 
de V Orient (1865). Depuis, j'ai donné dans le Journal asiatique (iSli) h 
traduction des textes pâlis. Je reproduis cette traduction en la mettant en 
présence de la traduction du texte tibétain publiée dans la Revue de VOrient 
à laquelle j'apporte de légères modifications. Je ne donne que le Gandra- 
sûtra, et j'intercale entre crochets dans la traduction du Gandra-siitra pâli 
la stance qui se trouve un peu plus loin dans le Sùrya-siitra. 



TIBETAIN 



MdnXXVI M; folio 



ADORATION AfX TROIS JOYAUX 

Voici ce que j'ai entendu une fois: 

Bliagaval r'>idait dans le pars do 
Campavati sur le bord de l'Etang de Hgro- 
va-po'. 

En ce moment, le chef d Asuras Râhu 
se mit à couvrir le disque de la lune et à 
en obscurcir les rayons. 

Alors le Dieu qui existe, qui réside dans 
le disque de la lune, ce dieu effrayé, épou- 
vanté, rempli de tourment se rendit au 
lieu où était Bhagavat. 

Quand il y fut arrivé, il adora avec la 
tète les pieds de Bhagavat et se plaça à peu 
de distance de lui. 

Une fois placé à peu de distance, le dieu 
l'implora par cette stance : 



PALI 

- Sanyutla nikàja (Sagàtlia) Mdo XXX 24. folio 59G — 

ADORATION RESPECTUEUSE AUX 
TROIS JOYAUX SUELIMKS 

Voici ce que j'ai entendu: 
Un jour, Bhagavat résidait à Çràvasti, à 
Jetavana, dans le jardin d'Anâthapindika. 

Or, en ce temps-là, le fils de dieu Can- 
dramas fut saisi par le chef d'Asuras Râhu. 

Alors le flls de dieu Gandramas, se sou - 
venant de Bhagavat, prononça à ce mo- 
ment-là cette stance : 



toi qui es parfaitement délivré de tous Adoration à toi, Buddha, héros ! 

(maux). 
Buddha, héros, adoration à hn \ Tues complètement et absolument délivré. 



* Le mot iihé\ma Mgro-va-yo correspond au sanskrit vàta, « le vent. » Faut-il traduire « fetang du 
vent >. ? Quoi qu'il en soit, cet étang doit être l'étang creusé par Garga sur les bords duquel il est dit que 
le Buddha résidait dans ses séjours à Campa. — Voir ci-dessus p. 79. 



il 2 



ANNALES DU MUSEE GUIMET 



Des maux sont venus fondre sur moi; 

accorde-moi un refuge, je te prie. 

La lune est venue se réfugier 

près de l'Arhat du monde, du Sugata. 

Ainsi, Buddha,quias compassion dumonde, 

délivre la lune (de l'étreinte) de Ràhu ! 

Bhagavat dit : 

Râlui, la lune dissipe les ténèbres, 

elle donne aux cieux la clarté. 

Ne t'empare pas d'elle dans cette atmo- 
sphère, 

où elle siège majestueusement, 

douée d'une lumière blanche parfaitement 
pure. 

Lâche bien vite cette lampe des créatures. 



Alors, en toute hâte, ce Ràhu, 
le corps couvert de sueur, épouvanté 
et comme malade, (s'enf uyant) avec préci- 
pitation, 
lâcha complètement la lune'. 

A ce moment le Grand fils de Virocana^ 
vit le chef d'Asuras Râhu lâcher en toute 
hâte le disque de la lune. Ce que voyant, il 
lui adressa cette stance: 

Par quel motif, toi, Ràhu, 
le corps couvert de sueur, épouvanté 
et comme malade, as-tu lâché prise, 
as-tu lâché complètement la lune? 



Mais moi, je suis tombé dans l'angoisse ; 
sois mon refuge dans ce (malheur). 



A ces mots, Baghavat, prenant la parole 
enfaveur du filsdu Dieu Candramas, adressa 
cette stance au chef d'.Vsuras Râhu. 
Près du Tathâgata Arhat, 
Candramas est venu en refuge ; 
Râhu, laisse aller la lune ! 
Les Buddhas ont compassion du monde. 
[Cet astre répandant la clarté au milieu 
des ténèbres qui aveuglent, 
brillant, circulaire, à l'éclat terrible, 
ne l'avale pas, Râhu, en errant dans l'at- 
mosphère. 
Il est ma créature; Ràhu laisse aller le 
soleil !:<] 

Alors le chef des Asuras Râhu, lâcha le 
fils du dieu Candramas et, d'un air préci- 
pité, se rendit au lieu où était le chef d'A- 
suras Yepacitti(Vemacitri). Y étant arrivé, 
il se tint aune certaine distance, vivement 
agité, le poil hérissé. 

Alors, pendant que le chef d'Asuras 
Râhu se tenait ainsi à une petite distance, 
le chef d'Asuras Vepacitti lui adressa cette 
stance: 

Pourquoi, d'un air précipité, 
Râhu, as-tu lâché la lune? 
Pourquoi es-tu venu d'un air efl'aré, 
et te tiens-tu ici comme épouvanté? 



Râhu répondit : 

Le Buddhaj dans une stance. m'a dit Ma tète se serait fendue en sept, 

que si je ne lâchais pas la lune et, quoique vivant, je n'éprouverais aucun 
ma tête se fendrait en sept, bien-être, 

' CeUe stance faisant parlie du récit qui esl eu prose, ou ne ;s"expliqae pas bien que le lait énoncé p»r 
elle soit mis en ver.s. 

2 Bali. 

3 Stance qui ne se tnuve que dans le sûlra du soleil. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 



413 



et que, quoique vivant, je n'éprouverais 
aucun bien-être. 

Le grand fils de Virocana répondit: 
Oh! ils voient la vérité, 
les Buddhas, ils sont des êtres m erveilleux ! 
Ils n'ont qu'à dire une stance, 
et Râhu lâche la lune ! 

Fin du sûtra de la lune. 



m'a dit le Buddha dans une stance, 
si je ne lâchais pas Gandramas. 



II 



LA SOUMISSION DE N AN DOPAN AN DA . ROI DES NAGAS 

Ce texte est un de ceux où la fantaisie bouddliique s'est donné le plus 
librement carrière. Il est traduit du pâli; mais je ne saurais dire dans quelle 
partie du canon il se trouve. J'ai fait un index alphabétique des textes du 
Sutta-pitaka pâli ; le Nandopanunda-NâcfCD-aja-clanmna ne s'y trouve 
pas. Il est vrai que mon index doit avoir plus d'une lacune; mais j'ai peine 
à croire que ce sûtra m'eût échappé, s'il faisait partie du Sutta-pitaka; car 
j'avais l'œil sur celui-là pour le trouver, et j'en ai découvert plus d'un que 
je ne cherchais pas. Il S3 peut que ce texte soit dans le Vinajaou plutôt (car 
les textes importants du Vinaya ont passé dans le Sûtra) qu'il soit un épisode 
d'un Sûtra plus étendu et portant un autre titre. 

Tandis que j'ai cherché ce texte dans le Sutta-pitaka, sans le trouver, je 
l'ai trouvé, sans le chercher, dans un recueil extra- canonique le Sàrasan- 
gaha composé de citations et d'extraits . Il en existe une autre version plus 
développée et accompagnée d'un commentaire dans un autre recueil extra- 
canonique le Bahumsà. 

Spence Hardy, dans son Manual of Budhism. parle de cet épisode d'après 
un livre singhalais l'Amavatara (p. 302-3). Il en est aussi question dans 
l'ouvrage de Schiefner intitulé: « une Biographie du Buddha* « (p. 44). On 

' Cet ouvrage est en allemand, il a pour tilre : Einf Lebensbescitreibung Çdkyamuni'i. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 415 

voit, par ces deux relations comparées Tiiue avec l'autre et chacune avec 
notre sûtra, qu'il existe plusieurs rédactions de ce récit. 

Le nom de Nandopananda est en quelque sorte double; il se décompose 
en Nanda Upananda (a Nanda et Nanda second »). Hardy en parle toujours 
au singulier. Schiefner, au contraire, emjjloie le pluriel; il voit deux Nàgas. 
Gsoma fait de même. Nos textes, le tibétain comme le pâli, n'ont rien qui 
décèle la pluralité. Le terme Naniloi);manda revient très souvent dans le 
Kandjour sous une forme assez singulière : il est au vocatif et sert à inter- 
peller, à peu près comme si, nous adressant à plusieurs personnes dont non? 
ignorerions les noms ou que nous ne voudrions pas désigner par leurs noms 
respectifs, nous disions : Pierre, Paul!... 

Existe-t-il un sùtra tibétain, parallèle, semblable, mais non identique au 
sùtra pâli (comme nous en avons eu plusieurs exemples) f Je l'ignoi-e. Je puis 
avancer que ce si\tra n'existe pas, isolé, ni sous le titre propre au sîitra 2 1 " 
du volume XXX du Mdo; mais il est très possible qu'on le trouve dans 
un grand recueil mêlé à d'autres textes dont nous ignorons également l'exis ■ 
tence. Jusqu'à présent cette version tibétaine semble aussi introuvable que le 
texte pâli dans le canon du Sud, 

Le texte pâli du Sârasangralia et la traduction tibétaine du Kandjour ne 
sont pas toujours d'une correspondance parfaite ; il y a quelques diférences. 
Nous éclaircirons les deux textes l'un par l'autre, nous attachant le plus 
possible au tibétain, sans entrer, à propos de différences au total assez 
légères, dans des explications qui seraient trop longues. 



LA SOUMISSION DE X ANDOP AN AND A, ROI DES NAGAS 

-McloXXX, îl- lolio^ :,,hS-'.i.| — 

En langue de l'Inde: Nandopananda -ndga-râja-datnana ; en langue do 
Bod : Kluhi vgyal-po àgah-vo ner-àgah hdul-vai mdo. — (En français) : 
Défaite de Nandopananda, roi des Nàgas. 

Adoration respectueuse aux trois joyaux sublimes : 

Voici le discours que j'ai entendu une fois : Bhagavat résidait à Çràvastî à 
Jetavana dans le jardin d'Anàtliapindada. Un jour, le maitre de maison 



416 ANNALES DU MIJSKE GDIMET 

Anâthapindada, ayant entendu Bhagavat enseigner la loi, dit: « Vénérable, 
je te prie de venir chez moi avec cinq cents Bhixus prendre part au repas de 
midi. » Telle fat l'invitation qu'il lui adressa ; Bliagavat acquiesça. 

Le reste du jour et la nuit se passèrent; le lendemain à l'aurore, Bhagavat 
contempla lesdi.x mille régions du monde dans des vues de miséricorde. 

Or, le roi des Nàgas appelé Nandopananda se montra au dehors des 
portes de la connaissance. (Bhagavat) examinant (se dit) : Y a-t-il vérita- 
blement en lui la semence du bien? — Et il vit que (Nandoponanda) ne 
croyait pas aux trois joyaux parce qu'il avait des vues fausses. 

Ce que voyant, (il se dit encore) : « Qui le sauvera de ses vues mauvaises ? » 
et, pour le dompter, il jeta les yeux sur le Sthavira Mahâ-Maudgalyâna. 
S'étant donc apprêté, à la fin de la nuit, au point du jour, il dit à l'àyusmat 
Ananda: Ananda, donne cet avis: Bhagavat part avec cinq cents Bhixus 
pour le monde des dieux. — Vénérable, il sera fait selon tes ordres. — A 
ces mots, (Ananda) alla porter la nouvelle aux Bhixus. 

Ce jour-là, Nandopananda tenait une grande cour : il était assis, les 
jambes croisées, sur un joyau divin ; on lui tenait un parasol blanc divin. Des 
Nâgas mâles et femelles dimsaient devant lui; un cercle de Nàgas l'entourait 
et le servait, lui présentant des vases divins, et il goûtait toutes sortes de 
mets et de breuvages. 

Bhagavat vit les faits et gestes du roi des Nàgas ; quand il les (Uit vus, il 
s'éleva au dessus du baldaciuin établi au-dessus de la tète de ce personnage. 
Bhagavat était accompagné de cinq cents Bhixus; il passa chez les dieux 
Trayastrimçat. 

A ce moment, en cet instant, Nandopananda, roi des Nàgas, tomba dans 
des vues vicieuses. Une mauvaise pensée telle que celle-ci naquit en lui : Ces 
Bhixus à la tète rasée vont aller s'établir au-dessus de moi dans la demeure 
des dieux Trayastrimçat ; désormais la poussière de leurs pieds va me tomber 
sur la tète. Je ne leur permettrai pas d'y aller. 

Cette réflexion faite, il se leva et se rendit au pied du Meru; puis, aban- 
donnant sa propre forme, il embi-assa le mont Meru tout entier du sommet à 
la base, en y enroulant sept fois son corps, et dressa sa tète au-dessus de la 
cime. C'était afin que (le M(n'u) ne fut pas visible aux Trayastrimçat. 

Alors l'àyusmat Ràstrapàla parla ainsi à Bhagavat : Vénérable, autrefois, 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 417 

quand je me trouvais eu ce lieu dans cette région, j(i voyais le mont Meru. 
je voyais le mont Meru avec sa chaîne, je voyais les Trayastrimçat, je 
voyais l'excellente dcmeuic Vijaya, je voyais l'étendard dressé au haut de 
l'excellente demeure Vijaya. Vénérable, par quelle série de causes et d'effets 
arrive- 1- il que maintenant le mont Meru est invisible ? 

Bhagavat répondit : Râstraspâla , c'est que le roi des Nàgas appelé 
Nandopananda, irrité contre vous, a enroulé sept fois son corps autour du 
Meru et l'offusque de sa tète, il reste là le plongeant dans d'épaisses ténèbres. 
— Ràstrapâla reprit : Le dompterai-je ? — Bhagavat ne consentit pas. 

Ce fut ensuite le tour de Tàynsmat Bhadrika, de l'àyusmat Ràhula : 
tous les Bhixus, selon le rang de leur dignité, firent la même question. 
Pour aucun d'eux, Bhagavat ne consentit. 

Après tous les autres, le Sthavira Mahà-Maudgalyàyana fit cette question : 
Vénérable, le dompterai-jc ? — Fils deMaudgala, dompte-le. — C'est en 
ces termes que Bhagavat lui donna la permission. 

Le Sthavira abandonna son propre corps, il le transforma en corps de 
grand roi des Nâgas. 11 enroula quatorze fois sou corps par-dessus celui de 
Nandopananda et éleva sa tète au-dessus do celle du roi des Nàgas. — 
Presse sous toi tout ce qui fient au mont Meru, dit (Bhagavat). — Et le 
Sthavira, fils de Maudgalya, fit ainsi. 

Ensuite le i*oi des Nàgas Nandopananda vomit de la fumée. Le Sthavira 
dit : S'il y a de la fumée dans ton corps, il y en a aussi dans le mien. La 
fumée du roi des Nâgas Nandopananda ne fit point de mal au Sthavira ; 
mais la fumée du Sthavira fit du mal au roi des Nâgas Nandopananda. 

Le l'oi des Nâgas prit feu. Il y a du feu dans ton corps, dit le Sthavira ; 
n'y en a-t-ilpas également dans le mien ? — A ces mots, il s'embrasa. Le feu 
du roi des Nàgas ne fit point de mal au Sthavira ; mais le feu du Sthavira fit 
du mal au roi des Nâgas. 

Le roi des Nàgas se dit en lui-même: Celui-ci a commencé par étreindre 
mon corps avec le mont Meru ; ensuite il a lancé de la fumée et du feu. — Qui 
es-tu? lui dit-il. — Le fils de Maudgala. — Vénérable, reprends ta forme 
propre I 

Le Sthavira rejeta le corps de Nâga, puis entra par le trou de l'oreille 
di'oite de son adversaire et ressortit par le trou de l'oreille gaucho ; entrant 
Ann. g. — b &3 



418 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

ensuite par le trou de l'oreille gauche, il ressortit par celui de l'oreille droite. 
Semblableraent, il entra par le truu de la narine droite et ressortit par celui 
de la narine gauche, rentra ensuite par Iq trou de la narine gauche pour 
ressortir par celui do la narine droite. 

La bouclie du roi des Nàgas s'étant ouverte, le Sthavira entra par cette 
bouche et se promena en long et en large dans les entrailles du monstre. 
Bhagavatdit : Maudgalya, retiens bien les transformations du Nàga ; leNàga 
possède une grande puissance de transformation. Le Sthavira répondit: 
Vénérable, j'ai bien médité les quatre bases de la transformation, j'y suis 
revenu à bien des reprises, je m'y suis appliqué, j'en ai fait mou sujet d'étude, 
je m'y suis attaché, je me les suis assimilées, je les ai entreprises. Vénérable, 
voici Nandopauauda ! Eh bien ! je me sens de force à dompter des centaines 
de mille d'êtres tels qu'Upauanda. 

Le roi des Nâgas se dit : Je ne vois pas celui qui se promène au dedans de 
moi. Au moment où il sortira, je le saisirai entre mes deux dents canines et 
je le dévorerai. Cette rétlexion faite : Vénérable, sors, lui dit-il. Aquoi bon te 
promener en long et en lai'ge et rester dans mon ventre ? Le Sthavira sortit et 
se tint là. Le roi des Nâgas dit en le voyant : C'est donc celui-ci? 11 lança 
contre lui le souffle de ses narines. Mais le Sthavira avait accompli au sein 
de l'égalité d'esprit le quadruple Dhyàna, et le souftle des narines (de son 
adversaire) ne put pas même agiter un seul des poils de son corps. 

D'autres Bhixus que lui avaient été précédemment capables d'opérer toutes 
les transformations, ils étaient parfaitement entrés dans ces (mi) lieux; mais 
ils n'avaient point été capables de réaliser aussi promptement lo quadruple 
Dhyàna. C'est pour cela que Bhagavat ne leur avait pas permis de dompter 
le roi des Nâgas. 

Le roi des Nàgas se dit : Je ne suis pas mémo capable d'agiter par le 
soufde de mes narines un seul des poils de ce Bhixu; — et il prit la fuite. 

Le Sthavira, voyant le roi des Nâgas s'enfuir de peur, changea de forme, 
prit l'apparence de Suparna et le poursuivit' en faisant du vent avec ses 
ailes puissantes. 

Atteint par les ailes puissantes, le roi des Nàgas abandunna sa forme 

1 l'br.ise qui n'est pus dans le libeluiii, mais se lruu\e dans le jàii. 



FRAGJfENTS TRADUITS DU KAND.TOUR 419 

propre, prit celle d'un jeune brahmane et salua les pieds du StLaviia en 
disant : Vénérable, je viens eu refuge près de toi. — Va près du maître, lui 
dit le Sthavirn. — .Vy vais, répondit le roi desNàpas, qui, vaincu, dépouillé 
de son venin, se rendit près de Bhaga-vat. 

Le roi des Nâgas adora Bhagavat : Vénérable, lui dit-il, je viens eu 
refuge près de toi. — C'est bien, répondit Bhagavat, et avec son cortège 
deBhixus, il se rendit chez Anùthapindada. 

Vénérable, dit Anâthapindada, pourquoi as-tu tant tardé à venir? — 
C'est que le fils de Maudgalya et Nandopananda se sont livré bataille, 
répondit Bhagavat. — Vénérable, quia été le vaincu? qui a été le vainqueur? 
dit Anâthapindada. — Maître de maison, le fils de Maudgalya est le vain- 
queur, répondit Bhagavat, Nandopananda est le vaincu. 

Anâthapindada reprit : Vénérable, je désire offrir à Bhagavat le repas 
de midi pendant sept jours consécutifs; je demande aussi à offrir mon 
hommage et un séjour au Sthavira. Je souhaite d'honorer pendant sept 
jours le Buddha avec ses cinq cents Bhixus. 

Tel fut le discours prononcé par Bhagavat. Les Bhi.xus louèrenl; 
hautement le discours de Bhagavat. 

Fin du Sùtra de la soumission de Nandopananda. 



LE POUVOIR DES MAXTRAS OU DHARANIS 



Les Mantras ou Dhàranîs* (car il n'y a pas de différence essentielle entre 
ces deux termes) jouent un grand rôle dans le Bouddhisme. Ce sont des 
invocations à des divinités, ou des syllabes dépourvues de sens qu'on répète 
dans certaines circonstances déterminées un plus ou moins grand nombre 
de fois et qui sont censées produire des effets merveilleux. Ge n'est pas qu'on 
ne puisse arriver sans ces éjaculations à des résultats très importants ; les 
deux épisodes que nous avons mis sous la rubrique Prodiges en sont la preuve; 
mais en général, c'est par le secours des Mantras et des Dhin-anis qu'on 
accomplit des prodiges. 

Ces incantations servent à l'aire arriver tous les biens, à repousser tous les 
maux, notannnent tous les mauvais génies et toutes les maladies ; deux choses 
qui se tiennent de fort près, les maladies étant censées apportées par des 
génies malfaisants. 11 y a des Dhâranîs d'un effet général qui sont destinées 
à attirer toutes sortes de biens ou à repousser toutes sortes de maux; il y en 
a ({ui procurent tel ou tel avantage déterminé ou qui débarrassent de tel ou 
tel fléau particulier. 11 y en a qui sont plus célèbres ou plus employées que les 
autres. Nous ne pouvons entreprendre ici une énumération ni une classifî- 

1 Ces deux termes s'emploient l'un pour Tauti-e. Mantra désigne la parole à prononcer, Dhàrani 
l'acte de la conserver de mémoire ou par écrit, peut-être aussi la connaissance et l'observation des 
rites qui accompagnent les formules. 



422 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

cation complète des Dliûranîs ; nous donnons seulement la traduction de quel- 
ques-unes, en les classant, autant que possible, d'après la gradation suivante : 
1" Dhâranîs particulièrement célèbres ; 2° Dhàranis d'un efTet général ; 
S^'Ohàranis servant à ro[)Ousser les mauvais génies; 4° Dliàranis servant à 
repousser les maladies. Nous n'avons pas la prétention d'être complet; 
nous avons seulement cherché à mettre de la variété, sans exclure certaines 
redites, qui, outre qu'elles sont inévitables, ont quelquefois l'utilité de diminuer 
certaines obscurités, si elles n'ont pas l'avantage de donner la lumière. 

Voici les textes que nous offrons au lecteur pour lui donner une idée du 
pouvoir des Manti'as ou Dhàranis. 

I. VaiçaU (ou VipuU) Praveça. 

II. Marlci-Dhâram. 

III. Avalokiteçvara ekùdaça-mukha Dliàranî 

IV. Quatre Dhâranîs de Manjuçri. 

^^ Deux Dlidrank relatives à des prêtas mâle et femelle. 

\'l . Surûpa-Dhârani . 

VII. Sapta-Vetâla Dhâranî. 

VIII. Sarva roga-praçamani-Dliârant. 

IX. Jvara praçamant- Dhâranî . 

X. Axi-roga praçamanî-Sûtt^a. 

XI. Gâthâ Dvaya. 



VAIÇALI-PRAVEÇA 

Le Vaiçàlî-praveça (Entrée dans Vaiçàli) est un sùtra, un grand sùti'a 
(Mahâsùtra) ; il se trouve dans le Mdo (XXVI) et est répété dans le Rgj'ud 
(XI) avec une variante dans le titre, Vipulî-2)raveça. Vipulï qui signifie 
«large » est un synonyme de Vaiçàli; cette variante d'unnoni de ville est bien 
singulière*. Mais cette particularité n'est pas la seule qui doive nous étonner; 
nos deux sùtras identiques l'un à l'autre, répétition textuelle l'un de l'autre, 
ont, en' outre, la bizarrerie de renfermer chacun la répétition du mémo texte, 
c'est-à dire que le texte du Rgyud comme celui du Mdo se partage en 
deux parties égales, la seconde reproduisant la première. Dans la première 
partie le Buddlia lait la leçon à son disciple, dans la seconde, le disciple 
répète la leçon que son maitre lui a apprise. Ainsi s'explique cette redite 
qu'on ne nous épargne pas; car nous la retrouvons dans le Dulva, dont le 
Vaiçàli et le Vipulî-praveça ne sont visiblement que la reproduction. 

En effet, nos deux sùtras (qui n'en font qu'un) sont extraits du Dulva 
(II, folios 126-132.) Le récit suivi du Dulva fait connaître les circonstances 
i[\\\ ont amené les faits racontés dans le sùtra. Ce sont, d'après l'analyse 
(le Gsoma, une épidémie et la pi'ésence de mauvais esprits. 

Le Kandjour nous offre donc trois fois ce texte, et comme chaque fois le 
texte est répété, il nous le donne en réalité six fois. 



' J'ai déjà signalé cette particularité clans le Journal asiatique (Ocl., nov., 1874, p. 305), à propos 
d'une autre substitution de nom dans le litre d'un Sùtra. 



424 ANNALES DU MDSEE GUIMET 

Mais il existe d'autres versions de ce texte ; un des recueils de la collection 
népalaise, le Dvàvimçati-Avadâna nous eu ollrc une en sanskrit dans son aix- 
septicQie chapitre. Elle est complètement distincte de la version du Kaudjour. 
Elle attribue à la méchanceté des honunes les maux qui affligeaient Vai(;àli. 

Enfin il eu existe une version pâlie qui est vraisemblablement distincte 
des deux précédentes. Je ne saurais dire si cette version est simple ou 
multiple, si elle est répétée plusieurs Ibis. Je ne doute pas de sa présence 
dans le Vinaya :je ne l'ai pas remarquée dans le Sutta-pitaka dont j'ai fait un 
index; mais je ne réponds jias (ju'elle ne s'y trouve pas ; et il se pourrait fuit 
bien qu'on l'y découvrit. Je ne connais la version pâlie que par l'analyse * 
que Spence Hardy en a donnée d'après un livre extra-canonique. Selon 
ces données, \"aiçâlî aurait été visitée successivement jiar la peste, la 
famine, les mauvais esprits. 

En sonnne, il existe trois versions distinctes uu trois catégories de versions 
de cet épisode : 1° La version tibétaine du Kaudjour, unique (sauf découverte 
ultérieure d'une autre version), mais répétée trois fois et même six; 2" la 
version népalaise en sanskrit ; h° la version pâlie. 

Voici la première de ces versions. 



l'entrée a vaIi;ali 

— DuLva II, folios liu-13;. - Mdo XXVr. 11 , folios e4T-;3:J. — n?yuj XI. 4 ; folios ôO-:.T. 

Eu langue de l'Inde : Ari/a Vaicdli {un Vipull) prarcça Ma/id-Sittra. 
En langue de Bod ; Hpha(js~pa Yangs-pai gronjj-kliycr du \\jug-pai mdo 
clien-po. En iVaurais : sublime (;t grand Sùtra intitulé: Entrée dans 
Vaicàlî. 

Adoration ;iu Buddha et aux Bodhisattvas 

Voici le discours que; j'ai entendu une fois: Bhagavat résidait dans le taillis 
de bambous, au lieu de la station dos batiaux. 

Ensuite Bhagavat dit à TAvusniat Ananda : Anauda je vais à la ville 
deVaiçâlî. — Vénérable, j'agirai en conséquence, répondit (Ananda), — 
L'Ayusraat Ananda se conforma au dessein de Bhagavat. 

' A Manual 0/ ISiidhiiin, \<, Î35-*. 



FRAGMENTS TRADUITS II D KANDJOUR 425 

Ensuite Bhagavat se rendit dans le pays de Vrji ; et, quand il fut arrivé 
à Vaiçàlî, il s'installa dans le bois d'Amradàrikà. 

Ensuite Bhagavat dit à Ananda : Ananda, va jusqu'à la ville de Vaicàli et 
quand tu y seras arrivé, pose le pied sur h' seuil d(> la porte et prononce ces 
formules de niantras et ces vers : 

Visarata, visarata, visarat;), visara'a '. 

Le Buddha dans sa miséricorde pour les mondes a dit : C'est la méditation de 
tous les Buddhas ; la pensée de tous les Arhats ; la pensée de tous les 
docteurs; la pensée de tous les auditeurs; la pensée de tous ceux qui 
ont la parole de vérité ; la pensée d(î la loi ; la pensée de Bralima : la pensée 
des divers Brahmas ; la pensée du Seigneur des désirs ; la pensée d'Indra; la 
pensée des dieux ; la pensée de l'Indra des Asuras ; la pensée de tous les 
Asuras ; la pensée de celui qui a l'arc et les lîèclies des Asuras; la pensée de 
tous les Blmtas. 

Visarata, visarata, visarata, visarata. 

. Le Buddha dans sa compassion pour le mondp, a dit : 
Muncala, liuuicata ". 

Ne séjourne pas, contagion, aiwise-toi, complètement ! 
Nirgaccliata, nirgacclialn, iiirgacchata, nirgaccliata '. 

Le Buddha, le grand dieu, le dieu des dieux, le supérieur^ des dieux vint 
donc ; les dieux accompagnés d'Indra, Brahma et sa suite, Içvara (?) et sa suite, 
le seigneur des hommes avec sa suite, les quatre protecteurs du monde y 
vinrent aussi ; plusieurs centaines de mille de dieux, les seigneurs des Asuras, 
plusieurs centaines d'Asuras y vinrent aussi. Plusieurs centaines de milh^ de 
Bhùtas'qui avaient une foi déclarée en Bhagavat y vinrent aussi [)our le 
bien de tous les êtres. Puisque ceux-ci sont venus pour vous faire un grand 
dommage, 

Nirgacchata, iiirg'acehala, nirgaccliata, nirgaccliala. 

' Eloignez-vous. (La parole est adressée aux esprits mallaisaiils.) 

^ Lâchez prise. 

•' Sortez. 

* Le bla-ma {&k., guva), dit le libelaiii. 

5 Hbyung-po, c'est le nom des Bh'itas. PeiU-èlre faudrait-il frailiiire simplement par « êtres «. 

A.NN. G. - B r; 



426 ANNALES DU MDSÉE GUIMET 

Hàtez-Yous ! Que ceux d'entre vous qui unt des sentiments de haine soient 
abattus ! Que ceux qui sont animés de sentiments bienveillants et n'ont pas 
de mauvais désirs, qui sont disposes à protéger, que ceux-là prennent place ! 
Qu'ils entrent dans un corps ' (?). 

Le Buddha qui a compassion du monde dit : 

Sumu (4 fois) | suniuru (8 fuis) 1 mmu (9 fois); niiri (9 fois) | muru, miri 
'^13 fois) I miru-rilî | ri (0 fois) | ri (7 fois) | Timiri | miri (4 fois) | mirimi | mirit 
iiasimiriti | miriti I miti | sisisimi | kamkara (21 fois) | kamkarotiti | kuriço kamkara I 
kamkariçi 1 ri (6 foi.-) | tiritiphusva | ripliu ripliu (3 fois) ! iiâlhà | nânâtbàthâ 1 riphu- 
riphu I nàtliâthâ 1 iiirgaccliata | ripliuriplm I nirgacchafa | pâlavata • | ripliu riphu | 
pâlayala I . 

Le Buddha compatissant puur le niniule, mi''ditant profondément sur l'ac- 
croissement du bien (matériel) pour tous les êtres, résidant dans l'amour 
(des êtres), rempli des plus nobles sentiments, résidant dans la joie, résidant 
dans l'égalité d'esprit, avait dit en arrivant : 
Xiphram nirgacchata ^ svâhà. 

Cette formule de Mantra adres-S'C par le Buddha en vertu de sa loi et de 
l'excellence de sa haute science {praj^à ; tib., ye-res) à tous les dieux et 
à tous les êtres, ces vers ont réussi. 

Toi, en qui l'i'goïsme et les passions 
ont été vaincus, et (qui es) purifié de toute souillure, 
ce cœur qui ne songe pas à mal 
est cause qu'on te traite bien, qu'on te fait du bien. 

Toi, dont la conduite et les démarches 
sont dirigées sans exception dans le chemin de la délivrar.oc 
l'enseignement de toutes les lois 
cs^t cause qu'on te traite bien, qu'on te fait du bien. 

Soutien de tous les docteurs qui enseignent la loi 
pour le bien de tous les êlre.s, 
le bien dont tu es l'auteur 
est cause qu'on te traite liicn. qu'on te fait du bien. 

1 C'est à dts esprits qu'on s'adresse: si je coiiipreads la pensée, ou leur permet, soit de prendre une 
lorme humaine, soit de pénétrer dans des individus dé'.crminés pour les protéger conire le fléau; 

2 Protégez. 

3 Sorlei Titei 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.JOUR 427 

Toi qui, d'un cœur plein d'amour, 
protèges tous les êtres vivants, 

et veilles constamment sur eux comme sur tes enfants, 
cette (sollicitude) est cause qu'on te traite bien, qu'on te fait du bien. 

Toi qui, pour l'entourage qui t'entoure, 
êtres (de toute espèce), es un soutien, 
parent de la terre et de l'armée (qui l'habite), 
on te traite bien par ce motif, on te fait du bien. 

Toi qui es la manifestation parfaite de la loi, 
pur et exempt de mensonge, 

qui fais pratiquer purement des commandements purs, 
on te traite bien à cause de cela, on te fait du bien. 

Toi qui es né grand héros, 
qui es arrivé à la plus haute perfection, 
qui as atteint le but en toutes choses, 
on te traite bien, à cause de cela, on te fait du bien. 

Toi par qui toutes les terres habitées 
sont ébranlées avec leurs bois et leurs forêts, 
toi qui fais la joie de tous les êtres, 
on te traite bien, à cause de cela, on to fait du bien. 

Grâce à ton séjour à Bodhimanda 
à ton pouvoir d'ébranler la terre de six manières, 
au trouble que tu as mis dans le cœur du démon, 
on te traite bien, on te fait du bien. 

Par cette roue de la loi que tu as fait tourner 
par l'eiiseignomeut dos vérités sublimes, 
par cette renommée de force que tu t'es acquise, 
on te traite bien, on te fait du bien. 

Parce que tu as ravi le cœur des Tirthikas, 
que lu as surmonté toutes les lois, 
que tu t'es assujetti toutes les troupes, 
on te traite bien, on te fait du bien. 

Buddlia, on te traite bien, on to tait du bien. 
Que Çatakratu avec les dieux te traitant bien, te faisant du b an ; 
que toutes les créatures' te traitant bien, te faisant du bien, 
t'accordent constamment des dons. 

Par les mérites et la puissance du Buddlia, 
par la pensée (bienveillante) des dieux 



1 Ou lous les Bhûtas. 



42S ANNALES DU MDSÉE GDIMET 

VOUS tous qui ck'sii-ez quelque avantage, 
puissiez- vous l'obtenir promptement, cet avantage. 

Vous, bipèdes, soyez heureux ! 
vjus, quadrupèdes, soyez heureux ! 
vous qui partez, soyez heureux ! 
et, au retour, soyez heureux ! 

Heureux le jour, heureux la nuit, 
heureux dans le milieu du jour. 
Vous, soyez heureux partout ! 
vous, soyez sans péché ! 

Que le Buddha chemine 
escorté de milliers de dieux ! 

Que ceux qui ont des sentiments de haine s'éloignent 1 
que ceux qui ont des sentiments d'aftection demeurent ! 

Buddhas, Pratyekabuddhas, 
Arhats, qui, par la parole de vérité que vous enseigntz, 
apportez des avantages aux hommes dans le monde, 
soyez exaltés dans cette ville. 

Êtres de toute nature, animaux de toute espèce, 
créatures ' de tout genre, vous tous, 
n'éprouvez que le bien-être, 
soyez exempts de maladies ! 

Que tous n'aient que la vue du bien -, 
qu'ils soient à l'abri de tout péché ! 
que les créatures qui sont ici s'accroissent, 

tant celles qui sont sur la terre que celles qui sont dans l'atmophère ! 
Que les hommes pratiquent constamment l'amour des êtres, 
qu'ils observent la loi jour et nuit ! 

Ces paroles prononcées, râyusmat Ananda dit: Vénérable, j'agirai ainsi. 

Après avoir tout entendu, selon (ce qu'avait dit) Bhagavat, il se rendit à la 
ville de Vaiçalî, et posant le pied sur le seuil de la porte, il prononça cette 
formule de inantra, et aussi ces vers. 

Visarata, visarata, visarata. 
Le Buddha dans sa miséricorde pour le inonde a dit : . . . 



' Ou Bhùtas. 

- C'est. à-dire qu'iU soient A l'a!iri de l'eiTenr 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 409 

Nota. - Ici, comme nous l'avons annoncé, tout ce qui précède est répété littérale 
men jusquà la fin des stances, sans autre difieWe que certaines varationan'^^^^ 
nombre de fois que diverses syllabes inintelligibles sont répétées 

Après la dernière stance : qu :1s observent la loi jour et nuit, vient la mention finale: 

Fia du ,Sùtfa sublime (iutitule) : Eutfée dans Vaiçàli. 



MARICI-DHARANI 

La Dhâranî qui porte le nom de Marîcî est une invocation dont la puis- 
sance s'applique à tout. Elle offre ce caractère particulier d'être très popu- 
laire en Chine. Elle a sa place dans le canon bouddhique chinois; mais elle 
est aussi imprimée à part, on sorte qu'on peut se la procurer assez facile • 
meut. Il existe au moins deux textes chinois sur Marîci, le Marîcî Sùtra et 
le Marîcî dhâranî Sùtra (Sùtra de Marîci et Sùtra de la Dhâranî de Marîci). 
Mais toutes les éditions de la Dhârani ne concordent pas parfaitement entre 
elles, soit qu'elles proviennent de textes différents, soit (ce qui est plus pro 
bable) qu'elles soient des traductions plus ou moins exactes et surtout plus ou 
moins abrégées d'un texte unique. Les traductions chinoises n'ont pas l'exac- 
titude minutieuse et même servile des traductions tibétaines. 

Voici la traduction de la version tibétaine de notre Dhâranî. 



DHARANI DE MARICYA 
— Rgyud XIII, C, folios Sôjô. - 

En langue de l'Inde : Arija-Mùfldja-nàma Dhâranî. En langue de 
Bod : H-phags ma od-zer ■can'jesbya-cai gzungs. — (En français). Sublime 
Dhâranî appelée Mârîcya ' (rayonnante ou lumineuse). 

' Màiîcya est |Uii adjectif déiivé de Marîci « rayon de lumière »; cesl le nom de la Dhâranî. Mais 
quand celui de la Divinité se préeente, j'écris Marîci, quoique le tibétain ne fasse pas de distinction. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 4'31 

Adoration à tous les Buddhas et Bodhisaltvas. Voici le discours que j'ai 
entendu une fois : Bhagavat résidait à Çràvasti, à Jetavana, dans le jardin 
d'Anâthapindada, avec une assemblée de douze cent cinquante Bhixuset 
beaucoup de BodhisattvasMahâsattvas. 

Ensuite Bhagavat dit aux Bhixus : Bliixus, il y a une divinité appelée 
Marîcî (douée d'éclat ou de rayons). Gomme elle est sur la face et vient de 
la face du soleil et de la lune, elle ne peut être ni vue, ni saisie, ni liée, ni 
arrêtée, ni traversée (comme un tleuve), ni obscurcie, ni coupée, ni décapitée, 
ni rasée, ni suppliciée, ni persécutée, ni soumise au pouvoir de l'ennemi. 

Bhixus, celui qui prononce le nom de la déité Marîci, celui-là ne peut 
être ni vu, ni pris, ni lié, ni arrêté, ni traversé, ni obscurci, ni supplicié, ni 
décapité, ni rasé, ni persécuté, ni soumis au pouvoir de l'ennemi. 

Ainsi, puisque moi je connais le nom de la déité Marîci, moi aussi, 
puissé-jc n'être ni vu, ni saisi, ni lié, ni arrêté, ni traversé, ni obscurci, ni 
supplicié, ni décapité, ni rasé, ni persécuté, ni soumis au pouvoir de 
l'ennemi ! 

Voici donc les formules de la Dhàrani. 

Jnikjartàka(?) Mo patagamasi | paràkramasi | udajamasi | normasi | arkamasi | mar- 
kamasi | ùrmamasi | vanâmasi | civaramasi | mahâcivaramasi | antardhvandàmasi svàlià 

Om I Déité Marici, garde- moi dans le chemin, garde moi du mauvais 
chemin, garde-moi de la crainte de l'homme, garde-moi de la crainte du roi, 
garde-moi delà crainte du bœuf (ou de l'éléphant), garde moi de la crainte 
du voleur, garde moi de la crainte du Nàga, garde-moi de la crainte du lij.n, 
garde- moi de la crainte du tigre, garde-moi de la crainte du feu, garde-moi 
de la crainte de l'eau, garde moi de la crainte du serpent, garde-moi de la 
crainte du poison, garde-moi de la crainte de l'assaillant et de l'ennemi ! Dans 
le trouble et dans le calme, dans le dommage et dans l'absence dédommage, 
en toutes circonstances, garde-moi; garde-moi du tigre, garde -moi du Nàga, 
garde-moi du ser[ient, garde-moi de toutes craintes, garde-moi de tout dom- 
mage, de toute cause de maladie, de tout trouble ! garde-moi ! 

Namo Ratiiatiayàya | Tadyathà | ôm | àlo | tàlo | kàlo | sacchalo ( sambamuradliari 
rakâ rakâmam | Garde moi, moi et tous les élres, de tout outrage, do toute crainte, de 
toute maladie ! Svâhâ ! 



432 ANNAI.es du MUSEE GUIMET 

Adoration aux trois joyaux ! Adoration à la déité Marîci ! Il faut dire le 
cœur ' de la déitc Marîci (en ces termes) : 

Tadyathâ 1 6m | vattali | vadàli I parali | varàhamakhi | sarvadustànam | pi-adustâ- 
nâm I jharûra mukham bandhabandhamuklii | jamdhaya | stamdhâva | mohâya svàhâ | 
Om! Maricye svâhâ | Om ! vadhâli | vadâli | varâli | varahàmuklii | sarvadustànam 
praduslânàm | caxus mukham bandhabandha svâhâ | 

Quand Bhagavat eut prononcé ce discours, ces Bhixus et ces Bôdhisattvas 
et ces assemblées qui comprennent tout le monde, dieux, hommes, êtres non 
humains, Gandharvas, s'étant réjouis, louèrent hautement le discours de 
Bhagavat. 

Fin de la Dhàranî sublime intitulée Màrîcja (traduit par le pandit Amogha 
vajra et le Lotsava Gelong Riu-po-che-gags-pa). 

i Ou lessenc. Tib. Sàing-po; sk, hrdya (cœur) ou garbha (fœtus, germe}. 



m 

AVALOKITEÇVARA EK A- DAÇA MUKH A DHARANÎ 

Je ne sais pas si la Dliàranî d"Avaiokiteçvara à onze faces (ou bouches) jouit 
d'une célébiité particuli<'rc. Mais Avalokiteçvara est illustre entre tous; on a 
déjà vu des textes qui attestent riniporlance de ce personnage. Quoique spécia- 
lement révéré par les Tibétains, iljuuit en Chine d'une grande considération. 
Il y a un certain nond^ro do textes dans le titre desquels son nom hgurc, et 
la Dliàrani que nous d(jnuuus ici n'est pas la seule qui lui soit attribuée. 

(jetti; Dliàraui est assez ('xtraurdinairc et éuii:uiati({ue. C'est à elle 
qu'appartiennent les onze lacs (ou bouches) dont il est question. On 
ne dit pas ce que sont ces onze faces. On seiait tenté de croire qu'elbs 
appartiennent à la personm' d'Avalokiteçvara (jui est représenté plusieurs 
fois avec des visages multiples : le titre semble même favoriser cette inter- 
pi'étation. Mais la Dhàrani est qualifiée cœur, cœur d'Avalokiteçvara. C'est 
ce cœur qui a les onze faces. On sait cpie Avalokiteçvara est particulièrement 
vanté pour la bonté de son cœur, pour son ardent désir de soulager les êtres 
dans leurs souftrances. Le cœur d'Avalokiteçvara, la Dhàianî et un cœur 
identifié avec la Dhàrani comme avec le cojurdu Bodhisattva sont bizarrement 
associés et confondus dans notre texte dont voici la traduction : 

.\^^. G. — B 55 



434 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

D H ARA NI n'A VALOKITEÇVAUA A ONZE KACES 
— R-y«J XIV. X; fo ios lli1-.|l:i. _ 

En langue de rinde : Ari/a Acaluhiler.cara ekddaça-mukha nâma 
Dlulram. — En langue de Bod : IIpJiKf/s-pd Sipi/an-raf^-gslfis dranrj 
pliijiig )al vcn c'uj-pa ces bi/a-vai g;in!t/s. {E\\ lVaii(;;iis :) DliArani sublime, 
intitul'o « les onze f;ici>s ir.Vvalokiteçvara ,.. 

Adoration à tous les Buddhas et Bôdhisattvas. Ensuite le Bôdhisattva Ava- 
lokiteçvara entouré de beaucoup de détenteurs de Dhàranîs se rendit au lieu 
où était Bliagavat, et, ayant adnré avec la tète les pieds de Bliagavat, tourna 
(rois fois autour des pieds de Bliagavat ; puis, s'étant placé à une petite dis- 
tance de Bliagavat, il tint ce discours à Bliagavat : Bliagavat, ce cœur' à onze 
faces (ou bouches), conime on l'appelle, a été proclamé par dix millions et un 
Buddhas. Aussi apaise-t-il toutes les maladies, comme il est l'antidote de 
Inus les péché>, de toutes les craintes, de tous les mauvais rêves; il détruit 
toutes les causes de mort anticipée, il purifie ceux qui ne sont i)as entrés 
(dans la bonne voie?). 

Bliagavat, celui qui veille sur ce cœur, le protège avec soin, le saisit complè- 
tement, celui-là s'assure le calme et le bien -être, évite le châtiment, évite les 
armes, repousse le poison. Celui qui a un adversaire et ne vient pas (à moi), 
celui là. je ne le vois pas dans ce monde avec ses dieux, avec ses démons, 
avec ses çramanas et ses brahmanes ; la maturité des actes d'autr<'fois ne 
s'attache pas à lui. (?) ^. 

Ce cœur, tous les bienheureux Buddhas l'ont loué et médité profondément ; 
Bhagavat, ce cœur, mon (cœur) a réjoui et gagné tous les Tafhàgatas. 

Bliagavat, voici ce dont je me souviens : avant des Kalpas aussi nombreux 
(pie les grains de sable du Gange, il y eut un Tathàgata, appelé Gata-padma 
locana-çikhara -rakta-kàla-ghàta-rarmi-ràja^. 

Moi qui avais adopté en ce tenq)s-là la condition deRsi, j'avais reçu ce 

1 Sning-po. V. la noie de la page 432. 

2 Je ne comprends pas la iiégalion; ce n'esl qu'en la supprimant que je puis (rouver uu sens à la phrase. 

3 Til). Padma-hrijyai-spyan '^tsU'js chaijs-pai dus hjoms-pai od-^er-gyi rijt/al-po « le l'oi de 
la lumière qui Irioniplie du temps (ou de la mort) passionné pour la tète aux cent yeux de lolus ». — 
.l'ai mis pour chaque mol tibétain un mot sanskrit qui lui correspond : mais je ne réponds ni de 
rexac(ilu<le dénia rcslilution sansl<rilo ni de i-elle de ma IrMcluelion iVançaise. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 435 

cœur de ce Tathâgata. Des que le Li'uit s'en fut répandu, les Tathàgatas des 
dix régions apparurent, et quand j'eus obtenu la patience dans la loi de la 
non-renaissance, ce cœur, mon (cœur) fut l'objet de l'aflection et de la ten- 
dresse. Puisqu'il en est ainsi, un fils de famille ou une fille de famille qui a la 
foi doit avec respect prononcer (le nom de) ce cœur, il doit le prononcer con- 
stamment sans rien faire pour un autre cœur. Si, le saisissant en soi-même. 
il profère cent huit noms, il saisira en ce temps-là dix qualités. Quelles dix? 
(1 ) Il sera exempt defièvres ; (2) il sera accueilli par tous les Tathàgatas; (3)sans 
se donner de peine il obtiendiades richesses, des grains, des trésors ; (4) tous 
les ennemis qu'il rencontrei-a, il les soumettra ; (5) les courtisans lui parleront 
avecsincérité etdirontcequ'ils pensent ; (G) le poison ne pourra nuireà son corps; 
(7) le poison de la richesse (la pauvreté ?) ne pourra lui nuire ; (8) la maladie ne 
pourra lui nuire ; (10) si l'occasion se présente de périr par l'eau, il ne périra 
pas; (11) si c'est par le feu que roccasion de- périr se présente, il nt; 
périra pas; (12) il ne périra par aucune cause qui pourrait le faire périr 
avant le temps*. 

De plus, il saisira quatre avantages : au moment où la mort le frappera, il 
verra unTathàgata ; — il ne renaîtra pas dans la mauvaise voie; — il ne 
lui arrivera pas de passer l'heure de la mort sans éviter l'angoisse»; — en 
transmigrant d'ici, il renaîtra dans la région du monde Sukliavatî. 

Bhagavat, je me souviens que bien avant des Kalpas aussi nondjreux que 
les grains de sable de dix cours d'eau (comme le) Gange, l^ Tathàgata Man- 
darapâla^ ayant paru, à cette époque- là j'étais maître de maison, je reçus ce 
(cœur) et je le proclamai pendant la révolution de 40.000 Kalpas. Parce 
que j'avais proclamé ce cœur, j'atteignis la délivrance d'un Bodhisattv.i, la 
compassion de tous les Jinas, en sorte que j'obtins ce qu'on appellii le « cœur 
(ou l'essence) de la connaissance » ''. A tous ceux (jui sont liés (depuis long- 
temps), à tous ceux qui tombent en captivité, à tous les êtres souffrant do 



< Ou a annoncé « dix qualités ». Jeu trouve douze; mais la douzième u'esl guei-e que la repelitio.i 
géuéi-alisée de plusieurs de celles qui précédent. Faudrail-il voir dans les autres u qualités u les onze 
fameuses « faces » dont on nous parle ? 

2 C'est-à-dire, qu'il mourra paisihlemeut, expression bien enlortillee à cause du double emploi de lu 
négation. 

3 Tib. Mandaravai bsrunff. 

^ Tib. Ye-çea-kyi snin(/-po que je restitue eu sinskrit jndna-hydai/u ou jhdiia-intrb'.iu. 



41^0 annai.es du musée guimet 

l'eau, du fVu l't de toute espèce de douleurs, j'offre au moyen de ce cœur 
une place, une protection, un refuge, un appui. 

Bhagavat, ce cœur, mon (cœur) a la grande puissance surnatureili' que 
voici : Les quati-e espèces de chutes radicales ' se purilient ; les cinq crimes 
inexpiables- se purifient aussi, sans qu'il en rest(^ rien. Qu'est-il besoin 
d'insister sur son «efficacité certaine conformément aux paroles prononcf-es ? 
l'our faire produire des racines de vertu à [ilusieurs centaines de niilL' 
de cent mille millions de Buddhas, il n'y a qu'à nuu'inurer ces (formules). 
Qu'est-il besoin de parler de leur effet ? On réalise (par elle) toutes les 
pensées de son cœ^u'. Quiconque remplit à cause de moi quatorze conditions ' 
ou témoigne de l'affection à Bhagavat, celui-là échappera à la transmigration 
pendant une révolution de quarante mille Kalpas. 

Bhagavat, celui qui adopte mon nom (ou li' saisit pour li;» bien retenir) a un 
avantage ; il a de la nourriture plus q\i'il n'en faut pour cent nulle fois dix 
huilions de Buddhas; — tous les êtres qui adoptent mon nom se maintiendront 
dans un evoie qui n'e.-t pas contraire aubien : ils réussiront en toutes choses, 
ils seront affranchis de toutes mauvaises pratiques du corps, de la parole ou 
delà pcHsée. — Tous ceux qui agissent selon les règles prescrites (par ce 
cœur) auront sous la main laBôdhi des Buddhas. 

Bhagavat dit : Fils de famille, (puisque) ta compassion pour tous les êtres 
est telle et si grande, c'est Ijien ! c'est bien ! Fils de famille, par ce moyen 
tous les êtres ont la possibilité d'être établis dans la Bodhi parfaite et accomplie 
au-dessus de laquelle il n'y en a pas. Moi aussi, j'ai saisi (ou adopté) ce 
cœur, et j en ai éprouvé de la joie. Fils de famille, dis-le, parle ! 

Alors le Bôdhisattva Mahàsattva, le noble Avalokiteçvara se leva de dessus 
de son tapis, rejeta son manteau sur une épauh^ adora a^•ec la tète les pieds 
de Bhagavat et prononça le cœur : 

Namo r;itiiatr,iyâya | nama âr.va jiiiina sàrai'a {sii:j X'airorana vvûlia-râjâya | Tathà - 

' Tili. Rtsa-vai-\tung. Ltung signilie u cluile a R^^■(( a 1h sens de » racine » el de« artèiv. » U s'agil 
l'robablement de quali-e grands crimes (meurlie, vol. impureté, orgUPÎl spiriluel) qui ii)in|ioseul la 
première série de l'éimméralioii du Pralinioxa {\. p. 103 ci-dessus|. 

- Tib. ^its'ams ■>na me/tis « m'i 11 n'v a pas d'intermédiaire », Il s"agit des cinq crimes considérés 
comme inexpia})les ou comme punis inrailliblement aussitôt après qu'ils ont été commis. Ce sont, d'après 
M. Jaesclike, le meurtre d'un pcre, d'une mère, d'un Arhat. d'un Tathagata, la division créée dans la 
confrérie. V. ci- dessus, p. '.4-10^. 

^ Sontce les dix qualiléi et les quatre avantages dont il a été questicui plus haut? C'est probable; 
mais nous ne pouvons l'affirmer. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 437 

gatâya | arhate | samjaksambuddhâ.ya i Nama : sarvatathâgatebliya : arhadbhva • 
samyaksambuddhebl.yo I Nama : âryâvalokileçvarâya bodhisattvâya mahâ.atlvâya 
mahâkarunikâya | ' 

Tadyathâ | Om dharadhara | dhiridhiri | dhurudhum | ite vatte | cale cale I pracale 
praeale | kusume kusumapaie | Ili milicilijvalamapanaya svAhâ ! 

(L'observation de) cette règle fait réussir tous les actes indistinctement: 
en cas de fièvre qui se produit le preauer jour, le second jour, le troisième 
jour, le quatrième jour^ de Dàkinî, de Piçâca, de corruption du corps ^ 
d'épdepsie, de goître, de guirlande de riz '', de lèchement de vache^ etc dé 
poison, d'abcès, de maladies de la peau, etc., on enduit d'argile (la partie 
malade ?) en prononçant (ce mantra). Quand on l'a murmuré sept fois, on fait 
réussir l'acte. 

Si l'on a été pris, saisi par un Gralia enfant^ on a de l'huile (à sa dispo- 
sition) ; SI on a un mal d-oreille, on a (à sa disposition) la plant, aruna ^ et de 
l'huile ; si 1 on a une maladie du nez et qu'un yapj.lique le gro-ra^ on l'apaise 
par ce moyen. Dans toutes les maladies, après qu'on a applique (le remède), 
en lisant (le mantra) on réussit. 

Fin de la Dhârani Su])lime appelées les onze faces d'Avalokiteçvara ». 

' Celle première partie est intelligible et se compus. d'cme série d-i„vocatio„s ■ 

Adoration aux trois joyaux! Adoralioi, au noble roi de la oonsiruclion de Vairocana m„.ll. ri I. 

connaissance, Tathâgata, Arhat, parfait et accompli Buddha ! Vauocana mo.lle de la 

Adoration à tous lesTathàgalas, Arliats, parfaits et accomplis Buddhas' 
Acbr.-,t.onaunol,le Avalokiteçvara Bodhisaltva Mahâsattva a la grande compassion ' 
• Uu la tievre qui dure un jour, deux jours, etc 

^J U^,an,rene (?) ou un génie divin qui pénètre les crps morts, tels que la Dàkiid et le Piçàca ci.es 

■' Nom de quelque maladie. 

^ Nom de maladie déjà renconiré, V. p. 147. 

_^ Nom de quelque mauvais génie ou plutôt île ijuelque maladie. 

■ Tib. ru-rta. Inula Heleiiium, selon Jaeschke. 

s Nom tibétain d'une plante médicinale non identiliée. 



IV 

QUATRE DHARANIS DE MANJUÇRI 

Après ce texte d'une certaine longueur, relatif à Avalokiteçvara, il est 
presque indispensable d'eu donner un, ou plusieurs assez courts, se rapportant 
à Manjuçri. Ces deux noms sont presque inséparables. Si Avalokiteçvara 
est le plus renouuué des Bodliisattvas par la miséricorde, la compassion, la 
bonté du cœur, Manjuçri l'est par la finesse de l'intelligence, le don de la 
parole. Il est donc juste de faire succéder aune Dhâranî d' Avalokiteçvara une 
ou p'usieurs Dhâranîs de Manjuçri. Nous choisirons donc quelques textes 
fort Courts qui se suivent, et peuvent être considérés comme n'enfermant 
qu'un seul. Ils se trouvent dans le onzième volume duRgyud. 11 n'y en a que 
deux dont Gsoma ait donné les titres : ce sont le premier et le dernier qui 
ont des titres sanskrits. Une des particularités les plus remarquables de ces 
textes, c'est que les Dhâranîs qu'ils renferment sont présentées comme ayant 
la vertu d'eflfacer les ciiui crimes inexpiables '; ce ipii est un avantage du plus 
haut prix. 

Voici la traduction de nos textes : 

— Rgyu.l XI: folios .001-2 — 
1 
En langue de l'Inde : Ari/a-Md/ijucri-mak/talo nih/iu^ d/idrani. 

' Voir la iiole 2 de la page i'36 ci-dessus. 

- Je corrige la leçon sdkhàto qui me parait liiutive. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.mOR 439 

En langue do Bod : Up/iags-pa hjam-djinl-gi/i jal uns gsimg.'i pa jes byn 
raid gsungs. 
En français : 8ul)liin() Dharàni appelée « do la bouche de Manjuori ». 
Adiiratioii aux tmis joyaux! Adoration au nolilo Manjuçrî. 

Namo ratnatrayâj'a | namo Bhagavate | dharmadhâtu nigaijita râjàva | Tathàgatàya 
! arhate | samyaksambuddhâya | Namo Manjuçrije I kumàrabliûtâya | '. 

Tadyatliâ | Ajnânaloke | triratnam paça sidharini | bhagavate | abâyam dahatapa- 

bodicitate vajraparipalâya | samagamababhasimha namhana | sarvasatvasantanapatitam 

I kleçànud ts'aiçâya | varlaxana I alanki-taçarîde | bodhisatva çûvatipûlftya | buddha- 

nadeçâya | devânâga-yaxa | gandharva | asura | garuda 1 kimiara ! mahoraga | inaha 

(sic) raga | vaçesthapâya | apayidadata svâhâ. 

L'utilité de cette Dhàranî est (|uo, si on la prononce iiiènic une seule fois, 
les obscurités accumulées par les actes pendant mille kalpas sont puridées. A 
l'heure de la mort, on verra (la ligure) du noble Manjuçrî, on verra aussi le 
corps du noble Avalokiteçvara orné d'une touffe de cheveux au sommet de la 
tète. En somme, la vertu de cette Dhàranî est illimitée. 

Fin de la Dhàranî intitulée « de la bouche de Manjueri ». 

II 

Adoration aux trois joyaux ! Adoration au protecteur doux ! 

Ensuite Manjuçrî devenu ji'une homme (Kumâra-bhiita), s'étant levé de 
dessus son tapis, rejeta son manteau sur une épaule, posa en terre la rotule 
du genou droit, et, faisant l'aujali en se tournant du côté où était Bhagavat, il 
adora avec la tête les pieds de Bhagavat, et adressa à Bhagavat ce discours : 
Bhagavat, j'ai vu la science; si je disais cette science excellente, elle serait 
comme une merveille. — La réunion tout entière donna au Bodhisattva Mahâ- 
sattva Manjuçrî (l'eucouragement) c'e^t bien! (en disant) : Manjuçrî, c'est 
bien! c'est bien! Manjuçrî, dis la science! — Je la dirai au moyen de la 
parole (ou du mantra) de Bhagavat. 

Le Bodhisattva Mahàsattva ayant ofl'ert s(jn adoration à toutes les lois 
cœurs de tous les Buddhas, dit la science : 

' Adoraliou aux trois joyaux! Aclor;itioii à Bbagavat, le roi qui a proclame les élément? de la loi, le 
Talhâgala, Aihat. parfait et accompli Buildha, Adoration à Manjueri Kumàrajjhùla, etc. 



440 - ANNALES nr musée gdimet 

^■amo sarvatathàgatebliya : nanio Manjucriye | bodhisatvâya | Om manjavara ] tuanju- 
ghosa I hana | liana | pacapa | matamata I mathainatha | vairihasâyn | vidhvamsàya | ka- 
rakara I hûta hûta | bhanjabhanja | abhasi ainbha^ | tuta tuta | tuta tiita | sphuiia spliu 
(aida hrdayam pandhani | 

Nama : sambodhani | prabhesa | prabhesa | lotalota | krita krita | kridakrida krida 
krida I krita krita 1 liasahasa | prapra nadha | prabranadra | aprepa j abhiça | hum hum 
Inim I pliata plia ta phata | sûiia | | 

Celui, quel qu'il soit, qui fépètc (ci'la) trois fois à niiiiiiit, ot le répétp oucoro 
sept fois le jour, obtiendra, en ce tbisaut. la grande science. On apprendra 
trois cents çlokas (à sa louange ?) . 

Voici le cérémonial (à obs(n"Vfr) : on confectionne un dis((ui' en bois de 
sandal,ou fait l'oiTrandi? d'une iami^ede beurx^e fondu, puis on nnirniure huit 
mille^ fois (l(^s paroles de ce niantra); et alors on réussit. Si on ne réussit pas, 
on apprendra cent çlokas par jour. Bliagavat, si on ne réussit ]ias par cette 
pratique que j'ai enseignée, celui (qui n'a pas réussi), quel qu'il soit, (^ùt-il 
commis les cinq crimes inexpiables, c'est moi qui me trouverai avoir commis 
conmielui (ou pour lui?) les cinq crimes inexpiables'. 

Fin de la noble Dhàrani intitulée : le blâme intiigé par Manjuçrî. 

111 
Adoration au noble Manjuçri. 

Om I bàkvam te jàla | <)ni bàliya se se .-va | Om bâkya manjaye i Om bhâkya iiiithaya 
Om bâkye yanama | Om bàkye de nama : ■ | 

Si on lit vingt et une fois ce u nom )f (caractéristique) de Manjuçri, toutes 
les obscurités provenant de la [ier|iétration des cinq actes inexpiables sont 
purifiées. 

Fin du « nom » du noble Manjuçri. 



1 Phrase clil'flcils. Elle sigiiirie que JI;iiijui;.ri preml sur lui la responsahilité des crimes commis par 
celui dont il parle, si le rite esl iiieflioace; ou bien, c'est une simple manière de parler revenant à ceci; 
je veux être tenu pour coupable des cinq crimes inexpialiles, si l'efticacité de ce rite n"esl pas conslalée 
même dans les cas les plus graves. 

2 Le mol bàkya, qui est rélément esseiiliel de celle Dhàrani doit être le « nom » caractérislique 
de Manjuçri. Il fanl sans doute lire Vàhya (parole). On sail que la parole, l'éloquence esl le principal 
atlribut de ce Bodbisatlva, En sanskrit et surtout en tibétain, h el o se confondent facilement. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.J'lUR 441 

IV 

En langue do l'Inde : Arya Matijuçri Bhâtarahasyd prajnâ huddhi 
vardhana-nâma Dhâran'i . 

En langue de Bod : Rje htsum h^^/icif/s-pa hj(i,n-dpal-[/yi ces-niO dany 
hlo hp/iel-va jes bya-vai gcutiys. 

(En français) : Dhârauî iutituL'i' : Augmentation de rintelligence et di- la 
science élevée du révérend nubl' Manjuçri. 

Adoration aux trois joyaux. 

Namo Manjuçrive kumârabhûtàya | Tadyathà | om araja viraja | cuddhe viçiiddhe | 
çodhani viçodhani | (,'odha viçodhaya | vimale ' jayavati dnru cale hum hum hum ! 
phata pliata phata 1 evâhà | 

Quiconque retient ceci sera pinidant tuut un niuis dnué d'intelligence, aura 
une voix douce, une belle forme. En iinu-murant (ci' niantro) une fois, on 
tourne et on retourne dans le Samsara pendant mille kalpas, mais aussi pen- 
dant tout ce temps (?) on se rappellera ses naissances. En le murmurant cent 
mille fois, on devient avisé; en le murmurant deux cent milli' fois, on saisit 
la science ; eu le murmurant trois cent mille fois, (ui ariive à voir la face de 
Manjuçri. Si on ne réussit pas parce qu'onacouimisles cinq actes inexpiables, 
en ce temps-là, moi-même je commets les cinq actes inexpiables-. Que par 
nous les bienheureux Buddhas soientà Taisr! 

Fin delà Dliàrani intitulée : Augmentation de l'intelligence et delà scienc^ 
du révérend noble Manjuçri. 



1 TouB ces termes expriment la pureté, la purification, fexeniplion de souillure »■! de passion. 
' Répétition de la pensée qui a motivé la note i de la page 440 ci-dessus. 



Ann. 0. — 



DEUX DHARANIS RELATIVES AUX PRETAS 

Les deux textes qui suivent, et que iiuus doimoiis dans l'oidrc inverse de 
celui qu'ils ont dans le Kandjour, n'ont pas de titre sanskrit : Csoma, dans 
son analyse, ne les désigne pas spécialement, il les indique en bloc avec 
d'autres renfermés entre les folios i90-20<l du volume XI\' du Ilgyud. 

(les textes se distiniiuent par la brièveté du maulr.i (ju'ils ciiôeigneut et 
qui est le même dans Tun rt dans Tautre. car ils traitent tous les deux tlu 
même sujet. Les syllabes inintelligibles n'y figurent pas; par contre, les invo- 
cations qui se comprennent et la description des actes à accomplir y occupent 
une assez grande place. C'est une circunstance (pii contribuera peut-être à 
les rendre plus intéressants. Ils ont d'ailleurs le mérite de contirmer ou d' 
compléter ce que nous avons eu déjà l'occasion de dire sur les Pret:is. 

Voici le premier de nos textes : 

1. L/HAKA.Nl roUU KCUAll'KH AT l'KKlA DV. LA IIOUGHK DUQIEL SORT 
UN KEC URULAKT 
- Ut'yuJ XIV, Iblins l'.v;-0. - 

En ce tenqts-là, lîhagavat résidait au pa^'s de Ivapila. dans la demeure 
de la Confrérie; et, entouré de la CunlVéric des bhixns et de Bùilhisattvas sans 
iiondire, il enseignait la Ini. 



FRAGMENTS TRAOriTS DU KANO.TOUR 44J 

En Cl' tijinjis-iïi. râvtisiiial Aiianda, assis dans un coin, s'appliquait à retenir 
la 11 i ri rnssoniblait tontes les tbrces de sa mémoire. Ce soir-là, dans une 
partie avancée de la nuit, un prêta ajtpelé Mukhàgnyulka ' aux formes dis- 
gracieuses, d'une maigreur extrême, de la bouche duquel sortait une flamme, 
dont la gorge était mince comme une aiguille, avec les cheveux hérissés, 
des dents et des ongles démesurément longs et qui semblaient faits pour tout 
détruire, vint près de Nanda-, et pai'lu ainsi à Nanda : Toi, dans sept jours 
à partir d'aujourd'hui, tu naîtras dans la région desPri^tas. 

Quand Nanda eut entendu ces paroles, il eut peur, il trembla <'t [larhi ainsi 
à ce Prêta: Cette perspective de naître dans la région des Prêtas après avoir 
fini mon temps ici, par quel moyen j)uis-je (l'éviter et) être délivré de cette 
douleur i" — Le Prêta répondit : Si demain tu fais une distribution ^ à des Prêtas 
aussi nombreux que les centaines de mille de millions de millions de grains 
de sable du tleuve du Gange et que tu offres les aliments les meilleurs de la 
contenance d'un drôna mesure du jardin du pavs du milieu (?) à chacun des 
Brahmanes et de Rsis autant qu'il en existe par centaines de raille, et que tu 
lasses à cause de moi une olTrande aux trois joyaux, ta vie se prolongera, tu 
écha]iperas aux douleurs des Prêtas, et tu n'-naîti-as parmi les dieux du Svarga. 

En ce temps-là, quand Nanda vit ce Prêta, de la bouche duquelh^ sortait 
une flamme, dont le corps était difforme, d'une maigreur extrême, aux dents 
et aux ongles longs et aigus, ce spectacle ne lui alla point au cœur, les paroles 
qu'il avait entendues ne lui plaisaient pas. La peau de son corps frissonna (?) '', 
comme on dit, il se leva épouvanté de la place où il était assis et se rendit en hâte 
auprès de Bhagavat. Uuand il fut arrivé en présence deBhagavat, il se pros- 
terna à terre, adora avec la tète les pieds de Bhagavat, et, le corps tremblant, 
lui demanda sa protection pour son esprit troublé par la douleur. Il paila 
donc à Bhagavat en ces termes : 

J'étais là, dans un coin, occupi'; à me rappeler la loi ; un Prêta, de la bouche 
duquel sortait une flamme, m'adressa ce discours : Toi. dans sept jours, à 



' Ou Mukholka (à qui une flamme sori (le la bouclie ) 

- Le personnage appelé la pi-euiiére fois Anauda (Kun-diiaJi-vo] est appelé Nanila (Dyah-ro) d iis 
tjute la suite du texte. 

^ L'offrande appelée Torma (gtor-ma). en sanskrit baii. 

■' Il y a ici un niot effacé qui l'ait pirlie d'une expression répondaiil suis doute a noire expression 
'< chair de poule ». 



444 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

partir d'aujourd'hui, tu mourras pour renaître dans la région des Prêtas. Et, 
comme je le questionnais sur le moyen d'éhapper à cette douleur de Prêta, il 
me dit : Si tu fais nue distribution à autant de Prêtas qu'il y a de centaines 
de mille de millious et de millions de grains de sable dans le fleuve du 
(iange, et que tu ofï'res une nourriture bonne efr excellente à des centaines 
de mille de Brahmanes et de Rsis, ta vie se prolongera . — Bhagavat, comment 
pourrai-je préparer des aliments en quantité suffisante pour ces Prêtas et ces 
Rsis? 

Alors Bhagavat dit à Nanda : N'aie point de crainte ! Je sais un moyen qui 
te permettra de préparer en abondance des aliments et une distribution pour 
les Prêtas aussi nombreux que les grains de sable du tieuve du Gange et pour 
des Brahmanes et des Rsis. Ne laisse pas ton cœur faiblir ! 

Alors Bhagavat dit à Nanda : J'ai une Dhàrani, c'est une clarté qui est à 
la disposition d'une majesté sans limites, on l'appelle l'Energie triomphante ^ 
Celui qui prononce cette Dhàrani donne des aliments et une distribution à des 
Prêtas aussi nombreux que les centaines de mille de millions et de millions 
de grains de sable du lleuve le Gange, à des Brahmanes et à des Rsis. Ceux- 
là et les autres obtiendront chacun sept dronas mesurés selon la mesure des 
dronas du jardin du pays du miheu. Nanda, moi, étant Brahmane, j'ai en- 
tendu cette Dhàrani (de la bouche) du Bôdhisattva Avalokiteçvara et du 
Tathâgata Vaçavarttiguna-. Par la vertu de cette (Dhàrani). des Prêtas innom- 
brables, de nombreux Rsis ont reçu des aliments et des distributions, et ceux 
(jui étaient nés dans la région des Prêtas, après avoir été délivrés de leurs 
ilouleuis, sont nés parmi les dieux du Svarga. Nanda, api)rends-la, et tu 
renaîtras en augmentant tes mérites et la durée de ta vie. 

En ce temps-là, Bhagavat prononça pour Nanda cette Dhàrani : 

Naraa : Sarvatathàgata avalokita | sambhara sambliara hum 

Bhagavat dit à Nanda : Le fils de famille ou la fille de famille (jui désire 
prolonger (ses jours) ou accroître ses mérites religieux, s'il veut parachever 

1 Vijat/a-Vega. Mais il se peut que les termes que je donne comme uue description fassent partie 
du nom et qu'on doive dire : J ai une Dhàrani appelée « l'Energie triomphante (par) le rayon de lumière 
qui est à la disposition de la majesté sans limite»; ce qui se dit en tibétain Gjî-vrjîd tsad-med pai 
livaiig-du gyur-pai od-.:er rnam-par rgyal-vai ç!<g's ; sanskrit probable: Pratâpdpramânâdhipa- 
teya-raQmi- Vijaya vega. 

2 Til). Doang-^qyur yan-tan. 



FRAGMENTS TRADUITS DD KANDJOUR 445 

promptement la perfeclioii du don, ne trouvera jamais aucun obstacle à 
l'heure du matin ni à aucune autre heure. Après avoir passé de l'eau pure 
dans le vase (pour le rendre) pur, on y jette du grain bouilli, de la fleur dii 
farine ou d'autres aliments ; puis, la main placée au-dessus du vase, on 
prononce sept fois la Dhàraiîi. — Après quoi, il faut invoquer li^s noms de 
quatre Tathàgatas. 

1° Adoration au Tathâgata Bahuratna'. Par la bénédiction di' cette invo- 
cation du nom du Tathâgata Bahuratna, tous les Prêtas qui ont pratiqué 
Tégoïsme- dans beaucoup de naissances, surmontant le Karma vicieux, 
arriveront à la perfection de leurs mérites. 

2° Adoration au Tathâtaga Rupottama^ — Par labénédiction de cette invo- 
cation du nom du Tathâgata Rupottama, de nombreux Prêtas, surmontant 
les proportions disgracieuses, arrivent à la perfection de la forme et des 
signes. 

3° Adoration au Tathâgata Kàyaprasara''. — Parla bénédiction de cette 
invocation du mun du Tathâgata Kàyaprasara, on échap[)e à la soif (qui fait 
le tourment) di' tnnt de Prêtas^'; on est rassasié. Le don trouve sa place, on 
a des aliments autant (|u'on en désire, on est content et rassasié. 

4° Adoration au Tathâgata Abhaya^ — Par la bénédiction de l'invucation 
du nom du Tathâgata Abhaya, on est afïVanchi de toutes les craintes de tant 
de Prêtas, et la région des Prêtas est au calme. 

Bhagavat dit à Nanda : Après la bénédiction i>ar rinvocatiun du nom des 
quatre Tathàgatas, le tîls de famille ou tout autre fait claquer ses doigt trois 
fois; puis, prenant le vase de l'ofï'rande (ou de la distribution), il étend la main 
et doit le répandre sur la terre pure. Après que l'offrande (ou la distribution, 
hall) aura et'- faite de cHte façon, les Prêtas, venus des quatre points (du 
monde) en aussi grand nombre que les cent mille millions de milhons de grains 
de sable du fleuve le Gange, obtiendront chacun septdronas mesurés selon la 
mesure du drona du jardin du pays du milieu. Ces aliments, les Prêtas en 



' Ou Ralnahahu. Tib., Hia-chen mang « abondant en joyaux. » 

- Le matsarya ; c"est leur vice essentiel, V. p. 262. 

3 Tib., Giugs-dam-pa, « l'orme ou beauté excellente.» Les Prêtas ont des formes hideuses. 

■i Tib., Sku hjam klas, « alfluence vers (?) le corps. » Les Prêtas souffrent la faim et la soif. 

5 V. p. 262 et 277. 

^ Tib., hjiiis pa dang brnl-va. « sans crainte ». 



446 ANNALES DU MUSEE GUIMET 

mangeut tant qu'il leur plaît. Alors, ou évite la région des Prêtas et l'on 
naît parmi les dieux du Svarga. 

Nanda, si un Bhixuou une Bhixunî, un Upàsaka ou une Upâsikâ (pu'l 
conque fait constamment des dons à des Prêtas en prononçant cette Dhàrani 
pour la nourriture, il paraclnn-e une midtitude de mérites sans nombre, et. si 
ensuite il prolonge indéfiniment le mérite des oA'randes faites à des centaines 
(li> mille dp millions et de millions de Buddhas, faisant naître et développant 
la longueur de vie, les mérites, l'éclat et la force, il parachève les racines 
de vertus. Les êtres non humains, les Yaxas. les Raxasas. les Prêtas, en un 
mot les êtres pernicieux ne pouvant plus (lui) nuire ot (lui) foire duturt. il a 
parmi les autres une majesté sans mesure. 

Si celui, quel qu'il soit, (jui, dans le désir de faire des dons aux Brahmanes 
et aux Rsis, met de la nourriture bien pure dans un vase de manière à le 
remplir, prononce la Dhâranî sept fois et répand (cette offrande, ou la 
dépose) dans le courant d'un pur ruisseau, cette opération donne à cette nour- 
riture la physionomie d'un aliment divin et en fait une bonne et excellente 
(nourriture). Ensuite ces Brahmanes et ces Rsis, ayant entendu parler de la 
nourriture distribuée au moypn delà Dhâranî, se l'éjouissent et se félicitent en 
leur particulier par suit(^ du don fait au moyen de la Dhâranî, de telle promesse 
faite antérieurement, dos mérites des racines de vertu dans lesquels ils 
sont en plein; puis ils se rassemblant tous en un même instant et font ce 
vœu (pour le donateur) : Puisses-tu. jouissant d'une longue vie, de Téclat et 
de la force, èti'e houriMix ot content ! 

Il y a plus : Thomiui^^ qui voit selon cette manière de penser, qui est parfaite 
ment pur par la poi'te de l'audition (c"est-à- dire n'entend que de bons discours! , 
excelle dans la connaissance, s'abstient du mal, pratiqu(^ le Brahmacarya 
divin, (cet homme-là) est accompli. 

Il y a plus : comme il porte l'empreinte des mérites de l'offrande faite à 
des centaines de mille de millions et de millions de Buddhas aussi nombreux 
que les grains de sable du Gange, il n'est pas d'adversaire qui puisse lui 
nuire. 

Si un Bhixuou une Bhixuni, un Uiiâsaku ou une Upàsikû désire faire une 
offrande au Buddha, à la Loi, à la Confrérie, c'est en disant vingt et une fois 
cette Dhâranî sur les parfums, les lleurs et la bonne nourriture- qu'il doit la 



FRAGMENTS TRADUITS DU KAND.TOUR 447 

présenter aux trois joyiuix. Ensuite, après que eettc iinui'i'itarc présentée par 
ce Hls de famille ou cette fille de famille nura jaùs la [ihvsionomic d'une 
nourriture divine, il en fera l'offrande aux (divers) points des régions du 
monde, au Biuldha, à la Loi, à la Confrérie. Puis, après qu'elle a été louée, 
présentée, offerte, qu'il a pris possession du mérite delajoie qui résulte de ces 
actes, ils sont célébrés et médités constamment par les bienheureux Buddhas ; 
(lui-même), il est constamment protégé et gardé par beaucoup de dieux ; 
il ai'rive à raccomplissement de la perfection du don. 

Nanda, retiens bien, selon ces termes, cette formule de la lui. et enseigne- 
la au large, pour que tous les êtres y goûtent et l'entendent ! Ils obtiendront 
j)ar là des mérites sans nombre. 

Fin de la Dhàrani qui fournit un refuge dans le (cas du) i'reta à la bouche 
enfiammée. 



.;:. CEREMONIE rnUR FAIBE LOFFRANLE DE LA REPRISE D HALEINE 

A l'NE PRETI QUERELLEI"SE ' 

-RgywJ XIV, folios 191-3. — 

Le texte que nous donnons maintenant a une grande analogie avec le 
précédent; il peut en être considéré comme une variante et un abrégé. Les 
termes de la Dhàrani citée sont les mêmes, le nom seul est un peu changé. 
En somme, c'est au fond la même chose. On en conclura sans doute que 
j'aurais pu me dispenser de le donner. Néanmoins j"ai cru dcA'oir le conserver 
parce qu'il me paraît faire l'office d'un conniientaire, ou, si l'on aime mieux, 
parce que les deux textes me paraissent se commenter l'un l'autre, tant pour 
l'ensemble que pour certains détails. Dans le Kandjour, ce texte-ci, qui est le 
plus court, vient le premier; nous avons préféré intervertir l'ordre et ne le faire 
venir que le second. En voici la traduction : 

Ensuite Bhagavat, résidant dans le pays (h- Kapila, dans le jardin du Nya- 



' LiUéralement : à liouchs bniUmle. D'après la diclioimairc, ce composé sigii'ilie « querelleur » 
M.iis alors le uom de Preti du lexle précédent devrail avoir le uiéiue .sens; nous ne le pensons pas 
parce qu'il ^V lro.;ve des expressions qui désignent clairement un l'eu réel, et que daulres descriptions 
de PrelasJesmonIreal avec une langue de feu. Faul -il donc donner celte acception au ternie qui nous occujje 
ici? Peut-être ; néanmoins nous ,;;urdons la siguitîcalion fournie par le Dictionnaire, parce que la forme 
du composé nous pai'aît s'y prêter, malgré un délail subséquent qui favoriserait l'aulre interprétation. 



448 ANNALES DU MUSEE GUrMET 

grodha avec une grande assemblée de Bhixus, une grande troupe de Bôdhi- 
sattvas, une grande troupe d'êtres, enseignait la loi. 

Ensuite, Auanda assis à l'écart, rentré en lui-même, avait concentré ses 
pensées sur un seul point, de manière que la loi se manifestait pour lui. Dans 
la dernière partie de la nuit, une Prctî querelleuse, assise en face de lui, lui 
dit : Eh ! Auanda. après-demain tu mourras et tu seras mêlé (aux autres) 
dans cette demeure des Prêtas. 

Ananda lui dit : Quel moyen y n -t-il de résister (à cette menace) î" 

La Pretî répondit : Ananda, si tu donnais à autant de Prêtas qu'il y a do 
millions et de millions de grains de sable dans le Gange, (si tu donnais) à 
chacun à manger et à boire pour un drona du Magadha, si tu rassasiais cent 
mille Rsis brahmanes, (enfin) si tu faisais en mon nom une offrande' aux trois 
joyaux ; de cette façon ta vie se prolongerait, et moi je partirais en mourant 
du monde des Prêtas pour renaître dans le monde du Svarga. 

Ensuite, Ananda, ayant considéré cette Pretî querelleuse, maigre et de 
mauvaise couleur, au corps grêle, à la bouclie dardant une langue de feu, 
affamée et altérée, à la chevelure confusément mêlée et agitée, aux dents et 
aux ongles longs, ayant (de plus) entendu sa voix désagréable et repoussante, 
éprouva de la crainte et de l'horreur ; ses cheveux se hérissèrent ; il se leva 
de dessus son tapis, et promptement, rapidement, en toute hâte il se rendit 
au lieu où était Bhagavat, salua les pieds de Bhagavat et parla ainsi tout trem- 
blnnt : Bhagavat, je demande à me réfugier (auprès de toi) ! Sugata, je de- 
mande à me réfugier auprès de toi. C'est après demain que je dois mourir: 
Bhagavat, j'ai vu une Protî querelleuse : tu mourras après-demain, m'a-t-elle 
dit. — Quel moyen de résister à ce coup ? ai-je répondu. — Là-dessus elle m"a 
dit : Si tu rassasies comme il faut autant de centaines de mille de dix millions 
et de millions de Prêtas qu'il y a de grains de sable daus le lit du Gange, si 
tu rassasies cent mille Rsis brahmanes, à cette condition, ta vie sera prolongée. 
— Bhagavat, je te prie de me dire comment je pourrai arriver à remplir 
cette condition. 

Alors le bienheureux Tathâgata Çâkyamuni parla ainsi à l'âyusmat 
Ananda : Ananda, n'aie pas de crainte au sujet du moyen par lequel tu arri ^ 

^ On a dé]ii vu qu,_. o'esl l;i manière de délivivr les Prêtas (\'oir oi-dessus ji. 2i*9-01,) 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 449 

veras à rassasier les Prêtas ainsi que les Brahmanes Rsis ! Ananda, il existe 
lUKj Dliàrauî appelée, « la rapide, chaude (et) large qui a de Téclat dans 
toutes (les circonstances) * ». Par cette Dhàranî, à cliaque don que Ton 
fait, on rassasie autant de Prêtas qu'il y a de cent nullions de dix millions de 
millions et de millions de grains de sable dans le lit du Gange ; et l'on donne 
à chaque Prêta et Rsi brahmane une quantité d'aliments et de breuvages 
égale à sept dronas du pays de Magadha. Cette (Dhàrani), moi jadis étant 
Brahmane, je l'ai reçue de la splendeur des Bôdhisattvas Mahâsattvas seigneurs 
du monde, des Tathâgatas seigneurs du monde. Par elle j'ai nourri et désal- 
téré des Prêtas et des Rsis brahmanes en nombre considérable, en nombre 
très considérable. Et tous ceux-là ont quitté, en mourant, le •monde des 
Prêtas pour naitre dans le monde des dieux. Saisis-la, Nanda , et reçois-la. 

Nania : Sarvatathàgata Avalokite | om Sambhara Sambliara hum. 

Ananda, murmure sept fois ces mots pour le don à faire aux Prêtas, étends 
la main et fais ton offrande ; fais aussi claquer tes doigts. En procédant ainsi, 
ton don une fois offert, les Prêtas des quatre régions seront rassasiés en aussi 
grand nond^'e que les cent mille fois dix millions de millions et de millions 
de grains de sable du Gange ; et chaque Prêta aura reçu en don une quantité 
égale à un Drona du pays de Magadha. Et ceux-là, pour autant qu'ils auront 
mangé, quitteront par la mort le monde des Prêtas pour naître parmi les 
dieux. 

Ananda, il faut que tu prononces (ce mantra) pour les Bhixus, pour les 
Bixhunis, pour les Upâsakas, pour les Upàsikas, constamment, sans inter- 
ruption. En agissant ainsi, tu auras un tas de mérites religieux; — ta vie sera 
longue ; — tu auras l'amas de mérites religieux de cent mille fois dix millions 
de Tatliàgatas; — tu seras constamment invisible aux êtres non humains, 
aux mangeurs de chair, aux Kumbhandas, etc., aux Yaxas, aux Raxasas, 
aux Grahas, aux Prêtas ; tu auras la beauté, tu auras la majesté, tu auras la 
mémoire. 

Selon ce désir de rassasier les Rsis brahmaniqui'S. il faut offrir tes dons l't 



1 Tib. Thanis-cad-du-od-dang-ldan-yc-yrjija -tsan i^vr/sAdan. Ce que je retUdie eu sanskr.t de la 
maiiici-e suivante: Sayvexidbhijsuvati listarosim-iegavati. 

A.NN. G. — B .57 



450 ANNALES DU MDSEE GUIMET 

tes présents clans un vase blanc. Miurniurer sept fois (le niantra) sur ce vase 
et faire le don en un lieu où il y a un ruisseau. En agissant ainsi, tu rassa- 
sieras d'aliments et de breuvages divins autant de Hsis brahmaniques qu'il y 
a de centaines de mille de dix millions de millions et de millions de grains de 
sable dans le lit du Gange. Quand ces Rsis brahmaniques auront leurs sens 
satisfaits, ils feront entendre cette parole : Om ! sois heureux et à l'aise ! — 
Ces êtres, ayant des inclinations pures, auront tous une majesté brahmanique; 
• — pratiquant constamment le brahmacarya, ils auront des racines de vertu 
aussi nombreuses que les centaines de mille de dix milliims de millions et de 
millions de grains de sable qui sont dans le lit du Gange ; — tous leurs enne- 
mis seront Sans cesse chancelants. 

lilaut olirir au Buddlia. àla Loi. à la Confrérie, soit des tleurs, soit de 
Tencens, soit des parfums, soit des aliment-;, soit ce qu'il faut pour (apaiser) la 
soif, et alors ou murmure vingt et une fois (le mantra). En ce faisant, le fils de 
famille ou la tille de famille, le Bhixu ou la Bhixunî, l'Ujiàsaka ou l'Cpâsikà, 
par cette offrande divine au Buddha, à la Loi et à la Confrérie du champ de 
tous les Tathàgatas des dix régions, par l'excellence de l'ofli'ande du Tathà- 
gatha, deviendra digne de recevoir (lui-même) des offrandes, digne d'être 
exalté, digne d'être honoré ; il sera protégé par tous les Tathàgatas, par 
ceux qui méditent profondément et font des prédictions, par tous les dieux. 

Va, Ananda, prends celte Dhàrani enseigne-la parfaitement à tous les êtres, 
et rassemble du même coup toutes les racines de vertu ! Yoilii ce que j'ai à 
te dire. 

Fin de la cérémonie pour donner à la Preti querelleuse, (la faculté) de 
r''prendre haleine. 



VI 



La Dliàranî qui porte le nom de Surùpa concerne aussi les Prêtas, mais 
d'une façon moins spéciale et moins précise que les précédentes. Elle est 
aussi plus courte. l,e titre de Surùpa (« beau ») lui vient, comme l'indiquent 
les termes mêmes du Mantra, du nom d'un Buddlia qu'il en faut sans doute 
considérer comme l'inventeur, quoique cela ne soit pas formellement énoncé. 

Voici ce texte : 

D H A R A N I SURUPA 

— Rgïud XIV, fnlio 100. — 

En langue de Vlnàe : Surûpa-nâma DIià>'an'i. En langue de Bod : 
Surùpa jes bya-vahi gzu)u/s. En français : Dhârauî appelée Surîipa. 
Adoration à tous les Buddhas et Bodhisattvas. 

Nama : surûpâya | tathâgatâya | arhate | sanuuâsambuddhliàya | tadjallià | ' 
Om suru suru | prasuru prasuiu | tara tara bhara bhara | sambhara sambhara | smara 
smara | santarpaya | .saatarpaya sarvapreta nâma svâhâ I 

11 faut, par cette Dhàrani, après en avoir nuu'muré les termes sept fois 
surdes aliments accompagnés d'eau et avoir fait entendre trois fois le bruit 

i Adoration à Surùpa, Tathàgata, Arhat, parfait et accompli Buddha. ~ Gest de ce début qu'il est 
permis de conclure que le Mantra porte le nom d'un Buddha. —Les derniers mots de la Dhâranî, 
signifient : Rassasie, rassasie tous les Pr<^tas. Adoration ! 



452 



ANNALES DU MUSEE GDIMET 



du claquement des doigts de la main gauche, faire une offrande à tous les 
Prêtas, à (toutes) les régions de la terre de vérité \ Il faut alors prononcer 
ces paroles : Vous qui cherchez une occasion, qui êtes à l'affût d'une circon- 
stance (favorable à vos mauvais desseins) retirez-vous ! je me prépare à offrir 
des aliments aux Prêtas qui habitent dans toutes les régions du monde. — 
Telles sont les paroles qu'on prononce ; et, avant de toucher à ses propres 
mets, on fait son offrande. De cette façon, on donne à tous les Prêtas un drona 
de riz pour la nourriture de chacun individuellement. 

En agissant ainsi, on n'est point exposé, de naissance en naissance, à avoir 
une situation petite, à être pauvre; (au contraire), on a une grande force, la 
beauté, un aspect réjouissant, l'opulence et l'abondance; on est longtemps 
sans maladie, on arrive promptement à être un Buddha doué de la Bodhi 
parfaite au-dessus de laquelle il n'y a i-ien; après la mort, un renaît dans la 
région du monde de Sukhavati. 

Fin de la Dhàranî appelée «belle forme (Surûpa) ». 

' Je ne connais [las la valeur et le sens précis de cette expression. 



VII 



SAPTA-VETALA DHARANI 



Les Vetàlas que ce texte enseigne le moyen de conjurer sont des mauvais 
génies, des génies impurs qui hantent les cimetières et entrent dans les corps 
morts pour les animer momentanément. Ils semblent être ici le type des êtres 
malfaisants ; car bien que des Vetàlas déterminés et même dénommés soient 
en scène dans notre texte, il y est aussi question de diverses autres espèces 
de mauvais génies. 

Ce texte est difficile; il renferme des termes peu connus, présente des 
détails bizarres ou obscurs. Je n'ai pas trouvé la clef de toutes les énigmes 
qui se présenteront, et je prie le lecteur de ne pas être trop étonné s'il trouve 
certains membres de phrase peu intelligibles. 

DHARANI roLR SEPT VETA1>AS 
— R.-yinl XIV, 2S; folios 18r>-lS9. — 

En langue de l'Inde : Arya aapta vetcUa Dhârani. En langue de Bod : 
Hphags-pa i^o-laiif/s \diui pa jes^ bi/a-rai g;3unffs. (En français) : sublime 
Dlîàrani intitulée sept Vetàlas. 

Adoration a tous les Buddhas et Bodhisattvas. 

Voici le discours que j'ai entendu uns fois : Bliagavat résidait à Ràjagrha, 
sur la montagne du pic des vautours avec une grande assemblée de douze 
cent cinquante Bhixus. Le Çramana .VyusmU Ananda f'tait assis prés de 
lui en ari'ière. 



454 ANNALES DD MUSÉE GDIMET 

En cetoiiips-l;i, des parivrajakasTirthikas eiivoyèreiit sept grands Vetâlas 
pour nuire à Bliagavat. Ces (Vetàlas) s'approchèrent de Bliagavat ; mais ils 
ne trouvèrent pas d'occasion propice, ils ne trouvèrent pas une combinaison 
(convenable). N'ayant pas trouvé d'occasion, n'ayant pas trouvé de combi- 
naison, ils vinrent à l'endroit où était l'Ayusmat Ananda et touchèrent le corps 
de l'Avusmat Ananda. Immédiatement, an moment du contact. Ananda 
ressentit une douleur intolérable, aiguë, cuisante, des sensations qui allaient 
jusqu'à la mort. 

Alors TAyusmat Ananda lit (mi lui-même cette réflexion : J'éprouve une 
doideur intolérable, aiguë, cuisante, des sensations qui vontjusqu'à la mort. 
Et Bliagavat n'y songe pas ! Je suis dans une telle détresse, et le Sugata n'y 
songe pas ! 

A ce moment, l'Àynsmat Çaripntra, l'Ayusmat Mahà-Maudgalyàyana, 
l'Ayusmat Ananda étaient assis à une distance assez faible (les uns des autres), 
Ces (i)laintes) d'Anaada sur ses petites misères, furent entendues de 
l'Ayusmat Çaripntra et de l'Ayusmat Maudgalyàyana. Tous deux se rendirent 
auprès de l'Ayusmat Ananda et lui dirent : Ayusmat Ananda, n'as- tu pas 
dit : J'éprouve une douleur intolérable, aiguë, cuisante, je la ressens vive- 
ment ; et Bhagavat n'y songe pas ! — Tel fut leur discours. 

L'Ayusmat Ananda leur répondit : Ayusmats, mon corps a subi un contact 
tel que si on m'avait scié la tête; tel fut le contact qui s'est produit sur 
Ananda. 

— Ananda, ne crains rien! nous te placerons sur un siège; puis, nous 
irons près du Tathàgata lui présenter nos hommages ; ce bienheureux t'accor- 
dera sa protection. 

Alors l'Aynsmat Çaripntra et l'Avusmat Malià-Maudgalyàyana placèrent 
l'Ayusmat Ananda sur un sopha ; puis, s'étant rendus auprès de Bhagavat, 
ils se placèrent près de lui... (lacune) '. 

Ensuite Bhagavat dit à l'Avusmat Ananda : Es-lu donc al'tiigé de douleurs 
intolérables, aiguës, cuisantes ? Est-ce là ce que tu ressens ? — Oui, véné- 



• Les deux disciples doivent exposeï- au luaitre le cas d'Aiianda, el le mailre\loit le mander 
auprès de lui. — Rien de tout cela n'est dit; et il n'y a dans le texte aucune solution de continuité. Cela 
ne peut s'expliquer que par une omission du graveur très facile à comprendre. La partie manquante 
devait linir comme le présent paragraphe par les mots : il (Amnda) se plaça prés de lui. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 455 

rable Bhag'avat. — -Eh bien! Auanda, puisqu'il eu est ainsi, oeouto l)ieii et 
garde dans ton cœui- ce que je vais te dire : 

Ananda, tu as été touché par sept grands Velàlas, d'une grande force, 
difficiles à doniptm-, diuit la seule vue est nuisible ; ils sont nu nond^re de 
sept. — Quels (sont ces) sept? demanderas- tu. — Les voici : Màlagraha, 
Manigraha, Candal, Gandàla, Mavùra-hrda^a, Xitàyu, Kambalavat ^ 
Voilà, Ananda, les sept Vetàlas à la grande force, difficiles à dompter, 
difficiles à approcher, d'une grande puissance surnaturelle, d'un grand 
pouvoir. Ananda, chacun de ces Vetàlas, s'il le voulait, pourrait avec le gros 
orteil de son pied gauche jeter en bas le roi des montagnes, le mont Miru; 
il n'a qu'à fixer ses regards sur le mont Meru, le roi des montagnes, p(jur 
le détruire; s'il le l'egarde d'en haut, il le met en morceaux : s'il le regarde 
d'un des points cardinaux, il le fait mourir"^, s'il le regarde d'un des points 
intermédiaires, il le fait revivre par le feu ^. — Ce sont ceux-là qui t'ont 
touché. Gela étant, c'est par la puissance du Tathàgata, par le respect avec 
lequel tu as entendu la loi, ]iar la l)énédiction du Tathàgata que ton corps est 
encore en vie. 

— Bhagavat, je te prie de me guérir, je te demande do me guérir et de 
me mettre à bien; je te prie de détourner (le mal), je te prie d'arranger 
tes mains ^,je te prie de faire le ligament avec le fil. 

— Ananda. en conséquence, écoute bien attt;ntivement, et retiens avec 
soin ce que j'ai à l'enseigner, par (i\na\AQ (tadyatlià) : 

Hara | mahâgere | ghasarapati 1 dliara dliari | dharani | ts'o-ra ts'or-ni | karo titi | 
karota samâdhini | samarasaraiii I sarana gotaniati | samabhave | bhavanâ | nâgare | 
bhadina-sadhanita svàhà I 

Ananda, en prononçant cinquante-deux fois les paroles de cette Dhâranî, 
en laissant cinquante-deux nœuds ^, on porte le dommage dans le cœur de 

' Voici les noms liliélains (doni nous avons essayé la restitution en sanskrit) avec leur signilication : 
Vhi-eng-i-a iulzin « preneur de guirlande»; Mani-rjraha«. preneur de joyaux « ; Gtum-po « furieux »; 
Gdol pa « hors caste » ; Kma-byai-^ning n cœur de paon » ; Tsc-zad « temps (ou vie) achevé » ; La- 
va-can « vêtu de coton ». 

2 Le mont Méru (!) 

3 Ou « le fait hrùler vi\ant .) (?) Toujours le mont Méru : — à moins qu'il ne s'agisse d'êtres quel con- 
ques, sur lesquels tomberait le regard des Vetàlas. 

■• De l'aire le inudri'u 

'> Je pense qu'il s'agit d'une sorte de chapelet. 



456 ANNALES DU MCSEE GUIMET 

tous les parleurs' (?), de tous les Bliiitas; ou est délivré du mal qu'ont fait tous 
les Grahas -. 

— Bhagavat, c'est bien ! 

— Fais ainsi. 

— Encore une demande ! c'est de l'aire que je ne meure pas. 

— En ce cas, Ananda, écoute et retiens bien. Par exemple (tad 'jatlnij: 

Bad-lsala-bale | mahâ bad-tsale baie bliili bhili | malu'i bliiriiii | niiuiiiai | hanaha- 
nahati ri | macathà | mavicirathâ | stiristhiramule | mathanirmathani | caJani | màkani 

1 jambhani I pîdnni | vayasvaskraiii | bliagavali | Talhàgata | vitathe | tivegliadhare | 
fiaraprado | hare tistha | nilàsvina svàlià 

Ananda, ces Vétalas frappent d'estoc et de taille ; ils sont malicieux, pleins 
de rage, meurtriers. On les repousse (?) par ce charme, eu le murmurant 
vingt et une fois sur un fil de Kenuiruka'' et on laisse passer vingt et un 
nœuds ; alors le grand Bhùta sera dans un trouble extrême. Par ce(moyen), on 
les évite tous, on en triomphe, on les apaise ; par ce (moyen), on réduit tous 
les Bhùtas en son pouvoir ; par ce (moyen) on apaise complètement tous les 
Bliùtas. Ecoute, Ananda, voici ce (jue j'ai à t'apprendre; par exemple 
(Uuhjalhdj : 

I>ai-a dara dara | kara kara karaj malià kalckara | cara cara | caracara | mahâcada- 
cara 1 halatakihala 1 liili hili | huluhulu 1 hire vire | hiiikiri | virai(?) vicini karankari 
I sarvabliûtànân | prajabhani | nilavarasani 1 cacelia | caki-a oakra | àjudlie svàlià — 

Ananda, ces paroles ai)aisent complètement tous les Vaxas, tous les Ràxasas, 
toutes les incantations *, tous les Px^etas, tous les mauvais génies ^, tous les 
péchés*' ; elle repousse et éloigne les violences royales et les collecteurs d'im- 
pôts. Dans ce cas, si on m>irmure trente-sept fois ce Vidya-manlra (?) de 
manière à laisser échapper trente-sept nœuds, ils s 'ront tous innnobilisés 
(paralysés, stupéfiés). 

' lirjodhrjed nom de quelqu<?s mauvais esprits. 

2 Graha, tib. Grfc/i, auU'e nom de mauvais espi-ils : « ceux (jui saisissenl, qui agrippent. « 
^ Nom de plante (?). 

•■ \\ s'agirait d'incantations de l'adversaire. 

'■> Appelés bijad en tibétain. 

<> Pent-cire s'agit-il de quelque élre molt'aisant. 



FRAGMENTS TUA])UITS HU KANDJOUR 457 

Anaiula rotions biou les [lamlos de cotte incantation, fais-la entrer (dans 
ton esprit), gardi'-la bien et abondamment dans tua cœur, et agis selon (leur 
formule) ; toi donc, Ananda, saisis-les bien ot aie de la mémoire! Par exemple 
(tcub/at/id) ■' 

])hai'adlia I dha illiar | khara kliara mahà kliara 1 malià baie | va-vanàçaiii | g'oda 
tani I kutatani | kiitataiii | samahàro | kûtadcsti | kakhakhare | makuta | dhareni | niu- 
lukaka | xan; kanike | saniam smaçàiia | kiiii | giriiii | l)hogisa(?)svâhâ patada | maku- 
màrakà | | kritisvâsi | kinanibabuddhasi | vapudhya | Yibudhvagrihanabhe | kratabhai- 
rava | vikraliabliairava | Maliàvage | kratina | liarasi | kaanainârayasikinnisarvadcva | 
nâga 1 yaxa | gandharva | a:>ura | saiva asuia | sarvabhayaeamana | mata sava svâlià | 

Ananda, si on attache ce Vidya-mantra à une offrande faite par le feu ou 
à un fil, tout ce qui touche à la réalisation des désirs est frappé de crainte, 
tombe, est dévoré (??). 

Ananda, saisis bien ce VidA'a-mantra qui réjouit tous les Vetàlas; par 
exemple (ladyalJtâ) : 

Semele 1 luahâhaliale | haradhare | ghoradliarc | dliaritti | ritti | virolti | kunatti | 
kutani | sagocani | kacari | kliacnri | marani | liuliii | mai\'ua | mahàlàladhare | nayana 
mati-svâhâ | 

Ananda, les paroles de cette incantation sont semblables et identiques à une 
malédiction terrible. Pour détruire tous les Bhùtas, il n'y a qu'à les mur- 
murer vingt-quatre fois sur un fil de coton en laissant passer vingt-quatre 
nœuds. (Et alors), aucun d(_'s êtres qui apportent le malheur ne pourra 
nuire. 

Ananda, saisis bien les termes de ce Alantra, saisis-les bien et complè- 
tement. 

Ananda, ce Mantra-ci ne peut pas être saisi par le premier venu; en 
conséquence, Ananda, saisis bien ceci ! l'ar exi'inpli^ (/mh/allià) : 

Catacar | mahâ catacar | ciricii-i | biirii Imrii | mahàburu | .samljhale maliàsaïubhale | 
I mahàVcla svcâhà | 

Ananda, celui qui, dans ce monde avec ses dieux, ses démons, suu Brahuia, 
ses ascètes et ses brahmanes, ses honunes, ne tabl; pas sur ce niantra, je ne 

Ann. C. — lî 5S 



458 ANNALES DU MUSEE GUI MET 

lo regarde pas. je ne le protège pas. je ne cours pas après lui. Cette incanta- 
tion étant impérissable, suit qu'il s'agisse de faire vivre ou de faire cuire, ou 
délier, ou de vaincre, ou de brider, si Ton murnuu-e soixante et une fois ce 
Vidva-mantra, en laissant passer soixante et >ni nœuds, ou calme tous les 
péchés, on coupe le Vidya-mantra (adverse?). 

Ensuite, Anaada jiarla ainsi à Bhagavat. Bliagavat. c'est bien! je l'ai 
bien saisi! Je (te) demande de laisser passer les noeuds, je (te) demande de 
faire l'arrangement des mains (mudià). 

— Ananda, en conséquence, par os.emi)\ef/aduai/idJ: 

Blia bliarc I bhare | bliaraiii liare piaharo | liaraiii I kutliaiù loti | led chatldati | 

Le Vidya-Mantra fait par Brahma est coupé ; le Vidya-Mantra fait par 
Maheçvara est coupé; le Vidya-Mantra fait par Visnu est coupé; le Mautra 
fait par Çatakratu est coupé; le Vidya-.Mantra fait parles quatie grands rois 
est conpé; le ^'idya-Mantra fait par le général en chef des Yaxas est coupé; 
le Vidya-Mantra fait par le soleil et la lune est coupé; le Vidya-Mantra fait 
par le soleil et les planètes est coupé; le \'idya-Manti'a fait par les planètes 
et les Naxatras est coupé; lo Vidya-Mantra fait par les points cai'dinaux 
est coupé ; le Vidj'a-Mantra fait par les points intermédiaires est coupé; 
le Vidya-Mantra fait on haut comme celui qui a été fait en bas est coupé; le 
Vidya-Mantra fait par les dieux est coupé ; le Vidya-Mantra fait par les 
Nàgas est coupé; le Vidya-Mantra fait par les Garudas est coupé; le Vidya- 
Mantra fait par les Kumbhandas est coupé; le Mantra fait parles êtres pure- 
ment sensitifs ^, par les Gramanas, les Brahmanes, les Xatryas, les Vaiçyas, 
les Sudras, les hommes, les femmes, les ûandalas, les Mlecchas, les monta- 
gnards, les lions, les êtres transformés, les coeurs des Dramilas', les gens 
civilise^, lesTongs-la-pa, les docteurs Mudagari^, en un mot, tous les êtres 
détenteurs de Vidya-tantras est coupé, Par cxom\>\o (t ad y at h âj : 



' Ou ji.!' cviLX ijhI ii'dbéisseiil qu'aux sensations. 

'•' Ou Draxida (les l'i-avidiens ou 'f amouU). 

■' Je me borne à Irjnsci'ire le mot libélain Tongs-la-pa et Muilagavi; je ue puiâ en préciser la valeur. 
Mi'dijai-i [>vm-i-n\[ signill jr « armé d'un m:ir;eau »: Tougs-la-jia « qui perce a — Toute cette tirade 
si;^nilie que le Vidva mantra dont il s'a^'il l'cmpiir'.e sur tons le; autres. Les Vidva maulrjs seut sur- 
tout des uiaulras popre à |iroilnire la ^'iiérlson. 



FRAGMENTS TRADUITS DU KANDJOUR 4r,0 

Gagagâr liphu | mahàgagagâr liphu | ^•ieephu | çaparasidhepla, | cnrdalephu | nialu, 
cardalephu | cagirdu | cinireplm | cicinirephu | cakradharephu | krsna phu | ki'M.aruve- 
phu I candephu | segephu | pancalephu | bhimiphu | bhibàpalephu i'vigaleplui j Vi-ala | 
axephu I anauda phu | samantaphu | nâçaniphu | cehedaniphu | vicehidaniphu | svâhà | 
krsani | vaxani | màrani | pinvani | vindana» | bakani | nâcani | khâddyakanan | -^âla 
bhanieani | dâhâmasi | bhasma | bhasniani | niasani | bandliani svàhâ | 

Anaudn, ces quaraato-deux termes ' eulèveat sou éclat au général eu chef 
de l'armée des Yaxas (??). Ananda, au moment où le soleil se lève, il y a un 
grand Vetàla appelé Hinsakàra^ qui, dans la saisuu d'autunnui 'vient à la 
suite des rayons du soleil ; et ceux que les rayons du soleil ont touché ceux 
qui ont été touchés par ce réseau de rayons, sont atteints de contagion démo- 
niaque et retranchés. 

Ananda, il y a un Vetâla appelé Kaçcit ^ (« quelques-uns »). Voici ceux qui 
doivent être réunis dans l'intérieur de celui-ci. Celui qui s'appelle Xàgaràja- 
grhita^ doit être réuni au dedans de lui; tous lesNàgas, tous les Kumbhandas, 
tous les Prêtas et tous les mangeurs de chair sont réunis au dedans de iuij 
les Garudas sont réunis au dedans de lui; Manigraha^ est aussi réuni au 
dedans de lui ; le dieu du vent aussi est réuni au dedans d.' lui. Lo fils de Màya- 
pratigraha«est Paropadiçe, est une masse^(?); celui-là aussi est réuni au 
dedans de lui; Skandhagraha «, Çaktigraha, sont aussi réunis au dedans 
de lui; c'est aussi avec leurs ministres, avec leur cortège qu'ils ont été 
réunis au dedans de lui. 

Do tous les côtés, jusqu'à cent yojanas, 
j'ai exercé s des châtiments. 
(Aussi) qu'est-ce que les Bhûtas peuvent me faire? 
J'ai surmonté toutes les inimitiés. 

' Je pense qu',1 s'agit de la forn.ule q.u procède : je „%.„ 1,-ouve m>e -10. 

' hnod-byed « qui nuit ». 

^ Klia cifj. 

•* Klu-i vtjyal-pos hdcin. 

^ Un des sept Vétàias cités au commencement, voir pa-e i:>}. 

'' ^gyu-ma-len gyi-hu. " 

1 betain Phung-po graha « prenem-damas ,,. Çaktigraha « preneur de iaveline „ n ,- 1 



460 ANNALES DU ïfUSÉE GUIMET 

Ils ont (beau avoir) une grande force pour tuer, 
les Vetâlas, que peuvent-ils faire ? 
ceux-là aussi mes lacets 
les enveloppent de tous côtés. 

Ceux-là aussi tous mes lacets (les retiennent) 
comme un brouillard qui les tiendrait dans l'obscurité. 
Par mes interrogations, j'ai toujours atteint le but. 

Puissent les paroles de mes incantations l'atteindre aussi ! 

Nama : siddhânân | siddliyantu mantrapâdà svastir-me sarvasatvànânca svâlià | ' 

Par la force qui est celle de tous les Buddhas, 
par la force qui est celle de tous les Arhats, 
par la majesté de la bonne loi, 
soyez abondamment dans le bien-être et le bonheur ! 

Par l'éclat des sublimes Buddhas, 
pour tous ceux qui sont dans des craintes perpétuelles, svàhâ! 

Dans la cérémonie un nuirniure ces paroles soixante et une fois sur un fil 
rouge de Kemeru, de Bal-/7clang-ma {?)', etc., et on laisse passer les nœuds. 

De cotte façon, pour ceux qui font ce qu'ils ont à faire, pour tous les 
Bhùtas {ou êtres), les épileptiques (?), les esprits flottants (ou errants) etc., 
les donneurs de poison (?), les faiseurs de poison (?), les bipèdes, les quadru 
pèdes, l'excellence du succès les accompagne partout ^ 

Quand Bhagavat eut prononcé ce discours, l'àyusniat Ananda et ce monde 
avec ses dieux, hommes, Asuras, Gandharvas, louèrent hautement le discours 
de Bhagavat. 

Fin de la Dhùranî appelée les sept Vetâlas. 

4 AJdra'imi à ceux qui rJ.ississeiU 1 que, les vers du m intra réussisse.il I Bouheur poui' moi et pour 
tous les êtres. 

2 Ces mots insolites sout de plus imprimés cfune manière illisible. Bal-gdang (si c'est ainsi qu'on 
doit lire') pourrait signifier une raie, un fil de coto.i. Kemeru est peut-être une autre forme de Kemu- 
ri'ka cité plus haut p. 45<i (note 3). 

3 Ce paragraphe est énigmalique et obscur. 



VIII 

SARVA-ROGA PRAÇAMANI DHARANI 

Voici maiatoaaiit quelques Dharauîsdostinoo> à conibatti'e la maladie. Nous 
commençons par en donner une qui a le pouvoir de chasser tous les maux et 
qu'on peut dès lors considérer connne la panacée universelle : 

DHARAM VOUR CALMER TOUTES LES MALADIES 
- R-yud XIII, ■:-. folios 254-2r>6. — 

En langue de l'Inde : cu-i/a sarva-)'oga-praçaman't dltarùnl. — En 
langue de Bod : hpliags pa uad thams-cad rab-iu ji var bi/ed-pa ces 
bya-vahi g:ini(/s. (En français) : Dhâranî sublime qui calme toutes les 
maladies. 

Adoration à tous les Buddhas et Bodhisativas. 

Voici le discours que j'ai entendu une fois: Bhagavat résidait à Çràvasti à 
Jetavana, dans le jardin d'Anàthapindada 

Ensuite Bhagavat dit aux Bhixus : Bhixus, saisissez bien cette énumération 
de la loi, répétez -la souvent, pénétrez-vous-enbien, enseignez-la largement 
aux autres. Par exemple (tadyathâ) : 

Caleme | caleme | panakukila | t;rimati | kuudale | duudablia | indraiii | mukhe | svâhâ | 

Voilà la base du Mantra employé par ceux (jui soulfrent d'indigestion, de 
goitre, du mélange du sang et de la bile, d'hémorroïdes, de maladies do 



462 ANNALES DU MUSÉE GUIMET 

l'anus, de gonorrhéo, de toux, de fièvres, de^ maux d<^ tète, de point de coté, 
et par les Prêtas. 

Ananda, celui qui va à l'eucontre de ces bases du Mantia, je ne le regarde 
pas dausce monde avec ses dieux, si ce n'est à l'heure de la mort. 

Cette base de Mantra a été proclamée par le Tathâgata, Arhat, parfait et 
accompli Buddha. Or, leBuddhaest le premier de tous les êtres, l'absence 
de passion est la première de toutes les lois, la Confrérie est la première de 
toutes les troupes. Par cette parole de vérité, puisse tout ce que j'ai mangé, 
bu, apprêté, goûté, être bien et heureusement digéré ! svâha! 

Quand Bhagavat eut prononcé ces paroles, ces Bhixus réjouis louèrent 
hautement le discours de Bhagavat. 

Fin de la Dharanî sublime qui calme toutes les maladies. 



IX' 

ARYA -JVARA PR AÇAMAN I DH ARANI 

Voici maintenant une Dhàranî relative à une maladi(> spéciale ou à urc 
classe de maladies, la fièvre, appelée en sanskrit /wa/a, en tibétain riins-nad. 
Les lexiques rendent le ti'rme tibétain par : « Epidémie, mal contagieux. » 
J'adopte la signification indiquée par le sanskrit. 

Je donne deux Dliaranîs sur ce sujet: la premier.', qui est sans douti' la 
plus importante, a la forme ordinaire des Sutras. La seconde n"a pas do titre 
sanskrit, ni même de titre tibétain. Le titre se trouve seulement dans la men- 
tion finale. Elle se compose d'une simple invocation suivie immédiatement des 
formuli'sde la Dharauî, puis d(^ courtes recoannandalions qui sont cause que 
je lui donne la qualification de « amulette ». Elle vient à la suite du Sarva- 
roga-praçamani et précède le Jimra-praçamani, au lieu de le suivre ; j'ai 
interverti l'ordre. 

Voici nos textes : 

DIlAHANi SUULIME l'O U R C AI,.\I K U I,A F 1 li V R K 
— Rfïu.l XIII. r..lio ■-'"5. — 

En langue de l'Inde: Ari/a-jvara-praçamniil ncuna Dhàrani. En langue 
(leBod: Hphags-pa riois- nad rab-tu ji var byed-pa ces bya-vai-g::ungs. 
(En français) : Sublime Dharani aj^pelée celle qui apaise la lièvre. 

Adoration à tous les Buddhas et Bodliisattvas. 

Voici le discours que j'ai entendu un:' fois. Bliagavat résidait à Ilàjagrlia, 
dans la forêt froide (du) grand cimetière. 



464 ANNALES DU MDSÉE GUIMET 

Ensuite, un Bhixu se rendit auprès de Bhagavat ; et, quand il y fut arrivé, 
il adora avec la tète les pieds de Bhagavat, et s'assit à une petite distance. 
Une fois assis à une petite distance, ce Bhixu parla ainsi à Bhagavat : véné- 
rable Bhagavat, supposons que, en ce moment, les êtres soient atteints de la 
fièvre ; je prie Bhagavat de les protéger. 

Alors Bhagavat dit à Ananda : 11 y a dans cette région une fièvre api^elée 
jraJamâlâ^. Le premier jour, le deuxième jour, le troisième jour, le qua- 
trième jour, relui qui est compatissant et qui éprouve de la pitié pour les êtres 
peut avoir à sa disposition ci.'tti' formule de Dhàranî. Par exemple (iadyathà): 

Ivalanijrilani I prativani | praçamani | ma fièvre, va-t-en! ne reste pas ^, | svàhâ. 
Par la vérité, par la parole de vérité, par la vérité et la parole de vérité du Buddha du 
monde, de la Loi, de la Confrérie, ma fièvre, va-t-en, ne reste pas! svâhâ. Siddhantu 
mantrapatrâ vadhara vidva na prama anumodo svàhâ || ^ 

On murnuire c(>tte formule vingt et une fois sur un fil noir, et on laisse 
passer vingt et un nœuds. 

Quand Bhagavat eut prononcé ce discours, ces Bhixus se réjouirent et 
louèrent hautement les paroles de Bhagavat. 

D H AR ANÎ - AMULETTE 

— BjyuJ XUI, f..lio Snô. — 

Adoration aux trois joyaux. Adoration à Auiitàbha. Par exemple 
(tadyathà): 

llimitimele I liant'sahane — un tel ' — jvara bandha me I eka hekana I hrihikara | 
caturcakana | snitva jrarana svàhà | 

On n'a qu'à écrire cette cérémonie (ce rite) et Tattaclier à son cou pour 
être exempt de fièvre. 

Fin de la Dhàranî qui apaise la fièvre. 

' Til) : ina-lce i hphi'fng « yuirlaiide de langues de feu ». 

2 Ou n ne brille pas » ! le mot revient deux fois : la première, on lil : vdi'g n brûler » ; là deuxième 
lidug « reste, séjourner ». 

3 La Dhàranî étant composée de phrases tihélaiues intercilées entre des mots sanskrits ou snidisant 
tels, j'ai traduit la partie tibétaine et transcrit purement et simplement le reste. 

•• Je ne m'explique pas bien l'inlercalalion du mot tibétain que je traduis ainsi au milieu de ces mots 
sanskrit ou à physionomie sanskrile. 



AXI ROGA PRAÇAMANI 

Plusieurs des Dhàranîs que l'on vient de voir ont la forme des Sùtras. 
Celle- ci en a, à la fois, la forme et le nom ; c'est un Sîitra, Sùtra des plus simples, 
qui se réduit à une Dhâranî et qui, plus que beaucoup d'autres, semblerait 
mériter exclusivement ce titre. 

Cette Dhârani donc (car ce n'est pas autre chose) est tout à fait spéciale, et 
relative à une maladie, ou, tout au moins, à une classe de maladies bien 
déterminées, les maladies de l'œil. Le texte distingue, d'une façon assez 
curieuse, la Dhàranî qui est comprise dans le Sùtra et qui est enseignée par 
le Buddha, — et le rite ou la cérémonie, qui n'a plus le caractère officiel, qui 
est en dehors du Sùtra, et, bien que déclaré tout-puissant par ses jefFets, n'a 
évidemment pas la même autorité, puisqu'il n'est pas donné comme ayant 
la même origine. 

Voici ce texte : 

feUTRA QUI GUÉRIT LES MATJX li'i'EU 

En langue de l'Inde: Ari/a axi-foga-pi-açamani-sï^cfra. En langue de 
Bod : hphags-pa mig-nad rab-tu ji-var byed-pai-mdo. (Eu français) : 
Sublime Sùtra qui apaise complètement les maladies d'yeux. 

Adoration à tous les Buddhas et Bodhisattvas : Voici le discours que j'ai 

Ann. g. — B 59 



4(30 ANNALES DU MUSEE OUIMET 

entendu une fois. Bliagavat résidait à Ràjagrlia sur la montagne de 
Grdhrakûta. 

Ensuite, le grand général enchefdesYaxas, Kâla* vint auprès deBhagavat, 
et, quand il }• fut arrivé il parla ainsi à Bhagavat : Bliagavat, si dans cette 
grande ville de Râjagrha, il se produisait des maux d'yeux, comment réussi- 
rait-on à guérir les malades? — Bhagavat répondit : Kàla, voici les termes 
du Mantra des maux d'yeux. Par exemple ftadijatliâ) : 

Rudhire pliure | dhir I axiphii | Rudhirap'gilephu | bhatejphu: | badelephu : I hanade - 
phu : mamsa dudhubhipliu padma axiphu padma-danda hiraiiiye phu : svâliâ 

Quand Bhagavat eut prononcé ces paroles, le grand général des Yaxas, 
Kàla fut rempli de joie et loua hautement les paroles de Bhagavat. 

Le rite est celui-ci : on murmure sept fois (les termes du mantra) sur un ril 
hlanc et on laisse passer sept nœuds. Après qu'on les a murmurés sept fois 
sur l'eau, si on frotte avec la main, la maladie de l'œil se calme. 

Fin du sublime Sùtra qui apaise les maux d'yeux. 



' Je Iraduis ainsi le mol tibétain Nag-po, qui correspond aus-i à d'aiit-e; mots sanskrits; je le consi- 
dère comme un nom iiroprc. 



XI 



GATHA DVAYA DHARANI 



Je termine ce recueil de Dhârauis, comme je l'ai commencé, par un texte qui 
figure à la fois dans le Mdo et dans le Rgyud. La Dharanî en deux stances 
s'applique à tout et n'est pas restreinte à un objet déterminé. 
En voici le texte : 



DHARANI EN DEUX STANCES 
— Mdo XI, 2> folio 10. - Rgyul Xllt, 89, folio 856. — 

En langue de l'Inde . Gâthâ dvai/a-dhâranî. En langue de Bod : Ts'igs-sn 
hcad-pa guis pai gswigs. 

Adoration à Manjuçrl Kiimâra'bhûta . 

Ceux qui méprisent le Biuidha et la loi, * 

(ceux-là) se livrent à la paresse et se contentent de peu ; 
ils cèdent habituellement à la passion et à l'orgueil ; 
ils ont des remords ot ne pratiquent pas la vérité. 

Ils sont en proie aux ténèbres qui aveuglent les êtres. 
Le véhicule excellent est enseigné comme remède à ces ténèbres. 
En les coupant et les traversant au moyen de ce véhicule, 
on échappe parfaitement à tous les maux 

Par exemple (ladyatltâ) : 

Om. vajraprakàra vajra cakra | dan.jthva bhayânake I amale I vimale | nirmale | 
culuke I ciilu culu 1 sarvabuddhe svâhâ II 



468 ANNALES DD MUSÉE G0IMET 

Celui qtii se sert de cette dhâranî en deux vers, 
en l'appliquant d'après les paroles ou le sens, 
est un être bon, doué d'intelligence, 
qui obtiendra dix espèces d'avantages. 

Toutes les régions s'ouvrent largement devant lui. 
Au moment de la mort, il obtient une bonne et excellente joie. 
Il naît selon son désir. 
Partout il se rappelle ses naissances passées. 

Il rencontre des Buddhas. 
D'où il suit qu'il entend de leur bouche le Véhicule excellent. 
Il obtient l'estime et est doué d'intelligence. 
Il obtient promptement les deux portes ' et la Bodhi. 

Fin de la Dhâranî en deu.x stances. 

i Je ne sais ce que sont les deux porles. . < 



STANCES 



Je termine ces essais de traduction par quatre pièces versifiées qui 
sont de véritables hymnes. 

Les deux premières se rapportent au Buddtia Gàkyamuni; la seconde, 
de beaucoup la plus longue, célèbre les principaux incidents de la vie de 
Gàkyamuni et, d'après la mention finale, est une glorification do ce qu'on 
appelle les douze actes ( 1" descente du Tusita ; 2° entrée dans le sein d'une 
mère ; 3° naissance ; 4° excellence dans les arts ; 5" mariage et vie conjugale ; 
6° sortie de la maison ; 7" mortifications; 8" défaite de Mâra ; 9" acquisition de 
la Bôdhi ; 10° rotation delà roue de la loi; 11° Nirvana; 12° partage des 
reliques). — -Mais les douze actes ne sont pas tous cités ; et plusieurs épisodes 
dont la mention se trouve dans les stances ne rentrent qu'indirectement dans 
l'énumération des douze. 

Les deux autres pièces, étroitement liées l'une à l'autre, ont un tout autre 
caractère; elles sont beaucoup plus tibétaines el célèbrent les Bôdhisattvas, 
Manjuçrî, Avalokiteçvara, et Vajrapàni, en rappelant les attributs qu'on leur 
prête, la couleur qui les distin,L;ue. On n'en donne pas le titre sanskrit ; 
ce qui autoriserait peut-être à supposer qu'elles ont pu être composées par 
des Tibétains, quoique le Kandjour, comme son titre l'exprime et comme sa 
composition le démontre, ne soit qu'un recueil de traductions d'écrits 
indiens canoniques. 



470 annai.es du musée guimet 



STANCES DE liÉNÉDICTION DU TATHAGATA 

En langue de l'Inde : Panca-Tathâgata-mangala gâthû. — Eu langue 
deBod: De-hjin-gçegs-pa-lnga-ihh'a çists'ir/s-suhcad pa. (En français) 
Cinq stances de bénédiotion du Tnthâgata. 

ADORATION AUX TROIS JOYADX 
1 

Tu possèdes l'océan de la bonne science qui illumine tout, 

tu as un extérieur semblable à la pleine lune, tu as atteint le sommet de la montagne 

de l'existence, 
tu es arrivé aux dernières limites de la réilexion : c'est là une bénédiction. 
Par cette bénédiction, assure le repos des êtres 1 

2 
Tu triomphes sans trouble, tu connai? dans ses détails l'ignorance (cause) de 

l'existence. 
Pretecteur comblé de bénédictions pour l'accomplissement de toutes les qualités, 
tu es doué d'un esprit qui médite la vertu dans une parfaite égalité : c'est là une 

bénédiction. 
Par cette bénédiction, assure le repos des êtres! 

3 
Buddha, qui ornes des ornements de toutes les qualités, 
qui donnes le trésor de la vérité complète et qui ne trompes pas, 
on peut dire que tu possèdes le joyau sans cesse renaissant ; c'est là une bénédiction. 
Par cette bénédiction, assure le repos des êtres! 

Demeure de la méditation et de \'c\i»^Q(Dhydna et SanuhJhr), de la haute science 

bonne et transcendante, 
tu es placé au-dessus des flots delà haute science, tu possèdes une vie sans limites ; 
oui, tues comblé de dons jusqu'à avoir une vie sans limites: c'est là une bénédiction. 
Par cette bénédiction, assure le repos des êtres 1 

Tu appliques ta compassion pour agir en vue du bien des êtres, 

tu aiTnanchis les êtres des liens qui les retiennent enchaînés, 

tu es la force suprême, tu es la réalisation du succès avantageux : c'est là une 

bénédiction. 
Par cette bénédiction, assui'e le repos des êtres! 



KUAilMENÏS TRADUITS DU KANDJdUR 471 



STANCES DES TROIS JOYAUX ET DES DOUZE \GTES 



ADORATION AUX TROIS JOYAUX 

En langue de rinde: Mangala-gâlhd. — En langue de Bod: B/{ra-0)'s- 
ti^'igs-su bcad-pa. (En français) : stances de bénédiction. 

1 
Celui qui possède la pei-fection, qui est semblable à une montagne d'or, 
le pi'otecteui' des trois mondes, qui a rejeté les trois souillures , 
le Buddha dontle visage ressemble à une feuille de lotus épanaui, 
est pour les êtres une bénédiction qui leur apporte le calme. — la première. 

Le Méru inébranlable de la Loi qu'il a enseignée, 

(cette loi) qui retentit dans les trois mondes, que vénèrent les dieux, et les hommes, 

la bonne loi apporte le calme aux êtres : 

c'est, pour le monde, la bénédiction pure do la foi, — la deuxième. 

La Confrérie qui possède la bonne loi et qui jouit de la bénédiction de l'entendre, 
cette confrérie, objet de respect pour les dieux et les êtres non humains, 
Méru des congrégations, connaissant la pudeur, base de félicité, 
elle est, pour le monde, la bénédiction de la vertu, — la troisième '. 

4 
Celui qui est doué de la Bjdhi pour l'avantage de tous les êtres, 
qui s'applique avec un zèle parfait à m